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Bassam Hajjar – Ils recouvrent de blanc ton absence


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Lorsque tu la quittes
ses murs se rapprochent
la maison qui, délaissée,
trouve son âme dans un coin
et devine, depuis un instant seulement,
la toile d’araignée qui pend
dans le familier
devenu vacant.

S’éloigne-t-elle maintenant ?

Ou bien la fais-tu basculer dans le vide

de tes yeux mouillés

dans tes mains

dans le grand air

des lieux éloignés

comme si la fenêtre derrière toi

regardait vers le dedans

et s’éloignait à son tour

tandis que t’absorbent la rue et le tournant
avec une boule dans la gorge
de la taille de l’océan.

Elle ne te voit plus maintenant
la maison qui se blottit dans les entrées désertes de son âme
comme si dans le silence de ceux qui restent, là-bas,
elle baissait la tête et prêtait l’oreille
à l’écho des pas d’hier

à l’écho du rire ou du chuchotement dans les salles de séjour

et les chambres

dans la cuisine

sur les étagères et la table
dans les coeurs étincelants des bouteilles d’eau et de cognac.

Comme si elle devinait
que la petite femme
habitait toujours son coeur
et marchait pieds nus pour ne pas troubler la quiétude
dans son esprit brisé,
comme un murmure
qui s’élèverait en elle, .

et de ses flancs
coulerait l’aigreur de l’attente.

Comme si, quand nous partons, c’était la maison qui nous
quittait,

les tableaux et les étagères descendent des murs
les récipients s’en vont
les meubles aussi
la couleur quitte la maison
tandis que les rideaux restent tirés sur son secret
ainsi que les amantes.

Comme elle est nomade, la lumière
et comme l’ombre est sédentaire

Et les maisons dans la mémoire sont des chambres obscures
des couloirs
la respiration tranquille des draps endormis
réfugiés dans la béatitude de leur bleu
seuls et lisses
seuls et creux comme les veuves
les veuves que sont les maisons
lorsque nous nous éloignons d’elles,
que nous faisons signe de loin
et qu’elles font signe de loin.

Puis la trame de l’horizon se relâche

et l’air se tend,

ni l’oeil ne voit

ni les fenêtres ne clignent

et entre eux la distance commence à se remplir, le temps
commence à creuser.

Ma fille distribue-t-elle en ce moment les rôles du soir ?

Discute-t-elle avec sa voisine la poupée ?

Fait-elle manger Snoopy avec sa petite cuiller ?

Trouble-t-elle l’esprit tranquille de la maison ?
Ou bien dort-elle ?

Et quand la mer passe dans sa nuit
elle se retourne, comme sur l’écume d’une vague,
et son visage s’éclaire, halo de sommeil.

La somnolence c’est aussi les maisons
leur apanage et leurs fantômes cachés
lorsque l’air, alourdi par la fumée et les lampes du soir,
endort la petite femme sur le canapé
tandis que se noie la table du bureau
dans le flot des néons
que bâillent les papiers et les livres
que s’arrête le poème.

Lorsque tu la quittes
ses murs s’écartent

La maison, vaste,
imite le désert des livres
le hurlement des loups au loin
tandis qu’un écho s’écoule de ses flancs.

Qui est l’absent ?

Les choses sont à leur place, sauf toi
les choses sans toi
te cherchent là où tu n’es pas.

Ils te voient là où tu n’es pas.

L’absent est avec eux
dans la photo, sur la chaise, derrière la table,
derrière la fenêtre,

ou bien tu avances, sous leurs yeux, dans la rue
les pieds exilés et le torse maigre.

\


Un chemin tracé entre les étoiles – ( RC )


photo Ile Vaadhoo   des Maldives:  provenance

 

Il y a une musique,
dont je ne connais pas l’origine ,
elle me vient du vent,            sans doute.
Elle m’entoure parfois     de son écume,
comme si j’étais une île,
et qu’il suffise d’avoir les yeux ouverts  ,
pour recevoir la brise
et comprendre la chanson .

Alors je suis poreux,
comme peut l’être une éponge,
          mais elle boit les mots
qui me viennent à l’esprit.

Au loin des navires passent,     indifférents ;
de toute façon
           ils ne sauraient traduire
le poème qui s’écrit par ma main ,
ni le souffle qui gonfle les voiles :
Dans un autre sens ,
          c’est peut-être trouver un chemin
tracé entre les étoiles .


RC – mai 2017


Je marche dans l’inconnu – ( RC )


e kelly.jpg

peinture:  Ellsworth Kelly

 

Là où le monde secret des inanimés perd de son mystère ,
en léchant ses plaies de lumière ,
on se tire difficilement du sommeil ,
dans le parcours des heures qu’interromp le réveil .

On a encore dans la tête , mille rêves .
Ils éclatent, comme une bulle crève ,
quand le jour s’élance
l’aube effaçant le silence
du coeur même de la nuit .
On doit reconquérir son esprit ,
ranger l’armoire à nuages ,
se préparer au voyage ,

  •    Aujourd’hui nous attend ;
    il faut plonger dedans ,
    endosser son costume ,
    poser ses pieds sur le bitume .
    Il n’est pas certain qu’il s’ajuste exactement  :
    ce matin ,         je ressens un flottement
    entre hier et aujourd’hui :
    >   pas sûr que ma vie
    me suive à la trace :

à mesure, elle s’efface
sans plus me correspondre :
les minutes et les secondes ,
les années anciennes
ne sont plus les miennes :
le temps est discontinu :
>                   je marche dans l’inconnu.


