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Robert Piccamiglio – C’est vraiment une grande forêt


Learning to fly at home.jpg

Yves LeCoq

 

C’est vraiment
une grande forêt       pour une fois
avec dedans des ours
et des hélicoptères miniatures

Je me couche sur le dos
au milieu des sapins
ils sont hauts
je regarde les fourmis courir
comme des folles
du lever du soleil
au coucher du même soleil

C’est vraiment
une grande forêt
une autoroute la traverse
           elle part de l’Est
se faufile vers l’Ouest
les cons en voitures à pieds
la traversent aussi
s’arrêtent pour y manger
et pour y faire pisser
leurs gosses

Je me couche sur le ventre
cette fois
les hélicoptères miniatures
sont au-dessus de ma tête
silencieux et beaux
transparents et gracieux
comme des ombrelles de femme

Alors à ce moment là
de l’histoire
          les ours bruns rappliquent
pas la peine d’ouvrir tout grands
vos yeux
                 d’être étonnés
–  je vous ai déjà dit plus haut
qu’il y avait des ours
dans cette forêt

Ils viennent danser avec moi
et moi avec eux forcément
les hélicoptères miniatures
jouent serrés
           un vieux truc de John Coltrane
on va essayer pour une fois
de ne pas trop se marcher
sur les pieds
les ours bruns et moi.

 

(poème affiche    Annecy )


Une route perdue – ( RC )


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Au bord du son déjà lointain
De la cloche fêlée
J’ai cheminé sous les brumes
Au bord des étangs remplis de nuages,
Essuyant leur camouflage.

Ce qui avait été une route
Traçait sa voie au milieu des sables
Fougères et terrains instables,
Se morphondait en plaies,
Les dents de cailloux sous la surface.

Cette voie je l’ai suivie
Aussi loin que le regard porte.
Elle se déroule toute droite,
Et absente des cartes…
Censée mener quelque part,
Maintenant plongée dans la forêt :

Une échancrure fine et rectiligne,
Qui pourtant s’essouffle,
Lorsque les îlots d’asphalte
Burinés de sable noir, se font rares,
Mangés par les flaques,
Aux bouches opaques.

Elle se rétrécit encore,
Serpente et se tord,
Et puis se perd,
Bue par la densité du vert,
Comme un vieux langage,
Dont on aurait perdu l’usage.

Transformée en chemin,
Celui-ci s’éteint
Au milieu des pins,
Cédant la place à une impasse,
Un rideau clos,
Un fouillis de végétaux
a reconquis la place,
fermant peu à peu l’espace.

Habitée par les ombres,
Des arbres sans nombre ;
une cabane abandonnée,
Où le chemin m’a mené :

cette petite cabane,
dont les couleurs se fanent
perdant peu à peu ses planches,
Masquée par les branches ,
c’est vers le sol qu’elle s’incline…
le temps lui fait courber l’échine .

.

juillet 2014 – fev 2018


L’aube est pour demain – ( RC )


Paul Nash, We Are Making a New World, 1918

peinture: Paul Nash   –   We Are Making a New World,       1918

 

Dans un paysage lunaire,
il se trouve encore,
dans le jour qui s’éteint,
des troncs solitaires :

c’est ce qu’il reste d’arbres,
dont le tronc a été brisé,
les branches calcinées,
noires sur un fond gris,
au milieu
du désastre de la terre .

Ces troncs sont des témoins,
brisés mais restant debout,
à la façon de temples dévastés ,
aux colonnes solitaires ,
ne portant rien qu’elles-mêmes ,
absurdement dressées vers le ciel.

C’est une forêt après la tempête,
empêtrée dans l’hiver.
Mais celui-ci répond
au cycle des saisons,

et on peut distinguer,
si on s’en donne la peine ,
quelques silhouettes d’animaux ,
qui dénichent déjà
des jeunes pousses
qui prendront bientôt leur essor :

l’aube est pour demain .


RC – dec 2017


Greffées contre le mur de la nuit – ( RC )



Tu pénètres  dans une  forêt  particulière,
où les arbres  sont des mains
fichées  dans le sol,
remuant dans le crépuscule  du quotidien.

Et le fil tendu des lignes blanches,
des tracés  des avions,
que les doigts ne peuvent pas  attraper .

