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Pierre Garnier – Jean-Louis Rambour – Ce monde qui était deux


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peinture  Duncan Grant –       Still life with omega paper flowers

Chacun portait sa croix, laissait sa croix,
la table était couverte de fenêtres qui donnaient
sur d’autres parties du monde –
l’idée que se faisait du monde l’escargot
n’était pas la même que celle d’une huître
« autant de coquilles, autant de monde », pensait l’enfant.
nous, les enfants de la guerre, quand nous
écrivions un poème
c’était avec le compas,
nous enfoncions la pointe sèche dans la chair,
et la mine douce, dont nous pouvions effacer le
trait,
faisait la carte du ciel où elle ne marquait que
les étoiles
nous, les enfants de la guerre, nous avons vécu
en papillons
pour échapper aux bombes le mieux était encore
d’être papillon,
et nous laissions notre écriture en grandes
taches blanches sur les feuilles

notre écriture était de nature
celle du poème
qui est vague feuille fleur grenouille,
notre écriture se déposait :
écailles des ailes de papillon et pollen

quand nous écrivions le poème sur une feuille,
ce que nous marquions c’étaient nos doigts,
notre main, notre poing,

c’était ce point acéré, dur, aigu, percé
qui marquait le centre du monde

nous, les enfants de la guerre, avons échangé
l’homme et sa mort
contre la vie des moules et des huîtres
et nous sommes restés dans la mer

notre écriture, ce fut longtemps de la craie sur les doigts.

 

texte paru aux éditions  des vanneaux


Joseph Brodsky – Dédicace à Gleb Gorbovski


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Quitter l’amour, dans le soleil de midi, sans retour,
et le chuchotement de l’herbe sur les pelouses qui s’enfuient.
Dans le nuage brûlant du jour, dans le crépuscule assoupi
l’aboiement des chiens de la nuit traverse les allées obliques.

Il faut résister à notre époque sombre et courir au-delà de ces années,
il faut oublier à chaque souffrance nouvelle l’infortune d’hier,
accepter à chaque instant la blessure et la douleur,
pour entrer paisible dans la brume des aurores vierges.

L’automne et impétueux en cette année de voyages,
les processions silencieuses du rouge et du noir longent le ciel,
près des arbres nus les feuilles s’envolent et trébuchent
contre les fenêtres et les pierres

Joseph Brodsky


Pierre Drano – Talus


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Le fossé est une arrière-pensée
pas même un paysage.
Dans ses fenêtres, des fleuves entiers,
des ravins
des couleurs
et lui-même, un lieu tourné
par la terre.
*
Autre talus
Autre chemin que la terre creuse
Buissons de l’autre
Sentiers d’ici
Prairie. Prairie. Prairie.
et encore…
Talus
Quel mot d’absence.


Rabah Belamri – Les fenêtres sont vides


Les fenêtres sont vides…           Pour Odile et Anne

les fenêtres sont vides
la pierre de la porte offerte au silence
retient le regard

les rideaux ne bougent plus derrière les vitres brisées
lourds de la cendre des cœurs

dans l’ombre des maisons nues
l’été dérive comme une mer de solitude

le passant se retourne et se tait
de l’autre côté de la route
le vertige des tournesols découpe
l’éternité en tranches

 

 

Rabah Belamri


l’épaisseur des murailles – ( RC )


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Ce sont des sombres bastilles,
bâties de pierres lourdes,
refermées sur la peur,
aveugles aux terres promises,
qui pourtant les entourent.

Pas de fenêtres ouvertes  sur elles,
ni sur les autres,
juste des meurtrières
qui enferment d’abord la joie,
et finissent isolées sur leur promontoire.

L’épaisseur des murailles,
désaffectées, en désaffection
n’a pas plus de prise sur les rêves,
qu’une fragile  coquille,
un frêle esquif sur l’océan.

RC- nov 2015


Cette ombre – ( RC )


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Image          -> opéra de Bavière: la femme sans ombre

 

——

Indissociable  des êtres…
elle  colle  à la peau, à mes moindres gestes;
elle  épie ce que la lumière  dit,
se plie sur les angles des fenêtres et dans les montées  d’escalier,
se fond  dans les  autres,       ou même  les  avale…

Elle gravit les  surfaces  rugueuses  sans  se blesser,
et s’allonge  sans mesure quand le soleil s’abîme,
aplatie  sur le sol.
Marquant même  par sa présence, le corps sans visage,
errant aux contre-jours,

Jouant à étouffer  les  couleurs,
De ses bords tantôt  précis ou flous.
Y a-t-il aussi celle des âmes,
dont on ne sait rien,          une fois parties,
mais dont interroge  l’épaisseur   et le retour ?

