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Richesse inutile ( RC ) – ( écho à Isabelle Dalbe)


photo perso -  dolmende l'Aumède  Chanac, Lozère

photo perso – dolmen           de l’Aumède     Chanac, Lozère

Aux pays lointains,
Ceux où le soleil s’attarde,
méridiens  d’Afrique,

La Noire

Ne s’imagine
Une couverture blanche,
Que la nudité du silence,

Il recouvrirait
A ce qu’on dit
Des terres  d’abondance,

Forêts  denses,
Rivières clarté,
Mais si loin encore,

Le froid  qui recouvre,
Etendues, et convoitées
D’autant de diamants,

La  blanche

Ce qui reste de cristaux,
Qu’on ne peut emporter,
Richesse inutile.

A portée de mains,
Glacée,
La neige se fond en elle-même.

RC –  25 juillet 2013


La neige

à Laurent Albarracin

La neige noue clepsydre et giboulées.
Elle fleurit la bombe de cet écho.
Dans la nudité de la blancheur
elle existe pour le silence.

La neige continue l’objet convoité.
Elle est le temple de la grêle.
Une poupée de la rosée
à hauteur de la vive allure.

A l’enseigne de nos pas
c’est un loup d’azur.
Tout un temps bâti
pour le huitième jour.

La neige se fond dans la neige.
Mère à-pic baptisée Ẻquilibre.
S’enterre sa racine phénix.
La neige ne s’arrache pas.

I. Dalbe

 

 

également ce texte  de Sophie G Lucas,  qui dit  quelque  chose  d’approchant à ce que j’écris…

 

extrait de  « Se recoudre à la terre »

on n’en fait rien de
la neige
(toute l’épaisseur de
ce monde dans une fenêtre)
tout juste se demande-t-on
comment ce sera une fois
que tout aura fondu
si la vie sera la
même
et si c’est bien la neige
qui bloque les siens
dans le
silence

 


Miron Bialoszewski -Je ne sais pas écrire


peinture: Jan van Scorrel, 1531,    -L’Ecolier,

 

 

 

Je ne sais pas écrire

il fait noir ici
que dire du chandail gris ?
– rien d’autre-

dehors
vinaigre déjà
il neige

l’arbre de froid et de structure de cristal
taciturne
ne bruit pas

par où sortir du verbe ?

Miron Bialoszewski

 


JC Bourdais – L’arbre à bière Bernard Noël – grand arbre blanc


peinture perso:  " Grand  arbre"   1979

peinture perso:           » Grand arbre »    acrylique  sur papier affiche  1979

 

« Autrefois dans ce pays

On ne pouvait pas dire

pour désigner la fin d’un arbre qu’il était mort.

Seuls l’homme et l’animal pouvaient mourir.

On raconte que pour éloigner l’étranger du village,

On lui disait :

« Tu n’as pas ton arbre ici »

——————-                     

JC Bourdais , L’arbre à bière,Rhizome,2002, Nouméa

 

auquel j’ajoute   » grand arbre blanc »  de Bernard Noël

 
Grand arbre blanc

à l’Orient vieilli
la ruche est morte
le ciel n’est plus que cire sèche

sous la paille noircie
l’or s’est couvert de mousse

les dieux mourants
ont mangé leur regard
puis la clef

il a fait froid

il a fait froid
et sur le temps droit comme un j
un œil rond a gelé

grand arbre
nous n’avons plus de branches
ni de Levant ni de Couchant
le sommeil s’est tué à l’Ouest
avec l’idée de jour grand arbre
nous voici verticaux sous l’étoile

et la beauté nous a blanchis

mais si creuse est la nuit
que l’on voudrait grandir
grandir
jusqu’à remplir ce regard

sans paupière grand arbre
l’espace est rond
et nous sommes
Nord-Sud
l’éventail replié des saisons
le cri sans bouche
la pile de vertèbres grand arbre
le temps n’a plus de feuilles
la mort a mis un baiser blanc
sur chaque souvenir
mais notre chair
est aussi pierre qui pousse
et sève de la roue

grand arbre
l’ombre a séché au pied du sel
l’écorce n’a plus d’âge
et notre cour est nu
grand arbre

l’œil est sur notre front
nous avons mangé la mousse
et jeté l’or pourtant
le chant des signes
ranime au fond de l’air

d’atroces armes blanches qui tue
qui parle le sang
le sang n’est que sens de l’absence
et il fait froid grand arbre
il fait froid
et c’est la vanité du vent

morte l’abeille
sa pensée nous fait ruche
les mots
les mots déjà
butinent dans la gorge

grand arbre
blanc debout
nos feuilles sont dedans
et la mort nous lèche
est la seule bouche du savoir

*
.Bernard Noël..


