voir l'art autrement – en relation avec les textes

Articles tagués “fontaines

Paul Valery – Bouche


Résultat de recherche d'images pour "mouth painting"

dessin Lalaluce  (deviantArt)

Le corps veut que nous mangions, et il nous a bâti ce théâtre succulent de la bouche
tout éclairé de papilles et de houpettes pour la saveur. Il suspend au-dessus d’elles
comme le lustre de ce temple du goût, les profondeurs humides et avides des narines.
Espace buccal. Une des inventions les plus curieuses de la chose vivante.
Habitation de la langue. Règne de réflexes et de durées diverses.
Régions gustatives discontinues. Machines composées.
Il y a des fontaines et des meubles.
Et le fond de ce gouffre avec ses trappes assez traîtresses, ses instantanés, sa nervosité critique.
Seuil et actes — cette fourrure irritée, la Tempête de la Toux.
C’est une entrée d’enfer des Anciens. Si on décrivait cet antre introductif de matière,
sans prononcer de noms directs, quel fantastique récit !
Et enfin le Parler… Ce phénomène énorme là-dedans, avec tremblements, roulements,
explosions, déformations vibrantes…

PAUL VALERY « Mélange » (N.R.F.)


Attente d’avril, et des oiseaux ( RC )


peinture:        John Constable     :         Rainstorm over the Sea

C’est comme l’attente,
Le silence,
Qui précède le souffle,
Le gris plombé,
Avant que les premières larmes
De l’orage – fouettent le sol.

Il y a du froid,
Sous le calme apparent,
Sous le gel qui retient les fontaines,
Et la sève des arbres
Qui s’est retirée,
Une tension, – l’attente

L’attente d’avril, les giboulées
Secouant le silence, fantasques
Même sous la voix du vent,
Et bientôt les chants croisés,
Des oiseaux, reprenant
Possession du pays.

RC –  7 mai 2013

inspiré de Nath:         voir ses  « tentatives  de lumière »


Antonella Anedda – Avant le dîner


photo reportage: Weegee

Antonella Anedda         ( Prima di cena )

Avant le dîner, avant que les lampes ne chauffent les lits 
et que le feuillage des arbres ne devienne vert-noir et la nuit déserte.
 Dans le court espace du crépuscule défilent des saisons entières et méconnues;
 le ciel alors se charge de nuages, de courants qui soulèvent bûches et ronces. 
Contre les vitres de la fenêtre bat l’ombre d’une tempête mystérieuse.
 L’eau renverse les buissons, les bêtes chancellent sur les feuilles mouillées.
 L’ombre des pins s’abat sur les planchers; l’eau est gelée, de la forêt. 
Le temps s’arrête, disparaît.
Soudainement, dans le calme solennel des allées, dans le vide des fontaines,
dans les pavillons éclairés toute la nuit, l’hôpital resplendit
 tel une résidence de Saint-Pétersbourg en hiver.

Il y aura un cauchemar pire
entrouvert entre les feuilles des jours
aucune porte ne claquera
et les clous plantés au commencement de la vie
plieront à peine.
Il y aura un assassin étendu sur le palier
son visage dans les draps, l’arme à ses côtés.
Lentement la cuisine s’entrouvrira
sans le bruit des vitres brisées
dans le silence d’un après-midi d’hiver.
Ce ne sera pas l’amertume, ni la rancune, seule
- pour un instant – la vaisselle
deviendra immense d’une splendeur marine.

Alors il faudra s’approcher, monter peut-être
là où le futur s’étrécit 
à l’étagère remplie de pots
à l’air renversé de la cour
au vol sans déploiement de l’oie,
avec la mélancolie du patineur nocturne
qui d’un coup connaît
le sens du corps et de la glace
se tourner à peine,
s’en aller.
Traduit par Francis Catalano et Antonella D’Agostino
Prima di cena, prima che le lampade scaldino i letti e il fogliame degli alberi sia verde-buio e la notte deserta. Nel breve spazio del crepuscolo passano intere sconosciute stagioni; allora il cielo si carica di nubi, di correnti che sollevano ceppi e rovi. Contro i vetri della finestra batte l’ombra di una misteriosa bufera. L’acqua rovescia i cespugli, le bestie barcollano sulle foglie bagnate. L’ombra dei pini si abbatte sui pavimenti; l’acqua è gelata, di foresta. Il tempo sosta, dilegua. Di colpo, nella quiete solenne dei viali, nel vuoto delle fontane, nei padiglioni illuminati per tutta la notte, l’ospedale ha lo sfolgorio di una pietroburghese residenza invernale.
Ci sarà un incubo peggiore
socchiuso tra i fogli dei giorni 
non sbatterà nessuna porta
e i chiodi piantati all’inizio della vita 
si piegheranno appena.
Ci sarà un assassino disteso sul ballatoio
il viso tra le lenzuola, l’arma posata di lato.
Lentamente si schiuderà la cucina
senza fragore di vetri infranti
nel silenzio del pomeriggio invernale.
Non sarà l’amarezza, né il rancore, solo
- per un attimo - le stoviglie 
si faranno immense di splendore marino.

Allora occorrerà avvicinarsi, forse salire
là dove il futuro si restringe 
alla mensola fitta di vasi
all’aria rovesciata del cortile
al volo senza slargo dell’oca,
con la malinconia del pattinatore notturno
che a un tratto conosce
il verso del corpo e del ghiaccio
voltarsi appena,
andare.

1992

-

On peut trouver d'autres textes  de Antonella A, sur ce site, 
ainsi que de nombreux auteurs de poésie italienne