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Sophie G.Lucas – toute l’épaisseur de ce monde


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peinture:        A Sisley 1874

on n’en fait rien de
la neige
( toute l’épaisseur de
ce monde dans une fenêtre )
tout juste se demande-t-on
comment ce sera une fois
que tout aura fondu
si la vie sera la
même
et si c’est bien la neige
qui bloque les siens
dans le
silence

#

 

en rapport :« épaisseur  d’une musique blanche « 


le jour peine de plus en plus à trouver son chemin- ( RC )


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Marcel Duchamp – Fresh widow   1920

 

C’est le soir,            ou bien autre chose
qui obscurcit la pièce …

– peut-être des oiseaux
porteurs d’épines ,
qui veulent
me percer les yeux.

Pour l’instant, ils ne peuvent pas rentrer
car la fenêtre est fermée,
mais peut-être bientôt
ils arriveront à passer.

Je ne peux pas sortir
de peur de les rencontrer.

Alors je dois rester enfermé ici,
seul         –        et le jour
peine    de plus en plus
à trouver son chemin .


RC – mai 207


Gilles Vigneault – Paysage


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photo DL Ennis

 

La lune a posé sur la plaine
L’argent d’un verglas sans pareil
À rappeler la porcelaine
D’une mer où dort le soleil.

Ah! Que la neige était plus belle
Aux saisons dont je cherche encor
La mystérieuse escabelle
Qui manque au coeur de ce décor

Pour que le jeu se recommence
Avec le splendide attirail
Du pays à la neige immense
Où la fenêtre était vitrail.

Ah! Que la neige était plus blanche
Et plus mélancolique aussi
Sa calme et paisible avalanche
D’un ciel au jour mal obscurci…

La lune a posé sur ma peine
L’éclat de son calme glacé.
Mon enfance ne fut pas vaine.
Voici déjà demain passé…

Gilles Vigneault


Leslie Kaplan – livre des ciels


 

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La chambre, notre grand lit plat. En face, l’armoire avec le miroir rigide.
Reflet.
Je suis avec lui, sous l’édredon. L’édredon est épais, à plumes, il ne pèse rien.
Carreaux multicolores, on est dessous, vivants.

Il est à côté de moi. Je vois la peau élastique, les yeux qui cherchent.
Il est là, allongé.

Par la fenêtre, le ciel humide, ses trous et ses volumes.
L’édredon est léger, envahissant comme une déchirure.


Tes mots revenus – ( RC )


 

 

10021mesange  1684_o.jpg

 

J’ai emporté les mots que tu m’as glissé à l’oreille,

je les ai confiés aux ,
afin qu’ils voyagent,
et qu’ils les racontent à leur façon…

Je suis le passeur des phrases, celles qui sont dites,
et celles qui ne le sont pas.
Un jour, comme je l’ai vu,
( ou plutôt, comme je les ai entendus,

les mésanges sont venues frapper à ma fenêtre ) :
c’est qu’elles avaient sans doute
une réponse à me donner, et le récit de ton voyage .
J’ai essayé de l’interpéter à ma façon,

et les mots pensés,
ont ainsi continué leur voyage,
dans ma tête peut-être,
en donnant naissance à d’autres écrits .

C’est que tu parles un peu en moi…


RC – avr 2017

 

(  réponse à Anna Jouy : voir les mots partis )


Rien ne peut repousser la nuit – ( RC )


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Elaine Sturtevant d’après  Marcel Duchamp :  » fresh widow »

Il y a cette fenêtre :
Les ténèbres s’y prélassent .
Peut-être est-ce le jour
qui ne peut rentrer :

Ma chambre, comme ma tête,
est close de rideaux noirs,
fermée sur sa blessure,
où se sont dissoutes les joies ,
que m’offrait ton visage
si loin dans le temps,

que je ne rappelle plus bien
—ni de son expression exacte,
—ni de la chaleur
qui m’envahissait .

Ma blessure a saigné ,
       puis le sang s’est retiré,
en marée descendante .
Je ne peux même plus ,
saisir la lumière :
mes veines sont sèches ;

rien ne peut repousser la nuit .

