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Patrick LAUPIN Il y a la terre ( Œuvres poétiques Tome II Ed La rumeur libre)


Résultat de recherche d'images pour "john singer sargent the black brook"John Singer SARGENT   The black brook 1908

 

IL Y A LA TERRE, SOUVIENS-TOI  de tel ciel tel été, une ombre discordante et pure. Il y a la terre et l’eau, ce tremblement à peine perceptible du corps et des lèvres, une pâle buée, l’empreinte visible du temps. Mais ce n’est déjà plus. Ce ne sont  plus jamais ce cœur ni même cette voix. Notre vie est une part de ce que nous ne savons plus retrouver, non plus vers quoi nous ne savons nous retourner. Je n’imagine aujourd’hui rien de plus émouvant que cette rosée matinale sur tes joues, ces pétales de rose posés doucement sur tes lèvres, à l’orée de l’autre hiver. Le monde se referme, la lumière nous quitte et ne laisse rien. Nous demeurons. Devant. Im­mobiles, ouverts, vacants. Guettant l’alerte et le moment, le point du jour, la première aurore, si fragile, si proche, comme sous le coup d’une butée venue du fond des âges, la première déflagration dans la nuit humaine de la pensée.

 


Promesse (Susanne Derève)


 

Résultat de recherche d'images pour "cezanne le jardin des lauves"

Cézanne  Le jardin des Lauves  (1906)

Promesse d’un vent clair
les feuilles argentées des peupliers
le vent calme
à peine un soleil
 
Enfouie  toujours – toujours –  l’attente
de ce qui serait
un bruissement dans l’air
le poids du silence
ce qui ne peut se dire
et qui pourtant se fait écho
pour un mot retenu un bruit un son
le louvoiement de la lumière
entre les branches
 
A cette place près du ruisseau
– et les pierres jamais ne mentent –
est-on de trop
cette  vie indicible sous les berges de sable          
ensevelie sous les roseaux  faut-il que toujours
nous tourmente ce qui n’est pas
ce qui n’est plus
le flot qui s’écoule et tarit
ces linges comme effeuillés comme
échappés aux doigts
et puis ce peu qui me reste de toi
après que se soient dissipées
les dernières franges de l’ivresse
                                          l’éveil
qu’ait reculé le jeu des ombres
pour faire place  au zénith
à cette torpeur violente dans la maturité
du jour
elle, seule, dénoue l’attente
sourde, elle que la lumière plombe,
qu’écrase le cadran des heures,
cette torpeur solaire avant que ne descende
le soir écartelé
dans  la douce plainte argentée des futaies
–  profonde  – dans le  vent léger
 
 

Juste une hypothèse sur l’existence des choses – ( RC )


Matisse  fenêtre noire      .jpgpeinture: H Matisse

 

J’ai crû que c’était le matin.
J’ai regardé ma montre.
Il est plus de 9 heures .
La météo n’en a rien dit
( on ne l’aurait pas crue ).
Ou bien ce serait un saut dans le temps .
            La nuit s’en engouffrée dans le jour
a profité d’une brèche :
J’ai ouvert la fenêtre.
L’éclipse du temps s’est étendue
pendant la nuit,
et se prolonge 
jusqu’à l’immobilité des choses.

        Je distingue à peine les murs d’en face.
Le béton,     les cheminées,       d’autres fenêtres.
Elles portent un voile de deuil.
Aucune lumière.
Les lotissements sont bien là,           obscurs.
Les immeubles ne présentent que des surfaces,
plantés au sol comme des esquisses de décor.
A peine plus noirs       que le fond d’encre.
Les rues où rien ne circule.
          Tout a été happé par le silence.
A la façon d’un Malevitch
qui aurait peint du noir sur du noir.

        C’est bien le matin,
d’après l’heure   ,
mais peut-on l’appeler encore comme ça ?
        Le jour s’est perdu quelque part,
happé par l’infini,
–       que sais-je ?
A moins que j’aie seulement rêvé:
un rêve de lumière,       caressant les choses,
                                     la pensée d’un astre,
( juste une hypothèse sur
l’existence des choses ),
que rien ne viendrait confirmer .


RC – mai 2018


Le bestiaire – ( RC )


P1310617.jpg

Tu ne les as jamais vus
mais tu t’en fais une idée
à ce qu’on t’a colporté :
        Ils ont tendance, à leur insu
à se cristalliser
pour prendre consistance,
se construire une existence,
et se matérialiser.

