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Quelques pas vers les dentelles -1 – ( RC )


LA gRANDE mONTAGNE   environs  -    10

photo perso  :  « lieu dit  « la grande Montagne »

J’ai risqué quelques pas
Sur les sentiers pierreux
S’écartant des voies tracées.
La végétation soufflait ,

Se reposait de l’été.
Même les vignes sommeillaient,
Et se paraient
d’ors et de rouges.

Les petites grappes  tardives encore suspendues
attendaient les oiseaux de passage.
On ne pouvait les saisir
sans que les  grains  éclatent dans les doigts.

Il fallait les porter à la bouche
pour se gaver de leur suc épais,
Ne tardant pas , comme à aux  doigts,
A poisser la bouche.

Entre les  rangées,
des herbes  farouches,
Heureuses de la suspension des traitements,
Recommençaient à pointer,

Se bousculant entre les blocs  de pierre,
Eux, portant parfois
la trace  d’anciens  occupants,
Morceaux  de fossiles en empreinte,

Comme pour  dire la présence continue
D’une vie inscrite
en filigrane
dans les siècles.


RC – oct 2015


En témoin immobile – ( RC )


photo perso  : empreintes de dinosaures-  Azoia  - Portugal

photo perso : empreintes de dinosaures- Azoia – Portugal

 

 

En témoin immobile,
Personne ne crie,
Et dans l’attente,
Le mouvement de la terre
Se poursuit, jusqu’aux collines,
Sans tester la distance,
Qui m’en sépare,
Puisque je suis soudé à elle …

Cette terre , avec sa vie propre,
Qui glisse sur elle-même,
Avalant l’impact sourd
Des météorites,
Et des ères salutaires,
Courues d’espèces,
Dont on retrouve les fossiles,
Eux même englués dans la roche.

Et même si des indices,
Nous écrivent ce passé,
Dicté sous nos pieds,
Encore aujourd’hui,
S’étire l’argile,
Détrempée des fins d’hivers,
Comme aussi, sur les pentes,
Se détachent des blocs mutiques.

Laissés sur place,
Au seuil au sommeil ,
Des mers basculées.
>  Elles ne disent que leurs lointains.
Et les vagues sont loin,
Justement,
Gelées dans des mémoires.
Les nôtres ne pouvant les contenir.

On se demande,
Quels furent ses habits,
A la terre, encore,
Où ce qui fut forêts denses,
Est maintenant soustrait,
Dans l’étendue ventée ,
D’horizons de pierres,
Et de montagnes effacées…


RC – février 2014

 

 


Salvatore Quasimodo – Chevaux de la lune et des volcans


peinture: Giorgio de Chirico 1928

CHEVAUX DE LA LUNE ET DES VOLCANS
à ma fille

Îles que j’ai habitées
vertes sur des mers immobiles.

D’algues sèches et de fossiles marins
les plages où galopent fous d’amour
les chevaux de la lune et des volcans.

Au moment des secousses,
les feuilles, les grues assaillent l’air :
dans la lumière des alluvions
brillent des ciels chargés ouverts aux astres ;

les colombes s’envolent
des épaules nues des enfants.

Ici finit la terre :
avec de la sueur et du sang
je me construis une prison.

Pour toi je devrais me jeter
aux pieds des puissants,
adoucir mon cœur de brigand.

Mais traqué par les hommes
je suis encore en plein dans l’éclair,
enfant aux mains ouvertes,
aux rives des arbres et des fleuves :

ici l’anatomie féconde de l’oranger grec

pour les noces des dieux.

CAVALLI DI LUNA E DI VULCANI


al la figlia

Isole che ho abitato
verdi su mari immobili.

D’alghe arse, di fossili marini
le spiagge ove corrono in amore
cavalli di luna e di vulcani.

Nel tempo delle frane,
le foglie, le gru assalgono l’aria :
in lume d’alluvione splendono
cieli densi aperti agli stellati ;

le colombe volano
dalle spalle nude dei fanciulli.

Qui finita è la terra :
con fatica e con sangue
mi faccio una prigione.

