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Mary Oliver – Regarde , les arbres –


Paul Sérusier – Arbre jaune –

Regarde, les arbres

sont en train de tourner

leurs propres corps

en piliers

de lumière,

sont en train d’exhaler la riche

fragrance de la cannelle

et de l’accomplissement,

les longs cierges

des massettes

sont en train d’éclater et de flotter là-bas sur

les épaules bleues

des étangs,

et chaque étang,

peu importe ce que son

nom est, est

sans nom maintenant.

Chaque année

tout

ce que je j’ai jamais appris

pendant ma vie

me ramène à ceci : les feux

et la rivière noire de la perte

dont l’autre rive

est le salut,

son sens

nul d’entre nous ne le saura.

Pour vivre en ce monde

tu dois être capable

de trois choses :

d’aimer ce qui est mortel ;

de le tenir

contre tes os sachant

que ta propre vie en dépend ;

et, quand le moment viendra de le laisser

partir,

de le laisser partir.

 

In Blackwater Woods

Traduction : Aédàn (2021)

Look, the trees 

are turning

their own bodies

into pillars
 
of light,

are giving off the rich

 fragrance of cinnamon
 
and fulfillment,

the long tapers 

of cattails 


are bursting and floating away over 
  
the blue shoulders
 
of the ponds,


and every pond,

no matter what its
 
name is, is 


nameless now.

Every year 


everything
 
I have ever learned

 in my lifetime
 
leads back to this: the fires
 
and the black river of loss
 
whose other side
 
is salvation,

whose meaning
 
none of us will ever know.

To live in this world
 
you must be able
 
to do three things:

to love what is mortal;

to hold it 

against your bones knowing
 
your own life depends on it;

and, when the time comes to let it
 
go,

to let it go.




voir  aussi : 

 Mary Oliver en Français Facebook

ou

https://www.poetryfoundation.org/poetrymagazine/browse?contentId=41916


Julian Tuwim – Les joncs


Gerhard Richter ( huile sur photo couleur)

 

 

La menthe parfumait l’eau des étangs,

Et les joncs dodelinaient leur chanson ;

L’aube rosissait, l’eau se fit vent,

Le vent berça la menthe et les joncs.

 

 

Comment savoir alors que ces herbes

Se feraient poèmes au gré des ans,

Et que de très loin je hurlerais le nom des simples,

Au lieu de me coucher parmi les fleurs simplement ?

 

 

Comment deviner la future douleur

D’arracher les mots au monde vivant,

Comment savoir qu’à se pencher sur l’eau, sur les fleurs

On se faisait souffrir des années durant ?

 

 

Je savais seulement que les joncs

Cachaient des fibres fines et légères,

De quoi tresser un filet fluet et long,

Un filet pour ne rien faire…

 

 

Dieu immense de mes années d’enfant,

Dieu très bon de mes aurores claires,

Jamais plus donc il n’y aura d’étang,

Ni de menthe dans la lumière ?

 

 

Je suis donc condamné sans rémission

A quêter des mots désespérants ?

Et les joncs, les simples joncs de ma chanson,

Jamais je ne les verrai simplement ?

 

 

 

 

Traduction Jacques Burko

Pour tous les hommes de la terre

Orphée

La Différence


Une route perdue – ( RC )


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Au bord du son déjà lointain
De la cloche fêlée
J’ai cheminé sous les brumes
Au bord des étangs remplis de nuages,
Essuyant leur camouflage.

Ce qui avait été une route
Traçait sa voie au milieu des sables
Fougères et terrains instables,
Se morphondait en plaies,
Les dents de cailloux sous la surface.

Cette voie je l’ai suivie
Aussi loin que le regard porte.
Elle se déroule toute droite,
Et absente des cartes…
Censée mener quelque part,
Maintenant plongée dans la forêt :

Une échancrure fine et rectiligne,
Qui pourtant s’essouffle,
Lorsque les îlots d’asphalte
Burinés de sable noir, se font rares,
Mangés par les flaques,
Aux bouches opaques.

Elle se rétrécit encore,
Serpente et se tord,
Et puis se perd,
Bue par la densité du vert,
Comme un vieux langage,
Dont on aurait perdu l’usage.

Transformée en chemin,
Celui-ci s’éteint
Au milieu des pins,
Cédant la place à une impasse,
Un rideau clos,
Un fouillis de végétaux
a reconquis la place,
fermant peu à peu l’espace.

Habitée par les ombres,
Des arbres sans nombre ;
une cabane abandonnée,
Où le chemin m’a mené :

cette petite cabane,
dont les couleurs se fanent
perdant peu à peu ses planches,
Masquée par les branches ,
c’est vers le sol qu’elle s’incline…
le temps lui fait courber l’échine .

.

juillet 2014 – fev 2018


Marie Hurtrel – gelures au bord de l’étang


givre sur plantes –      photo perso  – Bretagne

L’heure est aux gelures des bords des étangs incrustés de lune.
Là,
entre un silence et le souffle des monstres brennous,
les plumes s’agitent,
les mots tombent,

et la magie n’existe plus que dans l’eau rouge des veines.

Dans l’antre ouverte de l’outre âge :
Il est temps,
où le temps sourd.

Il crime,
de l’autre côté de la terre ;
la mort a l’odeur des baptêmes intégristes.

Le sens broie où les os craquent,
quand la patience cure ses canines occidentales.

© Marie Hurtrel

 

 


Ecriture paysagère, plume voyageuse ( RC )


photo:             Yann Arthus Bertrand             – îles d’Aran – Inishmore

 

 

J’ai écrit sur les causses et les montagnes
L’aube sur les étangs gelés, en rase campagne
Les déplacements minuscules, qui font sans doute
La différence, aux zébrures de parcours d’autoroute…

J’ai aimé la nef affleurant  des îles d’Aran
Les nuages empilés, de ces îles sous le vent
Les champs qui ondulent, et contournent les collines,
Les pins sylvestres attentifs, au bord des dolines,

En attendant que l’orage cesse, sous un abri de roc,
Ma tête convoquait les ogives d’une cantate baroque
Les toits dansants d’un village provençal,
Un marché,  fruits et légumes, jonglant de couleurs sur les étals.

Avec mes croquis des maisons d’Amsterdam,
Sous un ciel si bas, que les nuées condamnent,
Je me suis donné  l’espace d’un défi,
Sans transcrire en photos, architectures, et géographies…

La plaine est immobile, et la plume voyageuse,
Et caresse aussi bien  les bords de la Meuse,
Que le bourdonnement têtu des abeilles
Dans les calanques, près de Marseille.

RC  –  29 juin  2012


Françoise Ascal – Arpenter le pays


– photo  auteur  non identifié  –  Ethiopie

Il faut choisir où mène ce petit jeu irrépressible. Main appartenant à celle qui aurait aimé marcher en direction des étangs, qui était venue dans ce pays pour “ça”, et qui croyant avoir choisi n’ a fait que se soumettre. Non seulement main-aveugle, mais pire: Vouloir-aveugle. Vouloir envahissant logé sous la langue peut-être, ou dans la gorge, ou bien encore lové comme un serpent à l’endroit précis du plexus, anneaux repliés sous la chaleur de juillet, si bien que le corps tout entier de celle qui écrit n’est qu’un repaire de forces étrangères à elle-même. L’arpentée, c’est elle. Non les étangs du désir, non la page noircie en vain, toujours en vain. L’arpentée est sans repos, sans possession. Seule la table de trois planches mal équarries semble lui appartenir.