RC –  avril 2015


Mots surgis d’un brouillard épais – ( RC )


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                                Peinture:              P Bonnard

J’ai prélevé dans le vocabulaire
que je connaissais,
quelques mots .
Ils se sont disposés, dociles,
sur la page blanche,     comme surgis
d’un brouillard épais,
où la conscience s’est perdue,
et le décor endormi .

Oh ! Rien de bien extraordinaire…
… presque rien…
Quelques essais jetés sur le papier :
une ou deux expressions
qui sonnent ,
accompagnées  du silence   ,
me déportant vers
le jour, qu’ils dissimulaient.

Il faut croire que les phrases
banales,
ne sont que des fenêtres grises,
occultant les pensées.
Tant de gris où tout se brouille,
et les étoiles
quelque part,
au-delà,

qui répondent
seulement si un chant
parvient à s’extraire
d’entre les lignes,
pour donner assez d’élan
à ma plume,
( et que cela soit aussi
un peu de moi. )


RC – janv 2016


Leon Felipe – Ne me racontez plus d’histoires


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NE ME RACONTEZ PLUS D’HISTOIRES

Je les ai toutes comptées et contées,
Elles ont tous été dites et écrites.
Elles ont toutes été mises en bobines et archivées.

Le vieux patriarche les a racontées,
le chœur et la nourrice les ont racontées
un imbécile les a dites, plein de rage et de vacarme,
on les a gravées sur la fenêtre et sur la roue
et on en a conservé les matrices dans des coffres-forts.

Il existe des répliques exactes de toutes les tragédies,
des disques de toutes les psalmodies,
des photographies de tous les naufrages.
Pas une histoire n’est perdue. Soyez tranquilles.
On sait que le poème est une chronique,
que la chronique est un mythe,
l’Histoire un serpent qui se mord la fable
et le poète domestique le chroniqueur du Roi et de l’Archevêque :
le conteur d’histoires.

Tout est enregistré.
Et toutes sont encore vivantes. Le crieur public passe :
« Histoires !… Histoires !.. Histoires ! »
C’est le vieux conteur d’ombres et de rires
qui fait la publicité pour les histoires.
Mais je ne veux pas d’histoires…
Ne me racontez plus d’histoires.

II

JE CONNAIS TOUTES LES HISTOIRES

Je ne sais pas grand chose, c’est vrai.
Je dis seulement ce que j’ai vu.
Et j’ai vu :
que le berceau de l’homme on le berce avec des histoires…
Que les cris d’angoisse de l’homme on les noie avec des
histoires…
Que les pleurs de l’homme on les étouffe avec des histoires…
Que les os de l’homme on les enterre avec des histoires…
Et que la peur de l’homme…
a inventé toutes les histoires.
Je sais vraiment peu de chose, c’est vrai.
Mais on m’a endormi avec toutes les histoires…
Et je les connais toutes.


Gregory Colbert – Cendres et neige


dessin perso -

dessin perso –

 

Traduction très libre des quelques lettres de Gregory Colbert dans « Ashes and snow »
Variation sur « Cendres et neige » – Philippe Vekens

 

photo: Gregory Colbert

photo:             Gregory Colbert


 

