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Marchant dans le néant – ( RC )


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Avec l’apprivoisement du jour,
les étoiles s’enroulent
dans leur tissu lointain.
Tout est en suspension,
et je vois bien quelques figures,
qui clignotent encore :
la grande et petite ourse,
marchant dans le néant,
piétinant les anges,
avant qu’un bleu sans nuages,
envahisse le ciel,
et dilue le temps,
qui semble avoir
arrêté son mouvement,
sur la page
du manuscrit,
avec les dessins du zodiaque
étrangement liés avec les mois
de la terre,
pourtant , vu de l’espace,
une simple poussière…


RC- sept 2019

voir  aussi la représentation du zodiaque  tel que l’a dessiné  Albert Dürer:


Jackson Pollock – ( RC )


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Ce sera comme une ivresse,
la tête vidée, informe,
et l’univers à soi,
qui tourbillonne.

La toile est déroulée sur le sol,
tu peux te permettre de la fouler aux pieds,
d’y lancer des éclats,

qui finissent en nébuleuses,
le noir combattant le blanc
à la manière d’un furieux yin et yang..

La main a le prolongement de peinture,
celle-ci goutte, jaillit,
à mesure que tu danses.

Tu perds la notion d’équilibre :
le haut et le bas peuvent s’inverser .
L’espace est un univers
d’une douzaine de mètres carrés,

et tu flottes au milieu
les gestes te répondent à peine,
tout ce qui arrive,
t’échappe des doigts .

Un vide à l’intérieur , et personne
ne comprend pourquoi tu tombes,
sans pourtant chuter

pourquoi les figures se dissolvent ,
pourquoi les lignes se nouent et se recouvrent,
presque à ton insu.

Et si c’est un excès, une fatigue
elle dépasse le ciel par sa transe,
dans une myriade d’éclaboussures.
Une fois jetées, violemment extraites du pot,

elles s’éparpillent comme des étoiles, :
un big bang renouvelé ,
des éclats figés sur la toile,
que personne ne peut rattraper.


RC – nov 2016

 

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Le miroir des pages – ( RC )


 

 

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Je me suis regardé, à travers l’écho
de lignes écrites,      et d’autres mots :
cela fait bien longtemps.
C’était comme remonter les heures,
et se voir autrement,
comme dans un miroir déformant,
mais qui garde les saveurs,
de la terre humide,         et des vents .

Quelques uns m’étaient sortis de l’esprit.
Quand je les ai relus,
J’en ai été ému,
En étant un peu surpris,
comme si j’avais ouvert
une boîte,       ensevelie sous la poussière,
où la mémoire patiente,
qu’il pleuve ou qu’il vente .

Mais cette mémoire m’a échappé,
elle rassemble des lignes,
pattes de mouches et signes,
restés couchés sur le papier.
Ce coffret ouvert,       par distraction,
offerte à mes regards indiscrets,
cachait donc des secrets.
Je les ai ouverts,    comme par effraction.

Les phrases se sont envolées ,
comme de la boîte de Pandore :
elles voulaient me dire quelque chose : je l’ignore,
mais sont restées sagement alignées.

Il est donc étrange , de parler à soi-même :
ainsi l’on se penche
avec des décennies de distance,
à relire des poèmes,
à retrouver des émois
des émotions et des pleurs,
et presque les odeurs
des sous-bois .

A propos, c’est comme la blessure,
qu’en son tronc,       l’arbre supporte.
Même si ce sont des amours mortes,
le dessin du cœur perdure,
et est toujours en devenir :
quoi de plus banal,
de retrouver les initiales
mais qui ne cessent de grandir.

Ces empreintes volontaires,
ce sont des essais
qui ne partent jamais,
et ne peuvent se taire.
Il y a quelque chose de moi
Je ne saurai dire exactement quoi,
malgré le temps qui passe,
qui revient à la surface.

C’est le miroir des pages
d’où l’on se regarde
si on s’y hasarde …
          on y voit son visage
Ou bien ce sont les écritures
qui nous guettent malgré l’oubli
Si on les relit,
         on reconnaît notre figure .

