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M2L – Roses des sables


desert roses -

photo-  montage  perso

 
Entendez-vous les flots de larmes dans le désert ?
Roses des sables qui fleurissaient à la nuit,
Mon rêve à la rosée du matin s’est enfui.
Vous me laissez ainsi,
Meurtri,
Flétri.
Sans vie.

Baignez-vous dans l’eau de mes douleurs amères.
Les yeux vers l’infini, effeuillant les années,
Je flotte sur les larmes de l’ espérance envolée.
Et moi qui reste ainsi,
Meurtri,
Flétri.
Sans vie.

Je suis misérable, sans arme, à découvert !
Roses des sables qui dansaient la lune venue,
Je ne puis revivre les joies de l’enfance perdue
Vous me laissez ainsi,
Meurtri,
Flétri.
Sans vie.

Roses des sables, vieillissant le cœur ouvert
J’ai tant espéré d’une vie remplie d’éternité.
Fleurs du désert, j’embrasse la fatalité
Et comprends aujourd’hui
Le cœur meurtri,
Flétri,
Ce qu’est, à l’aube de ma nuit, le sens de la vie.

Ecoutez le chant des regrets dans le désert.

———

Sand Roses
~ © M2L

Do you hear floods of tears in the desert ?
Sand roses that flourished in the night,
My dream in the morning dew ran away.
You let me so,
Bruised,
Withered.
Without life.

Take bath in the water of my bitter pain.
Eyes toward infinity, picking off years,
I float on the tears of expectancies flown away.
And me which thus remains,
Bruised,
Withered.
Without life.

I am miserable, unarmed, uncovered!
Sand roses that danced at moon coming
I can not relive the joys of childhood lost
You let me so,
Bruised,
Withered.
Without life.

Sand roses, aging open heart
I so hoped a life filled with eternity.
Desert flowers, I embrace the fatality
And understand today
The bruised heart,
Withered,
What is, at the dawn of my night, the meaning of life.

Hear the song of regrets in the desert.

—-

voir le blog  de M2L « Vertige  de l’oiseau »


Giacomo Leopardi – A la lune


 

 

O gracieuse lune, je me souviens qu’il y a maintenant un an,

je venais sur cette colline plein d’angoisse, te contempler,

et tu planais alors, comme tu fais à présent, au dessus de cette forêt que tu illumines tout entière.

Mais ton visage m’apparaissait nébuleux et tremblant à travers les larmes qui perlaient sous mes paupières,

car douloureuse était ma vie, et elle l’est encore et n’a pas changé, ô lune bien-aimée.

 

Et cependant j’aime à me souvenir et à calculer l’âge de ma douleur.

 

Oh ! comme il est doux, au temps de la jeunesse, quand la carrière à parcourir

est encore longue pour l’espérance et courte pour la mémoire, de se rappeler les choses passées,

encore qu’elles soient tristes et que le chagrin dure !

 

1819


Giacomo Leopardi – Le songe


art: F Rops

–         art: Félicien  Rops

 

* LE SONGE – *

C’était le matin, et à travers les volets fermés, par le balcon, le soleil glissait sa première blancheur dans ma chambre sombre, quand, au moment où le sommeil plus léger et plus doux voile les paupières, se dressa à mon côté et me regarda en face le fantôme de celle qui, la première, m’enseigna l’amour, et puis me laissa dans les larmes.

Elle ne me paraissait pas morte, mais triste, et telle que se montrent à nous les malheureux.

Elle approcha sa main de mon front et me dit avec un soupir :
Vis-tu, et gardes-tu quelque souvenir de moi?
— D’où viens-tu et comment es-tu venue, ô chère beauté? répondis-je.
Combien, ah ! combien je t’ai pleurée et te pleure encore ! Je ne croyais pas que tu dusses jamais le savoir, et cela rendait ma douleur plus inconsolable.

Mais vas-tu me quitter une seconde fois?
J’en ai grand’peur.

Maintenant, dis-moi, qu’advint-il ?

Es-tu bien celle d’autrefois?
Et qu’est-ce qui te consume intérieurement? •

— L’oubli embarrasse tes pensées et le sommeil les rend confuses, dit-elle.