Si tu me rejoins à « ce moment », tes minutes deviendront des heures, tes heures deviendront des jours et ces jours deviendront une vie.
A la Princesse des Éléphants
J’ai disparu il y a 1 an exactement.
Jours pendant lesquels j’ai reçu une lettre.
Elle me rappelait au lieu où ma vie auprès des éléphants a commencé.
Je te prie de m’excuser pour le silence demeuré entre nous pendant une année.
Cette lettre rompt ce silence.
Elle marque les 365 lettres que je t’ai écrites, une par jour de silence.
Jamais je n’ai été autant moi-même que dans ces lettres
Elles sont les tracés du chemin de l’oiseau
Et sont tout ce que je sais être vrai.
Tu te souviendras de tout, tout sera comme avant, au début des temps.
Le ciel sera empli d’éléphants volants.
Chaque nuit ils seront couchés à la même place dans le ciel, avec un œil ouvert.
Lorsque tu regardes le ciel, tu regardes cet œil d’éléphant qui dort avec cet ouvert qui nous protège et prend soin de nous…
Depuis que ma maison a brûlé
je vois la lune plus clairement
J’ai regardé tous les édens qui étaient tombés en moi
J’ai vu un éden que j’ai tenu entre mes mains
mais que j’ai laissé partir
J’ai vu les promesses que je n’ai pas tenues
Les douleurs que je n’ai pas apaisées
Les blessures que je n’ai pas soignées
Les larmes que je n’ai pas versées
J’ai vu les morts que je n’ai pas pleurées
Les prières auxquelles je n’ai pas répondu
Les portes que je n’ai pas ouvertes
Les portes que je n’ai pas fermées
Les amoureux que j’ai laissés derrière
Et les rêves que je n’ai pas vécus
J’ai vu tout ce qui m’a été offert
et que je ne pouvais accepter
J’ai vu les lettres que j’avais espérées
Mais que je n’ai jamais reçues
J’ai vu tout ce qui aurait pu être
Mais qui jamais ne sera

Un éléphant avec sa trompe levée
Est une lettre aux étoiles
Une brèche faite par une baleine est une lettre
Des profondeurs de la mer
Ces images sont une lettre pour mes rêves
Ces lettres sont mes lettres pour toi
Mon coeur est comme une vieille maison
Dont les fenêtres n’ont pas été ouvertes depuis des années
Mais maintenant j’entends les fenêtres s’ouvrir
Je me rappelle les grues flottant au-dessus
Des neiges fondantes de l’Himalaya
Sommeillant sur les queues de lamantins
Les chansons des phoques barbus
Le cri du zèbre
Le cliquetis du sable
Les oreilles des caracals Le balancement des éléphants Les brèches des baleines
Et la silhouette de l’élan
Je me souviens de la boucle des orteils du suricate
Flottant sur le Gange
Navigant sur le Nil
Montant les marches de …
Je me souviens errer dans les couloirs
D’Hatchepsout et du visage des ces nombreuses femmes
Mer sans fin et milliers de kilomètres de rivière
Je me souviens de tout
Mais je ne me souviens pas avoir quitté, jamais
Souviens-toi de tes rêves
Souviens-toi de tes rêves
Souviens-toi de tes rêves
Souviens-toi
Au plus je regarde les éléphants de la Savane
Au plus j’écoute, au plus j’ouvre,
Ils me rappellent qui je suis
Puisse le gardien des éléphants entendre mon souhait
De collaborer avec tous les musiciens de l’orchestre de la nature
Je veux voir par l’oeil de l’éléphant
Je veux rejoindre la danse qui n’a pas de pas
Je veux devenir la danse
Je ne peux te dire si tu te rapprocheras ou si tu t’éloigneras
Du long de cette sérénité que j’ai trouvée
Lorsque je pose mon regard sur ton visage
Peut-être si ce visage pouvait me revenir maintenant
Ce visage qu’il me semblait avoir perdu
Et le refaire mien
De la plume au feu
du feu au sang
du sang à l’os
de l’os à la moelle
de la moelle aux cendres
des cendres à la neige
De la plume au feu
du feu au sang
du sang à l’os
de l’os à la moelle
de la moelle aux cendres
des cendres à la neige
De la plume au feu
du feu au sang
du sang à l’os
de l’os à la moelle
de la moelle aux cendres
des cendres à la neige
De la plume au feu
du feu au sang
du sang à l’os
de l’os à la moelle
de la moelle aux cendres
des cendres à la neige
De la plume au feu
du feu au sang
du sang à l’os
de l’os à la moelle
de la moelle aux cendres
des cendres à la neige
De la plume moelle, dansephoques, lamantins,
ce qui est écrit sur la page
Ce qui importe, est
ce qui est écrit dans le coeur.
Donc brûle les lettres
Et pose leurs cendres sur la neige
Au bord de la rivière
Lorsque le printemps arrive et que la neige fond
Et que la rivière monte
Retourne aux bords de la rivière
Et relis mes lettres avec les yeux fermés
Laisse les mots et les images
Laver ton corps telles des vagues
Relis les lettres
Avec tes mains sur les oreilles
Écoute les chants du paradis
Page après page après page
Envole-toi tel l’oiseau
Vole…
vole…
vole. 