Louis Aragon – tant que j’aurai le pouvoir de frémir


peinture           Patricia Watwood:                Flora

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Tant que j’aurai le pouvoir de frémir

Et sentirai le souffle de la vie

Jusqu’en sa menace

Tant que le mal m’astreindra de gémir

Tant que j’aurai mon cœur et ma folie

Ma vieille carcasse

 

Tant que j’aurai le froid et la sueur

Tant que ma main l’essuiera sur mon front

Comme du salpêtre

Tant que mes yeux suivront une lueur

Tant que mes pieds meurtris ne porteront

Jusqu’à la fenêtre

 

Quand ma nuit serait un long cauchemar

L’angoisse du jour sans rémission

Même une seconde

Avec la douleur pour seul étendard

Sans rien espérer les désertions

Ni la fin du monde

 

Quand je ne pourrais veiller ni dormir

Ni battre les murs quand je ne pourrais

Plus être moi-même

Penser ni rêver ni me souvenir

Ni départager la peur du regret

Les mots du blasphème

 

Ni battre les murs ni rompre ma tête

Ni briser mes bras ni crever les cieux

Que cela finisse

Que l’homme triomphe enfin de la bête

Que l’âme à jamais survivre à ses yeux

Et le cri jaillisse

 

Je resterai le sujet du bonheur

Se consumer pour la flamme au brasier

C’est l’apothéose

Je resterai fidèle à mon seigneur

La rose naît du mal qu’a le rosier

Mais elle est la rose

 

Déchirez ma chair partagez mon corps

Qu’y verrez-vous sinon le paradis

Elsa ma lumière

Vous l’y trouverez comme un chant d’aurore

Comme un jeune monde encore au lundi

Sa douceur première

 

Fouillez fouillez bien le fond des blessures

Disséquez les nerfs et craquez les os

Comme des noix tendres

Une seule chose une seule chose est sûre

Comme l’eau profonde au pied des roseaux

Le feu sous la cendre

 

Vous y trouverez le bonheur du jour

Le parfum nouveau des premiers lilas

La source et la rive

Vous y trouverez Elsa mon amour

Vous y trouverez son air et sont pas

Elsa mon eau vive

 

Vous retrouverez dans mon sang ses pleurs

Vous retrouverez dans mon chant sa voix

Ses yeux dans mes veines

Et tout l’avenir de l’homme et des fleurs

Toute la tendresse et toute la joie

Et toutes les peines

 

Tout ce qui confond d’un même soupir

Plaisir et douleur aux doigts des amants

Comme dans leur bouche

Et qui fait pareil au tourment le pire

C’est chose en eux cet étonnement

Quand l’autre vous touche

 

Égrenez le fruit la grenade mûre

Égrenez ce cœur à la fin calmé

De toute ses plaintes

Il n’en restera qu’un nom sur le mur

Et sous le portrait de la bien-aimée

Mes paroles peintes

peinture:          Patricia Watwood  –          le  rêve  de l’amant du poète

Le roman inachevé,

Poésie / Gallimard.


Luis Cernuda – La gloire du poète


photo:              Duane Michals

 

 

 

 

 

 

La gloire du poète

Invocations (1934-1935)

La gloire du poète

Démon, ô toi mon frère, mon semblable,
Je t’ai vu pâlir, suspendu comme la lune du matin,
Caché sous un nuage dans le ciel,
Parmi les horribles montagnes,
Une flamme en guise de fleur derrière ta petite oreille tentatrice,
Et tu blasphémais plein d’un ignorant bonheur,
Pareil à un enfant quand il entonne sa prière,
Et tu te moquais, cruel, en contemplant ma lassitude de la terre.

