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Francis Blanche – j’ai rêvé ma vie


photo Boris Wilensky

J‘ai rêvé ma vie
les yeux grands ouverts
me suis réveillé
quand c’était l’hiver

La neige était là
le ciel était gris
le vent était froid
je n’ai pas compris

Mes beaux soirs d’avril
que j’avais rêvés
où donc étaient ils
j’en aurais pleuré

Faites-moi plaisir
commence sans moi
laissez-moi dormir

…. j’étais fait pour ça…


Au-delà des fenêtres – ( RC )


Peinture Andrew Wyeth

Personne ne convoite l’hiver.
Lui se cantonne sous tes fenêtres,
et ton royaume est étanche.

Il y a de ces frontières
qui dépassent les saisons,
amidonnées de givre et de silence.

Il faudra bien cependant un jour
sortir de ta bulle
pour affronter l’avenir.

L’enfance s’est rétrécie toute seule,
et tu l’a perdue de vue,
pourtant tu n’as pas froid

Car insensiblement tout s’est transformé,
et la vie, dans son royaume , s’étend
bien au-delà des fenêtres .


Serge Marcel Roche – Variations neige


Et les années dansaient ce matin

avec les flocons gaiement derrière la vitre

villes visages heures ainsi tournoyant

dans l’air froid et ceux qui tambourinent

contre les carreaux selon le pouls

intermittent du souvenir toi

assis au bureau guettant le bruit

des pas fantômes sur la page neuve

l’approche au loin des voix profondes

avec une lenteur de neige


Bernat Manciet – dans la bruine de l’étang


Différents de ceux-là qui dans le Purgatoire s’étant reconnus
s’écartèrent et s’en allèrent tête basse
nous nous sommes étreints dans la bruine de l’Etang
qui nous inonde jusqu’aux os du charme bruissant

Car nous venons d’une brume de froid sans pareil
notre commun lignage de peine et d’ahan
ces aïeux de lande et de mer de mouette et de corbeau
qui trimèrent toussèrent et nulle grâce n’a ruisselé

par les hasards du mauvais temps par toutes les marées
par l’errance des Guerres d’Ecosse à Romagne en poussière lumineuse
ils ont déjà tressé notre destin

et de leur lointain ils nous regardent complices curieux
si nous saurons nous aimer sur les abîmes salés
et de leur dieu d’embruns sur la chevelure décoiffée

extrait de Sonnets


le vieux manteau, au square du jardin de ville – ( RC )


Je suis resté immobile
avec mon vieux manteau
couvert de feuilles mortes
au square du jardin de ville :
je suis venu chaque jour d’hiver,
j’attendais ta chanson:
le froid fut sévère,
mais n’eut pas raison de ma passion….


Ce ne fut qu’au printemps
que le gel libérant les sèves,
fit que toi, ma fontaine,
retrouvas tes eaux…
Ta sculpture au regard fier,
tes jupes de pierre
retrouvant leur souplesse
alors j’ai quitté mon banc
et laissé mon manteau,
qui, de détresse,
partait en lambeaux…


Yeux recousus – ( RC )


masque de Abraham Lincoln

Il n’y a pas trop de choix,
dans la fuite du regard
quand les paupières se ferment
pour la dernière fois .

Le corps devenu froid
prolonge jusqu’à son terme
le secret de ce qu’ils ont vu
et que l’on ne connaît pas.

Leurs yeux recousus
regardent en-dedans.
On n’en saura pas plus
sur ce qu’ils voient.

C’est en dedans qu’ils s’égarent,
et leur nuit devient pâle
tout scintillants
de la lueur des étoiles.