Je suis morte, et il y a plusieurs lunes que tu m’as vue pour la dernière fois. »

— A, ces mots, une douleur immense m’oppressa jusqu’au fond de la poitrine.
Elle poursuivit : « Je me suis éteinte dans la fleur des années, alors que la vie est la plus douce, et avant l’âge où le cœur s’assure de la vanité de toute espérance humaine.
Le mortel qui souffre ne doit vivre que peu de temps pour en arriver à désirer celle qui le délivre de tout chagrin ;

mais l’approche de la mort est affreuse pour ceux qui sont jeunes, et c’est une cruelle destinée que celle de l’espérance qui va s’éteindre sous terre.

Il est inutile de savoir ce que la nature cache aux inexpérimentés de la vie,
Qui sait?

Ne voyons-nous pas souvent, en été, tomber les étoiles?

Il y a tant d’étoiles que c’est une petite perte si l’une ou l’autre vient à tomber, alors qu’il en reste des milliers.

Mais il n’y a que cette lune, au firmament, et personne ne l’a jamais vue tomber, si ce n’est en rêve.
(1819)


Pas d’espoir d’éclaircie – ( RC )


photo Loren Wohl

 

 

Il se peut que se mélangent
La terre et le ciel,
Et que les heures
Ne se distinguent plus.

Sur un monde enveloppé de brumes,
Où sont donc ses limites ?
Car même l’horizon se dissout
Avec cette pluie.

Elle était hier,
Et le jour avant,
Elle semble ne jamais finir,
En noyant l’espérance

Longue et insistante,
Bouchant toute trouée,
Tout espoir d’éclaircie
Aux ombres si figées,

Que peut-être le soleil n’est plus
Lui aussi,
( S’il existe encore…)
Qu’une boule détrempée,

Malade, et perdue
Etouffé au milieu des nuages,
Et dont on ne perçoit
Même pas, le cri.


RC – 15 novembre 2013


Ali Chumacero – De l’amoureuse racine


photo Pat-in-the-cloud

photo Pat-in-the-cloud

Avant que le vent fût mer chavirée

que la nuit eût attaché son vêtement de deuil

que les étoiles et la lune eussent établi dans le ciel

l’incandescence de leur corps.

Avant que la lumière,

ombre, montagne

eussent vu se lever les âmes de leurs cimes,

avant que quelque chose eût flotté sur l’air;

temps avant le commencement.

Quand l’espérance n’était pas encore née

et que les anges n’erraient pas dans leur fixe blancheur;

quand l’eau n’était pas même dans le savoir de dieu;

avant, avant, bien avant.

Quand il n’y avait pas encore de fleurs

sur les sentiers parce qu’il n’y avait ni sentiers ni fleurs ;

quand le ciel n’était bleu,

ni rouge la fourmi :

toi et moi nous étions déjà là.

 

Ali Chumacero dans dans Poésie du Mexique,  traduite et présentée par Jean-Clarence Lambert

 


L’imaginaire, toujours ouvert ( RC )


peinture  Alessandro Bavari

peinture         Alessandro Bavari

Cristallise, l’imaginaire, toujours ouvert,

Elle

A la lecture,

Ouverte sur le merveilleux,

Une porte sur l’invisible,

Aux doigts gourds qui ne peuvent expliquer

La mémoire et ses retours

Interprétés,

Comme divagations,

Cristallise le parfum des fêtes,

Et des musiques intérieures,

La dilapider au silence et l’espace

L’enfance,

Confrontée au monde de l’adulte,

Ceux qui

Ont oublié

Le sentir, le toucher, l’écrire, et grandir..;

Le monde est encore ouvert,

Même la porte magique

Que l’on dessine en soi

Pour des projets de joie et espérance.

 

RC    19 Mars 2013


Leon Felipe – nous sommes en pleurs


peinture: Fr de Goya –         The Last Communion of St Joseph Calasanctius

NOUS SOMMES EN PLEURS

Evêques ambulants
remettez votre camelote à sa place :
les idoles à la poussière
et l’espérance à la mer.

