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Poèmes du Gévaudan – IV (Susanne Derève)


PHOTO-MONTAGE RC

 

 

Les feuilles du marronnier vibrent  du rouge

d’une fin d’été    lie de vin au soleil

effaçant les cuivres de l’ombre

Elles s’effritent sous le doigt

craquent et s’envolent au vent léger

 

Sur le tronc, coquille vide, un escargot

si lent que le temps l’a figé,

et le bois mort au pied de l’arbre

qu’on ne ramasse pas

qu’on ramassera peut-être  

si les mots ne viennent pas

 

et pour peu qu’ils viennent 

ils diront la douce langueur du sommeil

la sueur étoilée des paupières

le timbre d’argent de la lumière

entre les volets clos                                          

son lent chemin jusqu’à l’éveil       

 

et le café qu’on prend au lait  au lit

ou bien dehors près de la treille

aux raisins verts et de l’amphore

abandonnée aux herbes folles

 

d’où naissent les mots incertains 

le doux murmure des  paroles  

sur la joue tendre du matin 

 

 


Pierre Garnier – Jean-Louis Rambour – Ce monde qui était deux


img779 -Still life  with omega paper flowers.jpg

 

peinture  Duncan Grant –       Still life with omega paper flowers

Chacun portait sa croix, laissait sa croix,
la table était couverte de fenêtres qui donnaient
sur d’autres parties du monde –
l’idée que se faisait du monde l’escargot
n’était pas la même que celle d’une huître
« autant de coquilles, autant de monde », pensait l’enfant.
nous, les enfants de la guerre, quand nous
écrivions un poème
c’était avec le compas,
nous enfoncions la pointe sèche dans la chair,
et la mine douce, dont nous pouvions effacer le
trait,
faisait la carte du ciel où elle ne marquait que
les étoiles
nous, les enfants de la guerre, nous avons vécu
en papillons
pour échapper aux bombes le mieux était encore
d’être papillon,
et nous laissions notre écriture en grandes
taches blanches sur les feuilles

notre écriture était de nature
celle du poème
qui est vague feuille fleur grenouille,
notre écriture se déposait :
écailles des ailes de papillon et pollen

quand nous écrivions le poème sur une feuille,
ce que nous marquions c’étaient nos doigts,
notre main, notre poing,

c’était ce point acéré, dur, aigu, percé
qui marquait le centre du monde

nous, les enfants de la guerre, avons échangé
l’homme et sa mort
contre la vie des moules et des huîtres
et nous sommes restés dans la mer

notre écriture, ce fut longtemps de la craie sur les doigts.

 

texte paru aux éditions  des vanneaux


Julio Ramon Ribeyro – premier mai gris


 

Premier mai gris, triste.               Ville morte.
Des rues et des rues parcourues     parcourue  avant de trouver une boutique ouverte où acheter une douzaine d’œufs.

Quelques habitants du quartier reviennent avec leur baguette de pain,
trouvée on Dieu sait où.

Place Falguière, je vois un escargot qui traverse péniblement la chaussée.

Il est au beau milieu, et ne s’est pas encore fait écraser par une auto.
La circulation est presque nulle, mais de temps en temps passe un véhicule.

Est-ce que l’escargot le sait?
L’escargot ne sait même pas que c’est aujourd’hui le premier mai.

C’est pourquoi      –   pas avec la main, car ce qui est visqueux me répugne   –
je le prends dans mon mouchoir     et le porte jusqu’au trottoir.
il est certain que là, il ne se fera pas écraser  par une auto,
mais peut-être bien par un prolétaire.

 

De toute façon, ses minutes sont comptées.

Où donc voulait-il aller, le pauvre? Qui l’attendait? 
Que tramait-il dans sa petite cervelle ?

Petit animal désemparé, comme toi, comme moi, comme tout le monde.


Richard Brautigan – Il pleut quelque part


photo: Edouard Boubat; Nazare Portugal 1956

 

 

 

 

Il pleut quelque part,
ça fabrique des fleurs
et ça rend les escargots heureux.

(Richard Brautigan)