 

RC – juin 2017


Basculés derrière l’horizon- ( RC )


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photo Phil F-

 

Sous nos yeux étonnés,
se déroule un grand film .
Panoramique,

il occupe tout l’espace ,
mais change     à vive allure,
comme si les champs
poussaient les montagnes,
les montagnes,        le lac,
le lac,                        la ville,
la ville,                   les forêts…
basculés derrière l’horizon .

Tout s’en va,
tout s’efface ,
derrière l’écran de la fenêtre .

>   Sans certitude
sur le bon endroit,
celui    où les choses s’attachent ,
où l’arbre demeure,
des siècles durant.

Le mouvement du train
zappe l’éternité
pour un temps éphémère,
un temps compressé ,
qui demeure curieusement
étranger
à la lente caresse du vent
dans l’ondulation des blés .


RC – juill 2017


Murièle Modely – le bouquet


vue  bord fra  arch -0625.JPG

j’ai mis le bouquet dans le vase
le vase sur la table, j’ai ouvert la fenêtre
j’ai regardé dehors, le jardin en désordre
notre fouillis d’herbes et d’orties

j’ai coupé les tiges des roses
j’ai mis une cuillère à café
de bicarbonate de soude
pour que les fleurs tiennent
puis j’ai posé le vase
sur la table, bien au milieu

face à la fenêtre, je me suis assise
je t’ai regardé
j’ai posé le vase il y a des années
devant la fenêtre, notre nature folle
tes yeux fatigués, ma bouche fripée
l’odeur de charogne du bouquet fané


Raymond Carver – pluie


PLUIE

Réveillé ce matin avec
une envie terrible de rester au lit toute la journée
et de lire. J’ai lutté quelques minutes contre cette idée.

Ai regardé la pluie à travers la fenêtre.
Et lâché prise. Me mettant entièrement
à l’abri de ce matin pluvieux.

Serais-je prêt à revivre ma vie ?
Avec les mêmes erreurs impardonnables ?
Oui, si c’était seulement possible. Oui.

(in Where Water comes Together with Other Water (1983)

RAIN

Woke up this morning with
a terrific urge to lie in bed all day
And read. Fought against it for a minute.

Then looked out the window at the rain.
And gave over. Put myself entirely
in the keep of this rainy morning.

Would I live my life over gain ?
Make the same unforgivable mistakes ?
Yes, given half a chance. Yes.


Lucie Taïeb – Nous ne reviendrons plus ici


 

 

 

peinture: Adrew Wyeth Dodges Ridge

peinture: Adrew Wyeth Dodges Ridge

nous ne reviendrons plus ici nous n’avons plus les clefs c’est aussi bien ce lieu n’était plus adapté à la fatigue croissante. rien ne me manquera sinon ce que je voyais au matin depuis mon lit par la fenêtre mansardée un fragment d’arbre conifère. les lieux nous oublient et nous hantent sans nostalgie ils sont heureux et nous errons de halte en halte à demander « où sont nos morts » à des gens qui ne les ont jamais connus. Si je savais qui de mon cœur ou de ma tête me joue ce tour de garder souvenir de ce que mon regard ne pourra plus saisir d’un coup sec et sans remords, je l’arracherais comme un organe inutile, qui trouble vainement le repos de mon âme, et autres effets indésirables.


Marina Tsvetaieva – La maison


Afficher l'image d'origine

Maison – épaisse verdure,

Vigne vierge et chèvrefeuille,

Maison peu familière.

Maison si peu mienne !

Maison – au regard sombre

Aux âmes lourdes,

Le dos tourné à la cité,

Les yeux fixés sur la forêt,

Gaie, aux cornes de cerf,

Joyeuse, comme une ourse,

Chaque fenêtre – un regard,

Et dans toutes – une personne !

Le fronton dans la glaise

Chaque fenêtre – une icône

Chaque regard – une fenêtre,

Les visages, des ruines,

Les arènes de l’histoire,

Marronniers du passé

Moi j’y chante et j’y vis.