Mais ce n’est pas à toi,
Mon amour devenu éternité,
À rire de ce rêve, de cette impuissance, de cette chute,
Car nous sommes étincelles d’un même feu
Et un même souffle nous a lancés sur les ondes ténébreuses
D’une étrange création, où les hommes
Se consument comme l’allumette en gravissant les pénibles années de leur vie.

Ta chair comme la mienne
Désire après l’eau et le soleil le frôlement de l’ombre ;
Notre parole cherche
Le jeune homme semblable à la branche fleurie
Qui courbe la grâce de son arôme et de sa couleur dans l’air tiède de mai ;
Notre regard, la mer monotone et diverse,
Habitée par le cri des oiseaux tristes dans l’orage,
Notre main de beaux vers à livrer au mépris des hommes.

Les hommes, tu les connais, toi mon frère;
Vois-les comme ils redressent leur couronne invisible
Tandis qu’ils s’effacent dans l’ombre avec leurs femmes au bras,
Fardeau d’inconsciente suffisance,
Portant à distance respectueuse de leur poitrine,
Tels des prêtres catholiques la forme de leur triste dieu,
Les enfants engendrés en ces quelques minutes dérobées au sommeil,
Pour les vouer à la promiscuité dans les lourdes ténèbres conjugales
De leurs tanières, amoncelées les unes sur les autres.

Vois-les perdus dans la nature,
Comme ils dépérissent parmi les gracieux châtaigniers ou les platanes taciturnes,
Comme ils lèvent le menton avec mesquinerie,
En sentant une peur obscure leur mordre les talons ;
Vois-les comme ils désertent leur travail au septième jour autorisé,
Tandis que la caisse, le comptoir, la clinique, l’étude, le bureau officiel
Laissent passer l’air et sa rumeur silencieuse dans leur espace solitaire.

Écoute-les vomir d’interminables phrases
Aromatisées de facile violence,
Réclamant un abri pour l’enfant enchaîné sous le divin soleil,
Une boisson tiède, qui épargne de son velours
Le climat de leur gosier,
Que pourrait meurtrir le froid excessif de l’eau naturelle.

Écoute leurs préceptes de marbre
Sur l’utilité, la norme, le beau ;
Écoute-les dicter leur loi au monde, délimiter l’amour, fixer un canon à l’inexprimable
beauté,
Tout en charmant leurs sens de haut-parleurs délirants ;
Contemple leurs étranges cerveaux
Appliqués à dresser, fils après fils, un difficile château de sable
Qui d’un front livide et torve puisse nier la paix resplendissante des étoiles.

Tels sont, mon frère,
Les êtres auprès de qui je meurs solitaire,
Fantômes d’où surgira un jour
L’érudit solennel, oracle de ces mots, les miens, devant des élèves étrangers,
Gagnant ainsi la renommée,
Plus une petite maison de campagne dans les inquiétantes montagnes proches de la
capitale ;
Pendant que toi, caché sous la brume irisée,
Tu caresses les boucles de ta chevelure
Et contemples d’en haut, d’un air distrait,
ce monde sale où le poète étouffe.

Tu sais pourtant que ma voix est la tienne,
Que mon amour est le tien ;
Laisse, oh, laisse pour une longue nuit
Glisser ton corps chaud et obscur,
Léger comme un fouet,
Sous le mien, momie d’ennui enfouie dans une tombe anonyme,
Et que tes baisers, cette source intarissable,
Versent en moi la fièvre d’une passion à mort entre nous deux ;
Car je suis las du vain labeur des mots,
Comme l’enfant est las des doux petits cailloux
Qu’il jette dans le lac pour voir son calme frissonner
Et le reflet d’une grande aile mystérieuse.

Il est l’heure à présent, il est grand temps
Que tes mains cèdent à ma vie
L’amer poignard convoité du poète;
Que tu le plonges d’un seul coup précis
Dans cette poitrine sonore et vibrante, pareille à un luth,
Où la mort elle seule,
La mort elle seule,
Peut faire résonner la mélodie promise.