Ce sont des récits épiques
avec des animaux hors norme
aux curieuses formes :
          des bêtes fantastiques…
que l’on dessine
et dont aucun dictionnaire
ne comporte d’exemplaire ,
               car tu l’imagines

aussi bien que je te vois :
un griffon sanguinaire ,
un aigle t’emportant dans ses serres,
des reptiles à trente doigts …
             Ils sèment l’inquiétude
dans les récits bibliques ,
( sans précision anatomique
ni grande exactitude ) .

Autun Cathedral Choir Capital - The First Temptation of Christ 12265096776.jpg

 

 

Cela remonte au plus profond des âges :
ce dragon a une mauvaise haleine   :
          compter neuf têtes à l’hydre de Lerne :
les légendes demeurent et voyagent .
Et si on parle d’animal,
on voit dans les fresques comme à travers le temps :
               ainsi ces figures d’éléphants
de l’armée d’Hannibal .

Ils nous semblent bien bizarres,
eux qu’on trouve sculptés dans les chapiteaux ,
par rapport à ceux qu’on voit en photo :
                l’imaginaire nourrissant l’art.
La comparaison n’est pas de mise :
Si on les reconnait pourtant
c’est bien que des éléments
rappelent leur présence grise…

Ce n’est pas un corps de libellule ,
et de grands yeux étonnés
côtoient une trompe ressemblant davantage à un nez
avec des oreilles minuscules .
               Les hommes les représentant
ne l’ont fait           que par ouï-dire
un vague récit pour les décrire ;
un souvenir persistant

de légendes terribles :
de ces récits rapportés,
                il a suffi de les interpréter
et de les rendre plus visibles
( et donc plus concrets
dans leur apparence ):
de quoi nourrir les croyances,
les faisant passer pour des faits .

Toutes les variations étant permises ,
il n’est pas étonnant que l’imaginaire
abonde dans le bestiaire ,
et qu’on l’utilise
souvent dans la religion :
               la bête,          opposée à l’humain
( et à plus forte raison aux saints )
est objet de suspiscions

et de hantise
pour l’inconscient collectif ,
             voila donc le motif
qui les place en dehors de l’église
souvent agressifs
et symboles de terreur ,
beaucoup plus rares à l’intérieur.
Des moutons, et autres inoffensifs

accompagnent les humains .
Ce sont des animaux domestiques
beaucoup plus pacifiques
qui occupent le terrain
            Pas de vautours
ni oiseaux de proie
autour de la croix
ce serait plutôt basse-cour.

On voit bien , avec les rois mages
             l’âne et le boeuf,
avec un petit Jésus ( tout neuf ),
réunis pour une belle image
             comme une photo de groupe
par contre pas de loup , ni de renard :
ce n’est pas pas hasard
qu’ils ne sont pas dans la troupe !

Il fallait bien faire une sélection :
on ne pouvait pas rassembler tout le monde
à des kilomètres à la ronde :
            ne sont venus à la réunion
que les animaux familiers
qui accompagnent
les paysans de nos campagnes
( pas les fourmiliers

ni les dromadaires
pourtant sympathiques ):
          les exotiques
du bout de la terre
pouvant rester chez eux ,
car ceux des tropiques
ne correspondent pas à la symbolique
décidée par les dieux

et puis de toute façon
on a beau faire des prouesses,
on ne peut y mettre toutes les espèces :
        —- il y en a à foison  !
– on a choisi les plus communs
>          les résultats de cette élection
mènent bien à une discrimination:
on en prend       quelques uns

que chacun peut identifier :
               entre les allégoriques
            les fantastiques,
        les carnassiers
    et herbivores,
il y a abondance
et même concurrence :
          une vision multicolore

A l’instar des papillons ,
on pourrait en dresser un catalogue ;
           ce ne sont pas nos homologues
– il y en a des millions –
les bêtes des antipodes
ou des profondeurs
ont aussi leurs admirateurs
( comme les scarabées et gastéropodes ) .

RC – juin 2017

 

Elephant and Castle (Fresco in San Baudelio, Spain) - Art mozarabe — Wikipédia

 

 

 

 

 


Jacques Audiberti – Rien ne sera de ce qui fut


Lamelles d'un H+®b+®lome +á centre sombre (), Champignon, Monthodon, France 2008.jpg

 

Prison Au clair soleil…
Un coup pour a. Deux coups pour b.

Le monde bouge. Il va tomber.

Trois coups pour c. Quatre pour d.

C’est le moment de regarder. Cinq coups pour é.