Les chemises aux bras longs

Se lamentent dans le vent,

Liberté du passé,

D’un combat dans ces murs.

Lutte pour vivre et survivre,

Chaque instant, chaque volée,

Lutte à mort de ses bras,

Mort pour vivre et chanter !

Sans odeur de richesse,

Sans confort de fauteuil,

Le méchant, la pauvresse

S’y retrouvent à plaisir.

Le bonheur des oiseaux,

Dans les niches et recoins,

Temps pour nous – de nos comptes,

Des vengeances populaires,

Une maison dont je n’aurai pas honte.

 

(Entre juillet et septembre 1935.)


Robert Desnos – A la faveur de la nuit


 

Se glisser dans ton ombre à la faveur de la nuit.

Suivre tes pas, ton ombre à la fenêtre,

Cette ombre à la fenêtre c’est toi, ce n’est pas une autre,

    c’est toi.

N’ouvre pas cette fenêtre derrière les rideaux de laquelle

    tu bouges.

Ferme les yeux.

Je voudrais les fermer avec mes lèvres.

Mais la fenêtre s’ouvre et le vent, le vent qui balance

    bizarrement la flamme et le drapeau entoure la fuite

    de son manteau. 

 La fenêtre s’ouvre : Ce n’est pas toi.

Je le savais bien.

—–

Corps et biens (1930)

 

 


Sierra de Mulder – Amour chaque jour,comme une fenêtre ouverte


One day

you will learn

how to give and receive love

like an open window

and it will feel like summer

every day.

Un jour

tu apprendras

comment donner et recevoir de l’amour

comme une fenêtre ouverte

et cela sera une sensation comme l’été

à chaque jour.


Andreas Altmann – visite


 

photographe  non identifié..

photographe non identifié..

La mémoire, quand elle renonce
à un souvenir l’un après l’autre,
devient aveugle à ses propres paroles.
Dans des pièces vides, en tâtonnant
le mur, qui te saisit les mains,
au-dessus des portes que tu n’ouvres pas,
tu avances vers la fenêtre.  Des regards,sombres
ou clairs, cèdent la place aux yeux.
A partir de bruits, la voix se façonne
qui ne franchira pas le seuil du
silence.  Encore une fois tu marches,
sans toucher le sol, à travers la maison.
la lumière a découpé des ombres
pour lesquelles, ici, il n’y a aucune explication.
Tu grattes profondément  les extrémités de tes doigts
quelqu’un te suit, les bras
croisés, avec ce regard en biais.  tu demandes
à rester plus longtemps.  devant le porche,
une auto attend. Son moteur démarre.

besuch

das gedächtnis, wenn es eine
nach der anderen erinnerung aufgibt,
erblindet an seinen worten.
in leeren räumen tastest du dich
an der wand, die deine hände ergreift,
über türen, die du nicht öffnest,
ans fenster. blicke, die dunkel
die hell sind, weichen den augen.
an geräuschen formt sich die stimme,
die nicht über das schweigen hinaus
kommt. noch einmal gehst du
mit bodenlosen schritten durchs haus.
licht hat schatten herausgeschnitten,
für die es hier keinen grund gibt.
du kratzt an den rändern die finger auf.
jemand folgt dir verschränkt
mit den armen, dem blick. du bittest,
noch länger zu bleiben. vor dem tor
wartet das auto. der motor springt an.

Andreas Altmann
© Rimbaud Verlag

 

 


Lucie Delarue-Mardrus – Par ma fenêtre ouverte


peinture :  takmaj

aquarelle : Maja Wronska ( takmaj )

Par ma fenêtre ouverte où la clarté s’attarde,
Dans la douceur du soir printanier, je regarde…
Chaque arbre, chaque toit qui s’élance dans l’air,
Tel le roc qui finit où commence la mer,
Marque la fin d’un monde au bord d’un autre monde.
Ici la terre et là le vide où, toute ronde,
Cette terre, toupie en marche dans l’éther,
Sans sa pauvre ceinture d’air
Ne serait à son tour qu’une lune inféconde.