« Où vont nos yeux quand les paupières se ferment pour la dernière fois ? »
est une citation de Max Jacob


Tristan Tzara – vide matelas


montage RC

Vide matelas
pour ne pas dormir
ni rire ni rêver
le froid aux entrailles
le fer dans la neige
brûlant dans la gorge

qu’avez-vous fait qu’avez-vous fait
des mains chaudes de tendresse
avez-vous perdu le ciel
dans la tête par le monde
dans la pierre dans le vent
l’amitié et le sourire
comme les chiens à l’abandon
comme des chiens


Anna Jouy – Notre premier lit sera une nuit de pluie


gif animé Erica Anderson

Notre premier lit sera une nuit de pluie. Ta main et la mienne larmes semblables. Je goûterai ce que font les rivières aux corps de sable. Je profiterai des vertus de l’eau pour envahir ton monde, là où la main ignore, là où le nez, la langue et les cheveux ne savent rien. Je t’engloutirai, du secret de ton sexe à la tempe sourde. Il faudra. Tu ne sauras rien de ce baptême, je serai transparente, liquide averse. Tu ne sentiras qu’un frisson, le froid délicieux qui embrasse l’être et le pousse à chercher des épousailles.

extrait du blog de l’auteure


Jean Tardieu – fantômes


Ce n’est pas tout à fait la terre

que connaît un chacun.

Je découvre mille mystères

Dans les coins, un par un.

Le train, c’est une histoire étrange

avec tout ces regards !

Aux braves gens les mauvais anges

sont mêlés tôt ou tard.

Une route se remémore

tous les pas disparus

Mais elle attend — et rien encore

n ‘est vraiment apparu.

Qu il faille un peu manger pour vivre.

On connaît bien cela

Mais je veux qu’un dieu noua délivre

de qui nous mangera.

J’ai vu souvent de longs passants

sur l’asphalte foncé :

Ce n’étaient que des vêtements

où loge la fumée.

Peut-être, étant assez distrait.

m’étais-je trompé d’heure

Et les ai-je vus de trop prés

Au moment où ils meurent.

Moi-même, un jour, prés d’un miroir

Je fus bien étonné

de ne plus rien apercevoir

Ni mon front, ni mon nez !

Le ciel passait à travers moi

Tout était calme et lisse

Et j’entendais le temps qui glisse

Sur le sol gris et froid.

1940

texte publié dans la revue « poésie 84 »


Désespoir – (Susanne Derève)


Miquel Barcelo – La métamorphose –

Le désespoir

se tient au bord de ma fenêtre

il détourne la tête mais

je le reconnaitrais entre mille visages

grimaçants

Plus de nids d’oiseaux dans l’encoignure

des portes pas un lézard

la pierre est froide sur le seuil

Des cendres grises tiennent l’hiver

sous leur boisseau

Friches jachères et le fourreau glacé du gel

enserrant branches et rameaux

Les violons déchirants de la fête

les archers sombres de la nuit

et toi , passant qui t’enfuis , sans un regard

vers ma fenêtre


Béatrice Douvre – A l’hiver du feu


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Le visage traversé
Dans des jardins à jambes de verre, et de roses
Quand recommence la mer tendue
Des lampes, et le froid
Et que l’on tient, dans les mains, le dernier monde
Rêve, et à l’avant du rêve un corps l’éclaire
J’ai peur de ces troupeaux dans le progrès des lampes
Peur de la terre des pas
Près de la porte où penche
La nuit lourde de l’aile Il y a ce péril
Des lampes dans la maison
Ce désir
Comme un taureau dans l’or
Un feu de bois de rose
Coupé par l’hiver


Denis Scheubel – bateau sans mat


zokemig
peinture Malcom Morley

On a brûlé les mats
Dans les cheminées
Du bateau
Faut dire qu’il faisait froid

On nous a dit
« C’est pas malin
Sans mat
Quand le vent revient « 

Et nous drapés
Dans les voiles
On avait chaud
On était beaux,

On se sentait la force
De nager
S’il fallait
Quitter le raffiot
Qui dérivait.


