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Eugene Durif – l’étreinte, le temps – 10


photo perso: Theatre Marigny Paris  2010

photo & montage  perso:   Theatre Marigny Paris 2010

 

 

Nous ne faisions que nous éloigner,

les étoiles dans le bleu,

prises comme d un tremblement,

et nos mains de glace.

Marchant,

allant, cela suspendu,

cela de nos gestes qui aurait fait de chaque parole une étreinte.

Les bois morts frappés de foudre

(le chemin du remembrement)

signes d abandon.

 


Eugene Durif – L’étreinte, le temps- 09


Peinture-collage: P Picasso, nature morte à la bouteille et aux dés - 1914

 

.Soudain dans le rire,

le coeur au bord des lèvres,

éclat recroquevillé.

(Dés lancés jamais ne retombèrent,

pour jouer  l’  innocence

en simulacre)

 

Vire-volte de lace défaite, douceur aiguë, approcher la semblance.

Le visage s efface, le vrai au miroir, plus pâle.

Ce si peu de corps, legs abandonne.

 


Eugene Durif – L’étreinte, le temps- 08


installation artistique  » délimitations

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La peau sentie contre les lèvres

douceur bue et toute honte,

la douceur de l’ oubli qui ne peut venir

fermer les yeux.

 

A tout instant, je crois te serrer contre moi

et te voir comme si je voyais au premier jour.

Paroles qui n’en finissaient pas dans le noir,

je te parle

et ce moment ou nos mains l’ une contre l’autre,

tendues l’une en l’autre à jamais.

 

( Ce jour là)

Et je t appelle et crois te saisir,

l écho de ton nom dans toutes les pièces vides.

(.J’ai senti sur mon visage les étoffes, caresses d absence,

dans l’armoire où sont tes vêtements et le parfum dessous)

Et je crus te serrer dans la blancheur de ce jour de novembre;

crevais te serrer contre moi, ce n’ étaient que mains qui s effleuraient dans le pauvre jour, à peine s effleuraient et ce sourire tout à coup d’humanité.

 


Eugène Durif – écorchures de la matière


peinture perso: Leadded (1998) huile sur toile

 

 

 

 

Ciel bas, presque gris. L’ œil, obstinément, tente de fixer. Déchirée, la blancheur feinte laisserait voir soudain l’obscène, azur.

Il ne désire rien tant que retenir ce qui s en va. Pans de ciel, croit-il discerner, à même d’improbables lignes j’erre. Si cela se relâchait complètement, ce serait un insupportable afflux de formes. Il voudrait délimiter, cadrer une surface très précise à l’ intérieur de laquelle puissent s’accomplir tous les excès: jusqu’à leur plus extrême rigueur.

…EXtirper quelque chose du vivant, fixer dans l immobilité, le calcaire même du rêve…

Dans une proximité fiévreuse, la parole se veut alors égale à la tension du regard. En vain, elle ne le sait que trop bien. Sans illusion, elle tente d entrer en résonance avec ce qui lui demeure résolument étranger, matérialité agissante qui, dans son évidence calme, n a d’autre chemin et détour qu’elle-même.

Rien d autre qu un certain jeu de la couleur ou une lumière nue portée tout à coup sur les choses. Et le sol cède ouvrant à une infinité d autres scènes. Où traces, balafres, écorchures de la matière.

 

Comme un désir de refaire sans cesse le trajet de la main et de l’oeil. Paradoxalement, un glissement progressif vers l’effacement. Le récit subtil d une impossible appréhension.

Jet in copper. Un écho, une sédimentation lente, dont ces mots seraient comme une lointaine métaphore et qui n arriverait jamais à se figer tout à fait dans la fixité de l’ image.

C’est d’une étreinte oubliée avec la matière (elle seule s’en souvient) qu’est né ce frémissement de la rigueur. Catastrophe très ancienne de laquelle plus rien n est visible à la nudité de l’oeil. A peine d imperceptibles fêlures, minuscules effondrements, restes souterrains et secrets, en témoignent-ils. Entailles douées au toucher. Aux aguets, le regard se pose sur l’apparence. Il se méfie de ce qui va de soi. A longtemps fixer, il demeure, désireux de percer quelque secret. Il fouille vers l’  intériorité supposée, la profondeur, ce dedans velouté et impensable des choses. Il voudrait déchirer l’ordonnancement des formes, lacérer lambeau par lambeau, fragment après fragment, refaire le tracé, le trajet de la main sur la plaque.