Six coups pour f. Il n’a plus d’âme. A-t-il un chef?
G, coups sept. Hache huit. 1 neuf.
Comment faire un monde plus neuf?
Dix coups pour j, plus un pour k.
L’existence nous convoqua.
Taciturne à force de cris,
la jupe grosse de conscrits,
elle nous apprend tour à tour
l’ombre claire, le sombre jour,
l’enfer béni, le ciel puni,
tout le fini de l’infini,
douze pour 1 et treize pour
ème, les griffons de l’amour,
n, o, p, q, quatre, cinq, six
et sept, le poison. Le tennis
mais, aussi, la peur de périr
qui nourrit l’honneur de souffrir.
R dix-huit. S dix-neuf.
Elle s’en va. Tu te sens veuf.
Vingt coups pour t, plus un pour u.
A mesure qu’elle décrut,
le souffle approcha notre main.
Aujourd’hui s’appelle demain.
Vingt-deux et trois pour les deux v.
Que voulons-nous? Nous élever.
Quatre et cinq pour l’x et l’i grec.
Mais le bourreau ne vienne avec.
Pour la lettre z un seul coup.
Le prisonnier se met debout.
Car le terme ouvre le début
Rien ne sera de ce qui fut.
Jacques AUDIBERTI « Des tonnes de semence » (N.R.F.)


Ombres sur le mur – ( RC )


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installation lumineuse  de C Boltanski

Ce qui se pose sur le mur n’a pas de poids.
Lui, qui chuchote des figures mobiles,
de celles qu’on n’attrape pas:
C’est qu’elles sont agiles
se déplacent et se confondent.
Nulle part elles ne s’accrochent.

Elles papillonnent et vagabondent,
mais jamais ne s’approchent :
C’est que les ombres restent discrètes
sur notre existence
elles se traduisent juste en silhouettes :
en un jeu de connivences.

RC – juin  2016

 

 

voir aussi cette suite de textes  de M C Grimard


Absorber l’idée même de la nuit – ( RC )


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Les bois se taisent
quand les noces des vents    s’apaisent,
et c’est la nuit
qui emporte tous les bruits …
( mais pas une nuit rêvée,
celle que l’on peut trouver,
quand une partie de la terre,
effacée de la sphère
plonge dans le sommeil,
en absence de soleil ).

Les criquets et les cloches des villages
cessent leurs commérages
à partir du moment où l’obscurité
étend son royaume indompté
dont la noirceur
occupe l’intérieur,
et celui des gouffres
à l’odeur de soufre,
et les grottes cathédrales,
dont le noir total
est un monde à part entière,
se tenant éloigné de la terre.

C’est comme si l’extérieur,
ses joies et ses peurs,
n’avaient jamais existé,
jamais vécu, jamais été,
>    juste une existence
remplie par le silence ,
elle ,  pourtant si proche,
cachée derrière une paroi de roches,
jusqu’à en devenir      une idée d’infini,
absorbant               l’idée même de la nuit .

.

RC –  janv 2016


Embrasser le monde, même à courte échelle – ( RC )


peinture Antoni Tapies_- 1951 Asia _Sao Paulo Museum of Modern Art, Brazil

peinture Antoni Tapies_- 1951 Asia            Sao Paulo Museum of Modern Art,           Brazil

 

 

Avec quelques idées, des pas hésitants sur la berge,

Il se hasarde sur le seuil de l’existence,

 

Et quelquefois trempe son corps         en entier,

Ou juste un doigt,   histoire de « tester ».

 

C’est sûr,                sa vue ne porte pas loin, pas plus

que la lueur d’une lampe de poche, pointée sans grande portée.

 

Nous dirons que c’est la nuit, ou un soir bien avancé.

Ce n’est pas un phare, qui fend l’obscurité.

 

Mais plutôt une luciole .

Une pensée qui jouit de sa propre lumière .

 

L’étreinte de l’extérieur,             est un espace .

qui semble se refermer sur lui à mesure qu’il avance .

 

L’arbre était immobile ,  sentinelle de plein vent .

Une présence,   qu’il aurait pu ne pas voir ,

 

s’il était passé une dizaine de mètres sur le côté .

En fait,        la marche porte son propre aveuglement .

 

Il est difficile d’embrasser le monde, même à courte échelle,

Sans se faire porter par la lumière d’un astre .

 

Celle d’un livre, par exemple .

Sans être universel,           le regard en sera plus étendu .