Béatrice Douvre – Feu qui ose


Yves Klein, ‘Peinture de feu sans titre (F 80)’, 1961

 

peinture au feu : Yves Klein

Feu qui ose
Achève
Ce peu de bois mouillé
Par l’orage et délivre
Précède-moi, qui ose, précède-moi ,espère
Mars et les affections même sans souvenir
Vois c’est déjà la splendeur
Bleue des trèfles, des pensées
Demeure
Pour celle enfin dont les seuls auront tremblé les yeux
Une dernière fois le dernier passager
Ose
Flamme soudain la sueur
Debout qui saigne
Et la grande odeur du froid
La haute arche de neige
Est-ce enfin le vrai cœur au-delà d’âme et corps
L’ébauche d’un soleil beau d’hiver ascendant ?


Ahmed Kalouaz – A Genève, tu feuillettes, ce qu’il reste de moi


Le Siège de Sarajevo, véritable descente aux enfers

Il faut en reprendre l’habitude
l’hiver a couché sa saison
sur le Léman ;
les bateaux ne sont plus
que des coques givrées.
Il fait un froid terrible.

Dans la petite pièce
du quai de Miremont,
tu guettes le passage des enfants
au retour de l’école
alors que le courrier est en cheminement.

D’ici ne te parviennent
que des images de télévision,
des coups de feu d’une ville en émeute.
Un désordre sans inventaire possible,
un temps de chien.

Ici l’on dit
qu’un temps de chien est aussi
un sale temps pour les hommes.
Ces hommes comme des vagues
qui viennent se briser
indéfiniment et meurent
dans l’écume de l’habitude.

A Genève tu feuillettes
ce qu’il reste de moi
dans les tiroirs ;
ce qu’il reste de regards
sur les photos
diseuses de bonne aventure.
Le vide est là, au bord
de tes paupières de tulle blanc.

Déjà j’ai ordonné
au téléphoniste
de ne plus rien passer.
Mourir est un silence
à impulsions discrètes,
une falaise d’illusions,
alors que rien ne prouve
l’inexistence d’une suite.

Sur Genève il fait froid,
tu me disais encore dormir
dans le brouillard
retrouver les traces de mes doigts
sur ton ventre ;
là où toutes choses naissent,
là où toutes les douleurs s’enferment.

Un passage d’avions dans le ciel
quelques impacts étoilent
la façade d’en face
et je suis en instance de silence.
De l’autre côté les mêmes voiliers
inquiéteront le vent,
traverseront le soleil
et diront que le monde
n’est pas universel.

Quand un immeuble s’écroule à Beyrouth,
la mer tire la couverture et les enfants
continuent à courir,
sur les plages minées.

extrait de   »  à mes oiseaux  piaillant  debout « 


Frédéric Clément – Deux et déjà …


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dessin – aquarelle  persos   2011

 

Dans la pénombre où l’on devineDe lents mouvements de poitrine

Aux souffles courts à peine audibles

On sent une peur indicible

 

La peur de n’être plus jamais les mêmes

La peur d’aimer sans être aimé

La peur impossible à nier…

La peur… Impossible à nier

 

Est-ce que c’est ainsi la première fois

Les perles d’eau, la peur du froid

La première peau contre sa peau

L’étrange effroi mêlé de chaud ?

 

Deux et déjà si peu de mots

Deux, et déjà seuls à nouveau        

 

Il est encore hésitant

Elle, immobile, elle attend

On dirait que le temps se froisse

Que leur corps est pris dans la glace

 

Leur corps qui n’est plus tout à fait le même

Leur corps orphelin désormais

De tous les rêves qu’ils ont faits

Leur corps et l’impasse où il est…

Leur corps… Et l’impasse où il est

 

Est-ce que c’est ainsi la première fois

Les perles d’eau, la peur du froid

La première peau contre sa peau

L’étrange effroi mêlé de chaud ?

 

Deux et déjà si peu de mots

Deux, et déjà seuls à nouveau .