Ils saignent  d’une  sève incolore,
ne pouvant se refermer que sur l’air,
dont  l’atmosphère trompe sur son épaisseur,
habitée  des ombres  du soir.

Il reste le vol noir des oiseaux
qui ne renonce pas, à leur échappée,
et se joue du mouvement maladroit des mains .

Elles  se referment  de lassitude,
comme  ces fleurs lorsque la lumière  s’éteint ;
Plantes  étranges rétrécies d’un coup par la terre ,
Le corps dissimulé.

Peut-être incarné dans  un sol,
parcouru de longs filaments sanguins,
racines bien fragiles, prolongements d’un coeur lointain .

Il faut s’attendre  à ne trouver demain,
que des manches , au tissu raidi par le froid,
et des gants vidés de substance,
mous et inertes ,

Comme si la greffe
n’avait pas  réussi
à franchir le mur de la nuit.

RC  – juill  2015


Tomas Tranströmer – Novembre aux reflets de nobles fourrures


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C’est parce que le ciel est gris
que la terre s’est mise à briller :
les prairies et leur verdure timide,
le sol labouré et noir comme du sang caillé.

Il y a là les murs rouges d’une grange.
Et des terres submergées
comme les rizières lustrées d’une certaine Asie —
où les mouettes s’arrêtent et se souviennent.

Des creux de brume au milieu de la forêt
qui doucement s’entrechoquent.
L’inspiration qui vit cachée
et s’enfuit dans les bois comme Nils Dacke.

 

 

 

Tomas Tranströmer, Baltiques. Œuvres complètes 1954-2004. Poésie/Gallimard


Autochtone – ( RC )


rechab 2e.jpgImage :: création perso   2005

 


On peut s’égarer dans la forêt,
Si tu ne connais pas bien le chemin,
et tourner jusqu’au lendemain,
– On n’en connait pas bien les secrets  .

Tu peux te guider aux petits bruits
Les déplacements subtils
des yeux de la nuit
Le glissement des reptiles

qui te surveillent,
l’ombre taciturne,
éloignée du soleil,
les oiseaux nocturnes

cachés dans les frondaisons
mènent leur vie tranquille
comme sur une île
séparée de l’horizon.

Imagine-toi en Afrique
où les singes se répondent,
alors que tu vagabondes
dans un lieu typique

qui t’éloigne quelque peu
des sentiers balisés :
pas de Champs Elysées,
mais un autre milieu :

une jungle épaisse
qui s’auto-multiplie
et où jamais elle ne te laisse
faire un safari .

Tu vas tenter de te guider
avec ces bruits furtifs :
Voila ce que c’est de se balader
dans ce parcours évolutif.

Tu vas contourner de larges flaques d’eau,
des rochers de latérite
– des obstacles dans ta visite –
et toi, toujours sac à dos

Quand tout à coup, un bruit t’immobilise
et qui va grandissant :
C’est la démarche imprécise
d’un ce ces habitants :

On les nomme autochtones,
comparés à toi,          l’étranger :
ce ne sont pas des hommes
qui portent le danger ,

mais de ces animaux
qui parcourent avec aisance
de grandes distances
par monts et par vaux :

En voila un            à présent
qui écrase de grands végétaux
comme de vulgaires poireaux
en s’avançant nonchalament.

C’est un peu bizarre
cette rencontre inopinée ,
mais choisissant de se baigner
dans la première mare :

C’est une sorte de colosse gris
qui paraît               immense
et tranquillement s’avance
sans forfanterie

Tu peux voir de trois-quart
l’animal        et son curieux épiderme
maintenant au milieu des nénufars :
c’est un pachyderme

Un de ces géants
pas très discrets
mais qui connait bien la forêt :
tu pourras suivre en son temps

les traces qu’a laissées
négligeamment
le grand éléphant
dans son pas cadencé

pour retrouver en effet
avec les arbres aplatis,
rapidement la sortie
à la façon du petit Poucet

A la place des cailloux,
tu peux remercier ton baigneur
qui fut aussi ton sauveur
et tu rapportes une photo de lui, ( floue ).