Luis Cernuda
(Traductions inédites de Jacques Ancet)

 

photo:            Matt Black          travailleurs immigrés     Fresno, California


Après moi, le sommeil ( RC )


-Après moi le sommeil                                       ( à partir  d’un tableau de Max Ernst, qui porte le même nom, et qui est le premier que j’ai connu, de cet artiste )

peinture:            Max Ernst;  » après moi le sommeil », Musée Nat d’Art moderne Paris

Après moi, le sommeil, s’étend
Lorsqu’un oiseau étend  ses ailes,
Je touche       le bord de l’étang
Comme si déjà atteint, … il gèle

Souffrir      d’arrachement
A partager les  rêves
Ni pourquoi, ni comment
Et en phrases brèves

Tu es dans un entre-deux,
Ne plus aimer  qu’en rêve,
Ce qui est assez peu,
Pendant que les pierres se soulèvent.

Il n’y a plus d’écho, plus de froid,
Juste un pont suspendu
Entre toi et moi,
La journée  s’est perdue.

La chevelure       d’un jour automnal,
Emprunte ses couleurs à ma palette,
Ne connaît plus la durée,    et s’étale
Comme  les restes  d’un été  en fête.

Après moi l’étendue cassée, de la ligne droite
Par dessus, la ligne          de ton épaule,
Après toi le déluge,          et ses mains  moites
Sous son poids, les branches  courbées des saules.

De ton souffle, ll n’y a plus d’horizon,
C’est        d’une  nuit avant le réveil,
La confusion des saisons,
Pendant           notre long sommeil

Où nous voyageons,      sans  savoir,
L’enchantement d’heures hivernales,
Quelque temps à l’abri des mémoires
Au fond de la nuit,           son cristal

RC  28 – septembre 2012


Beatrice Douvre – Jusqu’à l’immense Où vivre prend mesure


 

 

 

 

Habiter la halte brève
La rive avant la traversée
La distance fascinée qui saigne
Et la pierre verte à l’anse des ponts

Dans la nuit sans fin du splendide amour
Porter sur l’ombre et la détruire
Nos voix de lave soudain belliqueuses
L’amont tremblé de nos tenailles
Il y a loin au ruisseau
Un seuil gelé qui brille
Un nid de pierre sur les tables
Et le pain rouge du marteau
La terre
Après la terre honora nos fureurs
Ô ses éclats de lampes brèves

Midis
Martelés de nos hâtes
Tant d’éphémères mains, tant de vent
Ce soir
Tarde la magique lueur
Et ton nom est incertain
Parmi de pauvres roses
Ton nom défait les fleuves où la lumière nage
J’ai patienté pour accueillir
Longue ta voix le long des longues herbes
Mais tu es seul parmi la pierre des étoiles
Ta voix prolonge la source des vivants
J’attends pour te reprendre de n’être qu’un langage

L’aube étincelle dans l’herbe des vigueurs
Souffle mûr mêlé du sang des hommes
Tu marchais réinventant le pas du sol comme une soif
Dans le vent neuf
Je te regarde tu courais
Geste habité du voeu de naître
Auprès des croix
Qui font parfois les pierres profondes

Le visage traversé
Dans des jardins à jambes de verre, et de roses
Quand recommence la mer tendue
Des lampes, et le froid
Et que l’on tient, dans les mains, le dernier monde
Rêve, et à l’avant du rêve un corps l’éclaire
J’ai peur de ces troupeaux dans le progrès des lampes
Peur de la terre des pas
Près de la porte où penche
La nuit lourde de l’aile
Il y a ce péril
Des lampes dans la maison
Ce désir
Comme un taureau dans l’or
Un feu de bois de rose
Coupé par l’hiver

La voix changée m’emmenait dans ses tours
Je dérivais au son des campagnes
Dont l’été meurt
Marcher maintenait une lampe
Des lacets d’oiseaux noirs de songes
Cherchant farouchement le ciel
D’un bord à l’autre
Comme une voix changée qui chante
Qui refuse
Marcher maintenant m’éclairait

Des mains brunes ce soir ont recueilli
Longuement l’eau patiente du soir
Du vent passait
Dans le vent des doigts
Amers des fileuses
Et au-devant
Les troupeaux sont la pierre même
Etrangement
Debout dans la paille limpide
Venue
Des mains fidèles des fileuses
Aux fronts de vent.

