voir l'art autrement – en relation avec les textes

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Catherine Pozzi – Nova


Dillon Samuelson             everithing Happens to Someone.jpg

Dillon Samuelson       –  everything Happens to Someone

 

Dans un monde au futur du temps où j’ai la vie
Qui ne s’est pas formé dans le ciel d’aujourd’hui,
Au plus nouvel espace où le vouloir dévie
Au plus nouveau moment de l’astre que je fuis
Tu vivras, ma splendeur, mon malheur, ma survie
Mon plus extrême cœur fait du sang que je suis,
Mon souffle, mon toucher, mon regard, mon envie,
Mon plus terrestre bien perdu pour l’infini.

Évite l’avenir, Image poursuivie !
Je suis morte de vous, ô mes actes chéris
Ne sois pas défais toi dissipe toi délie
Dénonce le désir que je n’ai pas choisi.

N’accomplis pas mon jour, âme de ma folie, —
Délaisse le destin que je n’ai pas fini .


Murièle Modely – ( En ) quête


photo Mahafsoun ( deviantart )


Je glisse
Le soleil me cuit les cuisses
J’ai fermé les yeux pour profiter
De la dureté du sol
Et du mordant du jaune

Je suis petite fille
En jupe courte
A l’instant précis
De mon innocence

Je tombe
L’ombre a remplacé le chaud
Le froid revient avec les mots,
Je suis vieille et la moquette
N’est pas un lit pour ma fatigue

Je suis coupable d’enfance
C’est le malaise d’être ici
Et d’être aussi ailleurs
Enfant, j’ai toujours su
Qu’on me pardonnait tout
Qu’on ne m’excusait rien

Je dégringole
Par bouffées dans la triste réalité
Je suis une vieille femme allongée sur le sol
Dans le salon, sur la moquette
Il est quatre heures, je ne fais rien
Les voisins de leur fenêtre
Voient ma folie et mon chagrin

Car je cherche un passé,
Une jeunesse, un improbable équilibre
J’ai vieilli mais je n’ai pas grandi
J’ai cent ans et cinq ans, soit
Un géant sur des jambes de nain

 

Un texte  qui peut être retrouvé  dans le site « écrits vains », parmi 8 autres  de M Modely

 


La couleur fluide, tout au long des pages du livre – ( RC )


page d'almanach "revival"  editions du Rouergue

page d’almanach « revival » editions du Rouergue

 

 

 

Il y a des lignes qui s’écrivent,
De la couleur fluide,
Qui l’accompagne et la guide,
Tout au long des pages des livres.

Ils s’ouvrent et se déplient,
Et les mots s’espacent ou se pressent,
Comme le temps d’une caresse,
– le temps évanescent d’une folie –

 


RC – avril 2014


Patrick Berta-Forgas – Tournée mondiale n° 4


HC002444

La guerre

comme un film en trois démissions

à l’écran sombre du mensonge

: ce pire, des forces …

Il arrivera

de nouveaux mots

pour refaire le calque

de la communion perdue

de la vérité.

Les illusions resserrent le rêve !

Il va pleuvoir

ici et là …

L’alarme du monde

dans la prière

d’une terre lissée

de discours …

La guerre, partout,

en sujet de vie !

Toute la mort

en bordures de fleurs …

Ce printemps

de souvenir,

de mémoire

quand s’aveuglent

les yeux et les coeurs

aux images arrêtées

de la folie.

P BF – mars   2011


Patrick Laupin – l’homme imprononçable – extr 01


BE051797

 

photographe non identifié

 

Je voudrais que s’entende comment la violence historique rentre dans les corps, crée en chacun une parole non parlée, un soliloque muet.

D’ordinaire la poésie arrive à ça par des abréviations fabuleuses et des synthèses de foudre donnant à lire toute la structure du langage en abîme.

J’entends une poésie qui ne trahisse pas la réalité. J’imagine un théâtre, simple odyssée sous les arbres, solitaire, tacite ou social, où l’auditeur soit dans la position d’entendre ce qu’il écoute comme s’il ne l’avait jamais encore entendu prononcer, bien que vivant de tout temps de ce débordement concentré de sa propre énergie singulière.

Où soient des adresses, des voix, un lieu de la parole en soi pour qu’elle puisse exister. Sans quoi, le tragique de la folie le prouve, l’homme est un être donné pour le néant et la disparition. Que la voix retraduise ça, le lieu, le geste, le fuyant.

Que s’entendent ces voix, vulnérables de songe, sentences retorses qui évident le mensonge, une beauté statuaire dans le calme plat de l’invective.

Je voudrais que s’entende une langue qui par la répartie instantanée retourne le sens à son vide, à la cruauté rapace d’envol qui dort dans la guerre intestine des corps, à la douceur élue de la beauté.

Ennuis, soleils, traites impayées, corps courbaturé et l’oppression, le souffle de la révolte.