 

le texte de cet auteur ( parmi d’autres) , est visible sur ce site


Francis VILLAIN – son grand couteau de nuit


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sculpture  – bronze  nuragique  ( Sardaigne ) musée de Sassari

 

Il s’est approché lentement
Avec son grand poignard en peau de nuit
Il a pris, il a pris tout son temps
Avec son grand poignard en peau d’ennui
Il a reniflé dans le vent
Avec son grand sourire de trop de nuit
Il a souri de toutes ses dents
Pour laisser t’approcher lentement
Il a pris tout, tout son temps
De son flanc a délogé une lame de fer
Avec son grand couteau en peau de fer
Il s’est mis à tuer le temps
Il avait froid dans ses grands vents
Il avait de la poule à chair
Il était nu, nu comme un ver
Avec sa lame en peau de fer
Avec son grand couteau de nuit
Il ne savait vraiment pas quoi faire
Il faisait froid,       il est parti.


Norge – Petit clairon


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Petit clairon de modeste note
Tu t’égosilles dans le matin,
Dis-moi, petit clairon de parlote
Dis-moi pourquoi tu as du chagrin.

Dis-moi pourquoi, clairon de faubourg
Ton fa dièse a tant de détresse,
Dis-moi si c’est le nord qui te blesse
Ou si ton mal est un mal d’amour.

Petit museau musant grêle et froid,
Comment fais-tu pour chanter en berne
Et pour jeter de si peu de voix
Tant de clairon sur tant de caserne ?

Tu te plains trop dans la noire cour,
Petit clairon de petite race.
Dis-moi si c’est le nord qui te glace
Ou si ton mal est un mal d’amour ?

NORGE « Le Gros gibier » (Seghers)
Intermezzo

 


Presque bleue – ( RC )


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dessin: Albert Dürer

 

 

presque bleu,       c’était le vent
presque bleue    il y avait l’eau
presque bleu       le ciel encore
– celui qui se reflète
avant qu’il ne se brume,
dans l’oeil        du cerf abattu .

Comme s’il regardait au-delà :
sans regard pourtant ,
le presque bleu des choses promises .

Le corps est encore fumant,
chaude aussi est la terre,
avant qu’elle ne se brume de neige
presque bleue dans le froid
qui la saisit.


RC – sept 2017

 

( écho à Sylvie-E. Saliceti )


Vitrines de Noël – ( RC )


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>         Quelques jours avant,
un peu de neige souffreteuse,
en petits tas tristes et gris,
sur les trottoirs de la ville    .

On peut ouvrir les portes,
du calendrier de l’avent,
négliger le froid mordant,
pour se promener          pourtant

Mais rester au-dehors,
devant les vitrines,
au décor clinquant,
lumières et paillettes,

Pyramides de cadeaux,
soigneusement enveloppés,
se mirant,
sous les spots électriques,

Angora et soie,
des beaux quartiers,
habits coûteux ,
et mannequins radieux.

C’est une fête avant Noël,
celle du commerce,
où se pavanent
de riches clients .

On peut admirer,
les étals de foie gras ,
pâtisseries ouvragées,
et montagnes chocolatées…

Tu as le droit
de lécher les vitrines,
mais sans avoir rien, à se mettre
sous la dent ,        … que le vent.

RC – dec 2017


Les pierres du Mont Lozère – ( RC )


Mt Lozere rochers rayon--.JPG

photo perso  2005 : Mont Lozère et « clapas »

 

On a semé sur le mont Lozère,
quantité de pierres,
de gros calibre,
parfois en équilibre .

Elles sommeillent,
la face contre le ciel,
portent le monde à l’envers,
le nez en l’air…

Elles se disputent souvent
avec l’âpre vent,
la tempête et le froid
où les arbres peinent à tenir droit.

Entens-tu leur chanson
qui accompagne les saisons ?
Sur leur peau douce
ne s’aggrippent pas les mousses

Ne crains pas leur fuite :
ce sont des masses de granite,
lentement accumulées
qui ne risquent pas de s’envoler.

Ce sont des sentinelles
dépourvues d’ailes ,
qui veillent sur la plaine,
et le décor de la scène  ,

où les millénaires peuvent s’écouler:
leur muette consistance
parle de leur patience :
ce n’est pas demain qu’elles vont s’écrouler…


RC – avr 2017


Astrid Waliszek – clac


Omer Parent.jpg

visuel:  Omer Parent

tes veines, vivantes et bleues dansent une sarabande effrénée
sur le dessus de ta main. La terre tremble, dis-tu.