RC – juill 2017


Xavier Grall – Solo


 

 

 

Chapelle  Méné  Bré   520.jpg

 

photo perso  . Le Méné-Bré   2011

 

Seigneur me voici c’est moi
Je viens de petite Bretagne
Mon havresac est lourd de rimes
De chagrins et de larmes
J’ai marché
Jusqu’à votre grand pays
Ce fut ma foi un long voyage
Trouvère
J’ai marché par les villes
Et les bourgades
François Villon
Dormait dans une auberge
A Montfaucon
Dans les Ardennes des corbeaux
Et des hêtres
Rimbaud interpellait les écluses
Les canaux et les fleuves
Verlaine pleurait comme une veuve
Dans un bistrot de Lorraine
Seigneur me voici c’est moi
De Bretagne suis
Ma maison est à Botzulan
Mes enfants mon épouse y résident
Mon chien mes deux cyprès
Y ont demeurance
M’accorderez-vous leur recouvrance ?
Seigneur mettez vos doigts
Dans mes poumons pourris
J’ai froid je suis exténué
O mon corps blanc tout ex-voté
J’ai marché
Les grands chemins chantaient dans les chapelles
Les saints dansaient dans les prairies
Parmi les chênes erraient les calvaires
O les pardons populaires
O ma patrie J’ai marché
J’ai marché sur des terres bleues
Et pèlerines
J’ai croisé les albatros
Et les grives
Mais je ne saurais dire
Jusques aux cieux
L’exaltation des oiseaux
Tant mes mots dérivent
Et tant je suis malheureux
Seigneur me voici c’est moi
Je viens à vous malade et nu
J’ai fermé tout livre
Et tout poème
Afin que ne surgisse
De mon esprit …./

 

( début du long poème  « Solo »…  ed Calligrammes )


Henry Miller – Vin


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C’est un vin qui glisse comme du verre fondu,
et qui coule dans les veines comme un feu fluide, lourd et rouge,
dilatant le coeur et l’esprit. On se sent à la fois lourd et léger ;
leste comme l’antilope et pourtant incapable de bouger.
La langue rompt les amarres, le palais s’épaissit agréablement,
les mains décrivent des gestes larges et lâches, de ceux qu’on aimerait tirer
d’un crayon gras et tendre. On aimerait peindre tout à la sanguine ou au rouge pompéien,
avec de grandes éclaboussures de fusain et de noir de fumée.
Les objets s’élargissent et se brouillent, les couleurs sont plus vraies et plus vives,
comme pour le myope quand il ôte ses verres.
Mais par-dessus tout, c’est un vin qui réchauffe le cœur.

Henry MILLER « Le Colosse de Maroussi » (Ed. du Chêne, 1948)


Perfections et symétries – ( RC )


 

Tu mesures les formes parfaites,
où tous les côtés se répondent,
et obéissent aux mesures identiques .

Ainsi le constructeur tend vers l’utopie
de la vision où la mathématique
prend le dessus de la vie .

Les rosaces des cathédrales,
tournent en mouvements figés ,
aux soleils fractionnés,

Les mosaïques aux jeux complexes,
zelliges enchevêtrés
excluent l’humain dans le décoratif.

Des palais imposants,
forçant la symétrie,
se mirent à l’identique

avec le double inversé,
du bavardage pompeux
des images de l’eau .

Se multiplie la dictature
de la géométrie des formes
répondant à leur abstraction ,

comme des planètes qui seraient 
cuirassées dans une sphère lisse
d’où rien ne dépasse.

…  Des formes si lisses,
voulues à tout prix,
qu’elles génèrent l’ennui

excluant la fantaisie
le désordre
et le bruit.

Les formes parfaites
s’ignorent entre elles
définitives, excluant la vie

comme des pièces de musée,
pierres précieuses,
diamants de l’inutile

dont finalement
la froid dessin, clos sur lui-même
finit par encombrer .

Dans le passé, on ajoutait
à un visage de femme trop régulier
un grain de beauté, une mouche,

quelque chose pour lui apporter
une différence, un cachet
sa  personnalisation, un « plus » de charme

une irrégularité, une surprise,
portant dans son accomplissement
la griffure du vivant

Elle se démarque du cercle fermé
de la beauté idéalisée par quelque chose
contredisant la perfection

Celle-ci demeure une vue de l’esprit,
bien trop lointaine
pour qu’on puisse s’en saisir.


RC – août 2016

 

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Kenneth Patchen – Le village Tuda


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peinture H Bosch –         l’enfer ( détail )


On dit que
Jadis, avant la venue de l’homme,
Une colline prit feu et la déesse Anna
Mourut, en criant dans les flammes, le ventre
Brûlé comme une outre d’huile.
Le lendemain le monde se divisa en quatre :
Le lieu de l’eau,
Le lieu du ciel,
Le lieu de l’esprit,
Et le lieu de l’air.
On dit que la terre n’existait point,
Bien que beaucoup de gens ne connussent qu’elle.
Sur cette colline d’étranges êtres s’embrassaient
leurs enfants haïssaient l’espèce sur terre.

Kenneth PATCHEN in « 35 jeunes poètes américains »


L’observateur du tournant – ( RC )


photo Annabelle Chabert

Il y a des lieux comme ça,

Qui nous sont familiers,

On les emprunte si souvent,

Qu’ils s’incrustent dans l’esprit :

 

Telle pente,

et la lumière qui la frôle,

Tel arbre, sentinelle, 

s’étoffe de feuilles,

selon les saisons,            –  et le serpent grisé

de la route ici, dans cette épingle à cheveux,

  • la première des trois avant d’arriver au plateau –

Où le virage prend les couleurs du destin,

 

Le passé, le futur…

C’est à droite ?     :   Il faudra descendre,

faire attention à ne pas freiner les jours d’hiver,

quand le verglas guette…

 

–            Et puis se poster là,

        selon les jours,

   au même endroit.

Poser l’appareil sur son pied,

précisément à la même place,

marquée d’une croix rouge.

Enregistrer tout ce qui se passe,

Que cela soit au petit matin,

ou à l’heure verticale

quand le soleil ne fait presque pas d’ombre .

 

Attendre…

…        attendre qu’il se passe quoi ?

