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Yannis Ritsos – Jusqu’à ce que


 

01 fire -- --.jpg

image,  montage perso  2017

 

 

La tante Maritsa,          la tante Katina         avec leurs petits chapeaux,
avec leurs broches en or,       avec leurs meubles entassés l’un sur l’autre,
avec les coffrets peints,         les paires de draps brodés,
avec les mille cuivres de cuisine.       A quoi bon
avoir amassé tout cela                                       – disaient-elles –
nous n’avons même plus où nous asseoir.       Et pourtant
elles continuaient à amasser bouts de ficelle, sacs en papier,
pinces à linge.        Les cafards et les mites,
cricricri, à l’ouvrage. Jusqu’à une nuit
où leur maison a pris feu.

Les deux vieilles filles maigres
ont couru, déchaussées,            à moitié nues dans la rue
avec leurs longues chemises de nuit blanches,
et elles sont restées ainsi abasourdies,     tremblantes à regarder le feu,
gardant chacune à la main seulement                         un petit chapeau noir.

Athènes, 17. /. 88.


Ange empêché – ( RC )


Image associée

peinture:  Odilon Redon ( l’ange déchu )                                    

 

L’ange  s’est , d’un coup de prière
Déplacé du vitrail,
Accompagnant de rayons,

Les âmes sombres,
Là où la lumière renonce,
A  aller plus loin….

Car la porte  du ciel était close,
Sur ce qui suinte,
Davantage  que les larmes,

– celle des cierges –
Vite figées comme ce qui transpire
Des  confessionnaux.

L’ange assistant aux offices,
Aux  cérémonies,et rites
N’émit pas  d’opinion,

Sur ce qui est factice
Dans la religion,
Et sa pratique hypocrite,

La crainte des démons,
La morale  et ses sermons,
Contrition et pénitence…

Malgré une infinie patience,
Finit par abdiquer,
Et,     de guerre lasse,


Voulut reprendre sa place,
En laissant à d’autres,
La lourde tâche

De laver les péchés
– et autres tâches-
méritant l’absolution,

celles dont les  prêtres s’acquittent,
avec l’habitude,
qui sied à leur profession.

Notre ange fut pourtant empêché,
De rejoindre dans l’air pur,
( peint  d’un traditionnel azur ),

Les autres figurant
Un saint Sacrement,
porté dans les airs,
dessiné sur le verre…

Le vitrail étant fêlé,
Peut-être par un jour de tempête ,
Ou bien une figure ailée,
L’ayant heurté de la tête

On avait remplacé,
Le morceau cassé …
La fenêtre maintenant fermée,

Avec du verre armé,( anti-reflets )
Ne permet plus de voir,
La couleur  de l’espoir,
Même à l’aide  d’un chapelet.

Ne pouvant  contempler le ciel,
L’ange ,           sur terre  enfermé,
Est maintenu prisonnier,

Comme lorsque  le gel
Empêche, de nuit comme de jour,
A la vie, de suivre  son cours…

Ainsi suspendue
A la morte saison,
Qu’elle  sangle  et ficelle ;

Ayant comme Icare, perdu ses ailes,
Et avec elles, la raison,
Il fut,          avec les  hommes,       confondu…

Peut-être est-il des nôtres :
–             On ne sait rien de lui …
Peut-être  hante-t-il
les lieux,   la nuit,

avec une  sébile
En appelant aux  apôtres
et autres  saints :

Ceux  qui sont  envoyés ici-bas
Dans le plus grand  anonymat,
et que rien ne distingue des humains :

C’est sans doute chez eux  qu’il faut chercher
( dans les  âmes  grises,
              plutôt que les  églises ).

On dit  que l’ange y est caché,
Ou bien, derrière les esprits, pacifiés..
Préférables  à ceux  qu’on a crucifiés  …


RC – juin 2015

photo ci-dessous  : Lady Schnaps

ange ds l'église


Boîte à idées – ( RC )


boîte:          Dave McCoy –          The Great Debate (1999)

 

Dans ma boîte à idées, y a tout l’temps des trucs,

L’ombre  d’un grand-duc
Je refais l’monde à l’envers, je mets de l’eau dans les vermicelles,
j’en tire deux bouts d’ficelle…

J’arrête les chutes  d’eau dans leur  élan vertical,
– pourquoi seraient-elles  verticales -?

Et y a l’homme à la  valise, sur le quai de la gare,- l’oncle et son neveu

la femme  qu’est partie  d’un au-revoir pluvieux,
Le tout  sous le regard des anges  ( je les avais convoqués) – parfait
Ca  valait l’coup d’être écrit,                                  et ben voila  c’est fait.


Maintenant y a aussi les blessures  et les  drames, qui sont au catalogue,
Je vais bien leur faire  fête,            et composer  ma chanson,en dialogues
Je reprends le manuel, je connais la musique, c’est l’coup blues du mardi soir
Qui vaut désespoir,

et puis  seaux  d’eaux;
J’vais remettre les Platters, on dansera  le slow.

T’en fais pas, ma jolie, j’ai encore plein de choses,
Dans ma boîte à idées , des crayons, et puis des roses…

 

 

RC   – 11 septembre 2012