Je sais.
Je sais que vous avez peint
un siège dans les nues
et une flamme de souffre
au fond du puits.
Mais je ne suis pas venu
quémander une place dans la gloire
ni mettre la peur
à genoux.
Je suis de nouveau ici
pour faire valoir par mon sang
la tragédie du monde,
la douleur de la terre,
pour crier avec ma chair :
Cette douleur aussi est mienne.
Et puis pour ajouter :
Au commencement étaient les pleurs…
et nous sommes dans les pleurs.
-Au commencement était le Verbe.
-Le Verbe est la pioche
qui se plante dans l’ombre,
la pioche
qui perfore l’ombre,
le levier
qui fait tomber les portes,
l’outil…
qu’attendait la glaise,
qu’attendent encore les pleurs
et que l’ombre attend toujours.
Le Verbe vint et dit : Voici la glaise ;
que la glaise se fasse pleurs
(non pas que se fasse la lumière).
Et la glaise se fit pleurs.
Au commencement était la glaise…
La glaise faite pleurs !
la conscience des pleurs !
la douleur de la Terre !
-A qui parles-tu ainsi ?
-A celui qui jeta le premier œuf
dans la glaise visqueuse de la mare,
à celui qui féconda la première mare du monde,
à celui qui fit pleurs la glaise.
-Et qui es-tu, toi ?
-La glaise de la mare,
la glaise faite pleurs,
terre de larmes…
comme toi.
Personne n’est allé plus loin.
Au commencement étaient les pleurs
et nous sommes en pleurs.
Car le Verbe n’a pas encore dit :
Que les pleurs se fassent lumière.
-Il le dira ?
-Il le dira, sinon,
à quoi sert la mer ?
(Nos pleurs sont les fleuves
qui vont se jeter à la mer…)
Ou la vie peut-elle éternellement
être une lamentation enfermée dans une grotte ?
Dieu est la mer,
Dieu est le sanglot des hommes.
Et le Verbe se fit pleurs
pour mettre la vie debout.
Le Verbe est dans la chair
douloureuse du monde…
Regardez-le, là, dans mes yeux !
Mes yeux  sont les sources
des pleurs et de la lumière !
Et nous sommes en pleurs…
Nous continuons l’ère des ombres.
Qui est allé au-delà ?
Qui a ouvert une autre porte ?
Toute la lumière de la terre
l’homme la verra un jour
par la fenêtre d’une larme…
Mais le Verbe n’a pas encore dit :
Que les pleurs se fassent lumière !

Mexico, 1939


Xavier Lainé – seule ta main


peinture - gravure:  Jean-Pierre Pincemin

peinture – gravure:      Jean-Pierre Pincemin    (probablement  la Jeune fille  et la mort)

-A  retrouver aussi, le blog de Xavier Lainé: Itinéraire des poètes...

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Alors, les paons ayant achevé leur roue
dans la cour du chateau pyromane
je cueillerai tes larmes sur tes joues de buées

Je dessinerai ton coeur dans la brume

Les broussailles avaleront nos pas

Un corbeau dans la plaine lancera son appel
nous tisserons les heures de toutes nos insoumissions

Nous serons libres apôtres d’un univers à construire
Nous en tisserons la toile invisible
Nos paumes se tendront au point cinétique de nos rencontres

Un rang de tic
deux rangs de tacs
nous tricoterons
mailles à l’endroit et à l’envers
une nouvelle histoire
fondue au creuset de l’avenir

Nous découvrirons une mine d’espérance
au filon où s’écoule la sève de nos coeurs battants

Epuisés d’ardeur
têtes posées à même la table
nous chercherons un vain repos

Seule ta main…

X L     – 21 mars 2010


Lucien Laborde – Mal végétal


fauteuil végétal de Marie-Claire idées

Mal végétal

Que ceux qui n’ont jamais souffert
d’un mal végétal de chou tranché
d’une angoisse cristallisée
de sucre ou de sel
d’une cassure de silex en pleine rotule

que ceux qui n’ont jamais été fusillés
avec les murs à l’aube
qui n’ont jamais levé leurs cris leurs mains
comme un épi debout sur les épis fauchés

que ceux qui n’ont jamais senti
le poids impossible à mouvoir
du corps dans les prisons de lune

que ceux qui n’ont goûté l’horreur
de sombrer sous les vagues
dorment
roses replets stupides
la vanité chatoyante dans l’oeil
sur le rivage du grand lac
frémissant à plein ciel !

Que ceux-là restent à la porte
absents de la haute espérance !