 

 

RC – nov 2014


François Corvol – Justifier ma longue existence


 

 

photographe non identifié.  The Oath

photographe non identifié. The Oath

 

 

 

 

 

Je suis en mesure de justifier ma longue existence dans ses mains
y mourir sans doute plus volontiers que sous un drapeau
une éternité de peines s’efface volontiers de ma mémoire
sitôt que la féerie
sitôt que ses bras
et tant pis
tant pis je cède
cette peau chaque jour est plus neuve
si parfois elle te semble vieillir c’est qu’elle fait semblant
je ne comprends pas tous ces corps qui prennent feu
mon feu à moi n’est pas tant visible
et si j’ai dit que j’étais seul c’est que j’ai menti
je suis au beau milieu des étoiles


Confrontés à la matière, même… – ( RC )


 

photo Martin Pierre –                   falaises du Vercors

Confronté à la matière même,
il y a toujours cette  opposition,
ce défi qu’elle  nous propose,
en particulier quand les dimensions font,
qu’il s’agit d’un obstacle.

Comment  traverser  l’obstacle,
comment s’y appuyer,
le palper, en jouer , comment en tirer parti,
pour essayer de surpasser ses propres limites
( les nôtres  et les  siennes ).

Mais la matière est.
Elle  s’impose.
Elle n’est jamais  vaincue,
De par sa continuité, son existence,
de son inertie même.

Qui ,  des navigateurs,    se sont  risqués  sur la mer ,
en tablant sur  des vents calmes,
des oracles  favorables,
n’ont pas oublié les dangers qu’elle  recèle,
et leur sillage       n’a pas  laissé  d’empreinte .

Quand je vois le trapèze hautain de la montagne,
sa face  bleutée parcourue  d’ombres,
striée de troncs d’arbres,
la pente est toujours là .  Elle  s’oppose de le même façon,
même  si je l’ai franchie hier .

Quand  j’établis un itinéraire  sur la carte,
je sais que des détours  s’imposent,
qu’il me faudra contourner les précipices,
et  emprunter obligatoirement, les quelques ponts
jetés  au-dessus  de la rivière.

Supposons  que je doive franchir un désert,
c’est  toute une stratégie à mettre en place,
pour qu’on puisse s’assurer de subsister
matériellement,       pas seulement question climat,
mais en anticipant sur l’imprévisible…

Quelles  que soient les heures et moments,
ce qui a été  hier, est encore là aujourd’hui.
Ce n’est pas une  vue  de l’esprit,
Et justement,         par son essence même,
la matière impose sa masse par rapport  à l’abstraction.

C’est un corps,  un vrai corps,…. sur lequel on habite.
Il se manifeste de toutes façons,
Même  de la façon la moins perceptible
Comme  s’il déguisait, selon les  circonstances,
Sa façon d’être…

Il affirme  obstinément sa présence.
Ce corps  est matière, et se rappelle  à nous.
C’est  en quelque  sorte une partie  de notre existence  .

RC-  juin 2015

(  texte  né  de la  confrontation  avec des  écrits  de Claude Dourguin,  dont  voici  deux  courts  extraits ).

Les pins reviennent, clairsemés, avec leurs branches irrégulières, mal fournies, leur port un peu bancal qui
témoigne assez de ce qu’ils endurent. Nul tragique, pourtant, ne marque le paysage, entre conte et épopée
plutôt la singularité des lieux soumis à des lois moins communes que les nôtres, obligés à un autre ordre.

Chaque arbre tient à son pied, qui s’allonge démesurée et filiforme son ombre claire, grise sur la neige. Ces grands peuplements muets et fragiles d’ombres légères comme des esprits, le voyageur septentrional les connaît bien, une affection le lie à eux. Il traverse sans bruit leur lignes immatérielles dans le souvenir vague, qui les fait éprouver importunes, grossières, de la densité, de la fraîcheur, de l’odeur terrestre ailleurs, sur quelque planète perdue.

La contemplation de la montagne implique une intériorité plus grande que celle de la mer…. /…

C’est toute une trame narrative, avec ses anecdotes en sus, le passage d’un bateau de pêche, l’apparition d’une  voile là-bas, le train des nuages au ciel, qui se met en place. La montagne, elle, souvent déserte, immobile ne connaît que les modifications de la lumière, beaucoup moins rapides sous les climats qui sont les siens.


Au bord de l’image – ( RC )


peinture  Tammy Zebruck-

 

 

Je suis resté là,          au bord du miroir,

Prêt à y allonger le pas,

Pour,             comme Alice,

Passer à travers,

Si,              sur le  lac,

La pellicule de glace     casse,

Et qu’ainsi je me retrouve,

Happé              par les nuages,

Et    dans la flaque,

–        L’onde replie ce qu’elle boit,

Dans l’autre sens …

 

Car on sait,

Que l’eau se fait un plaisir,

D’inverser le cours de la logique,

Enfin,         celle que l’on croit posséder.

Et je suis resté             là,

En équilibre,

Les pieds devant l’image,

Un monde qui n’existait

Plus         que par son reflet,

Et son illusion,

Doutant même          de son existence,

Juste sous la surface,

Des choses.