 

Images fauchées à ras, abolies. L’ oeil se scrute jusqu ‘au blanc, a la presque cécité qui se confond avec la nuit solaire. Il s’écorche un peu plus et disparaît le reflet alors que la main progresse, que l’  instrument entaille, entame l’  espace offert, jamais assez vierge de présence. Un arrière goût de sang. Son battement sous les paupières. Le visage aussi s’efface, puis l’œil. Dans la proximité de ce qui se dérobe, le regard se tend un peu plus. Il enchâsse toutes formes arrachées à la nuit, captées fugitives-fragiles, tente de recomposer ce que la lumière érode et ronge. -Mais plus rien ne lui tait signe. Aucun centre, nulle part. Dans le silence écorché de l’organique, l’imperceptible respiration des pierres, tout lui semble voué à

la corruption, l’  anéantissement. Lueurs. l’  aveuglement. La découpe. Imaginer un instant la déchirure de l’oeil et guetter ce moment très pur où l’infiniment grand rejoint, en un attouchement léger, l’infiniment petit. Le souffle court. -Mais la main jamais ne tremble.


Eugene Durif – L’étreinte, le temps 07


photographie: Bernard Descamps

Le drap dans la terre

achève de pourrir,

la fenêtre pour rien

enserre l’ horizon muet,

sans geste, des chemins creux

où nous allions jusqu’ aux berges

et caresses de loin en silence

comme temps suspendu dans  l’ oubli du temps.

-Le blanc des yeux, celui du drap froissé sous la terre.

NB:  « suspendre le temps »  est aussi  le titre  d’un texte  de JoBougon, que je cite dans re-ecrit: voir  http://re-ecrit.blogspot.com/2011/06/suspendre-le-temps-poeme-jobougon.html


Eugène Durif – L’étreinte, le temps 06


 

 

 

Central park NY

 

 

 

 

 

 

 

 

Voix voilées de brume.

D’un seul tenant, comme

elles tombaient devant nous les maisons étagées des collines.

Le jour glissant à sa perte,

à peine bougions-nous

pour un peu de lumière.


Eugène Durif – L’étreinte, le temps 05


photo: Katia Chauseva

L’avant-printemps nous a saisis en élégies craintives.

Petites filles se tenant par la main,

au poignet, le bracelet rosé d’une montre en toc.

Le soir, voitures abandonnées sur les berges, la lente montée des eaux.


Eugène Durif – L’étreinte, le temps 04


 

sculpture: "work in progress"... "Icône", rencontre de sculpture "Static-mobile". St Hippolyte du Fort - Gard

 

 

 

 

 

 

 

 

Longue attente en chaque parole, déjà en retrait.

Et toujours revenaient

ces gestes tus, frapper contre une porte

de toutes ses mains,

en sachant bien que plus jamais, non.

 

 

sculpture: "oeuvre achevée"... "Icône", rencontre de sculpture "Static-mobile". St Hippolyte du Fort - Gard 2004 photos perso


Eugène Durif – D’ÉLÉGIES ABANDONNÉES


OU parfois je t oublie, mais qu’ importe! tu donnes le désir de tes gestes, tu viens secrètement dans la vitesse incomprise du temps, la lumière repoussée, ce vieil embrasement d été violent, de ciel. (ROGER DEXTRE,

 

.La terre n’ est à personne) visage advient la nuit, l’enfance a l’orée d’ un buisson de paroles où tremblaient rouges des fleurs jamais cueillies, des bouquets, grandes brassées de roses qu’il serrait dans ses bras. Et les étoiles qu’il regarde interminablement, le vieux lui a dit que nous étions faits de la même matière. Elle parle dans le noir, comme les bêtes sont chaudes quand il vient se blottir contre elles, l’odeur de la paille pourrie, le blé ou l’on joue a mourir, le visage qui étoulle au dedans.