Pourtant je racontais des histoires,
peut-être par défi,
qui n’étaient nullement autobiographie :
alors il faut croire,
que, même caché        dans le noir,
au plus profond des secrets,
on dessine toujours son auto-portrait.
Cela remplace la mémoire qui s’égare.

L’espace s’est élargi
Je n’en connais plus bien        les limites,
Cette écriture manuscrite,
est sortie de sa léthargie :
Au fil je vais me suspendre
à l’intérieur de moi et dérouler
les années accumulées,
et ainsi apprendre

à lire d’une autre façon :
        Construire une stratégie
faire de l’archéologie
        Explorer la maison,
retrouver d’anciennes graines,
qui n’ont pas éclos
      Arroser l’arbrisseau ,
—- en faire tout un poème…

 
RC – juin 2016


Des particules, s’éparpillent dans la fête – (RC )


 

C’est juste une portée  du hasard,
Quand  se perd  le regard…
Il s’essaie  au noir,

En reliant les  étoiles,
Pour en faire des figures,
Celles que l’on trouve en peinture

Les constellations se bousculent,
Dans une longue suite,
Celle des années-lumière,     en fuite.

Quels miracles lient les morceaux d’azur ?
Depuis longtemps basculés dans le sombre…
Je n’en connais même pas le nombre.

Des mondes entiers, des particules,
S’éparpillent  dans la fête,
Etoiles filantes ,        et comètes.

Il ne reste  de leur  passage,
Qu’une  légère trace.
….          L’instant suivant les efface     .

Peut-être fourbues…
Dans l’espace inter-sidéral ;
Je me sens un peu perdu

A l’intérieur ,  même, de cette carte postale.

RC- sept  2014


Le poing crispé sur les cartes – ( RC )


 

 

Tu tiens dans tes mains
Les cartes des jours,
Et disposes des atouts,
Des as et des figures.

Je ne sais encore aujourd’hui,
Ce qui compose         ton jeu.
Nous n’avons pas voyagé ensemble

Assez longtemps pour que je devine,
Quelles étaient ces cartes.
Serrées dans tes mains  closes.

On y lisait peut-être mon destin.

Tu t’es endormie des années,
Et, mon bateau abordant d’autres rivages,
Tu t’es réveillée                     sans ton image,

Oubliée quelque part,
Par inadvertance.

C’est alors que ,         desserrant ton poing,
Toujours crispé sur les cartes,
Tu t’es aperçue

Qu’elles étaient                 blanches,
Et qu’elles ne parlaient plus d’avenir.


RC  – sept  2014

 

peinture: Lukas Van Leyden


Nanni Balestrini – Arianne 1


peinture Wolf Vostell 1967

ARIANNE, 1 
s’effrite magnifiquement
rebondissent infinies
des aubes polluées
accrochées au ciel
à peine creusé
affleurent des espaces
ventouses attrapent
flottent éparpillés
des fragments frais
sur le toit jaune
pages arrachées
mots postiches
coulent dégonflées
douloureuses cigales
résonnent dans les trous
encore habités
laissent passer
seulement peu de lumière
lentement se déroule
rien plus comme avant
dans la vitre saignent
reste seule la fragile
inutile étincelle
filament suspendu
des percussions éraflent
sans dents en soufflant
un rythme instable
d’incessantes figures
défilent absentes
avides tentations
tentacules éteints
en croisant les doigts
imitations éphémères
chancelant tu suis
ce qui reste
éperdument en
périmètres de glace
traces délabrées
l’entonnoir du présent
plus bas plus bas
plongeon dans le noir
en remuant en vain

arrêter impossible

voir, toujours  le beau site  d’une  autre poésie italienne…

 


Brouillent les cartes ( RC )


peinture: G de la Tour: détail du « tricheur à l’as de carreau »

Brasser les cartes
Couper et  distribuer
Chacun fait avec et poursuit son jeu
Avec , ou sans  atouts, selon,