Je me dis qu’une page est tracée diaphane chaque jour au soupir de notre disparition.

Je voudrais lui rendre son invention de chair, de verbe et d’insurrection sacrée.

 
(extrait de L’Homme imprononçable, La rumeur libre éditions, 2007)


Cribas – Sur la colline du 24ème siècle


peinture: Philip Guston

peinture:        Philip Guston  – Outskirts

Sur la colline du 24ème siècle

Cribas

Le soleil monte sur la colline encore un peu rouge

Je sais que tout à l’heure

Mon ombre y dessinera à nouveau son tombeau

J’étais parti sans partir

Je reviens sans revenir

Mais je dois rejoindre les rayons brûlants de son halo

Je dois retrouver mon chemin qui a rencontré le chaos

Je dois retourner au bord du précipice

Tout au bord de ma voie suspendue

Je reviens là où continue le vide

Où s’est arrêtée la folie

Inerte et vaincue.

 

On en fait des détours et des tours

Avec ou sans aide on refait le grand tour

Mais on revient toujours sur le lieu du crime

Un lac, un parking, un souvenir

L’amour en morse gueule depuis l’antenne de secours

On revient toujours, après mille lieues, mille heures du même parcours

On revient effondré

Haletant et déjà à nouveau assoiffé

On revient une fois encore

Comme toujours

Sur la ligne de départ de ses amours dopées

On revient comme un cheveu blanc, gavé du gras des années de grisailles, un écheveau sans projets sur le fil du rasoir

Avec des mots, et dans sa bouche ses propres yeux,

Et dans sa poche

Des oreilles pleines de guerres

Comme des prières secrètes qu’on ne peut plus taire

Des sourdines qui tombent comme un cheval mort sur la soupe

 

Avec un os rongé jusqu’à la moelle dans la gueule, et un reste de tord-boyau somnifère qui n’a pas servi

On fait mine

En posant un genou à terre dans les starting-blocks

D’être déjà prêt,

C’est reparti pour un tour, une course dans la nuit sous la lune étoilée

Avec en point de mire une vie de moins en moins murgée

Sobre et contemplant la grande ourse

Comme inerte et vaincue

Et de calme gorgée.

 

La colline vire au bleu

Je sais que tout à l’heure

Je l’aurai entièrement remontée

Ma petite vie en retard

Mon existence d’esthète à remontrances automatiques

 
Cribas 07.07.2013

 


Alda Merini – folie


montage perso- 2012

montage perso- 2012

 

 

Folie, ma grande jeune ennemie,

il fut un temps où je te portais comme un voile

sur les yeux, me découvrant à peine.

je me suis vue dans le lointain ta cible,

et tu m’as prise pour ta muse ;

lorsqu’est venue cette chute de dents

qui m’endolorit encore parmi les dépouilles,

tu as acheté cette pomme de l’avenir

et m’as donné le fruit de ton parfum.

 
Follia, mia grande giovane nemica,

un tempo ti portavo come un velo

sopra i miei occhi e mi scoprivo appena.

Mi vide in lontananza il tuo bersaglio

e hai pensato che fossi la tua musa;

quando mi venne quel calar di denti

che ancora mi addolora tra le spoglie,

comprasti quella mela del futuro

per darmi il frutto della tua fragranza.

 

Vuoto d’amore, Einaudi, 1991

 


Les chemins de Séraphine ( RC )


peinture: Séraphine de Senlis

 

 

 

Avec d’autres chemins

Certains le suivent..;

effet du hasard ?

Tirer la bonne paille… ?

 

 

Le destin aux lignes de la main

La barque qui dérive

Et qui peut-être s’égare

Où qu’elle aille ….

 

 

Il n’y a pas besoin d’être vieux

Pour découvrir, à tous vents

La passion qui nous porte

Sans qu’on l’imagine…

 

 

Elle nous porterait aux cieux

Se transformant en talent…

Je pense à une femme forte,

La peintre Séraphine

 

 

Inventa son univers

En éclats de couleurs

Et rendit possible

D’autres lendemains

 

 

Détachée de la terre

En éclats de douleurs

Elle fait voir l’invisible

Qui est à portée de mains…

 

 

C’est tout un monde étrange

Où le certain, n’a plus cours

Où bascule notre regard

En abolissant nos repères;

 

 

C’est un monde qui dérange

Une folie sans contours

Où l’on comprend que l’art

Est solitaire, et salutaire…

 

 

RC- 8 octobre 2012

 


Tahar Ben Jelloun – Quel oiseau ivre naîtra de ton absence ? — l’interrogation du soleil ( RC )


peinture:   Max Ernst      « lop-lop »             (ainsi sont nommés les oiseaux  surréalistes  de M E )

 

 

 