RC – oct 2016


Gisela Hemau – Représentation


image: Terry LongAfficher l'image d'origine

 
REPRESENTATION

L’acrobate monte dans un coffret
Tout d’abord il faut être si petit
Qu’on y trouve de la place dit-elle et nous offre sa fourrure
Puis entre les bestioles du corps de la mort et des adieux
elle montre l’ascension de son propre bras
Nous sommes là pour la vue
Mais nous n’atteignons pas la montagne

Comme nous rétrécissons constamment la fourrure
où nous nous égarons est à la fin
une forêt impénétrable .

 

 

 

-Gisela Hemau traduction Rüdiger Fische

VORSTELLUNG

Die Akrobatin begibt sich
in ein schwarzes Kâstchen
Erst einmal muss man so klein sein
dass man hineinpasst
sagt sie und offeriert uns ihren Pelz
Dann zwischen Leib-
Tod- und Abschiedstierchen
zeigt sie
die Bergbesteigung
des eigenen Arms
Wir sind da weeen der Aussicht
Aber wir erreicnen den Berg nicht
Weil wir immerfort schrumpfen
ist der Pelz in dem wir verirrt sind
bis zum Ende
ein unpassierbarer Wald

 
Gisela Hemau Aufter Rufweite,
Kônigshausen & Neumann, Würzburg 2oo3


Caroline Dufour – L’écho d’un privilège


Afficher l'image d'origine

 ——– photo perso  – Marseille   2016

 

ma ville est une forêt
ma vie aussi
j’y marche
dans l’une comme dans l’autre
une manière de promenade
dans les rues de mon âme
amoureuse que je suis
de l’errance
et de l’insondable cadence
du temps et des choses
chaque jour sans prière autre
que celle que j’entends
dans le souffle du vent.

 

 

visible  sur  le  blog  de Caroline D


Jean-Joseph Rabearivelo – Ton oeuvre


                                                                peinture : G Braque   : l’atelier
 » Tu n’as fait qu’écouter des chants tu n’as fait toi-même que chanter ; tu n’as pas écouté parler les hommes, et tu n’as pas parlé toi-même. « 
Quels livres as-tu lus, en dehors de ceux qui conservent la voix des femmes et des choses irréelles ?
 
 » Tu as chanté, mais tu n’as pas parlé, tu n’as pas interrogé le sens des choses et tu ne peux pas les connaître  » disent les orateurs et les scribes qui rient de te voir magnifier le miracle quotidien de la mer et de l’azur.
 
Mais tu chantes toujours et t’étonnes en pensant à l’étrave qui cherche une route intracée sur l’eau étale et va vers des golfes inconnus.
 
Tu t’étonnes en suivant des yeux cet oiseau qui ne s’égare pas dans le désert du ciel et retrouve dans le vent les sentiers qui mènent à la forêt natale. Et les livres que tu écris bruiront de choses irréelles — irréelles à force de trop être, comme les songes.
Jean-Joseph RABEARIVELO

Marina Poydenot – chemin de lumières


Chemin de lumières

 

Chaque journée, plus brève une poignée de lumière dans la forêt sombre. « Cette brièveté est infinie » te murmure ta vie passée directement de l’adolescence au vieillissement. As-tu grandi en petitesse ? Bientôt il n’y aura plus qu’un rayon sur ton pas et tu verras que la forêt était un champ d’étoiles. Tu découvriras enfin le visage de celui qui tenait la lampe de poche.


Murièle Modely – Caresse


rue--13-

caresse

la dernière fois que les enfants ont vu grand-père
il ressemblait à un vieil arbre
allongé dans le lit
c’était une vision étrange
et l’on devinait sous le drap les torsions de ses branches
son odeur de terre humide et le bruit des oiseaux
ça faisait de tout petits piou piou quand il ouvrait la bouche
les enfants intrigués par les battements d’ailes
collaient leur corps de lait contre mon corps de mots
nous savions tous les trois qu’il nous faudrait bientôt traverser la forêt
et ils n’avaient pas peur
et ils ne tremblaient pas
ils attendaient seulement
le bon moment
pour poser leurs lèvres sur l’écorce.
Un texte  de M Modély,  visible ,sur  son blog  » l’oeil bande »

Garous Abdolmalekian – Chaque mot


peintures: Adolf  Gottlieb

peintures:    Adolf Gottlieb

 

Chaque mot 
n’est qu’un piéton qui passe

Peu importe lequel
Nous écrivons seulement sur les vitres embuées
Pour faire apparaître
La forêt par-delà la fenêtre.