à bousculer les nuages à chercher la chaleur
nous avons oublié l’heure celle de l’au revoir
– non, pas adieu   et voilà, c’est ici,
c’est maintenant couvre-toi,
ne prends pas froid tu ne reviendras pas,
c’est là c’est maintenant qu’il faut partir

les nuages se disséminent un froid soleil pâle se lève,
une portière de voiture claque
c’est un adieu, nous le savons tous deux
des pas résonnent sur le pavé rien n’a changé,
rien ne change jamais des portes se ferment,
d’autres s’ouvrent s’en va,
s’en vient l’amour – la ville dort

 

12 février 2012


Ce que dissimule le désert – ( RC )


photo: pochette de CD « Silencio »   Gidon Kremer

 

Il y a une  étendue plate,
–  Elle  se perd dans l’infini  – .
>        Elle  appelle un désert,
un océan,
ou un simple terrain inhospitalier.

Et rester immobile  tout ce temps,
debout,
on compte les heures en suspens –
ou plutôt on ne les  compte plus ;

c’est une  attente,
le regard  dans le vague.
Le ciel est trop haut,
Il écrase de son poids
tout ce qui s’échappe de l’horizontale.

Mais tu espères sans t’en rendre compte,
au-delà de la solitude,
La rupture des écluses,
que les lèvres  du temps  s’entr’ouvent.

Et la crainte, en même  temps,
Que les yeux  ne sachent pas  voir,
Ce que  dissimule  la surface unie
–   Un guetteur du désert des tartares  –
«  Anne, ma sœur Anne,  ne vois-tu rien venir ? »

Et si le vide  était une illusion,
et que continue dessous,
l’échappée des heures,
…Une  simple  dilution.

La vie est souterraine .
Elle  fait un grand détour,
vers toi
pour contourner le froid.

T’en rends-tu compte ?

RC – juill 2015


Herbes de givre – ( RC )


givre sur  végétaux  - .jpg

photo perso-  dec  2016

 

 

Les herbes sont unies,
sous leur manteau de givre,
et se confondent entre elles,
comme la mémoire     glacée,
des larmes    et du chagrin  ,

soudées entre elles,
raidies par le froid,
            cassantes.

Juste une image dentellée
un dessin sur le sol,
qui attend ,       pour se réveiller ,
bruire,             la caresse d’un soleil,
qui s’était absenté .


RC – janv 2017


Laetitia Lisa – En habits d’oubli


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peinture  rupestre    grotte de  Chaturbhujnath Nala, Inde, environ  10,000 av JC

 

Je longe le champ de blés verts

hâtant le pas dans l’herbe haute

pour recevoir encore

un dernier baiser du soleil

avant qu’il ne se couche

en draps ocre et dorés

 

demain la pluie

demain le froid

 

pour l’heure la douceur du vent

le chant des grillons et les hirondelles en formation

 

avec elles je me baigne en le ciel

allongent les brasses lorsque les courants frais

effleurent mes bras nus

 

avec elles je reste immobile un instant

sous les caresses des courants tièdes

 

je plonge

dans le bleu des montagnes

jusqu’à ce que la nuit revienne parfaire l’esquisse

de ses gris colorés

 

je ne peux rien contre le froid et la grêle

tueurs  des promesses si près d’éclore dans mon verger

je ne peux rien contre le feu du soleil

tueur des promesses si près de porter fruit dans le tien

 

sur le dos de quelques mots ailés revenus nous chercher

nous dansons en habits d’oubli

ourlés de nuit  .

 

————

plus  d’écrits  de L L ?    voir  son site-blog


Un prince au froid – ( RC )


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          C’est une promenade infinie,
où l’on prend toutes précautions,
pour que l’être se conserve
en l’état :

           Il n’a pas été nécessaire,
comme le faisaient les Egyptiens,
de prévoir le voyage dans l’au-delà
par un subtil embaumement.

          Il suffit de promener ton cadavre
avec ce siège à roulettes
dans une galerie climatisée,
quelques degrés en-dessous de zéro.