Je contemple ce toit et cet arbre, montés
Vers l’insondable énigme et ses immensités.
En bas, la rue est calme et le printemps tranquille.
Rien ne trouble la paix de la petite ville.
On entend au lointain un merle. Il fait très beau.
C’est tout.
—    Pourquoi mes yeux regardent-ils si haut  ?

 

 

L D-M

( beaucoup des créations de l’auteure peuvent  être lus sur le site qui lui est consacré)


Murièle Modely – ( En ) quête


photo Mahafsoun ( deviantart )


Je glisse
Le soleil me cuit les cuisses
J’ai fermé les yeux pour profiter
De la dureté du sol
Et du mordant du jaune

Je suis petite fille
En jupe courte
A l’instant précis
De mon innocence

Je tombe
L’ombre a remplacé le chaud
Le froid revient avec les mots,
Je suis vieille et la moquette
N’est pas un lit pour ma fatigue

Je suis coupable d’enfance
C’est le malaise d’être ici
Et d’être aussi ailleurs
Enfant, j’ai toujours su
Qu’on me pardonnait tout
Qu’on ne m’excusait rien

Je dégringole
Par bouffées dans la triste réalité
Je suis une vieille femme allongée sur le sol
Dans le salon, sur la moquette
Il est quatre heures, je ne fais rien
Les voisins de leur fenêtre
Voient ma folie et mon chagrin

Car je cherche un passé,
Une jeunesse, un improbable équilibre
J’ai vieilli mais je n’ai pas grandi
J’ai cent ans et cinq ans, soit
Un géant sur des jambes de nain

 

Un texte  qui peut être retrouvé  dans le site « écrits vains », parmi 8 autres  de M Modely

 


Oiseau mécanique – ( RC )


 


On dit que tu as tout ce que tu veux
Et un oiseau mécanique merveilleux,
Aux ailes incrustées d’émeraude,
Chante à la place d’un vrai.

Ton oiseau est de couleur verte,
Il est au centre de tes richesses,
Tu ne regardes qu’elles;
Et ne me vois pas.

Tu es fasciné par son chant
Par les reflets des cristaux,
Toutes ces choses précieuses,
Dont l’abondance te cache l’univers.

> Le monde tel qu’il est
Est bien loin de toi;
Tu ne m’entends pas,
Mais seulement le chant de cet oiseau.

Dès que tu ouvres la boîte,
Inscrustée d’ivoire et de nacres
Que tu tournes la clef,
Attendant son tour de piste .

Mais un jour le ressort casse,
La belle mécanique se dérègle,
Le précieux automate reste figé,
Désormais inutile et grotesque.

Tu découvres soudain,
Qu’un vrai rossignol,
Se balance sur une branche,
Face à ta fenêtre.

Libre d’aller et venir,
Il attendait ton réveil,
Et que ton regard se pose sur la nature,
Où les ors et vermeils ne sont pas nécessaires.

On dit que tu as tout ce que tu veux,
Mais les biens matériels ,
Finissent par te masquer la vie.
Ouvre donc la fenêtre.

Il y a un ailleurs,
Qui s’étend loin autour
De ton château.
Tu m’y verras peut-être, maintenant.

Il suffit d’ouvrir ses yeux,
Et ses oreilles, aux rossignols,
Un coeur ouvert aussi
Au reste du monde.

– Librement inspiré du conte  » le rossignol et l’empereur » ( Andersen),
et de la chanson des « Fab Four »:  » And your bird can sing ».

 

 

RC- mai  2014

 


L’absence éveillée – ( RC )


document visuel: montage perso

                document visuel:         montage perso

 

 

 

 

 

Fi des saisons,

Et de leur danse …

Elles reviennent,

Comme elles se doivent,

Ce que tu vois depuis ta fenêtre,

Peint de lumière oscillante,

Se pare des couleurs,

De la nature.

Elle lui est soumise,…

Je n’ai rien inventé.

