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C’est le vent d’été … – ( RC )


 

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peinture  :    Alexander Brook

 

C’est le vent d’été
qui a couché les blés ,
un silence s’est fait parmi les bruits :
      c’est bientôt la pluie
qui va nourrir la terre,
celle qui désaltère,
                  et que l’on attend
               depuis si longtemps :
Pendant que le ciel oscille :
        l’orage plante ses faucilles
        concentre ses flèches
rebondit sur la terre sèche.

Il éparpille les jours torrides,
     remplit les poitrines vides,
gonfle les ruisseaux,
     cherche dans les rocs des échos,
qu’il trouve jusque dans ta voix :
cette soif insatiable     que rien ne combat :
       la vie est revenue d’une longue absence
Elle remercie la providence,
       envisage un nouvel avenir :
je vois tes seins s’épanouir,
       l’herbe reverdir,
       et le désert refleurir…

J’ai beaucoup appris de tes paysages,
      de l’attente et des passages,
     des courbes de tendresse
où le temps paresse
     de tes frissons secrets
     et des lits défaits
où se courbe la rivière,
où se love la lumière :
     Après l’orage et le calme revenu,
                au silence dévêtu,
                la chair embrasée,
                enfin apaisée…


RC – avr 2019


Blaise Cendrars – Squaw- Wigwam


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photo Edward Curtis

Quand on a franchi la porte vermoulue
faite de planches
arrachées à des caisses d’emballage
et à laquelle des morceaux de cuir servent de gonds
On se trouve dans une salle basse
Enfumée
Odeur de poisson pourri

Relents de graisse rance avec affectation.

Panoplies barbares

Couronnes de plumes d’aigle
colliers de dents de puma ou de griffes d’ours

Arcs flèches tomahawks
Mocassins
Bracelets de graines et de verroteries
On voit encore

Des couteaux à scalper
une ou deux carabines d’ancien modèle
un pistolet
à pierre ,des bois d’élan et de renne
et toute une collection de petits sacs brodés
pour mettre le tabac
Plus trois calumets très anciens
formés d’une pierre tendre
emmanchée d’un roseau.

Eternellement penchée sur le foyer
La centenaire propriétaire de cet établissement

se conserve comme un jambon
et s’enfume et se couenne et se boucane
comme sa pipe centenaire et

le noir de sa bouche et le trou noir de son œil.

 

Blaise CENDRARS « Far-West » in « La Revue européenne », 1924

 

 


Châteaux en Espagne, une île au milieu des mers ( RC )


Il faut je crois, suivre une ligne,

Un fil invisible, de ténacité,

Pour construire, comme on dirait,

Ces « châteaux en Espagne »,

Se parsèment, dans les espaces vides,

Sur des monticules ocre , et jaune,

Des constructions, que l’on dirait utopiques,

Jamais achevées, et offertes aux vents,

Les semblables propulsant les ailes,

Des moulins à vent,

Chargés par Don Quichotte,

– Sa lance en avant.

Oui, les grandes ailes tournent,

Et souvent broient du vide,

Elles tournent dans la tête,

Comme de grands oiseaux blancs,

Peut-être ne sont-ils maintenant

Qu’une image, marquant les esprits,

Marqué par l’imaginaire,

photo: forteresse reconstituée de Mornas, vallée du Rhône, Vaucluse

Ainsi se remontent,

Pour le bonheur des touristes,

D’anciennes forteresses,

Habitées par les ronces.

Tout y est sécurisé,

On y accède en voiture,

On domine la vallée,

Et son autoroute.

C’est une belle carte postale,

Dont les assaillants d’antan,

Devaient garder dans leur cœur,

Pour raconter leurs exploits aux enfants,

Ah, les volées de flèches,

Tirées des meurtrières !

Ah, l’huile bouillante, rebondissant,

Aux pieds de la tour !

Ah les beaux boulets,

De plus de cinq livres,

Expédiés au-dessus des murailles,

Par notre artillerie…. !

Et ces soldats aux casques luisants,

Leurs écus aux couleurs du drapeau,

Claquant sur le donjon,

Leurs cottes de maille… !