S’embrouillent les neurones,
Je ne distingue plus les figures,
Qui du valet, qui de la reine de pique
Celle qui s’appelle Rachel ou Arthémis

Rien ne laisse deviner l’issue  du jeu
A voir les mains des autres qui tremblent
Le  front qui sue
Et les chemises ouvertes … le  pastis renversé

Robert, se lève, heurtant de l’épaule gauche
Les cadres des portes,après quelques verres,

Poker  et stratégie
….de la partie  ? où navigue la vie    ?
– full aux as, impair et passe
– tierces et quartes,
Se brouillent les cartes…

– soirée entre amis –

RC-  7 février 2013


Alberto G – ( RC )


sculpture:  Alberto Giacometti:  la  forêt  -  1950  Fondation Maeght

sculpture:                   Alberto Giacometti:          la forêt – 1950            Fondation Maeght

Les figures debout
Attachées au socle
Ne se croisent pas

Bronzes filiformes
Hommes de l’absence
Le regard creusé

Les pieds  soudés
A la terre glaise
Découpent dans l’espace

Et, de métal, la pâte verte
Leurs gestes immobiles
Parcours des doigts agiles,

de Giacometti

RC –             22 décembre  2012 et 8 janvier 2013


Un parcours avec Matisse ( RC )


peinture: Matisse, Capucines à la Danse II,,

Un parcours avec Matisse

« Tout brille , tout chatoie
Tout est lustré, verni « 
Et les couleurs toutes serties
Dansent encore des figures de joie

La danse,      justement,      s’anime,
Traverse la toile       , en spirales
Gerbe de lignes, et trois tons qui s’étalent
Sans décor,      d’aspect anonyme

Bleus et verts s’affrontent, lisses
avec des roses   et orangés,
L’écho des odalisques, allongées
Des intérieurs fleuris, de Matisse

peinture H Matisse: intérieur rouge, intérieur jaune et bleu

Les bocaux de poissons devant la fenêtre
Voisinent des lignes     arabesques,
Azurs teintés de rythmes, presque
Tout est verni, lustré, prêt à naître.

dessin : H Matisse : portrait de Marguerite

Mais aux portraits à la plume,   en séries
Les formes jouent de lumière     offerte
Et dialoguent, du papier blanc, ouvertes.

Le décor des motifs , le même que la tapisserie
Transmet à l’oeil        son doute
Comme s’il faisait fausse route …

Dans les courbes        et dans l’épure
Luxe, calme et volupté, point de lutte
Entre harmonie, enchaînement des volutes
Où         la ligne ondule et s’aventure …

Puis la traversée d’un ciel, par les ciseaux,
Couleurs franches et gouaches découpées,
Savamment associées et groupées
Comme l’aventure migratoire des oiseaux…

Jazz- HM             –

Jazz            ( et rythmes déhanchés),
Bal des feuilles de figuier, détachées
Dans un autre espace ,    s’élance
L’art du peintre,    par excellence.

NB            les deux premiers vers  » Tout brille , tout chatoie Tout est lustré, verni »,
est une citation de H Matisse lui-même.

RC – 29 juin 2012


Claude Minière – volume et profondeur de la peinture


 

peinture; Richard Diebenkorn: ciseaux

 

 

 

 

 

 

 

volume et profondeur de la peinture

cette invention

            architecture de vent

                                   invocation

 

immobile comme le rêve

            où nous entrons sans mal

passant les plans de lumière, légers

            que nous portons sur le dos

                                   (itinéraire)

qui nous portent

            comme l’air

avançant vers le rêve d’une cité heureuse

couleurs dans la douceur

            violence qui brûle en pigments

comme une douleur assouplie

            plis déployés allégés des figures et des corps

ne seraient plus déments

            (les gens ne seraient plus démentis)

 

XI, comment être heureux  –  E X T R A I T S de L u c r è c e,

voir  Les Carnets d’eucharis N°12 – septembre 2009