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Yannis Ritsos – Inévitable


 

 

3823559720.jpgphoto: Lydia Roberts

Ils sont partis, l’un après l’autre.
Nous avons attendu.
Ils ne sont pas revenus.
Comment peut-on s’habituer à tant d’éloignement ?
Ni montagnes, ni arbres, ni maisons,
ni gens du tout, et les noms oubliés,
et la cendre répandue jusque dans les pages vierges.
Seulement dans le champ sec aux ronces jaunes,
a poussé une rose comme par erreur. La nuit,
souviens-t’en quand tu regarderas au loin, vers le large,
les trois petits feux errants. Souviens-t’en.
O, triste, inconsolable clair de lune, garde-moi.

Karlovassi, 10. VII. 87


De l’image, son retour permanent – ( RC )


sculpture:          La Dame d’ Elche, Huerto del Cura, Elche, Espagne

 

Ce texte  est une variation  » réponse »,  sur celui de Jean Malrieu  ( qui suit )

 

D’avril à  novembre,
De Novembre à avril,
Je tisse à l’endroit, à l’envers,
Des mailles pour que je contourne l’hiver .

J’écris toujours, à la lumière de tes feux  :
Et ceux-ci sont un don.
Une présence  faisant s’ouvrir      mes yeux,
Même aveuglé    par la pluie  fine des jours .

Ceux ci passent et,       même changeants,
Sont un retour permanent  .
Et si les sillons  du temps,
Laissent leur empreinte sur ma peau…

Ton image  est        un miroir,
Suspendu quelque part,
Impalpable       et lisse,

Au delà du tain  .
Chaque  chose est nouvelle,
Et toi,       vivante,   au défilé des heures.


RC – nov  2014


.
Je suis devant toi comme un enfant,
plein de pluie et de ravage,
ai cour d’un automne de silence
comme au centre d’une place assiégée
par l’herbe brûlée.

Je t’écris pour alléger le temps.
Cette page que je griffonne est un miroir.
D’elle va surgir un destin inattendu.
Car ma lutte contre le temps est ancienne.
J’écris toujours la même chose :
elle est nouvelle.
Que je lise à l’envers, à l’endroit,
l’inquiétude est éclairée

Je n’y peux rien.
Les années passent, me révèlent.
Mon visage s’affirme sous la pluie fine des jours
qui vient vers nous sur ses milliers, de pas agiles.
J’écris pour être avec toi
dans la paille douce et chaude de la vie.

Jean Malrieu


Christophe Lamiot Enos – Portrait d’une femme aux feux ( Bancroft way)


 

image :montage  par Neurobancal  " mandibules"

image :montage par Neurobancal : série  » mandibules »                    (Nicolas Grandmangin)

 

 

 

Portrait d’une femme aux feux ( Bancroft way)

Femme grande, je t’accompagne jusqu’aux
feux de Bancroft way. Entre nos voix: des voeux à deux
numéros de téléphone échangés. La

Sproul Plaza s’obscurcit. Debout, arrêtons-nous à
ce passage zébré. Le temps au doux prépare au repos
du dîner. Regardons passer les autos, heureux

depuis la fin de la journée. Malheureux
sont ceux, assis, qui s’en vont sans arrêt. Voyons devant, là,
dans Telegraph Av, lentement les autos

où tous tremblants de rapprochés serrés, leurs capots
maintenant s’élance et s’agrandit la distance entre eux
tandis que plus loin de nouveaux capots viennent à

presque immobiles, l’arrêt. Et tu t’en vas
traversant Bancroft à pied. Le feu rouge à tes mots
accroche je ne sais quoi de chaleureux.

Christophe Lamiot Enos –

extrait de « Albany »  ( Flammarion)


Que chacun reste à sa place – (RC )


carreaux -  raku -

 

montage  perso  2012

 

 


Je me méfie des signes
Clignotant dans la nuit.
Ce sont peut-être des phares,
Guidant les marins vers le port,
Ou des feux  sournois qui égarent…

Je me méfie des symboles,
Et des grandes formules;
Des lions ailés  sur les  drapeaux,
Des discours et grandes phrases,
De bavards, et de l’emphase.

L’image peut-être  trompeuse,
Et celui qui l’utilise,
Le fait souvent habilement,
L’abondance  nous cerne,
Ce qu’on appelle « prendre des vessies pour des lanternes ».