Le matin se déhanche – ( RC )


 

 

photographe  non – identifié..

 

Comme il fait encore sombre, ce matin,
La rue s’illumine de points.
Les  réverbères sur la perspective de l’avenue.
Et puis quelques fenêtres.
Dans l’une  d’elles, l’image d’une  femme qui se coiffe,
Ses bras sont en l’air,
Elle découpe sa silhouette,
Une danse  en S,
Rayée des lames  du store,
Le matin se déhanche,
En promesses de jour….

 

RC  –  nov 2014


Garous Abdolmalekian – Chaque mot


peintures: Adolf  Gottlieb

peintures:    Adolf Gottlieb

 

Chaque mot 
n’est qu’un piéton qui passe

Peu importe lequel
Nous écrivons seulement sur les vitres embuées
Pour faire apparaître
La forêt par-delà la fenêtre.

 



Nos poings sous la table,   (ed  B Doucet )

 

each word
is just a pedestrian passing

No matter which .
We write only on steamy windows
To bring up
The forest beyond the window   .


Spirales adhésives – ( RC )


photo: Francesca Woodman

photo: Francesca Woodman

 

 

 

J’imagine, qu’il y a encore du chemin à parcourir.
Des obstacles  à dépasser, des creux  à contourner,
Des rocs dont les failles  sont autant de pièges,
Sans compter la faune  qui guette, toujours à l’affut.

La chevelure se confond avec celle des lianes,
Et il y a toujours une nuée  d’insectes volants,
Ils  semblent te suivre… une proie bien tentante,
Ils se sont extraits  du plâtre?

Une génération spontanée – comme on disait,
Qui s’inscrit en biais  des jointures de faïence.
Le chemin est d’autant plus long,
Que c’est un dédale  de pièces, refermées sur elles-mêmes.

Un moment  d’inattention, et ce sont des rubans,
Qui t’enveloppent à ton insu, tout droit descendus du plafond,
Déjà, ils ont fini par occulter complètement les fenêtres,
Et se dévident en spirales adhésives,  dès que tu t’arrêtes.


RC- oct 2014


Ahmed Mehaoudi – entre nous


art: auteur non identifié

art: auteur non identifié

 

parfois

il y a des fois

j’ai l’air de sortir des égouts

rien de blanc à servir

ou me taire

ai-je su me taire un jour

 

il paraît

que se taire

est le privilège des rentiers

avoir l’or

comme divinité

les amis comme pantins

et les pâquerettes pour cirer ses pompes

 

moi pauvre bavard

à me planter a chaque éclaircie

suis-je rentier

à jeter mes mots par les fenêtres

en être tremper à l’os

les plier comme une torche

allumer en joie

le feu de l’ermite

 

parfois

il y a des fois

j’en veux à mes yeux

de ne pas voir

où remplir mes poches

 

il paraît

que le siècle est passé

pour changer le monde…

 


Prisonnière dans sa petite boîte ( RC )


objet:           luminaire en crâne:          galerie.alittlemarket.com

Prisonnière  dans  sa petite  boîte,
Que parcourent  pourtant les vents  de folie
Les  délires ,              et les pensées  qui basculent
Quand sont closes ,      les fenêtres  sur le monde,

Et d’abord les sens, qui nous touchent du doigt,
Par l’atmosphère moite du jardin,
Les sons menus des insectes  et des oiseaux,
Et la lumière,            qui se déplace et rebondit,

Un peu partout,  au gré  de la liberté,
Des saisons,                        qui ignorent la raison,
Cette  lumière  qui nous  saisit,        en couleurs
Dès qu’on ouvre les yeux,

Une première fenêtre ouverte,      sur le monde

RC-  6 juin 2013


les fenêtres ouvertes ( RC )


peinture: Everett Shinn- 1903

peinture: Everett Shinn- 1903

Il est un temps clément

Et l’herbe pousse 

La vie sautille et bruisse,

Hier, il pleuvait à verse

Les fleurs, comme il se doit, fleurissent

Le vert rampe et progresse.

En forêt ,il menace les clairières

Et recouvre les pierres du jardin,rue et bien verte

Au soleil, l’éternuement

Et les fenêtres ouvertes…

 

Le souvenir n’est plus, du raide hier

Le jour se lève, parfumé du matin.