Regarde-moi courir, m’éloigner dans l’apparence
Vers les rires bleus de l’air
Immense
La soif divisée
J’ai l’appétit fermé par le malheur
Comme ces bêtes au front silencieux
Ont mille morts mille hontes légères
Un vent du sol entier
Parcourt mes membres, leur perfection
De sable froid
Soulève encore une piste de pas
Et d’autres pas se perdent sur la mer
D’autres mains, doucement infinies
J’ai l’âge travesti des forêts, mais je danse.

La part du jour froissée d’oiseaux
Jusqu’aux fatigues
Nos pas
Relancés en lueurs
Déjà
L’air élargi
Là sous le volet lourd
Ô d’heures encore chaudes
Jusqu’à l’ouvert où vaincre
L’inanité
De nos demeures

Femmes pleines de nuit, aux voiles vierges et noirs, vous saignez dans les ports et vos barques sont sèches.
Le silex de vos mains taille des regards de diamant aux enfants qui vous pendent.
Il vous faudra perdre le vent de vos cheveux et revenir aux Villes. Mendiantes au ventre
lourd, vous dressez des drapeaux avec vos âcres jupes odorantes.
L’acier de vos paupières ressemble aux grands radeaux qu’on voit sur les tableaux de mer.
Rires, et l’évidence de vos pas nus sur le marbre des pelouses ; indifférentes aux grandes croix
qui trouent le ciel bas et mauve.
Je bénis vos épaules que creuse un sein maudit, et vos bras matinaux, blancs de draps,
comme un lait de montagne.

BEATRICE DOUVRE


Cribas – Brûlure indigeste


peinture : Antoni Tapiès – sans titre

Brûlure indigeste ou Impitoyable farniente

Cribas 2010Lien permanent

Il y a le temps qui s’arrête

La télévision

Les Monk et autres merveilles

Les histoires secrètes

Un peu de musique

Parfois un livre

Pas trop près des yeux.

Deux mois sans vivre à l’extérieur

Et mon fort intérieur

Agrandit ses remparts :

Ces petits riens nulle part

Avides de bonheur.

Il y a la mélancolie

Cette sournoise silencieuse

Se prêtant au jeu, rieuse,

De l’âme tout contre sa folie.

Il y a enfin la vie

L’invisible

Celle qui est toujours en fuite

Celle qui gicle.

Il y a le temps à terre

En noir

Et blanc vers les cieux

Entre les deux

Ça fait plutôt pissotières.

La fatigue use

Et la terre tourne

Encore et toujours autour des fusées

Séjourne le soleil sans ruse.

Il faut se battre

Comme la lumière au travers des volets,

En frappant fort

Sur son corps déjà violet.

Un peu de vin

De la musique

Beaucoup de musique

Autant de vin

Je bats l’enfer lorsqu’il est froid

Je prévoirai demain.

Cribas   Par Cribas le samedi 17 juillet 2010.2010


Béatrice Douvre – Habiter la halte brève , la rive avant la traversée


peinture: Arnold Bocklin, Odysseus & Calypso 1882

Habiter la halte brève
La rive avant la traversée
La distance fascinée qui saigne
Et la pierre verte à l’anse des ponts

Dans la nuit sans fin du splendide amour
Porter sur l’ombre et la détruire
Nos voix de lave soudain belliqueuses
L’amont tremblé de nos tenailles
Il y a loin au ruisseau
Un seuil gelé qui brille
Un nid de pierre sur les tables
Et le pain rouge du marteau
La terre
Après la terre honora nos fureurs
Ô ses éclats de lampes brèves

Midis
Martelés de nos hâtes
Tant d’éphémères mains, tant de vent
Ce soir
Tarde la magique lueur
Et ton nom est incertain
Parmi de pauvres roses
Ton nom défait les fleuves où la lumière nage
J’ai patienté pour accueillir
Longue ta voix le long des longues herbes
Mais tu es seul parmi la pierre des étoiles
Ta voix prolonge la source des vivants
J’attends pour te reprendre de n’être qu’un langage

L’aube étincelle dans l’herbe des vigueurs
Souffle mûr mêlé du sang des hommes
Tu marchais réinventant le pas du sol comme une soif
Dans le vent neuf
Je te regarde tu courais
Geste habité du voeu de naître
Auprès des croix
Qui font parfois les pierres profondes