Que chacun reste à sa place,
Et vénère ou non, un dieu.
Je n’ai rien contre les  convictions,
Le parcours de l’imaginaire.
Chacun est libre, les pieds sur la terre,

De percevoir entre les nuages,
Les murmures des oracles,
Et de croire  aux miracles,
De lire des figures
Dans le marc de café…

Chacun ses choix.
Quant à en faire une loi,,
Imposer ce qu’il faut croire,
Permettez que je doute,
Je ne partage pas avec la planète,

Mes hallucinations.
Je ne suis pas  conforme,
Et pas fait pour les dogmes.
Et j’ai quelque  suspicion,
Envers la politique, et la religion.


RC –  sept  214


Pierre Reverdy – chemin tournant


photographe non identifié - rencontres  d'Arles

photographe non identifié – rencontres d’Arles

Il y a un terrible gris de poussière dans le temps
Un vent du sud avec de fortes ailes
Les échos sourds de l’eau dans le soir chavirant
Et dans la nuit mouillée qui jaillit du tournant
des voix rugueuses qui se plaignent
Un goût de cendre sur la langue
Un bruit d’orgue dans les sentiers
Le navire du coeur qui tangue
Tous les désastres du métier

Quand les feux du désert s’éteignent un à un
Quand les yeux sont mouillés comme des
brins d’herbe
Quand la rosée descend les pieds nus sur les feuilles
Le matin à peine levé
Il y a quelqu’un qui cherche
Une adresse perdue dans le chemin caché
Les astres dérouillés et les fleurs dégringolent
A travers les branches cassées
Et le ruisseau obscur essuie ses lèvres molles à peine décollées
Quand le pas du marcheur sur le cadran qui compte
règle le mouvement et pousse l’horizon
Tous les cris sont passés tous les temps se rencontrent
Et moi je marche au ciel les yeux dans les rayons
Il y a du bruit pour rien et des noms dans ma tête
Des visages vivants
Tout ce qui s’est passé au monde
Et cette fête
Où j’ai perdu mon temps

 

Pierre Reverdy, Sources du vent, Poésie/Gallimard


Mots de phoenix ( RC )


dessin: MC Escher

           dessin:   MC Escher

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Cette  lutte  dans la  froidure
Que l’on partage  en fins mots
De quoi tenir  au chaud
Encore des chants  d’azur…

Feux  de phénix
Renaissant de ses cendres
On peut  toujours  attendre
Des phrases prolixes

Ou je ne sais  quoi
Des feux follets
Ne laissent  inquiets
Que ceux restant cois…

J’observe alors, ma foi
Dans le ciel , les fumées,
–     de tes proses allumées
Que nous accorde la joie.

RC   – 5 mars 2013

note : cette création s’appuie  sur un poème de Jean-Jacques  Dorio, qui nous  évoque  le phénix – visible  avec beaucoup  d’autres dans  « poesie mode  d’emploi… »

image - travail perso sur dessin de Fabienne Fontaine

image –      travail perso sur dessin et support lettre


Jules Supervielle – Attendre que la Nuit…


gravure - extraite des histoires sans paroles de Frans Masereel

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Attendre que la Nuit, toujours reconnaissable
A sa grande altitude où n’atteint pas le vent,
Mais le malheur des hommes,
Vienne allumer ses feux intimes et tremblants
Et dépose sans bruit ses barques de pêcheurs,
Ses lanternes de bord que le ciel a bercées,
Ses filets étoilés dans notre âme élargie,
Attendre qu’elle trouve en nous sa confidente
Grâce à mille reflets et secrets mouvements
Et qu’elle nous attire à ses mains de fourrure,
Nous les enfants perdus, maltraités par le jour
Et la grande lumière,
Ramassés par la Nuit poreuse et pénétrante,
Plus sûre qu’un lit sûr sous un toit familier,
C’est l’abri murmurant qui nous tient compagnie,
C’est la couche où poser la tête qui déjà
Commence à graviter,
A s’étoiler en nous, à trouver son chemin.

Quand le sombre et le trouble et tous les chiens de l’âme
Se bousculent au bout de nos longs corridors,
Quand le dis-qui-tu-es et le te-tairas-tu
S’insultent à travers des volets sans rainures,
Un homme grand, barbu et plusieurs fois lui-même
Les fait taire un à un du revers de la main
Et je reste interdit sur des jambes faussées
Comme si j’étais lui sans espoir de retour.
Allons, te tairas-tu, cruelle malfaçon,
Faite de chair, de cris, de poils et de rancune.
Debout sur le plus bas degré des nuits sans lune
Je veux voir affleurer ma sereine raison

deux  textes  extraits de Amis inconnus (1934)