          ( Tu parcours donc un circuit
– variations forcément limitées –
propice à ton ennui,
prévu pour l’éternité  ).

          Notons l’élégance
un peu raide de la mise,
mais sans les épaisses fourrures
que l’on revêt par grand froid …

         Ton regard quelque peu absent:
on pourrait le dire « glacé »,
et les pensées immobiles,
figées, comme tes membres ,

         dans une position             définitive .
D’aucuns la disent hautaine.
>     Mais une certaine raideur ,
        assortie à tes fonctions .


RC – sept 2016


Beatrice Douvre – présence d’un visage


 

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Son chemin la terre jointe
Sa voix cette lampe droite
Ce qui tremble
Plus haut
Comme qui eut froid
De précéder le jour

Poids de celui qui parle
Et veut se perdre loin

Sa lumière file devant
On se souvient
D’une ombre digitale
C’est qu’une main portait
Nos lampes

Béatrice Douvre


Jean Creuze – écorces (1 )


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Écorces

Lier les mots qui se fabriquent dans la forge de notre
tête.
En faire vivre certains
commettre le meurtre d’autres.
Chauffer, taper, tordre au rouge le fer.
Chuchoter enfin ce qui nous habite
pour l’ultime tentative de la parole.
Des paroles données.
Silencieusement pointe la respiration.
Pulsation qui donne la vie.
Le soufflet active le feu
le mot juste jaillit
transforme nos corps et nos âmes
comme le travail acharné du forgeron
sur l’enclume transforme le métal.

Allongé sur le sol
sous le ciel bleu azur
beauté de l’oiseau dans les airs,
herbes folles dans le vent,
souveraineté des arbres.
Danse de l’univers présent
dans les vibrations lentes du jour qui passe.
Vols d’insectes éphémères,
parfums de fleurs,
odeurs d’humus,
chants de grillons,
craquements d’écorces.
Des forces de l’intérieur s’énervent.
Chasser les ombres du visage
pour s’enluminer-
Nouvelle peau.
La vague passe, se calme, s’anéantit.
Temps suspendu,
le corps flotte.
Soleil rouge,
sensation d’inachèvement
et caresse des ombres :
sa majesté la nuit approche.
Cortège d’étoiles,
respiration douce,
j’affronte l’inconnu,
clignements de cils,
goutte d’éther.
La figue éclate a force de mûrissement au soleil de l’été.
La terre grasse s »enfonce
sous les pas .l’automne est là, avec son humeur faite de rosée
de rafales de vent, de pluie froide.
Des hommes harassés, avinés, burinés, dépités, rendus sont là au coin de la rue,
attendent, rejetés du monde, comme de vieilles eaux usées auxquelles on aurait retiré toutes forces.

Dans ma tête un grand silence.
Tombés par terre, abandonnés,
résignés, abattus, esclaves.
Quels bourreaux? Comment faire?
L’alcool comme seul compagnon.
Idées vagues, brouillées,
délire, obsession, mensonges,
mal de tête,
perte de mémoire.
Oublier son histoire,
nier sa vie,
sacrifier son être.
Que faire avant l’hiver,
avant que le froid ne vous emporte?
Compagnon misère.
Le ciel est clair aujourd’hui, un vent frais se lève et fait
Frissonner les feuilles dans les arbres.
Quelques pensées me tapent le front, et s’évanouissent aussitôt.
Pour laisser le vide.

Le trou noir.
Ce noir si plein que l’on n’attend jamais.
Et pourtant, c’est le rien que l’on redoutait tant.
Il est là, accompagné de son malaise.
On ferme les yeux pour regarder à l’intérieur.
Dans un ultime effort encore.
Le noir toujours.
ça se dissipe.
Le rouge apparaît,
puis le jaune lumière
des éclats de blanc dans le rouge,
du bleu chartreuse,
du vert émeraude. qui coule de mes yeux ?
Serait-ce de la peinture

Les feuilles se remettent à tinter dans le vent et cette
musique douce emporte mes pensées.