Le visage traversé
Dans des jardins à jambes de verre, et de roses
Quand recommence la mer tendue
Des lampes, et le froid
Et que l’on tient, dans les mains, le dernier monde
Rêve, et à l’avant du rêve un corps l’éclaire
J’ai peur de ces troupeaux dans le progrès des lampes
Peur de la terre des pas
Près de la porte où penche
La nuit lourde de l’aile
Il y a ce péril
Des lampes dans la maison
Ce désir
Comme un taureau dans l’or
Un feu de bois de rose
Coupé par l’hiver

La voix changée m’emmenait dans ses tours
Je dérivais au son des campagnes
Dont l’été meurt
Marcher maintenait une lampe
Des lacets d’oiseaux noirs de songes
Cherchant farouchement le ciel
D’un bord à l’autre
Comme une voix changée qui chante
Qui refuse
Marcher maintenant m’éclairait

Des mains brunes ce soir ont recueilli
Longuement l’eau patiente du soir
Du vent passait
Dans le vent des doigts
Amers des fileuses
Et au-devant
Les troupeaux sont la pierre même
Etrangement
Debout dans la paille limpide
Venue
Des mains fidèles des fileuses
Aux fronts de vent.

Regarde-moi courir, m’éloigner dans l’apparence
Vers les rires bleus de l’air
Immense
La soif divisée
J’ai l’appétit fermé par le malheur
Comme ces bêtes au front silencieux
Ont mille morts mille hontes légères
Un vent du sol entier
Parcourt mes membres, leur perfection
De sable froid
Soulève encore une piste de pas
Et d’autres pas se perdent sur la mer
D’autres mains, doucement infinies
J’ai l’âge travesti des forêts, mais je danse.

La part du jour froissée d’oiseaux
Jusqu’aux fatigues
Nos pas
Relancés en lueurs
Déjà
L’air élargi
Là sous le volet lourd
Ô d’heures encore chaudes
Jusqu’à l’ouvert où vaincre
L’inanité
De nos demeures

Femmes pleines de nuit, aux voiles vierges et noirs, vous saignez dans les ports et vos
barques sont sèches.
Le silex de vos mains taille des regards de diamant aux enfants qui vous pendent.
Il vous faudra perdre le vent de vos cheveux et revenir aux Villes. Mendiantes au ventre
lourd, vous dressez des drapeaux avec vos âcres jupes odorantes.
L’acier de vos paupières ressemble aux grands radeaux qu’on voit sur les tableaux de mer.
Rires, et l’évidence de vos pas nus sur le marbre des pelouses ; indifférentes aux grandes croix
qui trouent le ciel bas et mauve.
Je bénis vos épaules que creuse un sein maudit, et vos bras matinaux, blancs de draps,
comme un lait de montagne.

BEATRICE DOUVRE


Isabelle Garron – j’écrirai la crainte d’un retour du froid


peinture:     Markus Lüperz            Taunus 200 – 1965

lire noté à maintes reprises
je ne raconterai point
j’écrirai

sous une nuit l’attente fêlée
d’une voix dans la ruelle
en contrebas

les nuages dans la vallée
la crainte aussi d’un
retour du froid

[…]

Isabelle Garron, Corps fut, Flammarion, 2011,


Patricia Grange – Ennui en estampe chinoise


peinture chinoise            atelier churchill

Ennui en estampe chinoise

C’est une goutte
De peinture grise
Qui coule le long
D’une feuille de vie
Au bord du même
Pinceau
Sans jamais
S’arrêter
Sans rien dessiner.
C’est une larme
De froid
Qui roule
Eternellement.
C’est un vide
Palpable.
C’est le café noir
De l’obscurité
Que l’on coupe
Au couteau.
C’est l’absence
De couleurs
D’odeurs
De sons
Où tous les sens
S’éteignent
Comme des étoiles
Jetées dans l’eau
Avec un frisson de râle.

(Patricia Grange)

– Patricia Grange est à l’origine  de son site poétique   » les jardins de Mariposa »


André Velter – Marche d’approche


 

Isenfluh

 

 

 

Marche d’approche.