Qu’une biche traverse la chaussée, juste dans le champ de l’appareil ?

Attendre que les motards se succèdent ( le week-end),

se penchent pour mieux aborder le virage,

et compenser la force centrifuge

>              ( notions de physique me restant du lycée ).

 

Pouvoir comptabiliser le trafic :

combien de véhicules se sont succédé ce mardi,

combien montaient, et d’où venaient-ils ?

( leur immatriculation ), et s’il y avait des camions parmi eux.

 

Attendre que la pluie cesse,

attendre que les engins curent les fossés,

que les employés municipaux

consolident la murette ?

Qu’une pomme de pin se détache et roule  sur la chaussée,

selon la pente  …

 

Je ne sais pas si se poster là, équivaut à être un témoin,

si jamais il se passe quelque chose

à observer les passages, et les transformations, du temps…

Je ne sais pas….

 

Peut-être Van Gogh non plus         ne savait pas pourquoi

le chemin se sépare en deux,

dans sa dernière peinture,      devant son champ de blé.

>                    Il était là,          et c’est tout.

 

RC – juin 2015

ceci est une réaction à l’article « photographique » de Jean-Marc Undriener http://www.fibrillations.net/GYAANDS-TOUYANANTS

photo perso: Atlas marocain

photo perso: Atlas marocain


Raymond Carver- Boire au volant


jeu simulateur de conduite

 

 

Nous sommes  en août et je n’ ai pas
Lu un livre en six mois
sauf celui qui s’ appelle:  la retraite de Moscou
par Caulaincourt
Néanmoins, je suis heureux
de monter  avec mon frère en voiture
et de boire une pinte de Old Crow.

Nous n’avons plus de place pour l’esprit  ,
nous sommes en train de conduire .

Si je fermais les yeux pendant une minute
Je serais perdu, encore
Je pourrais volontiers me coucher et dormir pour toujours
à côté de cette route
Mon frère me pousse du coude.

D’une minute à l’autre, quelque chose va arriver.

tentative  de traduction  ( RC ) de l’original, ci-dessous
It's August and I have not 
Read a book in six months 
except something called The Retreat from Moscow
by Caulaincourt 
Nevertheless, I am happy 
Riding in a car with my brother 
and drinking from a pint of Old Crow.
 
We do not have any place in mind to go, 
we are just driving.
 
If I closed my eyes for a minute 
I would be lost, yet 
I could gladly lie down and sleep forever 
beside this road 
My brother nudges me.
 
Any minute now, something will happen.

Abritant des agents indésirables – ( RC )


 

Les doigts papillons,
multiplient les approches  veloutées.

Je ne sais pas faire des histoires longues.
Peut-être, les insectes  les  grignotent  ,
avant qu’elles  ne puissent prendre  de la consistance.

Ces petites  bêtes restent bien petites …  quelques  larves,  des moustiques,  des petites mouches inoffensives,  et des papillons bruns, de ceux  qu’on trouve dans les  céréales.
Elles ont juste  comme tendance à se multiplier,  de se répandre  sur mes  récits,

Dès que j’ai le dos  tourné. Copulant dans les  coins, elles parcourent joyeusement les phrases, et se nourrissent  de ce qu’elles  trouvent.

C’est une  famille  qui se porte bien, en apparence,  et qui fait la fête souvent.

Je dois , en multipliant des mots, leur  apporter  autant de nourriture qu’elles le désirent .
Je les emporte sans doute en moi, quelque  part,
à la manière  des fleurs, trop aimables, qui s’ouvrent aux vents, pour que les insectes viennent y chercher le pollen.
En échange, ils déposent  leurs œufs.
——– ( C’est une offrande intéressée…)

Ceux-ci restent à l’abri,  au cœur même du fruit qui s’est conçu. Ils ont la nourriture assurée et le logement  sur place .

L’idée  même  du récit  s’effrite,
en quelques miettes, qu’il m’arrive de me remémorer,
le matin suivant. – presque des confettis, qu’il faudrait se résoudre  à assembler par  couleur, pour  reconstituer l’étoffe originale,  une trame tissée bien fragile, attirant tôt la petite faune .

Si, à la place de coucher les mots  sur le papier,  j’avais  l’audace de les prononcer, une nuée de ces insectes  viendrait avec,
ne tarderait pas à former un nuage, d’où même  la lumière  aurait du mal à s’immiscer.
Les paroles  auraient  un son mat, comme  celui là, même  des mots,
déchiquetées, et souvent incompréhensibles,  à qui n’en saisit pas le fil, la logique interne   ( si par hasard, il y en a une ).

——>      Il vaudrait mieux  que je garde  tout ça pour moi

— car on a connu des cas,
où l’écriture, comme la parole, à petites  doses, pouvaient  s’avérer contagieuses, si une part de l’esprit rentre dans celui de l’autre, et dépose à son tour, quelques  œufs, ou de simples  bactéries.

Spontanément elles s’activent…  c’est  souvent à ce moment, je présume,
que se crée un  « terrain d’entente ».
– ( on dira que tout n’est donc pas à considérer de façon négative ) –

Si la science  se penche  dessus, il y aurait toutes  les  conditions  réunies, pour que cela continue  son chemin, d’une autre façon …  ainsi la vie  sur notre planète…

Une simple  vue  de l’esprit ?

Un esprit parasité par des agents indésirables ?
Ou qui contribuent  à sa propagation…


RC – déc  2014


Un volcan au Havre – ( RC )


photo Elainev -   architecture: Oscar Niemeyer

photo Elainev – architecture: Oscar Niemeyer

 

 

 

 

 

 

 

 

L’esplanade aurait pu continuer,
Indéfiniment.
Il suffisait d’aligner  les plaques  de béton.

Tant que l’espace  le permet ,
Entre les barres  d’immeubles ,
Sans  accroc.

Propice aux courses  folles,
Où viennent voleter
des  sacs  en plastique .