Je prends avec toi, les chemins de traverse

Que le temps oublie , le temps d’une rencontre

Qui s’étire avec toi, comme une caresse

Je peux vivre, et me passer de montre,

Un dialogue sans paroles,

Il y a quelque part, ton visage qui rit

Et le coeur farandole,

Qui tangue et s’y inscrit.

 

Sans détour, comme une voie directe

Où les animaux endormis

Pactisent avec les insectes

Et s’en font des amis

La mouche noire a décrit une belle spirale

Avant de se poser sur le beurre,

Sur l’assiette à côté du journal,

même pas peur…

Le lézard a sorti ses habits de parade

En restant agrippé au mur, l’oeil en veille

Et reste immobile sans tenter l’escalade,

En se frottant de soleil…

RC


Nicole Barrière – L’air du poème, la voix prise dans le feu


miniatures médiévales;  Exposition universelle  Seville

miniatures médiévales;        Exposition universelle   Séville

L’air du poème
la voix prise dans le feu
me voici sans mot

me voici trace
là – où ne demeure que la foudre –
de toi séparée avant le commencement
avons-nous partagé la lumière
quelle éclaircie tourmente nos braises ?
sommes-nous gouttes d’eau échappées de l’orage
ou poussières dans la tornade du temps ?
sur le linteau de la nuit
nous sommes cueillis d’ivresse
au bas de nos pensées
se saisissent les rêves
le soudain accompli du nuage
où se revêtent les choses sans nom
affranchies de l’enfance
seuls nous sommes seuls
et mêmes et étrangers
et tes mots sur mes lèvres
s’écorchent jusqu’au livide
le soleil s’invite à la fenêtre des nuages
et le ciel
et la berge
et la marche
et le seuil du chemin
ressemblent aux mots des poèmes

il y a les mots
les ombres des mots
les lumières
les lueurs des mots
les cris
les chuchotements
les mots tendrement ouverts
les mots envolés des lèvres
comme des ailes pliées
comme des fenêtres ouvertes
comme des rivières où naissent les âmes
les mots tombent comme des fruits mûrs
comme des feuilles
comme l’herbe rouge et bleue
plus tard
quand les feuilles noircissent
la peau des rêves
le soir descend des étoiles
une autre langue parle
les mots du chemin et de la forêt
dans toutes les langues
marchent sur l’invisible
c’est ta main dans la mienne pleine de paroles
de terres nouvelles d’eaux souterraines
et la terre te fait signe depuis la lune
fragment de ciel
et d’invisible
le poème absolu
s’ouvre du désir premier des lèvres
trouée de rêve où seules chantent les mains.


Nicole Barrière, 6 janvier 2005
site : « La cave à poèmes


camisole ( RC )


Ouvre donc ces portes  , que le vent  s’engouffre

Qu’un peu d’air glisse  sur  ces carreaux lisses  !!

Que je sente  un peu du dehors  les bruits qui frappent  !!

Un peu au mur de la vie, celle qui est à l’écart…

 

Ouvrez donc un peu, que mon regard  franchisse

La salle, et les couloirs,  et les carreaux blancs encore,

Il y a trop de monde dans ma tête qui se heurtent à ces murs blancs.

 

A ce monde préservé, sans aménité.

C’est d’un neutre,  cette absence, en blanc,

Cette perte de fantaisie, de vie, de chaleur

 

C’est peut-être  tout ce blanc, pour mieux  repérer mes cris, la solitude  qui se blesse aux arrondis de chromes.

Qui se répercute aux fenêtres hautes, garnies de grillage fin,

pour l’oiseau en cage.

C’est aussi pour me maintenir là,

Sur place, immobile,  maintenue par des épingles  sur  un socle, comme les papillons.

 

Les échos des voix des infirmiers  me rendent plus atone que leurs piqûres, et les grands  couloirs.

Récurés journellement  à renfort de  désinfectant.

Drôle  de vie que celle, empêtrée dans  du blanc, du blues blanc plein les dents,

 

Et ma tête qui cogne, si loin de cet endroit, où seules les hirondelles  me font signe,

Rayant la fenêtre haute, à coup de liberté.

Isolée dans ma camisole.

 

 

RC  – 4  juillet  2012