Bien sur j’irai seul
Affamé volontaire
J’irai pour te plaire
Serré dans ton linceul

Le sommet t’appartient
Au-dessus des alpages
J’atteindrai le nuage
Qui ne recouvre rien

Il n’y aura plus d’ombre sur la terre
le soleil sera peut-être entre mes mains
Ravivé
Avec moins de violence
Souverain
Sans impatience

Par l’altitude reconquis
par la solitude rappelé au désir
Comme le silence à perte de vue dans le bleu dans le blanc..

je lutte à armes inégales
Si peu familier des harnais et des clous
Des bivouacs en pleine paroi
Des réflexes d’insomniaque contre froid

la nuit l’horizon reste en coulisse
le ciel n’est pas le manteau espéré
Je joue à contre-emploi
Une pièce qui s’écrit avec les pieds
Mais sans renoncer à porter les mystères
Sans abandonner le souffle à la pesanteur
Sans craindre de déboucher hors d’atteinte
Un pas plus haut

Un pas toujours plus haut
Dans cette approche impossible
Qui passe de l’effroi à l’extase
Comme d’un réel à l’autre
D’un univers à l’autre
Et pour le même amour..

André Velter. « Une autre altitude »

extrait.. » l’ascension du Mont A n a l o g u e »


Claude Albarede – Sonnet du mal-être


le forum des  « révélations poétiques   »  de chez Amicalien,  nous permet  de faire  de belles  découvertes, par  exemple  Claude Albarede,  dont je  cite un de ses écrits

 

art: installation- hologramme de James Turrell

 

 

Le feu me gèle et le froid me calcine,
Le jour m’aveugle et la nuit m’éblouit,
J’erre dans l’air et je m’évanouis,
Dans l’eau j’aspire à l’air que j’imagine.

L’esprit me prend quand mon corps s’étudie,
Le corps m’absorbe au moment où j’exprime
Une pensée qui soit de sève ourdie,
Comme en ma chair l’esprit plonge et s’anime.

L’amour m’octroie ce qui me l’interdit,
Quand devant moi la nudité m’invite
A m’assouvir de l’absent qu’elle agite.

La mort appelle à son coucher maudit
Ma destinée, qui d’elle agrée la rime,
Puisqu’elle naît de nos liens intimes.

Claude Albarede
***

 


Paul Eluard – Tu es venue


peinture: P Bonnard: - après le bain

 

 

 

TU ES VENUE

Tu es venue le feu s’est alors ranimé
L’ombre a cédé le froid d’en bas s’est étoile
Et la terre s’est recouverte
De ta chair claire et je me suis senti léger
Tu es venue la solitude était vaincue
J’avais un guide sur la terre je savais
Me diriger je me savais démesuré
J’avançais je gagnais de l’espace et du temps
J’allais vers toi j’allais sans fin vers la lumière
Là vie avait un corps l’espoir tendait sa voile
Le sommeil ruisselait de rêves et la nuit
Promettait à l’aurore des regards confiants
Les rayons de tes bras entrouvraient le brouillard
Ta bouche était mouillée des premières rosées
Le repos ébloui remplaçait la fatigue
Et j’adorais l’amour comme à mes premiers jours.

Paul Eluard
La mort, l’amour, la vie
(1951)

 


Jean-Claude Pirotte – on ignore quoi quelle attente


peinture: Soutine: route peu rassurante

 

 

on n’a jamais le temps l’hiver décoiffe ses villes au marché les petites pommes sont vieilles

il faudrait raconter à l’ami qui est loin que ce n’est pas le froid qui nous épuise

ni le poids des nuées la pauvreté soumise mais on ignore quoi quelle attente ou quel signe

entre les bouleaux nus dans le bois délabré ou dans les yeux des chiens quand ils vont au hasard


Lutin – Froid bleu – (cold blue)


photo: Steven Dempsey: voir notamment ses photos de " landscapes"

A travers tous les  écrits intéressants  que  nous proposent  les  créateurs  bloggeurs, il est  sûr  que  je n’ai pas  l’occasion de  « suivre  tout le monde »,

et , naviguer  un peu  au hasard, notamment par  rapport à ceux  qui laissent  des commentaires,  permet de les  revisiter…  et donc  d’apprécier  la richesse  de leur  écriture…

C’est le cas  de lutin, dans ses  « secrets  de lutin »

et d’un des articles  de février  dernier: Froid bleu, qu’elle  m’a permis de retranscrire ici..