 

 

RC – avril 2014

 

 

Et avec bien entendu,        sur ce thème, les célèbres « nymphéas » de C Monet


Est-ce que le nom suffit à ton existence ? – ( RC )


gravure:         Zoran Music:         paysage de Dalmatie            Tate Gallery

 

Si à chaque chose on peut donner un nom,
Dessiner un destin,
La distinguer des autres,
Lui prêter une couleur,

Pour les hommes,
Il y a toujours ceux qui renient
Les autres,
Pour leur présence même,

Il ne suffit pas d’une carte d’identité,
Pour les faire exister,
Au-delà d’un morceau de papier,
Ou d’un tiroir à fichiers,

Classés non seulement par ordre alphabétique,
Mais aussi selon leur origine,
Quel que soit le désert,
Ou la ville,       dont tu viens.

Quand, encore , on ne juge pas utile,
De dresser une barrière de béton,
Autour              de ta non-existence,
Ou de te coudre   une étoile jaune .

RC – février 2014

NB la gravure  qui accompagne  ce texte n’est pas  directement  évocatrice, comme  certaines  de ses oeuvres, relatant la déportation et la Shoah, lui-même  ayant été interné  au camp de Dachau


Une partie de brouillard, en eux – ( RC )


 

Il y a cet espace

-….vain –

( enfin,                       on pourrait le deviner,

  •             Ouvert devant soi ),

    mais     sa durée est bouchée

Mais enveloppée de brouillard …

Les sons y deviennent           mats,

Et retombent au sol,

Aussitôt absorbés,        prisonniers

Contre             des mois d’immobilité.

On ne savait donc rien

De      ce qui se passait ailleurs …

Seul l’espoir d’en sortir,

Maintenait une étincelle,

Eteinte pour beaucoup,

A coups de sévices,

Simples numéros matricules,

Anonymes     en tenue rayée,

Que plus rien, presque, ne distinguait

Derrière        les barbelés du camp.

Se nourrissant d’absurdité,

Et de vermine.

A redouter d’être parmi les humains….

 

Après la longue,        longue nuit,

Un matin pâle,     s’est levé      enfin ,

Ils seraient bien peu,

A quitter ces plaines mornes,

Pour un retour au pays

Dont ils étaient arrivés        à douter

Même ,     encore,     de l’existence,

Emportés si loin,

Au-delà du descriptible,       avec

Une partie de brouillard,     en eux.

 RC – janvier  2014


Nous sommes sans doute sortis de leur esprit – ( RC )


création perso - à partir  de logiciel 3D

création perso – à partir de logiciel 3D

Une existence tourbillonne,
Et se tourne sur elle même,

En trajectoires,
Elles semblent diverger,
Mais restent parallèles,

Si habiter son propre corps,
Renvoit à plusieurs,

Et qu’il est difficile
De s’y retrouver,

De s’y réfléchir, même,
Comme penché sur un miroir,
Donnant un tout autre aspect,

Selon l’éclairage,
Le lieu,
Et le temps, habités.

Le défilé des images,
Penchées sur le passé,

Peut revenir sans cesse,
Si on le souhaite.

Il suffit de revenir
Quelques séquences en arrière,
Ou montrer le film à l’envers.

Les trajectoires parallèles,
Sont-elles les mêmes,

A travers des personnes semblables
Habitées par leur rôle ?

Chacun s’habille de la peau
De l’être qu’il incarne,
Conduit son propre fil,

Et arrive à se confondre,
Au coeur même de sa vie,
Avec le jeu, qui le poursuit.

Courts-circuits des apparences,
Echanges des existences,
Comédie et faux-semblants

A l’aspect changeant, caméléon,
Selon les habits,
Que l’acteur  aura revêtus,

Le récit est mené,
Et s’interprète,
Tortueux,         et          modifié,

Avec             la passion,
Elle-même mise en scène…

Superposant la fiction,
Et le drame,
Auquel on aura survécu…

Comme la vie traversière,
Parcourue de réminiscences,
Avec le part des choses,

Où se superposent,
Le jeu du comédien,
Grandiloquent,

Et celui de l’histoire personnelle,
Que l’on perçoit, translucide,

Du corps, et des années ,
Reconduites,
Où –             le présent est aussi le passé.

Les cartes                                 se rebattent,
Et apparaissent dans un ordre différent,
Mais                                   ce sont les mêmes.

Si les frontières s’abolissent,
Entre le vécu et l’imaginaire,

Quand l’aujourd’hui,
Se dilue dans les transparences,
De ce qui fut…

Si ce qui a été n’est pas le pur produit,
De ce qu’on  a rêvé,

Partageant encore, divers rôles.
Inventés par d’autres.