Et tu peux compter les années,

Qui lentement s’égrennent … ;

Rien ne vient

Dessiner un sourire,

Et occuper de son ombre,

Les rectangles de lumière.

Poser les bras sur tes épaules.

Il n’y a de pli dans le ciel.

Que l’absence,

Elle, toujours éveillée.

 

RC Janvier 2014

en rapport avec un texte  de Nathalie Bardou,

paru dans son blog « tentatives de lumière »


Pascal Pratz – Feuille d’été


d'après une photo de Jeff Wall

d’après une photo de Jeff Wall

Le papier s’est échappé
par la fenêtre
à cause d’un vent mauvais
ennemi de l’écrit
un vent taquin
adepte de Kipling
venu le cueillir sur le coin de ma table
il virevolte et tombe
avec la grâce d’une feuille d’automne
ce n’est pas l’automne
jamais ne le reverrai
déjà parti plus loin
que le bout de la rue
dessus j’avais inscrit
pattes de mouches
toutes les idées d’une semaine entière
des débuts de poèmes
des idées de romans
des premières phrases
important, les premières phrases
n’ai plus qu’à m’y remettre
fouiller ma cavité
tout retrouver
tout reconstituer
tout réinventer
tout recommencer
le vent fripon
m’a tout déshabillé


Patrick Laupin – On ne peut pas écrire la pluie


( partie finale de ce beau texte)

. Abrités dans l’esquif de nos villages à flanc de montagne dans la tourmente, nous sommes vraiment les proies silencieuses de la pluie.

Elle déplie une verrière sensible, sensitive de vide, une eau première translucide, une durée spirituelle.

Un rideau froid de pluie qui tombe nous rappelle d’instinct et de foudre les limites de notre propre corps, nous qui restons requis comme jamais derrière les vitres et les plis en cretonne de la fenêtre à la regarder s’abattre,

sourdre, rebondir en gésine, frapper d’aplat soyeux, enragé, la célérité froide, sourde, et miraculeuse de sa tête de course.

Vague transparente où la colère dévale un bruit qui dort.

Comme elle affaisse et relève les minces particules d’éléments, on dirait des girouettes de rivières ou un océan dans l’eau furieuse qui navigue.

Elle gire, appareil des eaux du temps, broie l’avarice du ciel, franchit le crêt torrentiel, libère ce barrage providentiel.

On ne peut comparer à rien le miracle lapidaire de la pluie car c’est de la gaieté sensorielle et muette de notre corps qu’elle provient.


Ivan V. Lalic -Lieux que nous aimons


photographe non identifié

photographe non identifié

Les lieux aimés n’existent que par nous,

L’espace détruit n’est qu’apparence dans le temps durable,
Les lieux aimés nous ne pouvons les abandonner,
Les lieux aimés ensemble, ensemble, ensemble.
Et cette chambre est-elle chambre ou caresse,
Et qu’y a-t-il sous la fenêtre : la rue ou les années ?
Et la fenêtre n’est-elle que l’empreinte de la première pluie
Que nous avons comprise, et qui sans cesse se répète ?
Et ce mur n’est-il pas la limite de la chambre, mais peut-être
de la nuit
Où le fils vint dans ton sang endormi,

Le fils comme un papillon de feu dans la chambre de tes miroirs,
La nuit où tu eus peur de ta lumière.

Et cette porte donne sur n’importe quel après-midi

Qui lui servit, à jamais peuplé
de tes simples mouvements, lorsque tu entrais

Dans ma seule mémoire, comme le feu dans le cuivre;

Quand tu es absente, derrière toi l’espace se referme comme l’eau ;

Ne te retourne pas : il n’est rien en dehors de toi,
L’espace n’est que temps visible d’autre manière;

Les lieux aimés nous ne pouvons les abandonner.


