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Renée Vivien – un éclair qui laisse les bras vides


 

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Ta forme est un éclair qui laisse les bras vides,
Ton sourire est l’instant que l’on ne peut saisir…
Tu fuis, lorsque l’appel de mes lèvres avides
T’implore, ô mon Désir !

Plus froide que l’Espoir, ta caresse est cruelle
Passe comme un parfum et meurt comme un reflet.
Ah ! l’éternelle faim et soif éternelle
Et l’éternel regret !

Tu frôles sans étreindre, ainsi que la Chimère
Vers qui tendent toujours les vœux inapaisés…
Rien ne vaut ce tourment ni cette extase amère
De tes rares baisers !

____________(Études et préludes, 1901)


Guillevic – le menuisier


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J’ai vu le menuisier
Tirer parti du bois.
J’ai vu le menuisier
Comparer plusieurs planches.

J’ai vu le menuisier
Caresser la plus belle.
J’ai vu le menuisier
Approcher le rabot.

J’ai vu le menuisier
Donner la juste forme.
Tu chantais, menuisier,
En assemblant l’armoire.

Je garde ton image
Avec l’odeur du bois.
Moi, j’assemble des mots
Et c’est un peu pareil.

 

Guillevic (« Terre à bonheur » – éditions Seghers, 1952, puis dans la collection Poésie d’abord, 2004)


Catherine Pozzi – Escopolamine


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Le vin qui coule dans ma veine
A noyé mon cœur et l’entraîne
Et je naviguerai le ciel
À bord d’un cœur sans capitaine
Où l’oubli fond comme du miel.

Mon cœur est un astre apparu
Qui nage au divin nonpareil.
Dérive, étrange devenu !
Ô voyage vers le soleil —
Un son nouvel et continu
Est la trame de ton sommeil.

Mon cœur a quitté mon histoire
Adieu Forme je ne sens plus
Je suis sauvé je suis perdu
Je me cherche dans l’inconnu
Un nom libre de la mémoire.
Escopolamina

El vino que por mis venas fluye
Ahogó mi corazón y se lo lleva
Y por el cielo yo navegaré
En un corazón sin capitán
Donde el olvido es blanda miel.

Mi corazón es astro aparecido,
Que nada en el divino sinigual.
¡Deriva, extraño acontecido!
Oh viaje, largo viaje hacia la luz—
Sonido nuevo y nunca interrumpido
Es la tejida trama de tu sueño.

Mi corazón abandonó mi historia
Adiós Forma ya no siento más
Estoy a salvo al fin estoy perdido
Me voy buscando en lo desconocido
Un nombre libre de la memoria.

Versión de Carlos Cámara y Miguel Ángel Frontán

 

Catherine Pozzi (1882-1934)

 


Robert Creeley – Distance


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photo: Tamsin

 

Distance

 

1

Comme j’avais
mal, de toi,
voyant la

lumière là, cette
forme qu’elle
fait.

Les corps
tombent, sont
tombés, ouverts.

Cette forme, n’est-ce pas,
est celle que
tu veux, chaleur

comme soleil
sur toi.
Mais quoi

est-ce toi, où,
se demandait-on, je
je me demandais

 

toujours. La
pensée même,
poussée, de forme

à peine naissante,
rien
sinon

en hésitant
d’un regard
après une image

de clarté
dans la poussière sur
une distance imprécise,

qui projette
un radiateur en
arêtes, brille,

la longueur longue
de la femme, le mouvement
de l’

enfant, sur elle,
leurs jambes
perçues derrière.

 

 

2

Les yeux,
les jours et
la photographie des formes,

les yeux
vides, mains
chères. Nous

marchons,
j’ai
le visage couvert

de poils
et d’âge, des
cheveux gris

puis blancs
de chaque côté
des joues. Descendre

de la
voiture au milieu
de tout ce monde,

où es
tu, suis-je heureux,
cette voiture est-elle

 

à moi. Une autre
vie vient à
la présence,

ici, tu
passes, à côté
de moi, abandonné, ma

propre chaleur
réprimée,
descendre

une voiture, les eaux
avançant, un
endroit comme

de grands
seins, le chaud et
l’humide qui progressent

s’éveillant
jusqu’au bord
du silence.