Les auteurs inventant constamment,
De nouvelles créatures,
Pour les besoins du récit.

Nous sommes sans doute,
Sortis de leur esprit

– encore que
Nous n’en soyons pas si sûrs,

Et on se croise soi-même
Aux détours de leur mémoire…

Et de la nôtre

RC – 10 décembre 2013
.

( en pensant à la pièce de Pirandello   » six personnages  en quête  d’auteur « 

…  et au film de David Lynch  » Inland Empire »


Anna Niarakis – L’état triste des humains


dessin perso  d'après  Michel-Ange

dessin perso d’après Michel-Ange

 

 

 

L’état triste des humains

Des humains avec leurs sens perdu
avec des sentiments perdus
qui suffoquent sous des draps chair,
ci-dessous des solitudes empruntées

– recherchant
la béquille de l’ existence

Je te veux, m’ont dit tes yeux
Je te veux, m’a dit ton corps

Et je,

je recherche états d’étoiles
différentes de celles que mes antennes
capturent
identiques à celles que tes veines
dictent.
.
.


Je pars (RC )


peinture:  Richard Bonnington-  Côte normande

peinture:            Richard Bonnington-    Côte normande

 

 

Comme  le coeur  s’égare,
Aux parcours  d’existence,
Et barreaux  du silence,
— Je pars

Comme  ça, sans  préavis,
Travailler  l’âme,
la silhouette  d’une femme,
Pour révéler le côté d’une vie.

Si tu me donnes la main,
Au lever du jour,
Mon désir  d’amour,
Cette         grande faim,

Pour encore l’ assouvir,
Et puis        à consumer,
Entrevoir   l’être aimé,
En effacer le martyre…

RC  mars 2013

 


Refaire ses premiers pas ( RC )


peinture; Francesco del Cossa - Triomphe de  Vénus  - détail

peinture;        Francesco del Cossa –     Triomphe de Vénus –      détail

Avec l’impression de ne plus savoir rien faire.
Etat stationnaire.
J’ai dans l’esprit, les bruits et saveurs de la rue.
Et la nuit des fourmis, trottent menu.

Je voisine  la nuit et la fatigue,
et les fantômes du matin, qui se liguent,
Ou combattent mon existence.
Le doute de soi , avancer avec méfiance,

Et se posent, et les jours  s’engluent….
Il est toujours un inconnu
Qui chante le même  refrain
En me demandant le chemin,

En équilibre sur le hasard
Parfois à la sortie du bar.
Se hasarder dans le monde
Funambule des ères vagabondes

Fil à couper  les largeurs
S’étirer au fil des heures;
…..Ce qu’il faut de vouloir …
Pour franchir,   l’obscurité du couloir  !

Les équivalences des saisons
Qu’on lit encore, sans comparaisons;
Si encore, tout est étal
…Que l’on poivre ou on sale

A sentir la différence
Je dirais  –         convalescence,
Et refaire ses premiers pas
Sur un chemin étroit —–

S’il faut quitter               le chant des ruines
Distinguer            son reflet dans une vitrine,
Je suis sans doute        sous influence
Celle même , d’une naissance…

Au seuil de nouvelles portes,
Ces autres sensations, qui se heurtent
Et ces nouveaux premiers pas,
– …  Me rapprochent peu à peu de toi

RC-  26 janvier 2013

en relation avec un extrait de  « on a affaire à l’existence » …  de Robert Piccamiglio, dont on sait,

par mes articles précédents, notamment les extraits de « Midlands », mon attachement.

8/ Plein d’images

Je laisse venir plein d’images dans ma tête. La petite vitrine du cerveau est toujours bien propre. Nettoyée chaque matin au lever et le soir au coucher. Parfois tour de même, il faut bien l’avouer malgré la transparence, c’est difficile de voir à travers la petite vitrine. Toujours la pluie. Toujours novembre qui file des coups de balai répétés sur le paysage tout en équinoxes et qui fabrique tranquille des équivalences et des saisons. Le ciel est un voisin souriant ainsi que la tête en délicatesse avec la nuit et la fatigue. Dormir les yeux ouverts pour laisser entrer quelques rêves qui font la part belle au hasard que je n’arrête pas de transformer en destin. Encore à me dire que tout est déjà écrit par avance et qu’on ne fait que suivre le mouvement des jours, bons ou mauvais. Les images s’impriment dans la tête. Mécanique compliquée et évidente tout à la fois. Comme pour les femmes qu’on quitte et celles que plus tard on aime pour ce qu’elles portent gracieusement dans. leurs ventres et dans leurs yeux dénudés où la beauté s’aventure.


