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Basculés derrière l’horizon- ( RC )


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photo Phil F-

 

Sous nos yeux étonnés,
se déroule un grand film .
Panoramique,

il occupe tout l’espace ,
mais change     à vive allure,
comme si les champs
poussaient les montagnes,
les montagnes,        le lac,
le lac,                        la ville,
la ville,                   les forêts…
basculés derrière l’horizon .

Tout s’en va,
tout s’efface ,
derrière l’écran de la fenêtre .

>   Sans certitude
sur le bon endroit,
celui    où les choses s’attachent ,
où l’arbre demeure,
des siècles durant.

Le mouvement du train
zappe l’éternité
pour un temps éphémère,
un temps compressé ,
qui demeure curieusement
étranger
à la lente caresse du vent
dans l’ondulation des blés .


RC – juill 2017


Restes d’une langue électrique ( RC )


image extraite d’un film « noir » américain

 

 

 


Au sommet  d’immeubles,
Les lettres  s’échappent, s’agitent.
Certaines se précipitent, se mêlent
finissent par retrouver  leur ordre.
En néons verts se disputant aux  rouges.

Ce sont les façades voisines qui assistent à leur  course.
Balbutiant leur clignotement.
Deux lettres, presque au milieu  du mot,
lassées , vibrent  d’une lumière  déteinte,
maladive,     à leur base.

Personne ne songe  à les  remplacer.
Leur message  n’est sans doute pas indispensable,
c’est sans  doute un reste de langue électrique,
qui peut ne s’exprimer  
que par onomatopées :

il peut s’échapper des syllabes,
cela n’a  que peu d’importance,
Une partie du paysage urbain,
s’activant dès que le soir
commence à épaissir le ciel.

De l’endroit où je l’observe,
Ce que je vois, est à l’envers.
J’ai le vague  souvenir  d’un film,  de gens sur les toits,
poursuivis par d’autres, et la lumière émise,
les cachant plus qu’elle  ne les  révèle .

J’imagine les passants
gardant autour de leur corps
une auréole de néon,
alternativement  verte  et rouge,  
qu’ils  emporteraient  avec eux.

Mais l’arrivée du bus me ramène sur terre.
Je monte dedans.
Avec l’avenue empruntée,
je devrais pouvoir lire l’enseigne  à l’endroit,
quand il aura fait le tour  du rond-point.

Mais un rideau d’arbres
aux feuilles encore denses s’interpose.
Décidément cela ne me semble pas destiné,
pas plus qu’à mes voisins,
le regard  absent, pressés de rentrer chez eux,          sans doute.

 

RC – oct 2015

Vintage Neon - Clock


Anonyme ( RC )


peinture:                oeuvre de Peter Philipps  1963

Anonyme –

L’anonyme se confond                          avec les murs
Une brume flottante                          envahit la scène
Tout est opaque,                    les sons de portent pas
A plus de cinq mètres,                       et les tentatives
de distinguer ,            du brouillard, au-delà du rideau
Se heurtent à un voile                           dense et ouaté
C’est l’instant                              où la lumière est bue
Où,                       même la cloche de Big-Ben est « tue »
Où se tourne le film                     de toutes les terreurs
Et qui peut surgir alors ?           C’est Jack the Ripper…

Je suis un anonyme,                      que rien ne distingue
Dans la foule,                                               je suis gris,
et porte peut-être       ,                            un parapluie
Je suis en kaki,                      au milieu de la soldatesque
Matricule numéroté,                             élément casqué
Se fondant dans la masse,                 je suis l’automate
Sans sentiments,                           lisse et hors de l’ âge
Pas besoin                                de tenue de camouflage

Sans aucun avis,                                  et rien ne dépasse
Je suis mon destin,                                 celui de ma race
Ne maîtrisant rien,                     – et l’avenir m’embrasse
Flottant dans un fleuve,    des petits points,   des faces
Ne choisissant pas ,           la courbe ,      les trajectoires
Au p’tit bonheur la chance,             et gardez bon espoir
De revoir un jour,                                un peu de lumière
Devenir quelqu’un ,                                    sortir de l’hier

RC – 24-mai -2012


l’année dernière à Marienbad (RC)


« l’année dernière à Marienbad »   ( souvenir du film d’A Resnais )

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image du film

Quand je repasse le film sur l’écran
C’est le retour, pas pour longtemps
Des acteurs et parcours typiques
Reproduisant une danse à l’identique

De l’année dernière                 à Marienbad
Compassée, solennelle , mais un peu fade
Au jardin à la française aux allées symétriques
Qui n’a rien , des Alyscamps de l’Arles antique

L’homme aime une femme inaccessible
C’est en rêve , mais aussi cauchemar indicible
Et ne permet pas de bousculer un temps scellé
Comme revient l’oubli, sur la pellicule, gelé.

RC