Quel oiseau ivre naîtra de ton absence
toi la main du couchant mêlée à mon rire
et la larme devenue diamant
monte sur la paupière du jour
c’est ton front que je dessine
dans le vol de la lumière
et ton regard
s’en va
sur la vague retournée
sur un soir de sable
mon corps n’est plus ce miroir qui danse
alors je me souviens

tu te rappelles
toi l’enfant née d’une gazelle
le rêve balbutiait en nous
son chant éphémère
le vent et l’automne dans une petite solitude
je te disais
laisse tes pieds nus sur la terre mouillée
une rue blanche
et un arbre
seront ma mémoire
donne tes yeux à l’horizon qui chante

ma main
suspend la chevelure de la mer
et frôle ta nuque
mais tu trembles dans le miroir de mon corps
nuage
ma voix
te porte vers le jardin d’arbres argentés
c’était un printemps ouvert sur le ciel
il m’a donné une enfant
une enfant qui pleure
une étoile scindée
et mon désir se sépare du jour
je le ramasse dans une feuille de papier
et m’en vais cacher la folie
dans un roc de solitude


.
Tahar BEN JELLOUN

 

Auquel j’ajoute mon  « interrogation du soleil »  –  qui a été composée sans  que je connaisse  le texte ci-dessus,

En lissant, du dos  de la main,
Un sable blond, – l’interrogation du soleil
Qui s’étale, en grains
Par millions, ni semblables, ni pareils

Et si ceux  ci, recouvrent
L’haleine  de mon corps
Qui fait racine,  puis  s’ouvre
En profondeur, de toutes ses pores

C’est un flux de la mémoire
En fouillant dans son ombre
A chercher  dans le noir
Qu’aucune lumière  n’encombre

Quand tu te penches, elle ressurgit  soudain
Aux rayons de tes cheveux  dénoués
Et qu’ au dessus de moi, planent tes mains
Porteuses du soleil, d’un désir  avoué.

C’est  ton regard, que le ciel achemine
Qui réchauffe le mien
Je  n’en sais pas  l’origine
Mais j’en connais  les liens.

Vivre est une  aventure,
On s’écarte des chemins tracés
Vers des sentiers peu sûrs
Mais où tu me fais me lancer

Et c’est  encore un peu ivre
Encore en titubant
Que je vais te suivre
Emporté vers l’avant

Mes lèvres ont le goût des tiennes
J »ai laissé derrière, l’hiver des pensées
Un nouveau jour  m’entraîne
…………..     Et je n’ai plus de passé.

RC     -21 octobre 2012

 


Cribas – Brûlure indigeste


peinture : Antoni Tapiès – sans titre

Brûlure indigeste ou Impitoyable farniente

Cribas 2010Lien permanent

Il y a le temps qui s’arrête

La télévision

Les Monk et autres merveilles

Les histoires secrètes

Un peu de musique

Parfois un livre

Pas trop près des yeux.

Deux mois sans vivre à l’extérieur

Et mon fort intérieur

Agrandit ses remparts :

Ces petits riens nulle part

Avides de bonheur.

Il y a la mélancolie

Cette sournoise silencieuse

Se prêtant au jeu, rieuse,

De l’âme tout contre sa folie.

Il y a enfin la vie

L’invisible

Celle qui est toujours en fuite

Celle qui gicle.

Il y a le temps à terre

En noir

Et blanc vers les cieux

Entre les deux

Ça fait plutôt pissotières.

La fatigue use

Et la terre tourne

Encore et toujours autour des fusées

Séjourne le soleil sans ruse.

Il faut se battre

Comme la lumière au travers des volets,

En frappant fort

Sur son corps déjà violet.

Un peu de vin

De la musique

Beaucoup de musique

Autant de vin

Je bats l’enfer lorsqu’il est froid

Je prévoirai demain.

Cribas   Par Cribas le samedi 17 juillet 2010.2010


Aimé Césaire – Cahier d’un retour au pays natal


Cahier d’un retour au pays natal,

 

 

photo perso - marchands de légumes au Burkina Faso

 

 

(texte:  Éd. Présence Africaine)

 
Trésor, comptons :
la folie qui se souvient
la folie qui hurle
la folie qui voit
la folie qui se déchaîne
Et vous savez le reste
Que 2 et 2 font 5
que la forêt miaule
que l’arbre tire les marrons du feu
que le ciel se lisse la barbe
et caetera et caetera…
Qui et quels nous sommes ? Admirable question !
À force de regarder les arbres je suis devenu arbre et mes longs pieds d’arbre
ont creusé dans le sol de larges sacs à venin de hautes villes d’ossements
à force de penser au Congo
je suis devenu un Congo bruissant de forêts et de fleuves
où le fouet claque comme un grand étendard
l’étendard du prophète
où l’eau fait
likouala-likouala
où l’éclair de la colère lance sa hache verdâtre et force les sangliers de la
putréfaction dans la belle orée violente des narines.
Au bout du petit matin le soleil qui toussote et crache ses poumons

 

Aimé Césaire,