 



Nos poings sous la table,   (ed  B Doucet )

 

each word
is just a pedestrian passing

No matter which .
We write only on steamy windows
To bring up
The forest beyond the window   .


Candice Nguyen – Forêt, Femme, Folie, un écho


Forêt, Femme, Folie, un écho

Forêt, Femme, Folie, un écho

The Sugar Plum Fairy Pr – Blind

 

J’habite un pays au-dessus des toits à hauteur de cheminées, sous mes yeux le creux qui s’étend. D’où je viens les eaux sont profondes, les cieux peu cléments, les lendemains incertains. Le grain des voix est cassé par la solitude des départs, de ceux qui durent trop longtemps, pour des destinations lointaines et se répètent souvent. D’où je viens les enfants partent en masse vers les tours de verre et reviennent rarement. D’où je viens les attentes sont plus grandes que par-delà les plaines, rêves à l’automne moins pâle, le crépitement du bois dans les foyers nombreux contre l’hiver intransigeant.

J’habite un pays au-dessus des toits à hauteur de cheminées, sous mes yeux leur absence qui s’étend. D’où je viens les forêts sont pour s’y perdre, les jeunes femmes y partent seules, de nuit, et reviennent quelques matins plus tard le regard fuyant, le ventre vide. Les ruisseaux sont gelés, le poisson prisonnier, des tâches sombres, rouges, se remarquent encore entre les feuillages au pied des arbres. D’où je viens les hameaux s’arrêtent en lisière des forêts, denses, sauvages, redoutées, et l’imaginaire magnifient les femmes et les portent hors de la maisonnée, l’extérieur apprivoisé, le tigre dompté. D’où je viens les hommes sont extérieurs à tout, n’ont rien en propre, pas de tâche assignée, fumer jouer chasser : se faire chasser. Ni des forêts ni des lignées, ils rentrent nus.

Et puis il vint des étrangers comme il en vient à chaque époque, en chaque lieu. On commença alors à faire tomber les arbres aux abords des sentiers et peu à peu nos peurs de la forêt sacralisée furent bientôt remplacées par la peur de sa propre disparition. On nous prédit l’expropriation, l’avènement d’un nouveau dieu, on mit à jour la futilité de nos croyances, à sac nos rites et nos terres. D’aussi loin que je me souvienne, peu ont résisté, il n’est de cycles qui se renouvellent sans le refus de s’enfermer.


Anna Niarakis – De nuit, peut-être


Digital-Art-103

De nuit peut être

Lutine de la forêt urbaine
l’errance ressemble
quand elle est voyant par périscope.
À la profondeur, rideaux de gaz d’échappement
assombrissent la perspective.
Comme si le poids est partagé inégalement
sur les escaliers roulants et sur les caves.

Taches dépareillées reconstituent
Hologrammes la, où tu respirais.
Lignes que lévitent non-dessinées
et une pluie faible, incapable
pour lisser les frictions, stagne à côté de
ta pensée…


Robert Piccamiglio – la petite forêt à crédit


Résultat de recherche d'images pour "pissarro route louveciennes"peinture:    Camille Pissarro ;        la route de Louveciennes         1871

 

j’avais acheté

une forêt entière

à crédit

une petite forêt

avec seulement un seul chemin

pour la traverser

je croyais

que les arbres

ça parlait mieux

que les hommes

parce que moi

je n’avais personne

à qui parler

je me suis appuyé

contre eux

en posant ma tête

contre leurs troncs

rien

pas un seul de ces arbres

ne répondait

entre eux

ils devaient bien se parler

se dire des trucs

d’hommes ou d’arbres

avec moi

rien ne sortait

Alors j’ai acheté

une tronçonneuse

j’ai coupé tous les arbres

barré le chemin

regardé le ciel

une dernière fois

et j’ai posé la lame

contre ma gorge

 

extrait   de  « le jour, la nuit, ou le  contraire »

ed Jacques Bremond


Miguel Veyrat – Cartes et épaves


ancienne carte maritime            région de Hyères

Cartes et épaves

Et si vous dessinez une carte de votre propre
corps, sentez comment elle s’intègre
avec l’univers de votre mot. Et aussi
les îles s’obtiendront
seulement par des fleuves de sang
qui ont inondé les forêts, les prairies
et les cieux.         La proue toujours
dans l’inconnu que vous dirigez
sans avoir besoin  de sextant

ou autres instruments.


