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Isabelle Pinçon – Celui qui était dans le lit


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Un cube descend sur le lit,
le lit n’est pas un lit,
ce qu’elle a fait avant,
une multitude de lettres,
des papiers sur lesquels elle s’endort,
des lignes de fuite,
des formes géométriques,
une peinture abstraite,
des costumes, quelque chose qui occupe le regard –
tu regardes, tu regardes celui qui était dans le lit -.

Elle regarde fixement au-dessus de la porte,
elle prend une tapette sur l’étagère,
elle lève le bras, elle reste immobile quelques secondes,
le regard toujours fixé,
elle frappe d’un coup,
elle frappe fort,
la chute verticale de la mouche,
elle a envie de se donner quelques tapes sur les fesses,
elle le fait, elle s’amuse.

Isabelle Pinçon    Celui qui était dans le lit


A l’ombre : « monologue carcéral » ( RC )


photo extraite de « elle dit lemonde » texte d’Antoine Volodine:

Quelques pas dans le couloir,

L’écho lointain du parloir

Se déplace  avec le son

Cliquetis , le trousseau du maton

La démarche lente,

Les chaussures traînantes…

Et l’ouverture du volet de la porte

Sa face grasse encadrée de la sorte

Et le parcours de son regard louche

Traverse l’espace comme une mouche.

 

Une lumière  un peu terne

Qui s’efface  quand il ferme.

Je parcours le décor hideux

Des murs d’un vieux vert huileux

Par endroits graffités

La couverture sur le lit, mitée,

La table bancale dont j’ai hérité

Le formica de ses coins, effrité

Et mes poèmes qui s’empilent

Peut-être bientôt, mille…

 

– Grand bien me fasse –

Le long du temps qui passe…

Ajoutons , la vieille  chaise  en fer

Trois livres sur l’ étagère

Pour  décrire l’austère

De mon univers

–*
La fenêtre carrée du troisième étage

A pour avantage

D’avoir une  vue panoramique

Sur les arbres rachitiques

Et l’herbe pelée

Derrière les barbelés

 

Puis les miradors

S’ajoutent au décor

Au coin j’ai la vue

Sur une avenue

Un peu à l’écart

Du quartier d’la gare

Un quartier hostile

Du nord de la ville —

Les barreaux s’enlacent

Y a des bras qui passent

A travers l’acier

Du pénitencier.

 

Exposées en rage

Des mains issues des cages

Demandent  conseil

Aux rayons  du soleil

S’accrochent à un ailleurs

Qu’on voudrait meilleur

De ceux qui appellent

De ces moignons  d’ailes

Pauvres garde-mangers

Il y a des rangées

De sacs  plastiques  blancs

Ballotés par le vent

On dirait que, des  cellules

S’échappent des bulles

De la monotonie, du morne

Et de l’uniforme

Et quelques gardiens

Promènent leurs  chiens .

 

Quartier artificiel

Qui grillage le ciel

Quartier  d’sécurité

 » Tu l’as bien mérité !  »

Pendant que les heures agacent

Se retournent et prélassent

Je suis  égaré

Dans quatre mètres- carrés.

 

Etant dans mes chaînes

A purger ma peine

–     Le temps  s’est  entêté

Et semble s’arrêter

En étant à l’ombre

A broyer  du sombre

Bientôt trois années

Assis à ruminer

Elucubrations, divagations

A chaque occasion

 » En avant toute !  »

Pendant que les  gouttes

De cette satanée fuite

Dessinent  et délimitent

Comme une sorte d’Afrique

Géographie maléfique

Ou bien une  Asie

Sentant le moisi

Un contour sordide

Tout autant humide

Mais, glissant sous la cloison

En rêves  d’évasion…

RC   4- 03 -2012

Et je remercie  Brigitte  pour  son commentaire poétique…

Du coup je mets aussi ce poème  de Armando Valladeres ,( poète cubain ) qui passa 22 années en prison (1960-1982) pour ses convictions chrétiennes et politiques. Armando Valladeres a écrit des poèmes d’une haute portée contre la dépossession humaine. L’un de ses textes porte les couleurs de la résistance et mérite qu’on s’y arrête:     

« Ils m’ont tout enlevé , les porte-plumes
     les crayons, l’encre
     car, eux,
     ils n’aiment pas que j’écrive.
     Et ils m’ont enfoui
     dans cette cellule de châtiment
     mais même ainsi
     ils n’étoufferont pas ma révolte.
     Ils m’ont tout enlevé
     – enfin, presque tout –
     car il me reste le sourire
     l’orgueil de me sentir un homme libre (…)
     Ils m’ont tout enlevé, les porte-plumes , les crayons.
     Mais il me reste l’encre de la vie
     – mon propre sang-
     et avec lui,
     j’écris encore des vers. »

extrait de  quand  les mots  dénoncent les maux…

voir  aussi  ce nouveau post,  avec un autre  texte  de l’auteur  cubain...


Défaut d’insectes … ( RC )


photo: coléoptère sur fleur jaune

( en réponse au   » plein  » de JoBougon... )

çà c’est ben vrai ma brav dame…
ces petites bêtes à gratter
sont d’une ingratt titude
que ç’en devient habitude
aussi plutôt qu’en faire un drame
Mieux vaut l’ voyage aux tropiques
même s’il, faut se frotter
les animaux qui sont typiques
nous font dégoiser
à défaut d’être sympathiques
ou alors faut les apprivoiser

quant à ta punaise
y en a qui trouvent  solution
en prennent à leur aise
comme une punition
s’en servir et les encadrer
pour permettre aux papillons
de mieux chatoyer
cloués, déposés au mur
pour mieux parader
avec et sans futur

Et  ta petite boîte
Formant une maison
Certes très étroite
Comme une prison
Bouchon de réservoir
Un abri fortuit
Confortable dortoir
Epargne les produits

Alignés sur l’ étagère
Les insecticides
Attirail de ménagère
Donnant  l’odeur acide
Du placard à balais
Où les serpillères
Prennent le relai
Des capsules de bière
De  l’été dernier
Que l’hiver affecte
Le tout dans le panier

A défaut d’insectes

RCh:  16-01-2012