Très-haut et Très bas ( RC )


peinture- gravure: Raoul Ubac

peinture- gravure: Raoul Ubac

 

 

Le Très-Haut nous dicte ici-bas
le poème de vivre,

Comme nous sommes encore des élèves
Courbés sous la dictée

Le tout – temps limité –
Il faut obéir au poème de vivre

Et découper en paragraphes
Tranches de vie ( trancher dans le vif)

Le temps imparti qu’il nous reste à vivre
Sans fautes d’orthographe;

Si le très haut est tombé de l’escabeau
Nous sommes en quète d’idéaux

Et faisons feu de tout bois,
Toutes flèches dehors, se perdant sans remors

Dans une nuit d’incertitude,
Puisqu’il ne nous est pas possible

( un petit tour et puis s’en va )
De bénéficier – circonstances atténuantes

D’autres vies, comme celles offertes, des jeux
Vidéo, des idéaux.

Game is over..;
( Vous auriez pu mieux faire !! )

En attendant montrez donc votre bilan
Avez-vous bien appliqué le théorème ?

L’avenir est atteint, il se roule sur nous-même
Et nous voici, blessé, face à nôtre anathème..

Thème astral, ….et sous quel signe, ….quel est le problème ?
Faute de le résoudre, –                méditez donc, en poèmes…

Les constellations se fichent des coeurs et des amours,
( s’il faut croire que notre existence a de l’importance ).

RC       – 24 janvier 2013

En réponse  au  « Poème de vivre  »  de Henri-Etienne Dayssol

 


Sur les étagères de l’ Expérience ( RC )


Sur les étagères,
Parmi les instruments de la fin du siècle dernier
Figurent  , des témoins  d’expérience,
Des éprouvettes, des tubes  et des cornues,
Et des objets de bois et laiton,
Qui ont perdu leur  éclat,

Puis un peu plus haut
En rang d’oignons, bien rangés,
Une série  de bocaux,
Où s’alignent dans un liquide  épaissi,
Une lignée de cerveaux
– en épaisses circonvolutions..

Sans  doute  de grands  esprits
Les habitués du laboratoire
Qui       réfléchissent encore
…..Comme ils regrettent
A leur semblant de corps
– ou bien ils s’en passent –

Mais encore,  se prélassent
Derrière leurs parois de verre
Lisses,       mais aux reflets
Epaissis  de poussière
De décennies  d’hiers
( sur les étagères).

Peut-être  qu’habillés d’un peu de chair,
Et même davantage
On reconnaîtrait leur propriétaire
Et on lirait aussi , sur leur lèvres molles,
La traduction              d’un message
—–>  A travers le formol.

Leur présence suspendue
Dans leur  aquarium
Ils semblent,             la bouche de silence
Ouverte                                en un cri tendu,
– Mais muet – ,  vouloir nous communiquer
Leur existence,         …. qui en est restée

Pour de belles  années
Sous les néons bleutés
Et les carreaux  blancs
Ceux  d’un autre temps
Quelque part arrêtée ,    une part d’enfance
Faisant rimer la science, avec l’   « Expérience »

RC  – 16 novembre  2012

photo: Rich, visible ( avec d’autres sur cette page)


Cribas: Fausse signature…(J.I 35)


A la pêche aux  anciens  écrits  de Cribas…  j’ai  remonté des profondeurs..

Cribas: Fausse signature…(J.I 35)

Par Cribas le dimanche 17 décembre 2006, 19:04 – Cribas 2006Lien permanent

 

photo: Lars Tunbjork Nepal 1996

L’incursion de mon existence, en pleine vie, ce n’est pas une mince affaire.

Et pourtant…

Je supporte plus facilement ma plume lorsqu’elle est en vie, que ma vie qui me vole dans les plumes.

Je me moque de la vie, et de sa poésie contestable, c’est à n’y plus rien comprendre !

D’ailleurs, je n’ai jamais rien compris !

Je me suis donné, comme un don !

J’aime bien l’automne et ses vitres troublées.

J’aime bien la ramener, ma grande gueule pour pas un rond.

J’aime les tains sordides sur mes doubles fonds.

J’aime les couleurs

En l’occurrence sur mes réseaux.

J’aime être à fleur

J’aime courir après mon souriceau.

J’ai des idées noires

Sur mon tableau blanc

Et j’efface tous mes souvenirs

Avec la craie chaque soir

Je me vérifie

En hurlant que j’écris pour l’à venir.

L’incursion de mon existence

Inversée dans le fond

A l’extérieur sur mon tableau noir.