 

Il y a encore les traces de peinture  renversée,
Puis les  arcs  sombres
laissés par les pneus des voitures.

C’est un espace  sec, infertile,
De plaques  préfabriquées,
Où la ville  a  chassé  ses  arbres.

On s’étonne de voir une  frêle  silhouette le traverser.
Incongrue.
Comme un scarabée  sur une  plaque  de cuisson.

Et encore davantage
lorsque le gris uniforme,
Est stoppé  net,

Par les pentes  blanches, abruptes,
D’un Fuji-Yama,
Surgi, là où on l’attendait pas.

Une  envolée de l’esprit,
Prenant ses racines  au sein même  du banal,

Décisive.


RC  –  dec 2014


Ces pierres soulevées d’un mouvement de plume – ( RC )


Collage:         Max Ernst:          Santa Conversazione, 1921

 

Tu prends dans tes mains les oiseaux,
Tu les mets dans ta tête,
Tu n’as pas besoin de maison,
Ni de t’enfermer à double tour,
L’été est chez toi,
Tu arraches des mots aux herbes.

Les pierres deviennent légères,
Celles que tu soulèves d’un mouvement de plume.
Par la fenêtre, des martinets voltigent.
Mais elle ne donne pas sur l’extérieur,
Et, dans l’esprit,

Tous les oiseaux du monde y volent
librement ,à toutes profondeurs°

° ( provenant de la citation de Nicolas de Staël:  » La peinture est un mur, où tous les oiseaux du monde y volent librement à toutes profondeurs  » ).

 

( en réponse à « août » de « Carnet d’au bord », de Sophie G Lucas )

image:  montage  perso

image: montage perso


Je ne sais plus parler le langage des songes – ( RC )


gravure maritime  ancienne -  extraite de manuscrit

–                           gravure maritime ancienne – extraite de manuscrit

Je ne sais plus parler

Le langage des songes,

Et les partager avec toi,

C’est une vague,

Elle déferle, lointaine,

Et mélange ses images,

Vue aux lointains,

La vague des rêves,

Une parmi d’autres,

Se fond en léger frisottis,

A la surface des océans.

C’est vrai, il faudrait plonger,

Dans les profondeurs,

Pour suivre les courants,

Et les bancs des poissons.

Ces poissons de rêves,

Que tu chevauches peut-être,

Vers des horizons sous-marins :

Il ne serait pas question

D’en parler, ou seulement,

De façon muette,

Ce serait alors,

Sous les remous,

Sous les bateaux,

Notre façon de traverser,

Les étendues d’eau,

Les étendues de mots,

Et l’on décrirait sans le dire,

Toutes les couleurs,

Des coraux,

Qui peuplent notre esprit.

RC- 5 décembre  2013 bowlsuite-c


Un glissement des sens affecte le silence – ( RC )


peinture: Philipp Perlstein

peinture:             Philip Perlstein-         Aaron Douglas

S’il suffit d’être le sommeil où se réveille le jour.

Je peux attendre le retour, celui de la lumière

Dessillant les paupières, mais aussi, les yeux de l’esprit.

Je peux rester immobile.

Je me ferai statue, dans un jardin,

Couvert de mousse à longueur  d’années.

Celui qui reste  figé à attendre, que se transforment en fleurs,

Les réalités du matin naissant.

Mais il y a de beaux jardins  et une belle terre ;

Je la prends dans mes mains

Et , jusqu’à présent disparu à moi-même,

Comme l’était la Belle-au-Bois ( elle attendait)…

J’ouvre les paupières, au début avec

Doute et circonspection.

Je tâte mes membres.

Tout est en place,

Le cœur est là, … il ne se pose pas de questions.

Le ciel se strie d’évènements recommencés.

Des mouvements minuscules, et d’autres, apparaissant comme des cataclysmes.

Un glissement des sens  affecte le silence,

Je suis pris par un frémissement.

C’est un réveil.

La lumière est déjà haute dans le ciel.

Il ne me reste plus qu’à la dire.

La statue s’est mise en marche.

Elle ne s’arrêtera pas.

RC  –  janvier  2014


Katica Kulavkova – Le milan et l’ombre


 

 

Dans le ciel d’été le milan vole
sous la calligraphie illisible du zodiaque
en cercles d’abord vastes et heurtés
comme d’inavouables pensées
puis toujours plus serrés, obsessionnels
il s’attarde au dessus du fond natal
même si tout le reste continue à tourner
autour de son axe invisible.

L’ombre du milan tombe circulairement
sur la Terre d’où surgissent les eaux
comme des amours interdites
et l’homme se soumet à la soif
quand bien même il n’ose l’avouer.

L’ombre-écho résonne en rêve
mil-an, mille ans de mémoire…

Songe au moment où elle t’avait ébloui.
lorsqu’elle avait rebondi inaudiblement contre le ciel
fidèle au milan et à l’incommensurable
et tu l’éprouvais comme venant de partout
sans la trouver nulle part.

Rappelle-toi cet instant non terrestre.
Si l’infidélité devait commencer
le mirage égoïste
la scission de l’âme d’avec la forme
si la mémoire libérait son tourbillon démoniaque
tel un fantôme se logerait en toi
l’oiseau qui s’assoupit sur la croix de l’infini
loin du fond auquel nous rive la vanité
comme à la vie.

Tu quêtes éternellement sur terre
ce qui se passe au ciel.
La forme disparue, l’homme perdu
survole ton esprit
tu tournes ravie et inconsolable
et ton ombre se dessine si près
que la distance te manque
pour t’approcher de toi-même
et replier tes ailes !

 

à voir  sur le site  « recours au poème »...

 

 


Henri Bauchau – la règle


art:              auteur Christopher Veel:            carré d’art de Nîmes —         photo perso

La règle

Avec mes pierres carrées

Je t’enfermerai dans une œuvre

Car tu es coureur de chagrins

Et la règle est d’apprendre à rire

Homme

Avant de mourir.

