voir l'art autrement – en relation avec les textes

Articles tagués “flancs

Alda Merini – Cette heure qui me sépare de l’infâme aurore


 

peinture: Sarabande  -  Louis Saalborn  ( 1917 )

peinture: Sarabande – Louis Saalborn ( 1917 )

 

Terminé enfin cet enfer,

depuis longtemps déjà, désormais c’est printemps :

l’ordre juste

du sommeil remonte le long de mes chevilles

frappe ma tête comme un tonnerre.

Enfin la paix,

mes flancs et mon esprit vaincus,

et moi qui repose précise sur les pentes

de mon destin du moins pour cette heure

qui me sépare de l’infâme aurore.

 


Cessato è finalmente questo inferno,

già da gran tempo, ormai la primavera:

l’indole giusta

del sonno mi risale le caviglie

mi colpisce la testa come un tuono.

Finalmente la pace,

i miei fianchi e la mia mente vinta,

ed io riposo giusta sui declivi

della mia sorte almeno per quell’ora

che mi divide dall’infame aurora.

La terra santa, Scheiwiller, 1984

 


Vertiges – de fileuse de lune


photo : H Cartier-Bresson Arbres en Brie

A voir  sur le blog   ( de fileuse de lune) 

Vertiges

éclaboussures

traversées

J’habite ces parages

de peu de densité

où l’éclair d’un regard

chavire l’horizon

Membranes soulevées

sur le dos des fleuves

s’éparpillent en rémiges

en consonnes

brunes et vigoureuses

Se déversent les langues

dans une amphore

se délecte le ciel

d’être à nouveau

en crue

Pour apprivoiser les pinèdes

en maraude

les forêts de silex

il faut tailler son nom

dans le tronc le plus vieux,

habiter son élan

Dans les prairies de l’Homme

je sais un abreuvoir

où se rassemblent troupeaux

de hautes sèves

clameurs de laines

blanches et bouclées

J’y porte l’épaisseur

de mes murs

la lourdeur de mon sang.

Une odeur de suint

ocre et tenace

rassure les ancêtres

Claquante

comme une étreinte

la parole éperonne

les flancs fumants

de ce matin tout neuf

Tourbillon

ivresse pure

je virevolte, à cru,

sur des phrases de sel

m’accouple à leur écorce

et hurle

source vive !

J’ouvre,

dans ma poitrine,

des fenêtres

aux giboulées de grives,

de raisins et d’étoiles,

aux rafales d’ardoises,

aux foules écervelées

des déserts, des pierres

et des jardins

Là, dans cet espace

consenti à l’incandescence,

la bruine déploie

mon feuillage

gâche sa salive

à ma résine

Sur mes berges

calleuses

faseyent quelques saules

Guetter l’exubérance

étirer les limites

de son sang

de sa peau

pour être ampleur

luxuriance

et faire tomber de soi

jusqu’à la moindre

ténèbre

Et puis

se rencogner

dans l’angle juste

de la légèreté,

retrouver sa foulée

d’osier souple et de vent