Sans eux nous porterons la Terre
aux lèvres du soleil
à la santé des vendangeurs !

Lucien Laborde. (peintre-poète)


Entre le vrai et l’espérance – (RC)


art: tapisserie ancienne

 

Entre le vrai  et l’espérance
Il y a un monde qui défaille
Peuplé de brumes et de failles
Dans l’écume  de l’apparence.

De la boîte de Pandore, l’écrin
déserté de toi  , dont le fond est lisse
Aux lendemains qui s’évanouissent
Le dicton, « qui trop embrasse, mal étreint »

Et voila  le jour réduit à l’ombre
La réalité qui se fait en fables
Et de mes mains, une poignée de sable
impalpable, que les pensées encombrent

Je rêvais d’être abreuvé d’espoir
Avec toi ,     comme idéale
Le trajet parmi les étoiles
Et j’ai trouvé la nuit noire

Lors de mon grand voyage
En marche vers l’oubli
Ainsi dérobée à moi, évanouie
..  convertie peut-être en mirage ?

Entre chose rêvée et pourtant vraie
De ce qu’on vit, et que le coeur remue
Est-ce donc l’illusion , seule, que j’ai perçue?
Gardant pourtant la mémoire de tes traits…

 

 

RC     31 mai 2012

 

 

 

 


Soleils de nuit ( RC )


peinture:       Otto Mueller –         expressioniste allemand

Soleils de nuit

Poussés par nos pas alignés
Sur la crête de tant d’ années
D’errance et d’insolence
A ne pas voir les soleils de nuit.

L’acharnement du survivre
A la faim et tempêtes
De sable, aura obscurci le nôtre
Notre regard limpide d’enfant

Porté en revers décisif
Se heurtant aux filets du court
Ou sortant des limites étroites
Du terrain de vie, en jeu

Il nous faudrait l’oracle,
La chamane du destin
Jardinier de l’infini,
La tête satellite

Pour traduire
Les leçons à venir
Devin de l’histoire en marche
Et prévenir le parcours des astres

Arrêtant dans leur élan
La chute des sources
Réparant blessures et drames
Incendies ravalés et flammes

Et aligner dans le bon ordre
Les numéros de l’espérance
Pour qu’au ciel on danse
Et qu’on rectifie le passé…

Mais la joie d’être mortels
De macérer dans nos défaites
Et de toujours tenir tête
Interdit de relire le manuel

De changer de mode d’emploi.
A chacun       de porter sa croix
Il n’existe          aucun raccourci
Pour voir de plus près les paradis.


Henri Bauchau – L’Enfant rieur


poupées d’indiens d’Amérique du Nord: Menominées

 

 

L’Enfant rieur

Je suis toujours l’enfant rieur, cet enfant que la guerre
A empêché de vivre en riant son enfance.
Jeunesse, encore en moi, je vais, je cours, je nage
J’adore les chevaux et skier dans la neige
Mon corps est amoureux, il aime, il est aimé
Mon corps est très patient, il est à mon service.
L’instant, couleur du temps, vient à moi promptement
Sur vos balcons, glaciers, travaillés de lumière
De toute ma chaleur je t’écoute, Soleil !

Un jour, je suis tombé, je tombe dans mon corps
Il m’a serré de près, je tombe à la renverse.
Je ne suis plus mon corps, je suis dans ses limites
Je suis un apprenti de mon corps de grand âge
Ignorante espérance, tu vois, je m’abandonne
À la pensée d’amour de ma fragilité.

Henry Bauchau

 

 


Robert Piccamglio – Midlands – 04


 

photo - Lozere en hiver

 

 

 

 

 

Et que les cruautés

se figent à jamais de glace

sur le bord des berges

où courent ces prairies d’eau

et de fines herbes qu’il nous faudra

encore fouler de nos pas.

 

Non ! Pas l’échec.

Mais l’espérance il le faut

avant que ne vienne la douce torpeur

du matin.

 

Chassant ainsi les étoiles de la nuit

d’abord nautiques.

Puis triste poussière

au milieu des coïncidences

faisant renaître la vie

a l’orée des marées

et des crépuscules.

 

Photo: Andy Goldsworthy - refuge d'art ( Chapelle Ste Madeleine), environs de Digne ( 04)