 

Elle épelle les lettres et des mots appris au jour le jour, des traits tracés sur les cahiers blancs, les lignes, les cahiers lacérés, il faudrait plutôt dessiner les objets, et les contours. Elle parle dans le sombre, elle laisse s écouler les silences légers et longs des rêves dont on connaîtrait la fin au moment voulu. Elle n’est plus qu’un sourire dans l’angle mort de la fenêtre. Sous la pluie – il pleut dehors – l’appelle une voix. Elle l’appelle du dehors, et sous la pluie tout se détache. Ce qu’elle ne voulait pas voir, présent tout à coup. Viendra la nuit noire, elle l’étouffera contre elle, les ombres dissipées avec ce rideau qu’elle a tiré sur la fenêtre, le ciel … … Ce n’ est déjà plus la ville, ces aéroports où claquent des oriflammes passées. Carcasses de voitures rouillées, l’herbe envahit les caravanes Lien alignées. Nous avions oublié la lumière basse des après-midi de novembre, les feuilles rousses collées au sol, écrasées un peu plus du pied. La nuit tombe tôt en cette saison, si pauvres sont nos souvenirs, chansonnettes de lauriers coupés, le sureau et les soleils minuscules, le goût du sang du cuivre sur les lèvres. Dans l’ album d images, l’ enclos des artifices, on dirait d un jardin abandonné, Le Théâtre du Monde, une bougie et l’ orange qui tournait tout autour … …

 

 

peinture: -Olivier Debré -- Sombre de Fussen 1982

 

 

Pas de limites, chant sourd je te serre comme à vide, ce corps là n’est pas le tien et ces mains Qui te serrent et t’étouffent d absence. Je te serre .à vide et c’est tel parfum précis à nommer, oublié, noyé sous le chant. Elle disait, étouffé dans la voix, sous le chant désarticulé. Il ne s’agit rien d’autre que chaque matin se lever, aller buter contre ce mur, rien d autre que se lever et se refaire minutieusement, en très peu de temps, un corps, marcher dans la rue, la neige est grise, pas de celle qui efface tout et le fleuve charrie des blocs de glace, grand bruit, j entends ces mots grand bruit sous la passerelle de fer interdite car danger, le regard a écorché les surfaces et l’ innocence à retrouver nous n y croyons plus, seulement la pesanteur des gestes, et reprendre chaque geste cela s appelle un chemin ce que l’on suit en marchant, teignant de suivre suivre un chemin, jamais deux fois le même, disait, je crois c était une chanson, mains serrées l’une a l’autre, amants accoles presque enfants sous une porte cochère, ces baisers sans fin, non, sans fin, et c était une première lois, m’écorcher à ses lèvres, nous ne pouvons retrouver ce qui s est perdu dans le geste tremblant, toucher son visage avec la main et ne pouvoir respirer savoir ce que signifie tout à coup ne plus pouvoir respirer et rêvant l’amour infini, éternel, là où il n aurait fallu saisir que le temps. Les eaux s écoulent, sursaut dans la nuit, les peurs oubliées, le corps auquel on s accroche affolé, les mots qui viennent sans raison, sursauts acharnes dans l’ énigme. iS’il se pouvait, les yeux posés sur 1 image et qu elle lui défile et l’ emporte avec elle … … J’ai pensé à toi, aussitôt je t ai vue, près d arbres blancs que tu caressais de tes mains, à la lisière de cette forêt, tu appelais, des gestes que tu faisais de loin pour personne, et je croyais l’entendre le cri muet dans ta bouche. J’aurais voulu m’éveiller sans te perdre et garder les yeux ouverts au sortir du rêve …


Eugène Durif – L’étreinte, le temps 03


 

 

 

Cela, ne pouvons le voir ni l’approcher que par trouées intermittentes, espace silencieux des signes, les gestes frôlés des choses posées dans l’ en-face.

Elles disparaissent, unes et déchirées, la lumière se retire d’elles, les laisse exsangues.

 

 

peinture perso et duo: duo avec J Hemery 2000 exposition St Montan, Ardèche

 

 

 

 

 

 

L’

 

étreinte, le temps, ici, en suspens,

ce que dérobe le jour dans la gravité de l’éclair,

le ciel s’effondre, lambeaux,

visages fermés, l’ un à l’ autre

réfléchis.

A certains tremblements de parler,

dans l’ attente,

croire la retrouver à toute silhouette surgie,

ombre saisie sans atteinte.