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Jean Grosjean – Elégie


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Quelle épée me partage l’âme, m’ouvre au milieu du cœur ce gouffre d’être séparé de toi
et que tu meures de deuil et que je meure ?

Les roses ont la chair qui se décompose et l’eau pourrit dans les mares mais je crois
que je connais la haine.

Les uhlans, les famines et les trépas foulent ce chemin où tu pleuras doucement notre
jour dont déjà penchait la tête sur les collines à sépulcres.

N’étais-tu pas ma longue lumière d’été au soir de qui, accablé par l’amour, je
sombrais dans un rêve obsédé d’astres ?

Quand le frémissement de ton approche me réveillait avant le chant du coq, n’aurai-je
donc descellé mes paupières que pour me rendormir sur ma naissance ?

La destruction nous profane et son prince nous marche sur les yeux mais c’est en vain
que ses démons me raclent la mémoire sous le crâne où ton nom ne cesse guère.

De quel puits sont sortis sur le monde tant de dieux souterrains avec leur face de
houille et leurs tenailles sans empêcher tes os phosphorescents de traverser ma nuit ?

Certes je me tais mais les phrases en débris murmurent encore à la cime des
trembles ton âme qu’elles cachaient.

 

Jean Grosjean, Élégies [1967]


Novalis – O Mère, celui qui t’a vue


 

XIV

Sculpture  Vierge à l’enfant, Musée Unterlinden  Colmar

O Mère, celui qui t’a vue

pour toujours échappe à l’Enfer.

Il souffre d’être loin de toi,

il t’aime d’amour éternel,

et le souvenir de tes grâces

donne des ailes à son âme. (…)

Tu sais, ô Reine bien-aimée,

que je suis à toi tout entier.

N’ai-je pas, depuis tant d’années,

joui de tes faveurs secrètes ?

A peine éclos à la lumière,

j’ai bu le lait de ton sein bienheureux.

Mille fois tu m’es apparue ;

je t’adorais d’un cœur d’enfant ;

ton Enfant me tendait ses mains

pour mieux me reconnaître un jour.

Tu souriais avec tendresse,

tu m’embrassais — instants divins !

Il est bien loin, ce paradis.

A présent, le chagrin m’accable.

J’ai longtemps erré, triste et las.

T’ai-je donc si fort offensée ?

Humble comme un enfant, je m’attache à ta robe :

éveille-moi de ce rêve angoissant.

Si l’enfant seul peut voir ta face

et compter sur ton sûr appui,

délivre-moi des liens de l’âge,

fais de moi ton petit enfant.

L’amour et la foi de l’enfance

Depuis cet âge d’or restent vivants en moi.

NOVALIS « Cantiques »


contre le jour – ( RC )


Photo perso  Saint-Louis

Photo perso   Saint-Louis – 68

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peinture  Jeffrey T Larson   – -hanging-laundry-2009

 

 

Une main devant les yeux
Si je reçois le soleil de face-
 Il n’y a plus devant-
que ce que je vois.              En blanc
Et une découpe. Une forme flottante 
Dont je ne perçois  une présence,
Un drap orange
Il claque au vent,
Avec tes pieds – pour de vrai-
Et ta silhouette, qui suit,
Les courbes des secousses,
D’une brise douce.
Il fera encore chaud aujourd’hui,
Et, au cours des heures,
Le linge suspendu plus loin,
Portera sa découpe aussi,
Dansante… en soustrayant les couleurs
Au sommeil du soir, qui attend.
-RC- 21 octobre 2013

 


Le pari des condamnés – ( RC )


document d’archives:        exécution de rebelle à Madagascar 1895

 

 

Comment vas-tu faire…
Comment vas-tu réagir,
quand on te fusille ?
Vas tu tomber d’un bloc
T’écrouler lentement
La face contre terre
Ou sur le dos?

On peut toujours parier
Face à la mort
Du côté gauche…
Du côté droit
Dans les cellules des condamnés,
Puisqu’il faut y passer,
Autant lire l’avenir

Comme de bons présages
Si l’agonie se prolonge
En vains soubresauts,
Sur le carrelage sale,
Ou se fait brève,
( Déception
– pour ceux qui ont misé….)

Qu’on amène le suivant  !

 

RC   – 20 janvier  2013