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Guillaume Apollinaire – Orange


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peinture  : Pierre Alechinsky  : la cantatrice

 

Te souviens-tu mon Lou de ce panier d’oranges
Douces comme l’amour qu’en ce temps-là nous fîmes
Tu me les envoyas un jour d’hiver à Nîmes
Et je n’osai manger ces beaux fruits d’or des anges
Je les gardai longtemps pour les manger ensemble
Car tu devais venir me retrouver à Nîmes
De mon amour vaincu les dépouilles opimes
Pourrirent J’attendais Mon cœur la main me tremble !
Une petite orange était restée intacte
Je la pris avec moi quand à six nous partîmes
Et je l’ai retrouvée intacte comme à Nîmes
Elle est toute petite et sa peau se contracte.
Et tandis que les obus passent je la mange
Elle est exquise ainsi que mon amour de Nîmes
O soleil concentré riche comme mes rimes
O savoureux amour ô ma petite orange !
Les souvenirs sont-ils un beau fruit qu’on savoure ?
Le mangeant j’ai détruit mes souvenirs opimes
Puissé-je t’oublier mon pauvre amour de Nîmes !
J’ai tout mangé l’orange et la peau qui l’entoure
Mon Lou pense parfois à la petite orange
Douce comme l’amour le pauvre amour de Nîmes
Douce comme l’amour qu’en ce temps-là nous fîmes
Il me reste une orange
Un cœur un cœur étrange

 

Guillaume APOLLINAIRE « Ombre de mon amour »


Les chemins de Séraphine ( RC )


peinture: Séraphine de Senlis

 

 

 

Avec d’autres chemins

Certains le suivent..;

effet du hasard ?

Tirer la bonne paille… ?

 

 

Le destin aux lignes de la main

La barque qui dérive

Et qui peut-être s’égare

Où qu’elle aille ….

 

 

Il n’y a pas besoin d’être vieux

Pour découvrir, à tous vents

La passion qui nous porte

Sans qu’on l’imagine…

 

 

Elle nous porterait aux cieux

Se transformant en talent…

Je pense à une femme forte,

La peintre Séraphine

 

 

Inventa son univers

En éclats de couleurs

Et rendit possible

D’autres lendemains

 

 

Détachée de la terre

En éclats de douleurs

Elle fait voir l’invisible

Qui est à portée de mains…

 

 

C’est tout un monde étrange

Où le certain, n’a plus cours

Où bascule notre regard

En abolissant nos repères;

 

 

C’est un monde qui dérange

Une folie sans contours

Où l’on comprend que l’art

Est solitaire, et salutaire…

 

 

RC- 8 octobre 2012

 


la juste place ( RC )


Toni Grand     , Double colonne, 1982, bois et polyester stratifié, Ctre G. Pompidou, Paris

A sa place, à sa juste place.
C’est ce que nous nous disions, de ce grand corps silencieux, de ce grand corps exposé au vent..
Chacun à son tour, nous nous glissions, – pensant passer inaperçus – près de lui, sous son ombre dense, et nous l’étreignions,
– enfin, ce que nous pouvions, –

une portion de sa masse cylindrique dressée,
la tête contre l’écorce,
 l’odeur du bruissement de la sève,
 le murmure changeant du vent dans la ramée…
 et la caresse lente des feuilles portées par l’automne,

Elle formait à nos pieds cet épais tapis d’ors et de bruns…

Ses membres puissants suspendus,     bien au-dessus de nos têtes,
mais aussi à nos pieds, couverts de mousse.
A sa place, sa juste place..

Maintenant, après la tempête,   témoin , pour ceux qui ont pu résister ,
le royaume du grand chêne, n’est plus le même…

A sa place, sa juste place, il y a un grand vide.

Mais le tronc seul , redressé sur place, se délitant peu à peu,
restant , en un signe,           la sculpture d’un espace

règne , massif, sur la place,                 sa juste place…

 

 

RC  – 26 septembre 2012

photo perso: tronc,            département des Landes , été 2012