Ivan V. LALIC
« Temps, feu, jardins »      (Éd. Saint-Germain-des-Prés, 1973)


François Corvol – Nuit du Château


gravure: Odilon Redon - On the Backdrop of Our Nights

gravure:            Odilon Redon       the Backdrop of Our Nights

Un jour
que je rentrais d’une dure journée de travail
cerné par la fatigue
je posais mon nom
au pied des marches de ma demeure
surpris d’abord de se trouver là
détaché de sa rotonde
libéré de son intrinsèque cellule
surpris et tétanisé par la liberté
comme un rapace nocturne
par la lumière effarante d’une lampe-torche
il restait là hébété
quelques secondes
puis je le vis grimper
à la manière d’un lézard
prendre le mur
ce raccourci pour la faune légère
il cherchait le trou dans lequel s’engouffrer
la cavité qui le rendrait invisible
je le vis longer la ligne du plafond
arrivé au coin
une sensation d’impasse sembla
le prendre à la gorge
l’angoisse soudaine
du mur sans cavités
de la limite et de la fin
il s’agita dès lors
et traçait des cercles
comme le font tous les êtres
qui cherchent et fuient quelque chose
sans plus vraiment savoir quoi
désespéré de le voir ainsi j’ouvris la fenêtre
et m’en éloigna
pour qu’il passe sans me voir
comme aimanté par l’air de la nuit
par la possibilité de prolonger sa vie un peu plus loin
il s’en alla
il s’en alla et je refermai la fenêtre alors
derrière lui
puis je montais les marches
ôta ce qu’il me restait
de vêtements et de bruits
je me couchais
seul enfin
cherchant le sommeil
les yeux à-demi ouverts
dirigés vers quelques aspérités du plafond
j’y aperçus une araignée
elle tissait sa toile à mon zénith
je souris
et m’endormis

Garous Abdolmalekian – Chaque mot n’est qu’un piéton qui passe


vue à travers un vitrail - cathédrale de Maguelone, Hérault , oeuvre de Robert Morris - photo perso

vue à travers un vitrail – cathédrale de Maguelone, Hérault ,        oeuvre de Robert Morris –      photo perso


 

Chaque mot 
n’est qu’un piéton qui passe

Peu importe lequel
Nous écrivons seulement sur les vitres embuées
Pour faire apparaître
La forêt par-delà la fenêtre.


extrait de « Nos poings sous la table »,       ed Bruno Doucet


Leon Felipe – Le mot


photo auteur non identifié: provenance carte postale

photo auteur non identifié: provenance carte postale

 

 

LE MOT

Mais que disent-ils du mot, ces poètes, là ?
Toujours dans des discussions de modiste :
sans ceinture, peut-être… ou serré, plutôt…
pourquoi pas la tunique… ou bien la casaque…
ça suffit ! Le mot est un pavé, une brique. Vous m’entendez ?…
Vous m’avez entendu, Monseigneur ?
Une brique. Une brique pour élever la Tour… il faut que la Tour soit haute… haute… haute…
jusqu’à ne plus pouvoir être plus haute.
Jusqu’à ce qu’elle arrive à la dernière corniche
de la dernière fenêtre
du dernier soleil
et qu’elle ne puisse pas être plus haute.
Jusqu’à ce qu’il ne reste plus qu’une seule brique, un seul mot… l’ultime brique… le  mot ultime
qu’on lance alors sur Dieu à toute volée
avec la force du blasphème ou de la supplique…
et qu’on lui défonce le front… pour voir si, dans son crâne,
se trouve la Lumière… ou se trouve le Néant.

 


Blockhaus en front de plage ( RC )


hotel Adghir          Alger-        Bordj El Kiffan,

Blockhaus en front de plage

Immeuble de béton sur sept étages

Posé comme un cube prétentieux

Frontière de quartiers miséreux…

 

L’ailleurs reste surtout un peut-être

La mer ne se voit, qu’avec un reflet de fenêtre

d’en face,   ….  carré dans la façade grise

Du grand hôtel, où le temps s’éternise

 

Je peux toujours compter les plaques de marbre

Ou chercher au loin les arbres

Une prison dorée reste une prison,

Et la vue ne s’échappe pas  sur l’horizon

 

RC   – 23 décembre 2012    –   Alger