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Eric Dubois – cendres sur l’ubac


 

relief – Jean Arp – 1932

 

De feu ma mémoire
Ne reste que cendre
Sur l’ubac
Sentiment qui ne se
Sublime pas
Que je veux fuir
Qui me saisit
Sur lequel ma conscience
Glisse et trépigne
Je rêve d’ascension
Et de lumière dans la futaie
Selon les anciens errements
Et qu’à la fenaison
Je cueille
Une violette pourpre
Pénétrante
Et secrète

 

de « Esclaves  en larmes et larves »   Eric  Dubois    « épaisseur  du temps’

 


Alain Borne – un visage, une présence


peinture: Jean Fouquet; vierge couronnée et enfant ( détail )

Ceci n’est pas un rêve

ni du sommeil ni de la veille

ni de la nuit ni du jour.

Ceci n’est pas un fantôme
ni le délire d’une pensée
ni le visage d’un désir.

Ceci n’est pas une absence forgée
d’espoir
ni un espoir travaillé de sang.

Ceci n’est qu’un visage Lislei une
présence
un corps fait sur le plan de tous les
corps humains
avec partout les cordes rouges
liant les blanches charpentes
et la tunique étrange
tissée comme d’étoiles
qui auraient séjourné dans la neige
longtemps.

Un corps avec sa cloche sourde
et sa flamme au fronton
et ses deux lianes douces rejointes
pour les gestes
d’un être de péril.

Ceci n’est rien Lislei
qu’un glaçon de chaleur déposé sur
l’hiver
un amas corruptible de membres
animaux.

Qu’y puis – je Lislei
s’il me semble qu’un ciel le traverse
et qu’une éternité
y pèse sa chance dernière.

Il faudrait que je vous enseigne
l’amour selon le rite terrestre
que je vous montre
comment font les bêtes pour gagner la joie
et que vous sachiez que c’est ainsi
également pour l’homme que tourne le rêve
et que je l’étrangle à le serrer contre vous.

Je connaissais l’attente
le glaïeul éclatant du désir
et sa racine noire
et sa noire fenaison
la statue qui vous brûle
puis tombe de l’odeur comme d’un piédestal
et n’est plus qu’un peu d’os
dans son linge de peau chaude…

Tu passeras comme j’ai passé
répands tes yeux pourtant sur mon poème
afin qu’un peu de vie s’étende encore
ici où j’ai tué
un de mes grands songes dérisoires.

L’heure s’épuisait.

Les heures.

Le soleil trichait dans la gloire blanche de

l’horizon.

Une ombre passa, rapide humaine,
comme pour donner vie au paysage et
le faner.

Je vous ai vue pour la première fois Lislei au temps des neiges
mon cœur fui visité d’hiver de printemps et d’automne…

Alain Borne