Mais aucun retour, le capitaine.

Les statues ne seront jamais
de sitôt de retour vers la scène
ou les plages, dans la mesure
progresse, étrangement éclairé,
le mot sur ​​le corps
à la lumière de la raison ,qui n’est pas détruite.
Mais qui sait? Presque personne maintenant

ne sait ensuite
relier  les  épaves  ensemble.

Mapas y pecios

Y si trazas el mapa de tu propio
cuerpo, sentirás cómo coincide
con el universo de tu palabra. Y también
que a las ínsulas se llega
solamente por los ríos de la sangre
que anega las selvas, las praderas
y los cielos. Proa siempre
hacia lo incierto que tú configuras
sin precisar de sextante ni instrumentos.
Pero no hay regreso, capitán. Atrás
quedan las estatuas que nunca
o pronto volverán a la arena
por las playas -en la medida
que progrese, extrañamente encendida,
la palabra sobre el cuerpo
en la luz de la razón que no naufraga.
Mas ¿quién podrá saberlo? Casi nadie ahora
junta pecios para después leerlos

 

Le monde selon Herodote.  Doc Telerama

Le monde selon Herodote. Doc Telerama


Garous Abdolmalekian – Chaque mot n’est qu’un piéton qui passe


vue à travers un vitrail - cathédrale de Maguelone, Hérault , oeuvre de Robert Morris - photo perso

vue à travers un vitrail – cathédrale de Maguelone, Hérault ,        oeuvre de Robert Morris –      photo perso


 

Chaque mot 
n’est qu’un piéton qui passe

Peu importe lequel
Nous écrivons seulement sur les vitres embuées
Pour faire apparaître
La forêt par-delà la fenêtre.


extrait de « Nos poings sous la table »,       ed Bruno Doucet


Nicole Barrière – L’air du poème, la voix prise dans le feu


miniatures médiévales;  Exposition universelle  Seville

miniatures médiévales;        Exposition universelle   Séville

L’air du poème
la voix prise dans le feu
me voici sans mot

me voici trace
là – où ne demeure que la foudre –
de toi séparée avant le commencement
avons-nous partagé la lumière
quelle éclaircie tourmente nos braises ?
sommes-nous gouttes d’eau échappées de l’orage
ou poussières dans la tornade du temps ?
sur le linteau de la nuit
nous sommes cueillis d’ivresse
au bas de nos pensées
se saisissent les rêves
le soudain accompli du nuage
où se revêtent les choses sans nom
affranchies de l’enfance
seuls nous sommes seuls
et mêmes et étrangers
et tes mots sur mes lèvres
s’écorchent jusqu’au livide
le soleil s’invite à la fenêtre des nuages
et le ciel
et la berge
et la marche
et le seuil du chemin
ressemblent aux mots des poèmes

il y a les mots
les ombres des mots
les lumières
les lueurs des mots
les cris
les chuchotements
les mots tendrement ouverts
les mots envolés des lèvres
comme des ailes pliées
comme des fenêtres ouvertes
comme des rivières où naissent les âmes
les mots tombent comme des fruits mûrs
comme des feuilles
comme l’herbe rouge et bleue
plus tard
quand les feuilles noircissent
la peau des rêves
le soir descend des étoiles
une autre langue parle
les mots du chemin et de la forêt
dans toutes les langues
marchent sur l’invisible
c’est ta main dans la mienne pleine de paroles
de terres nouvelles d’eaux souterraines
et la terre te fait signe depuis la lune
fragment de ciel
et d’invisible
le poème absolu
s’ouvre du désir premier des lèvres
trouée de rêve où seules chantent les mains.