In La main et l’esprit – Autour de la vision poétique

d’Henry Bauchau et d’Almert Palma, Éd.D’Art


Robert Marteau – La Sagrada Familia


photo Céline & Jeremy, de leur blog  Paris-Bali:                intérieur de la Sagrada Familia – Barcelone  —   A  GAudi

C’est défaite d’abîme,  étrange astrologie!
Les vagues prennent corps,coiffent, chaussent l’azur
Du feu le plus léger.  Tout s’élève en un mur
Organique de plis, d’entrailles; vers la vie

Tout monte;  d’elle tout s’éloigne;  la mesure,
Que brise le ressac, que la flamme dévie
En solaire oriflamme,  à la pointe surgit
Du métal affiné par la foudre, très pur,

Très saint,unique cri que la pierre répète;
(Sanctus! ) seul cygne ou prend sa forme la trompette,
Dans ce réseau de nerfs clamant son agonie,

Proclamant son triomphe;et sa note s’appuie
Sur la nervure et l’os, le moignon que l’esprit
Reconnaît pour sa voix,  son trèfle en broderie


ROBERT MARTEAU :  extrait de « terres et Teintures »


poème bantou – feu – ( trad Leopold Sédar Senghor )


peinture perso: maternelle  age  5 ans  (  j'ai probablement  été fortement aidé...  toujours est-il que j'ai  toujours cette peinture,  d'un format 50x65 cm)

peinture perso:            maternelle                   age 5 ans          ( j’ai probablement été fortement aidé…                 toujours est-il que j’ai toujours cette peinture,    d’un format 50×65 cm)

Feu

 

« Feu que les hommes regardent dans la nuit, dans la nuit profonde,

Feu qui brûles et ne chauffes pas, qui brilles et ne brûles pas.

Feu qui voles sans corps, sans coeur, qui ne connais case ni foyer,

Feu transparent des palmes, un homme sans peur t’invoque.

Feu des sorciers, ton père est où ?      Ta mère est où ?       Qui t’a nourri ?

Tu es ton père, tu es ta mère, tu passes et ne laisses traces.

Le bois sec ne t’engendre, tu n’as pas les cendres pour filles, tu meurs et ne meurs pas.

L’ âme errante se transforme en toi, et nul ne le sait.

Feu des sorciers, Esprit des eaux inférieures, Esprit des airs supérieurs,

Fulgore qui brilles, luciole qui illumines le marais,

Oiseau sans ailes, matière sans corps,

Esprit de la Force du Feu,

Ecoute ma voix :                 un homme sans peur t’invoque »

Poème Bantou

(traduit par Léopold Sedar Senghor)


Anthonin Arthaud – l’éther d’un nouvel espace


installation:            James Turrell           Tending Blue

Quand je me pense, ma pensée se cherche dans l’éther d’un nouvel espace.
Je suis dans la lune comme d’autres sont à leur balcon.
Je participe à la gravitation planétaire dans les failles de mon esprit.
Antonin Artaud, Textes de la période surréaliste

Loyan – Sous l’arcane


image – montage perso 2011

 

( un extrait du blog à textes  de Loyan)

 

 

Sous l’arcane

Sous l’arcane des arbres, le blanc risque d’être confondu avec un fantôme et traversé de flèches s’il ne chante pour manifester sa présence. Il lui faudra dormir sur des claies de bois à dix mètres du sol, manger les vers annelés de blanc, écouter les récits d’enfants piqués à mort par des serpents cachés de feuilles, confectionner une nasse à poissons avec des tiges, sculpter un arc et ses flèches destinées à tous les gibiers (grenouilles, oiseaux, cochons sauvages, agresseurs), cuire la farine de sagou après avoir pilonné le tronc de l’arbre pendant des heures, tester la guimbarde, affronter le réseau de la forêt, en apprendre les premiers marqueurs pour survivre.

« Où est la grandeur ? », demandait la voix intérieure avant de s’enfoncer une semaine dans la perte des repères. J’ai vu une réponse dans les yeux, les sourires et la pudeur des gestes, d’inconnu à inconnu, de quelqu’un à quelqu’un plus que de personne à personne. Ils se sont observés, identifiés, reconnus, estimés. Ils se sont fait égaux de son et de main. Puis chacun retourna à sa forêt, pleurant la parenthèse qui les fit chasseurs d’ombres et d’esprits, pendant que l’arbre fendu donnait goutte à goutte.

 

Laurent Campagnolle,

 


Sylvia Plath – lettre d’amour (1960)


peinture           Gerard Ter Borch:              femme écrivant une lettre

 

 

Lettre d’amour (1960)

 

Pas facile de formuler le changement que tu as fait en moi.

Si je suis en vie maintenant, j’étais alors morte,

Bien que, comme une pierre, indifférente totalement,

je restais là immobile suivant mon habitude.

Tu ne m’as pas seulement bougée d’un pouce, non –

Ni même laissé ajuster mon petit Œil nu

A nouveau vers le ciel, sans espoir, bien sûr,

De pouvoir saisir le bleu, ou les étoiles.

 

Ce n’était pas ça. Je dormais, disons : un serpent

Masqué parmi les roches noires comme une roche noire

dans le hiatus blanc de l’hiver –

 

Comme mes voisines, ne prenant aucun plaisir

A ce million de joues parfaitement polies

Qui se posaient à tout moment afin de faire fondre

Ma joue de basalte. Et elles devenaient larmes,

Anges pleurant sur des natures monotones,

Mais je n’étais pas convaincue. Ces larmes gelaient.

 

Chaque tête morte avait une visière de glace.

Et je continuais de dormir, comme un doigt tordu

La première chose que j’ai vue n’était que de l’air pur

Et ces gouttes enfermées qui montaient en rosée,

Limpides comme des esprits. Tout alentour

Beaucoup de pierres compactes et inexpressives

Je ne savais pas quoi faire de cela.