Ceux qui ont de la chance,

Lors des fêtes médiévales,

Peuvent voir, dans des copies d’habits d’époque,

La comtesse ,tout en damas et soieries, et sa suite….

Tout est reconstitué,

Des histoires de batailles,

Dans le moindre détail,

En panneaux explicatifs.

C’est très instructif,

On a même refait, au milieu de la cour,

Un grand jouet, grandeur nature,

C’est une catapulte – toute neuve-,

. Qui participe au décor…

Car ici tout est décor,

Il n’y a plus de vie,

Dans les salles désertes,

Que l’on occupe,

– Toujours pour la culture, –

Par des pièces énigmatiques,

De grands artistes

Inspirés sans doute,

Par les murs en pierres lourdes,

Les verres troubles des fenêtres,

Et le sol en terre cuite.

Les salles d’exposition sont climatisées,

L’humidité est contrôlée,

La lumière est étudiée,

Pour le confort du visiteur

Le département s’occupe de tout :

De l’art, de la culture, et du patrimoine,

( Et le fait savoir en multipliant,

Publicités et affiches voyantes. )

Mais revenons à nos châteaux en Espagne,

Ou plutôt ce que chacun,

Dans la discrétion et l’intime,

Construit pour lui-même…

En forgeant son monde intérieur,

De formes et de couleurs,

De passions et d’utopies,

En se construisant la vie…

Une île au milieu des mers,

Perdurant contre vents et marées,

Ouvert à la perspective des sens,

  • c’est un grand voyage –

A s’arc-bouter,

Contre les éléments hostiles,

Mais les vagues sont porteuses,

Vous y serez bientôt…

– Je vous y invite –

RC- 13 octobre 2013

Moulins de Consuegra – Espagne


Je suis parti pour un voyage ( RC )


photo perso: plaine de Montbel - Lozère  -2005

photo perso:                plaine de Montbel – Lozère    -2005

Je pars un peu, laisser derrière moi hautes collines et ravins d’ombre,

A compter la distance, je suis les flèches blanches,

Elles scandent les espaces, les forêts sombres…

Laissent place aux prairies, aux cultures, et enfin aux villes,

Le long de la route qui penche,

Virevolte, agile ,

S’élance et voltige,

Viaducs et ponts d’audace,

Défiant le vertige,

S’appuient sur monts et terrasses,

Avant de connaître la plaine,

Voisine d’une rivière serpente,

Sous le soleil, sereine…

on en oublie le souvenir des pentes.

Le miroir d’eau accompagne,

Sur les kilomètres parcourus,

La route de campagne,

La traversée des villages, bientôt disparus,

Ils changent peu à peu de style,

La pierre cédant à la brique,

L’ardoise à la tuile,

Répondant, en toute logique

Aux régions qui se succèdent,

Au fil des heures interprétées

Que la lumière encore possède,

D’entre les nuages… c’est l’été.

J’approche de chez toi,

Les maisons aux façades vives,

Le chant de ses toits,

La tour de l’église et ses ogives,

Je laisse sur la droite,

Le vieux village,

Et ses voies étroites,

Magasins et étalages…

Quelques rues encore,

La barre des bureaux

Après le drugstore,

Et puis le château d’eau…

Coupant le moteur,

J’ouvrirai enfin,

Le havre de fraîcheur,

L’abri de ton jardin,

Il y a toujours,

La porte bleue ouverte,

Sur la salle de séjour,

Le bassin aux lentilles vertes,

Et les chaises anciennes,

Laissées au vent,

–      Attendant que tu reviennes,

Je m’assois lentement

A côté des plantes

Les pieds dans les lentilles,

Et pousses verdoyantes,

Je ne vois plus mes chevilles

Mais le reflet du saule

Et puis ton visage,

Qui me frôle l’épaule,

Les seins sous le corsage,

Les mots s’enroulent dans les violettes, *

Ta peau a la couleur de blondes prunes

Prêtes à d’autres cueillettes,

Je vais te retrouver sous la lune,

Je suis parti pour un voyage – dans tes bras.

RC 19 août 2013

la belle expression « Les mots s’enroulent dans les violettes » est de Nath