3
Se dégager de comme en amour, ou

amitié de
rencontre, « Heureux de vous

rencontrer — » Ces
rencontres, c’est
rencontrer

la rencontre (contre)
l’un et l’autre
le manque

de bien-être, le mal
aise du
cœur en

formes
particulières, s’éveille
contre un corps

comme une main enfoncée
entre les jambes
longues. Ce n’est

que la forme,
« Je ne connais pas
ton visage

mais ce qui pousse là,
les cheveux, malgré la fêlure,
la fente,

entre nous, je
connais,
c’est à moi — »

Qu’est-ce qu’ils m’ont fait,
qui sont-ils venant
vers moi

sur leurs pieds qui savent,
avec telle substance
de formes,

écartant la chair,
je rentre
chez moi,

avec mon rêve d’elle.

 

Robert Creeley

Traduit de l’américain par ]ean Daive


T.S. Eliot – Les mots bougent


Les mots bougent, la musique se déplace
Seulement dans le temps;          Mais seulement ce qui est vivant
Peut seulement mourir.       Les mots, après le discours,se fondent
Dans le silence.                       Ce n’est que par la forme, le motif,
Que les mots ou la musique peuvent atteindre
Le silence,                comme un vase chinois immobile
Remue perpétuellement             dans son immobilité.

T.S. Eliot, Quatre Quatuors (V)

( tentative de traduction  RC )PH_magazine_22_2012_Page_24  Martin Marcisovsky.jpg

 

 

Words move, music moves
Only in time; but that which is only living
Can only die. Words, after speech, reach
Into silence. Only by the form, the pattern,
Can words or music reach
The stillness, as a Chinese jar still
Moves perpetually in its stillness.

T.S. Eliot, Four Quartets (V)


Antonin Artaud – éparpillement des poèmes


—                photo        Deidi von Schaewen,     placée en extérieur                rencontres photographiques Arles 2012 –             re-photo perso

 

 

 

 

Cet éparpillement de mes poèmes, ces vices de forme, ce fléchissement constant de ma pensée,

il faut l’attribuer non pas à un manque d’exercice, de possession de l’instrument que je maniais,

de développement intellectuel; mais à un effondrement central de l’âme,

à une espèce d’érosion, essentielle à la fois et fugace, de la pensée,

à la non-possession passagère des bénéfices matériels de mon développement,

à la séparation anormale des éléments de la pensée (l’impulsion à penser,

à chacune des stratifications terminales de la pensée, en passant par tous les états,

toutes les bifurcations de la pensée et de la forme). »

A Artaud –                                              Correspondance avec Jacques Rivière

 

incitation:   le  film  « regard  sur la folie »,  de Mario Ruspoli,  dans lequel  Michel Bouquet   en voix off, nous  dit  ce superbe  texte  de Artaud..

 

 


Tu ne me vois plus … ( RC )


 

 

peinture: Gabriele Münter paysage au mur blanc

 

 

 

Si c’est une feuille  d’automne,

Ou alors leur pluie,

Qui font cette nuit

Portée par des soubresauts du vent

Caprices d’un temps brouillé,

 

Les yeux ouverts  dessous

Où tout se confond,

La forme avec le fond

Le sable et la terre avec tes membres

Et les voix profondes

 

D’un hiver d’intérieur

La petite  bête  en toi

Tourne  dans sa cage

Elle cherche  son issue

A travers son nuage sombre

 

Pour de futures saisons .

L’or à tes paupières

Dira le récit

Sauvage à ton regard

Renaissance, en demains

 

Tu ne me vois plus …

 

Mais tu es là…  toujours,

S’il faut chercher  ton regard,

Qui se dit absence

C’est toujours lui

Que je porte en moi .

 

 

RC  – 4 juillet  2012

 

 


Potier de vie – (RC)


Demain je regarde  ce tas  de terre, je me dis, si j’étais  potier, j’en ferais un petit  vase.
Je le fais en pensée  je  reconstitue  tes propos.
Je les vois dans un autre  ordre,  sous  une  autre  lumière.  Et ce vase  a une  autre  forme que la motte  de départ, mais  le même  volume, la même  masse.
Il fait  corps avec le  vide, le creux  qui rend  le vase, vase.
Ta parole est comme çà.
Ce ne sont pas que des mots placés  dans un ordre  donné.
Ils  font  corps avec  ton esprit, avec ce creux qui justifie  ta forme.
J’ai peut-être  compris  aussi  que   cette  forme  existera  encore,  qu’elle  n’est   pas  donnée, que  toi-même  tu changeras  de forme,  et d’esprit.
Et te soumettras  ,
à la lumière, celle  qui révèle  les volumes.
Mais  garderas ton âme.

Article  en relation avec le texte  de François Cheng,  publié précédemment…

art: volume "livre métallique", de Anselm Kiefer ( la vie secrète des plantes) 2002