 

Je brillais, écaillée de mica,

et déroulée pour me déverser tel un fluide

Parmi les pattes d’oiseaux et les tiges des plantes.

Je ne m’étais pas laissé berner. Je t’ai reconnu aussitôt.

L’arbre et la pierre scintillaient, sans ombres.

 

La longueur de mes doigts a grandi, lucide comme du verre.

J’ai commencé à bourgeonner comme rameau de mars :

Un bras et une jambe, un bras, une jambe.

 

De pierre au nuage, ainsi je me suis élevée.

Maintenant je ressemble à une sorte de dieu

Je flotte à travers l’air, âme tournoyante,

Aussi pure qu’un pain de glace. C’est un don.

Sylvia Plath

 

 


La colline aux cigales – Petite audace dans le débris du jour.


LA belle  écriture  de  « la colline aux  cigales »,  dans la véhémence de la parole..   et pour une fois, je re-publie  un de ses textes  récents

Dessin: P.Picasso Cruxifixion d'après Grünewald 1930

 

Petite audace dans le débris du jour.

 

Je n’attends plus dieu dans la fissure. Sucre fœtal alangui, le trac suprême fait office. Qu’est-ce qui doute ?

Le camouflé du réel rangé dans un placard sordide. Des balais et des serpillières. Des copeaux d’air brûlé reposent dans une bouteille d’alcool. Eau de vie sans vergogne, un enfant meurt toutes les trois secondes. Le miel de la mer bafouille quelques vagues insonores. La récolte des courbes se fait dans les arbres. Dans mon cœur, j’ai la vision du lait que l’on refuse aux chatons. Liqueur d’oliviers répandue dans les champs archaïques, hublot refermé sur la plénitude des couteaux. La lumière s’est rétractée au fin fond de l’intime ombilic. Jets de pétoncles, huîtres écaillées, et encore des couteaux plongés dans le sable. Reptile ordinaire en vrilles jaillissantes, la terre mordue et le venin artisan du soufflet des forges. Où se trouve le sursaut ? J’irai lire le petit jour qui se déhanche dans le corps du matin neuf. Les bras cassés de la plume, j’irai écrire les notes muettes de l’abîme sous tes paupières de cristal.

Tout est redevenu comme avant. Sauf qu’avant les orties brûlantes ne poussaient pas sur ton visage. Sauf qu’avant la lumière refusait de couler dans l’ombre, derrière la vitre. Goutte d’air rebrisée sans fin, ouverte aux mots levés dans le cœur, je marcherai sur cette route qui ne conduit à aucune maison, sur cette corde où nos pieds se dessinent. Nos lèvres sont tremblantes et la terre collée dessus nous embrasse. La mémoire pèse le silence des foudres que l’amour ignore. Puisque de toute façon ta mémoire survie dans l’intervalle où se déroule la vague tendre qui tapisse l’horizon. Rien ne m’encourage davantage à déplacer le temps de sa course effrénée. Au loin, tout existe très fort dans les signes jaillissant par le ricochet des flammes réanimées. Ce matin, alors que le jour balbutiait à peine quelques pépites de lumière, j’ai pris le réveil sur la table de nuit et j’ai ouvert son boîtier. J’ai posé mes doigts sur la mécanique éventrée et j’ai senti le tic tac modifié de la cadence de mon pouls. Il n’y a pas de zones neutres dans l’escarcelle des émotions qui nous animent. Ma charrette est remplie de terre et de cendre mélangées.

Toutes les balises encore vivantes crépitent et se tonifient dans cet amas nostalgique. Ma peau touche à l’engrais des impulsions instinctives.

Je suis déjà lié aux soupirs du ciel. J’entends remuer derrière les nuages. Quelque chose s’agite. Peut-être les épousailles des étoiles et des terreaux fertiles ? Chaque journée grimpe au mât des contraintes, et l’enfer du monde se noie dans son dégoût. Je n’irai plus à toi comme un déversoir d’orages émaciés, toutes les braises de la terre s’étalent au couteau.

Tu ne viendras plus à moi comme un désert assoiffé d’eau claire. Immergés sous nos cathédrales en talus de fumée, nous marcherons dans la blancheur, à l’intérieur même de la blancheur. Nous sommes concassés de prières arrogantes. Nous sommes des poussières abruptes. Un pas de trop, et ce serait la chute. Nous flirtons dans le bout de monde, non loin des tumultes du silence profond, et nous grappillons notre part d’amour retaillée dans la pierre noire. Le jour est la géode osseuse de la nuit. Nous devenons des blancheurs alignées sur le vertige des silences. Assis sur le rebord de l’éternité, nous contemplons l’audace des heures qui meurent et qui renaissent. L’affrontement entre la nuit et le jour semble être une usure sans salive. Nous sommes toujours vaincus par la couleur des mille feuilles et nos âmes coulent profondément dans les saisons vierges où les fleurs se métamorphosent. Quoi d’autre que des fruits bien mûrs pour répandre des parfums enivrants ?

Tu as pénétré ma solitude comme une farine se dilue à l’eau. Une course liquide est debout, à nouveau. Une droite horizontale soutient la parole au-dessus des étoiles. Un trait rouge s’est enfoncé dans la marge, à la périphérie des jours dénivelés.

Nos jardins en escaliers gravissent le passage bariolé des mots dans l’opaque centrifugeuse des rêves. Dans l’ébriété des cendres entassées, une griffe insolente vient titiller la mansuétude avec la précision d’un horloger.

Nous avons avalé puis ingurgité la réparation de nos fibres. La première clarté de ta beauté ne luira que dans la nuit la plus extrême. Parce que le noir possède des vertus insoupçonnées, le rêve aime y piocher les pigments aigus qui troublent la réalité. Sous le brouet de fumigène, ma langue s’alanguie dans l’épaisseur des verves muettes. Je suis un soldat d’utopie en faction. Immobile comme les galons d’un général, je veille sur la bataille des fantômes qui peuplent mes souvenirs. L’illusion a la lourde tache d’inventer le réel. Le silence parle la langue ancienne et méconnue des pâturages préhistoriques.