Nicole Barrière, 6 janvier 2005
site : « La cave à poèmes


Zbigniew Herbert – mais eux se nouaient les bras autour du cou


 

Les forêts flambaient –
mais eux
se nouaient les bras autour du cou
comme bouquets de roses

les gens couraient aux abris –
il disait que dans les cheveux de sa femme
on pouvait se cacher

blottis sous une couverture
ils murmuraient des mots impudiques
litanie des amoureux

Quand cela tourna très mal
ils se jetèrent dans les yeux de l’autre
et les fermèrent fort

si fort qu’ils ne sentirent pas le feu
qui gagnait les cils

hardis jusqu’à la fin
fidèles jusqu’à la fin
pareils jusqu’à la fin
comme deux gouttes
arrêtées au bord du visage

 


Pierre Seghers – Une maison où je vais seul


image - modification perso

image – modification perso

Une maison où je vais seul en l’appelant
Un nom que le silence et les murs me renvoient
Une étrange maison qui se tient dans ma voix
Et qu’habite le vent
Je l’invente, mes mains dessinent un nuage
Un bateau de grand ciel au-dessus des forêts
Une brume qui se dissipe et disparaît
Comme au jeu des images
Pierre Seghers

La porte du sommeil ( RC )


photo : opéra de Wagner:            l’anneau des Nibellungen


La porte du sommeil


Lorsque la lourde porte s’entrouvre
Et que se glissent les rêves
Les brumes des légendes,
Les nymphes flottantes,
Aux bruits                      de la forêt,
Laissée,            nocturne à la mousse
Et aux sommeils sauvages,
Juste effrités,               par les images
Furtives des biches, venues s’abreuver
Aux sources de la nuit.

Il y a dans nos mémoires,
Toutes les histoires,
De chevaliers errants,
Les étangs fumants,
Les poussières fuyant en rayons de soleil,
Lorsque, justement, on sombre dans le sommeil.
Les fées sont d’exquises danseuses  *
Les plantes, aux tentacules vénéneuses,
Se liguent ,               hantant, en errance,
Nos souvenirs d’enfance.

Dans nos rêves, se glisse la tempête,
Si on soulève la tête,
C’est tout un monde fantastique,
Qui bascule toute logique
Le désert des tartares
Les griffes du cauchemar,
Les épées qui tranchent
Les arbres qui se penchent
La brume filtrant des puits
Les nains qui s’enfuient…

Un cercle de feu ,              où s’inscrit
—             La chevauchée des Walkyries,
L’écho renvoit,             et répète
Les sonneries des trompettes…
—  Dans la tête aussi , les peintures d’Odilon Redon
Et s’envolent aussi                    le char d’Apollon,
Et d’autres                              animaux sauvages,
Quittant la terre pour un voyage,
Tutoyant l’irréel
Dès que leur poussent des ailes.

RC  –  4 décembre 2012

illustration: l’or du Rhin

* «  les fées sont d’exquises danseuses » est le nom d’une pièce pour piano de Claude Debussy,   ( préludes)             voir lien DailyMotion


Le monde des possibles – (RC )


montage perso…2011                   Tournus 71

le monde des possibles

Je chuchote sur la voix basse
Des secrets, que l’on confie entre amis
C’est un peu la peau de l’enfance
Qui brûle ,         –  de l’inaccompli

Grand est le corps ,        de l’inconnu
Qui nous parle ,         l’avenir
C’est un monde de tous les possibles
Où nous risquons nos premiers pas

Une forêt profonde      où l’on s’enfonce seul
J’emporte quelques pierres dans mes poches
C’est pour retrouver mon chemin,
Mais,            on ne va jamais en arrière

Je voyage avec l’espoir muet ..
Il y a parait-il une  clairière
Bien au – delà des légendes
Que je pourrai confier aux enfants.

Je ne l’ai pas  rencontrée
Et continue à marcher
Sur ce chemin si étroit
Qui ne va pas tout droit.

Pourtant j’ai senti une chaleur,
Comme dans  ce jeu
Où çà chauffe ou tiédit
Si l’on approche  la réponse

Ou si on s’en éloigne….  c’est donc
Peut-être la bonne direction,  celle
Qu’ils appellent   « trouver sa voie »
…..    elle  était en moi.

RC        – 22 octobre 2012

dans le même  esprit on peut  lire  le poème de Pierre Silvain « les chiens du vent »

dessin: Paul Klee : Animaux sous la pleine lune.


Wyslava Szymborska – coup de foudre


peinture;               G Braque:                  paysage à la Ciotat            1907

 

 

 

 

 

Je n’en  veux pas au  printemps

d’être  venu  à  nouveau.

Je ne lui  tiens pas  rigueur

de  remplir comme  chaque  année

ses obligations.

 

Je comprends  que  mon  chagrin

n’arrêtera  pas la   verdure.

