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François Cheng – À l’écoute de l’ocre de Sienne


peinture:            Antoni Tapiès

 

Ivre de clarté terrestre,

L’ange du visible est passé.

L’étranger, lui, venu des sources

Et des nuages, a nostalgie

Du vallon irrévélé ;

Assis au creux de la pénombre,

À l’écoute de l’ocre de Sienne.


Le sommeil des nénufars ( RC )


peinture:             P Mondrian.      Night landscape  1907-08

Sous les branches tombées à notre insu, un parterre
d’ocre,  si bien aussi  qu’à plat sur la surface gelée  de l’étang
on pourrait marcher

Contourner les nénufars, surpris  dans leur  sommeil,
comme au bord  d’un temps,
Qu’ils avaient oublié
Fragiles coques, lestées de mémoire
Qui les retiennent par le fond
Tandis  que, en ombres
Les carpes évoluent silencieusement,
dessous,  ignorant les nuages,
Et la neige,
Qui coiffe les sommets  des collines.

Il n’y a pas trop de nuits, pour attendre
Que revienne la tiédeur,
Et les sauts des grenouilles….

RC  – 29 novembre 2012

inspiré par François Cheng  ‘ »Fumées »


François Cheng – eux qui viennent de la nuit


peinture:          Edward Munch,           dans le style de Whistler

Eux qui viennent de la nuit
Retourneront à la nuit

Nuit de bougies, de flambeaux
De grenouilles eventrées

De vins de riz dont s’abreuvent
Toutes sangsues de rizières

De papiers-monnaies brûlés
Pour toute âmes errantes

Après la troisième veille
Point de saule qui retienne

Point d’effraie qui se souvienne
A bout d’exil et de cri

Ceux qui viennent de la nuit
A la nuit retourneront

Vaste est l’obscur
Pur l’oubli

François Cheng – Que dira notre nuit – 2001 – A l’orient de tout – Gallimard


François Cheng – La nuit fait de nous ses confidents…


 

peinture - Emil Nolde

 

 

La nuit fait de nous ses confidents
A l’heure d’écoute nous murmure à l’oreille
Ses frayeurs ses tourments
Sa stupeur d’être toujours plus obscure
Marées de lait, de sang que nulle plage n’apaise
Plage de solitude que ne comble nul roseau
Si obscure que les étoiles ne traversent plus
suspendues hors sphères, indifférentes
Ici même, aucun secours ne sera à portée
au-delà des lisières de la forêt inconnue
Blessure d’autant plus béante qu’elle est aveugle
Douleur d’autant plus gouffre qu’elle est sourde

Mais c’est là notre propre voix que nous entendons !
Cette voix, notre seule défense, seul pardon
Qu’envers et contre tout nous faisons entendre
Sous peine de mourir
d’être si seuls dans l’univers

La nuit s’est faite notre confidente.

François Cheng. « Qui dira notre nuit ».

 


François Cheng – Suivre l’empreinte de l’oiseau


Affiche - René Char, sur dessin d'oiseaux de G Braque

 

 

 

Mais l’oiseau point d’empreinte
Ne laisse. Son empreinte est
Son vol même. Nulle trace
Autre que l’instant-lieu,
Joie du pur avènement :
Lieu deux ailes qui s’ouvrent.

Instant un coeur qui bat.


François Cheng – Suivre le poisson, suivre l’oiseau


François Cheng , déjà  cité  pour  ses  réflexions  sur  le vide  et le plein...   – préoccupation yin-yang  très connue  de la pensée  chinoise,  F Cheng nous livre  aussi  sa vision poétique…

peinture perso sur carton 1986

Suivre le poisson, suivre l’oiseau.
Si tu envies leur erre, suis-les
Jusqu’au bout. Suivre leur vol, suivre
Leur nage, jusqu’à devenir
Rien. Rien que le bleu d’où un jour
A surgi l’ardente métamorphose,

Le Désir même de nage, de vol.


François Cheng – le vide


La notion de vide, comme principe dynamique  est développée   par l’écrivain chinois  François Cheng.

Comme le moyeu d’une roue dont tous les points sont en mouvement  à l’exception du centre, le vide occupe une position centrale dans la pensée chinoise.

Il prend une valeur positive lorsqu’il est lié à la notion du souffle, car selon cette pensée, l’ordre de la Vie qu’est le tao, « voie », a été rendu possible lorsque du vide originel a jailli le souffle primordial qui anime désormais toute entité vivante. Le mot « vide », {tl en chinois, évoque un vase vide ou un tertre inhabité. Sa prononciation xu (hsii) sugère )ustement un expir, un souffle qui passe.

Le vide positif est donc à percevoir comme l’espace où se génère et circule le souffle, le lieu par excellence où s’effectuent les transformations.

dessin calligraphique de Chu-Ta

Ni principe abstrait, ni catégorie vague, le vide est dynamique, intervenant au sein même de la vie courante. Pour ce qui est du fonctionnement du souffle lié au vide, on distingue, à la base, trois souffles qui agissent en concomitance : le Yin (douceur réceptive), le Yang (puissance active) et le vide-médian.

Ce dernier prend place lorsque le Yin et le Yang sont en présence; il a le don naturel d’entraîner les deux souffles dans l’interaction, et par là dans le processus de la mutation réciproque.

Et à propos des oiseaux,  voir  les posts de février 2012:

suivre l’empreinte de l’oiseau

suivre le poisson, suivre l’oiseau