Des cerceaux d’air s’échappent des cavernes. Je me découvre fourmillant d’étincelles au milieu de l’immensité implacable. La joie ne se cultive pas, elle surgit à l’improviste comme une lumière béate. J’aime te savoir dépossédée comme je le suis. Nos ruines jointées, les mots peuvent mieux graviter sur la corde de fumée transparente où la mort a eu lieu. Nos chagrins sont désavoués par l’amour replié dans nos chairs. Nos vies s’entravent de l’urgence que le passé remonte de ses caves insalubres.

Nos lacunes répondent par défaut à l’insistance de l’émotion imprimée à l’esprit. Le manque se traduit dans le dédoublement de la parole précipitée. J’aime le bruit du torrent que tu fais jaillir dans mon sang. Je dois admettre que l’amour n’est pas qu’une liturgie fantastique. Il est également la passerelle qui nous permet de traverser les ravins. Il colmate les brèches de l’absence et le vide n’est plus aussi effrayant. La joie vient combler le manque. Elle mastique les fentes de nos jardins ébréchés. Une douce chaleur se relève dans l’obscurité. Nous sommes assis au-dessus de l’ombre. L’amour se coupe comme du papier. Nos encres piochent sous nos peaux le souffle qui emporte. Nous sommes éblouis. La nuit agrandit la lumière. Nos poussières se forgent lentement dans la paume pliée de nos mains, et nos cœurs s’accoudent doucement sur l’éternité. La brume est passée au tamis, l’eau est bue par le rayon du soleil, tout est rendu au centuple à la pierre qui saigne. Tu es ma déesse Fortune. Celle qui incarne le hasard subjectif et l’échec de la pensée. Le bonheur bizarrement s’est immiscé à l’enjeu que m’impose l’épanouissement. Je reconnais humblement postuler à sa providence chaque fois que ma vie inquiète te souhaite comme un aveu nécessaire.

Les baisers qui sortent de la vase n’ont pas encore eu le temps de fleurir. Pourtant, les tiges fièrement élancées se dirigent vers le cayeu des lèvres où tout est inhabitable. Le mot plus que toute autre chose. Dépossédés, nous sommes le rayonnement de toutes les opportunités. A présent, il nous suffit d’enfourcher l’aube comme une monture ailée. L’amour est redevenu lui-même : aveugle et fou. Il domine la vallée verte comme les cheveux d’un arbre décoiffé. Mon cœur est cintré de bouffées rouges et mes frissons décapitent les silhouettes qui ne te ressemblent pas. Nous tirerons à la courte paille celui de nous deux qui devra embrasser l’autre le premier. Mon cœur est sur la route, tes mains aux carrefours. Je m’enflamme comme une nova sacrifie sa pudeur aux scintillements célestes. Plus loin que l’emportement, le temps caché derrière le soleil tire sa manche d’où tombe la blancheur comme une farine broyée par la meule de la lumière. Tout se retire d’un ressac. Même l’ombre qui nous suivait se dérobe sous les pas musclés du vertige.

La marche est poudreuse. Elle nous conduit l’un à l’autre, clairsemés. Trop d’espace me déconcentre. Détestable saveur du monde, ma main vieillit dans cet amour basculé. A l’aube, elle n’écrit plus que des choses usées. La vie maintient le ciel hors de portée. Nos cœurs amenuisent les distances en resserrant la lumière. Une montagne devient papier. Des rires circulent sur une trottinette. La mer se déchaîne dans le fond d’un verre. D’un regard je remplis l’entonnoir par lequel tu t’es dissipée. Je réalise ce que la providence articule en moi pour y faire naître ce que je suis. Elle gouverne l’immense part qui échappe à la raison. L’amour pulvérise la blancheur où s’effacent les griefs que le temps amoncelle. Il gicle comme une source traverse le feu qui se hâte dans la nuit déchirée. La mort est l’intermédiaire où la matière se défait, elle exclue tout avenir et pose le présent dans le sac noir de l’éternité. Il nous reste à gorger les ombres du fluide intarissable de l’innocence qui danse dans toute chose. Rien n’est écrit sur l’évidence de la nécessité.

Rien n’est écrit comme une finalité.

L’amour dans son hasard de merveilles subjugue et met en lumière l’immensité des espaces ignorés. Et aujourd’hui, j’assume pleinement cet indéfini créateur.

C’est à lui que je dois mon étonnement profond. L’événement insensé c’est ce que l’on est. L’amour que l’on a en soi nous suit toujours, partout, où que l’on soit. Toi, et seulement toi ! Je sais maintenant la tache que tu avais au fond de l’œil. Toute l’existence repose sur la rencontre. Elle ne peut tolérer la défection d’un lien intime et amoureux. Toute perte est une chute.

C’est une avalanche de tristesse qui déboule de la montagne où le loup s’est caché. Plus aucun bruit de branches, la nuit disparaît sous les couvertures du rêve insolent où remuent des images défectueuses. Le cauchemar ne connaît pas de distinction entre le jour et la nuit. Lumière aigre de la première lampe au fond du couloir, mes mains cherchent la rampe. Tu restes éveillée de ta seule présence dans mon esprit. Nos collines brûlent sans bruit. Tous ces mots enchevêtrés à nos cils.

Il faut sortir de nos paupières closes, aller dehors. Le thym traverse notre jardin au pas de course. Le parfum n’arrive pas à se poser, l’air non plus. C’est un chassé-croisé entre nos cœurs percés d’aiguilles. On ne parle pas davantage que la source. Le feu est un bouquet du premier jour.