Et le brin  d’herbe  s’il  hésite un  instant,

c’est  sur le  souffle du  vent.

 

Je ne souffre pas  trop  de  voir

que les  aulnes  au bord  de  l’eau

ont  de  quoi  bruire  à  nouveau.

 

Je prends bonne   note  du  fait

que- comme  si  tu   étais  toujours  là –

le bord  d’un certain  étang

est  resté aussi  beau  que  naguère.

 

Je ne garde  nulle  rancune

a la vue, pour la vue  de la baie

par le  soleil  éblouie.

 

Je parviens  même  à  imaginer

Les deux, mais pas nous du tout,

assis en  ce  moment  même

sur le  tronc  du  bouleau  abattu.

 

Je respecte leur  droit  absolu

au  chuchotement et  au  rire

et  au silence  du  bonheur.

 

J’irais même  jusqu’à  penser

que  c’est l’amour  qui  les  lie,

et qu’il  la  serre contre  lui

de son  bras  tout  à  fait vivant.

 

Quelque  chose  de nouveau, très oiseau,

bourdonne  dans les roseaux.

De tout mon coeur je souhaite

Qu’iils  puissent  tous  deux l’entendre.

 

Je n’exige  aucun  amendement

des  vagues  qui  s’abattent sur  la  rive,

ni aux vives,  ni aux  lascives

et qui  n’obéissent pas à  ma  loi.

 

Je  ne  demande  rien  de  rien

à l’étang  près de la  forêt,

qu’il  soit  émeraude

qu’il soit  saphyr,

qu’il  soit même  charbon.

 

Une seule  chose   je  refuse.

Revenir  à  tous  ces  endroits.

A ce privilège  de  présence-

Je renonce  par  la présente .

 

Je t’ai  tellement  vécu,

et  peut être juste  ce  qu’il faut,

pour  pouvoir  y  penser  de  loin.

 
Recueil  « Je ne  sais  quelles  gens »  traduit  du  polonais  par  Piotr Kaminski.


Loyan – Sous l’arcane


image – montage perso 2011

 

( un extrait du blog à textes  de Loyan)

 

 

Sous l’arcane

Sous l’arcane des arbres, le blanc risque d’être confondu avec un fantôme et traversé de flèches s’il ne chante pour manifester sa présence. Il lui faudra dormir sur des claies de bois à dix mètres du sol, manger les vers annelés de blanc, écouter les récits d’enfants piqués à mort par des serpents cachés de feuilles, confectionner une nasse à poissons avec des tiges, sculpter un arc et ses flèches destinées à tous les gibiers (grenouilles, oiseaux, cochons sauvages, agresseurs), cuire la farine de sagou après avoir pilonné le tronc de l’arbre pendant des heures, tester la guimbarde, affronter le réseau de la forêt, en apprendre les premiers marqueurs pour survivre.

« Où est la grandeur ? », demandait la voix intérieure avant de s’enfoncer une semaine dans la perte des repères. J’ai vu une réponse dans les yeux, les sourires et la pudeur des gestes, d’inconnu à inconnu, de quelqu’un à quelqu’un plus que de personne à personne. Ils se sont observés, identifiés, reconnus, estimés. Ils se sont fait égaux de son et de main. Puis chacun retourna à sa forêt, pleurant la parenthèse qui les fit chasseurs d’ombres et d’esprits, pendant que l’arbre fendu donnait goutte à goutte.

 

Laurent Campagnolle,

 


Roland Dauxois – Max Ernst


Roland Dauxois,  dont  je cite  encore  une  de ses parutions,  voir  son blog… « les imprévisibles »

 

fait ici  directement  référence à Max  Ernst, le peintre  surréaliste,  dont  j’ai  appris  à  « apprivoiser »  la production multiforme…

 

image: variation numérique perso, sur une peinture de Ernst: " Day & night" (2000)

 

 

 

 

En cette forêt dernière
des crânes bleus dorment profondément sous les racines,
la terre frémit à peine sous les cavalcades de ces ombres
chevauchant tout là-haut l’immense pour féconder l’invisible,
pour la nourrir de subtils venins et poisons.
Nos noces sont d’acier sous les arches de cette nuit végétale

et nos corps dressent leurs savants et vains épouvantails
en ces vallées où l’esprit ne connait plus ni semailles ni moissons.