Moi je sais monsieur

Je calcule avec un bandeau sur les yeux

Les plus-values de ma destination.

Mourir ?

Même pas peur !

Je vis ma rancœur

Insipide dans le pire !

Et je prends des rides

Et mon visage sa vigueur,

Ma sale gueule à la rigueur

Mais toujours mon regard moins vide !

L’excursion de mes insistances

Ouvre ma fenêtre en brisant les vitres

Du cœur sordide de mes nonchalances.

Non sans résistance

Sur mon tableau blanc

J’ai encore mes idées noires…

J’aime bien vivre en hiver

Pleurer dans le silence

Et à double tour.

J’aime bien vivre en enfer.

Et dans l’insignifiance

Insulter encore ma mère !

Je montre du doigt

Toutes mes petites colères

Et ça se voit

Sur le train-train de mes radiateurs

Ça se règle ça se ressent

Mon besoin de chaleur.

Il fait « trop » bon chez moi

Comme à la maison dis

Moi que tu même…

Et je tenterais avec « mais si »

De te rendre la pareille !

J’entends les cloches de mon village

Et les sirènes sur ma ville

J’ai un peu perdu le surnom de mon gage

Et l’innocent règne sur mes sourcils.

J’ai le regard amorphe

Mon tableau blanc

Et mes idées noires dans le coffre

Je fonce à la même vitesse

Que les fausses signatures fières

Tendues solitaires, à ma maîtresse.

J’aime bien vivre en enfer !

Mais je prends des rides

Et mon visage sa rigueur !

Dans le grand froid

Des sudations de mes peurs…

 


L’art et notre conscience, au musée (RC)


installation; Joseph Kosuth | Critique | Du phénomène de la bibiothèque | Paris 3e

 

 

L’art au musée

 

Puisqu’il est écrit quelque part que justement on s’y connaît , et sur l’art ,et,en dévotion.

Avec le sublime, avec le précieux,  avec l’unique…

Nous sommes toujours prompts à baisser la tête, à dire merci, à demander qu’on nous accorde un peu de culture.

Et cette  culture  qu’on additionne  contre nous-même,  contre la nôtre, contre celle de tous les jours.

Celle  qu’on ne voit pas, car justement en dehors de l’enceinte sacrée…

On naît domestique et soumis à la dévotion officielle, et si on n’y prend pas garde on meurt pareil, en ayant négligé le vivant autour de nous.

Qui porte autant de valeur,       ——–  parce que vivant, ———  justement.

 

librement inspiré  du texte  de Robert Piccamiglio, cité plus  bas  « dévotion »  extrait  de  « on a affaire  à l’existence »  ( Robert Piccamiglio  , qui a fait l’objet de plusieurs parutions  de ma part, notamment « Midlands »   voir  par  exemple  l’« épisode  3 », )

et qui figure aussi  dans   « A la Dérive »-  voir  le blog  très renseigné  de Anne-Françoise  ‘ de seuil en seuil’

 

—   (  à noter  que  l’image  de l’installation de J Kosuth choisie  ( critique  du phénomène  de la bibliothèque ) , relatée par cet article  de 2006,

reprend presque parallèlement les gestes  de Marcel Duchamp, ( les  ready-made )

sauf  que celui-ci  critiquait l’institution du musée,  un siècle plus tôt )…  (Cherchez la nouveauté  avec les  conceptuels)…

RC- le 3 mars 2012

 

—-

Dévotion

 

de dévotion puisqu’il est écrit quelque part que justement on s’y connaît en dévotion. Avec Dieu, avec les hommes,

femmes et les musées. Toujours prompts à baisser la tête, à dire merci, à demander qu’on nous accorde un petit pardon. La dévotion d’une guerre qu’on mène contre nous-mêmes, ça coûte cher. C’est calibré dans nos têtes. On naît domestique et si on n’y prend pas garde on meurt pareil.

 


Jean-Jacques Dorio: – instants



28 septembre 2006
INSTANTS

Le temps n’a qu’une réalité, celle de l’Instant.

Gaston BACHELARD

——–

Comme si parfois on cherchait à rendre

Une certaine exactitude de l’existence

Ceci est du pain suédois

De la pastèque cuite au chaudron

Ceci est un chat européen

C’est-à-dire de gouttière

Le bruit d’un réveil

Les paroles des proches

Mangeant le pain et la pastèque

Flattant le chat

Disant les choses du jour

Lançant l’argile dont chacun fait les statuettes de ses rêves

Comme si parfois on auscultait

Ces contours lents

D’un instant

Intact

Jean-Jacques Dorio