Un sentier de mouchoirs borde le Mistral qui nous pousse dans le dos. Salves d’air en remous, tourbillons remontant nos narines. Il fallait creuser dans l’ombre longeant le mur. Alors, j’ai ramassé des pierres et des glycines. Un peu de lierre dans la buée des choses sans nom.

L’endroit où je touche à ma parole, le lieu d’unisson est pure partie de l’abîme. Dans l’extrémité où planent des moineaux, des platanes s’envolent laissant place au canal criblé de nuages blancs.

Nos voix sont fermées à clef, de l’intérieur, et les mots d’amour incendiés se retrouvent dans le désastre des gestes incompréhensibles. A toi qui n’es pas là, je peux le dire, si la mémoire flambe aujourd’hui comme un feu de forêt, c’est que mon cœur s’acharne à brûler l’aube qui t’a suivie. Caravane d’émotions transbahutée dans le jour replié sous la terre. Tes yeux au-dessus de tout soupçon, à la lisère des souffles.

Crémaillère accrochée au silence, je bute encore sur le linge où tu te caches. Il appartient aux étoiles de travailler à la construction de l’infini. Nous parlerons à la terre, aux herbes et aux fruits. Un mot suffira à dilater nos clapotis d’enfant. Nous ressusciterons comme les vieux troncs d’oliviers fendus par le froid sibérien.

De jeunes pousses sont déjà incrustées à la paume de nos mains. Dorénavant pour saisir les heures enfuies, nous tremblerons comme l’air détonne avec le tonnerre. Rien n’a plus d’audace que le jour pour terrasser toute une nuit.

 

23-03-12

 


Mouvements d’un cil – Moins le hasard et toutes ces choses là


peinture: George Bellows ; the big dory

 

Moins le hasard et toutes ces choses là

 

La force dans le sel du vent et le mur blanc comme un boulevard qui soulevait une échelle. L’ombre de mon esprit venait chaque matin se déposer sous le pin et le vase recueillir le secret du soleil. La mer gisait en dépouille au fond de la cour, je pouvais entendre le murmure de l’écume en fermant les yeux, pourtant si près du désordre des graviers sous mes pieds nus. J’ai persévéré de tout mon visage pour ne pas oublier cet instant, ses heures inutiles pleines de louanges. Même dans le sommeil. Maintenant. Tous ces élans si vastes pour se contenir et mes mains sur les genoux, immobiles. Toutes ces effusions face aux frissons imperceptibles des feuillages. Beauté que l’on aperçoit dans le creux d’un vase et le ciel si serré du bleu immense. Le ciel pouvait agitait ses ailes nuageuses, je ne percevais qu’une apesanteur et le besoin soudain, le besoin d’exister. Seulement. Pour rien.

₣.w

(sam. 28.05.11)

And the white wall as a boulevard that raised. a ladder

 


Ames au poids – (RC)


papyrus egyptien.. pesée des âmes

Des aventures en mythologies, beaucoup les partagent

Ce sont des dits, des légendes  ( et des commérages)

Qui se colportent, en générations, dans les mémoires

Et donnent en naissance,   de belles  histoires

 

La pesée des âmes  ( d’un poids négligeable)

Devait être comme l’or  ( assez rentable)

Bataille des chiffres et ——-marchandages

Et j’organise  un p’tit voyage  !!

 

Par convois entiers,  ou bien fusées

Les âmes sont partantes pour aller  au musée…

Mais y en a qui trichent, comme le Dr Faust

Préférant livraison lente plutot que « chrono-post »

 

Ayant vendu, comme on le sait, son âme au diable

Et afficher  en retour, un sourire aimable,

Qui pourrait convenir à Marguerite    – (elle lui fait la bise) …!

Et aux échanges, y a aussi le marchand  de Venise

 

Qu’à sa p’tite affaire, et n’connaît pas la crise !

C’est encore elle ( la crise), qui étonne et défrise..

J’ai donc  reçu, y a pas si longtemps , une proposition

D’acheter l’esprit, l’âme et le talent   –  autorisation –

 

Pour une vie meilleure, un autre horizon

Ce qui, pour cette âme, était la meilleure  solution…

M’étant jamais v’nu à l’idée de posséder deux âmes

Surtout quand  l’autre est celle  d’une femme…

 

———-  mais  tout compte fait, j’vais  réfléchir…

Pas  sûr qu’ça  soit une bonne  affaire  –  pour investir

Cela risque  fort de perdre de la valeur

s’il me vient avec,  douleurs  et malheurs…!

 

A jouer malin, et passer par-dessus les lois

Même encore  légères, les âmes seraient un poids…

Je dirai plus tard, les suites  de l »aventure

Et leurs conséquences sur mon futur

 

Si je rends visite à  la voyante, Mme Soleil

Qui a de petits seins, mais  gros orteils  …!

Elle  connaît les comment  et les pourquoi …

On verra donc,  quel sera mon choix…

 

photo: Sculptures du tympan de Conques ( Aveyron) J Mossot


Claude Albarede – Sonnet du mal-être


le forum des  « révélations poétiques   »  de chez Amicalien,  nous permet  de faire  de belles  découvertes, par  exemple  Claude Albarede,  dont je  cite un de ses écrits

 

art: installation- hologramme de James Turrell

 

 

Le feu me gèle et le froid me calcine,
Le jour m’aveugle et la nuit m’éblouit,
J’erre dans l’air et je m’évanouis,
Dans l’eau j’aspire à l’air que j’imagine.

L’esprit me prend quand mon corps s’étudie,
Le corps m’absorbe au moment où j’exprime
Une pensée qui soit de sève ourdie,
Comme en ma chair l’esprit plonge et s’anime.

L’amour m’octroie ce qui me l’interdit,
Quand devant moi la nudité m’invite
A m’assouvir de l’absent qu’elle agite.

La mort appelle à son coucher maudit
Ma destinée, qui d’elle agrée la rime,
Puisqu’elle naît de nos liens intimes.

Claude Albarede
***