—-

Repli foetal

alors que la clef est tombée dans l’eau

ce n’était pas une maladresse

cet instant là

lorsque tu as crocheté ton coeur à l’arbre

.

Ce n’était que lassitude

l’envie de partir

courbé dans l’hiver

Et ta main a chassé les étoiles

comme l’on repousse le vent de sable

la clef s’en est allée tout au fond de ta mémoire

éteignant la lumière

 

lutin – 03 – 02 – 2012

 

Fetal downturn ,

while the key  dropped into water

it was not a fumble

this time there

when you have hooked your heart to the tree

.

It was only weariness

the desire to leave

curved in the winter

And your hand  chased the stars

as it pushes the sandstorm

In the bottom of  your memory,   deep, has gone  the key

turning off the light


Anne Coray – au pied de la dame endormie


photo Galen Rowell

Anne  Coray, est une  auteur américaine ( de l’Alaska),  publiée par la levure littéraire… je me suis essayé  à la traduction d’un de ses textes.

 

—-

 

Beneath Sleeping Lady (Mount Susitna)

 

Night rests on this mountain

like a great thigh.

You have said a woman’s breast is a moon

and her mouth a sweet river.

I am, as usual, cold.

My hands seek an accustomed warmth

inside your jacket.

Again we’ve stood our glass up to the stars

and named the constellations.

Sometimes I wonder how we go on

loving the familiar and the magnified.

 

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Au pied de la dame endormie : (Mont Susitna)
La nuit repose sur cette montagne
comme une grande cuisse.
Vous avez dit du sein d’une femme qu’elle est une lune
et son embouchure d’un fleuve doux.
J’ai froid, comme d’habitude

Mes mains cherchent une chaleur habituelle
A l’intérieur de votre veste.
De nouveau, nous avons tenu  notre verre dressé vers les étoiles
et avons énuméré les constellations.
Parfois je me demande comment nous allons continuer
à aimer le familier et le magnifié.


Philippe Vallet – sous la main mon souvenir


art: E Vuillard Avenue 1899

 

 

Philippe Vallet  est l’auteur de nombreux   haikai, dont  certains  sont visibles  sur cette page,  voici  l’un d’eux

 

 

sous la main mon souvenir
d’un chemin presque rectiligne
j’ai froid aux pieds

 


les  » Icare  » d’Alice ( de rêves d’écriture)


Alice dans son blog http://revesetecrituresdalice.over-blog.com/

nous offre ses variations sur le mythe d’Icare...

La chute d’Icare

A l’approche du soleil rougeoyant

Les battements désordonnés de tes ailes

Apportent le froid dans ton cœur, du vide annoncé

Proche des flots noirs

Se désarticule ton corps vulnérable

Tes bras se tendent vers l’éternité.

 

Alice

———

 

 

Vendredi 19 février 2010

L’envol d’Icare

La Terre quittée, à l’ombre des bras-ailés

Se tend ton corps fragile vers le ciel azuré

Loin du flamboiement mortel

Une douce chaleur attise ta quête de liberté

Les lents battements d’ailes grisent

Ce voyage vers l’éther

homme ailé,  d'après un dessin d'Odilon Redon,  vu à la grande  expo Redon été  2011  Montpellier, Musée abre..  technique utilisée   encre

Alice

 

 

voir aussi l’article précédent ( sur Apollon et sa concurrence à Icare)…

 

Pour Juliette En Résonnance : L’envol d’Icare

 


Ismail Kadaré – Monologue du Solitaire


Ismail Kadaré   est plus  connu pour ses romans ( le Grand Hiver, Avril Brisé….)… que pour son oeuvre poétique…

voila une se ses créations…

 

———–

 

Je m’élève et m’éloigne mais n’en éprouve aucune

jouissance.

Me voici seul et j’ai encore plus froid.

Je m’en doutais, mais ma fatale impatience

Me pressait vers ce ciel ingrat

Comme ramassés à la morgue, des bras de femmes sans vie

Me dispensent une joie tout aussi glacée.

Je me sens en hiver, même si nous sommes déjà en avril.

J’ai froid,

Oh, j’ai froid

 

 

photo : -- Sheila Metzner