Per te dovrò gettarmi
ai piedi dei potenti,
addolcire il mio cuore di predone.

Ma cacciato dagli uomini,
nel fulmine di luce ancora giaccio
infante a mani aperte,
a rive d’alberi e fiumi:

ivi la latomia d’arancio greco
feconda per gli imenei dei numi.


Le repos des sirènes ( RC )


Art roman:               chapiteau aux sirènes –    Eglise Ste Eutrope           Saintes ( Charentes Maritimes)

C’est le repos des sirènes sur les rochers
Leur longue quête les mène      sur les  îles
Et point de traces, au jour,    juste des fossiles
Repérés par les bateliers s’en revenant pêcher

Ces femmes-poissons, –    c’est une blague
Dit-on,              …. ce qu’il faut d’imaginaire
Au fantasme            des hommes de la mer
Ayant fait un détour par Copenhague

Ou bien, entourant un bateau en détresse
Se portant au secours des  naufragés
Elles se sont, sous eux, allongées
Tout en délicatesse

Et leur ont fait jurer  secret,
Sous serment, de ne rien dire,
Une langue étrange qu’on ne peut traduire…
Sur ces sujets il faut rester discret

Ce sont, peut-être des anges  de l’eau
–                     Au profil aérodynamique
Accompagnant par le fond, le Titanic
Et bien d’autres paquebots…

Et même si tu vas à confesse,
Avec l’envie de tout dire, c’est pas la peine
D’essayer de convaincre une sirène
Ou sur la terre,           alerter la presse…

Tu as scellé ta promesse,
Mieux qu’une lettre aux sept cachets
L’eau profonde, garde ses secrets cachés
Comme celui du monstre du Loch Ness.

Les sirènes auraient plusieurs vies
Et surtout,           les plus beaux chants
Pour nous,           bien sûr,    aguichants
Une fois entendus, toujours poursuivis.

Dans l’eau salée, les sons se propagent,
Ceux des dauphins,les chants des baleines
Et tu voyages, à en perdre haleine
Au berceau de la mer, en héros ou bien otage…

RC – 21 janvier 2013

photo:       JM Boutaud                  – petite Sirène de Copenhague –  qu’on peut  retrouver  sur le site « jolie lumière » de JM B


On efface tout, et on recommence ( RC )


peinture :            Ludolf Bakhuizen :           bateaux en détresse           1667

Il y a le ressac, et toujours la mer
Qui se lance à l’assaut des îles
El le monde qui tangue,
Puis cède, des pans entiers  de falaises,

Et, à marcher, ce pas, et le suivant, puis un encore
Un temps, une heure, une  semaine, puis toute une vie
C’est aller plus loin, et peut-être errer
Dans nos heures minuscules,

Que les vagues basculent,
Comme  elles sont poussé les navires,
Vers les dangers des cotes,
Lorsque le serein cédait à la tempête.

A notre échelle, c’est un regard
Qui voyait la fureur, et les horizons se mélanger
Au delà des repères,       au delà des lignes
Qui marquent ces évènements marquants

Que l’on reporte consciencieusement dans les carnets
Pour témoigner, de tout ce qui fut,
Mais qui fuit
Comme  gouttes d’eau entraînées vers la pente.

Et se fondent , alors indiscernables – en ruisseau
Qui suit son cours, comme l’histoire la sienne
Au point  d’en perdre l’origine,
Comme une mémoire  d’amnésie.

L’histoire , la grande, – enfin celle que l’on croit –
N’existe pas, au regard des ères géologiques…
Les plateaux  se soulèvent sans fracas
Du moins,         on ne peut pas les entendre

Fleuves et rivières empruntent d’autres chemins,
Les profondeurs toussent lave et basaltes,
Avec pour seuls témoins, ceux dont la mémoire s’est éteinte
Et enfouie, tels fossiles, au creux de la pierre.

La mer s’est déplacée, a glissé plus loin
Quelques étages plus bas,…. – on dirait cette  expérience
Des vases communicants,            assaut de lenteurs…
Et toujours le ressac, se lançant à l’assaut des îles.

RC  26 août 2012