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Rat de bibliothèque – ( RC )


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image  extrait de « Maus »

 

Comment souris-tu,
… – Ignorant
De toutes tes dents ?

En mangeant tout cru
Les encyclopédies :

et tout le travail de l’imprimeur
dont se repaissent les rongeurs
les entrailles alourdies …

Serais-tu, rat de bibliothèque
féru de l’écriture
au point d’en faire nourriture

comme tu le ferais avec
n’importe quelle page

déchiquetant les mots,
comme de l’âme, les maux,
– Il te serait offert comme un fromage :

C’est un repas parfait
à l’abri des reliures :

Çà c’est de la culture :
Cela vaut bien un autodafé !

RC – avr 2016

en écho à Norge:
http://nuageneuf.over-blog.com/article-norge-chere-souris-63855758.html


Yannis Ritsos – Sortie de prison ?


Rainbow Fairies, from Monique's Kindergarten, 1996

photo: Michael Kenna

 

Sortie de prison ?

Tout entier livré, abandonné à la plénitude du vide indifférent,
il dépouille ses ailes |
( celles qui l’ont porté jadis au zénith) il les plume une à une
Comme s’il effeuillait une grande marguerite étrangère
devant les petits marchands de chaussons au fromage
aux chaises crasseuses
et les papiers huileux tombent en même temps que les plumes sur la chaussée,
et ils s’emmêlent parfois dans les roues d’un vélo.
Le gardien m’a ouvert la porte. Je suis sorti,
Dans la cour, une cruche, un cerceau, un oiseau.

Karlovassi, 9. VII 87


Scène en Cène – ( RC )


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assemblage-installation  sculpture:             Marisol Escobar

 

Que l’on passe de vie à trépas
Il vaut mieux,       pour ces saints,
Avoir le ventre plein,
–      ( C’est un grand repas,

Qui se prépare       )
– Treize à la douzaine,
Pour une grande Cène,
Et tous ces fêtards

Avec ces préparatifs,
On voit au centre,       le Christ,
Il ne semble pas triste
..              On va servir l’apéritif

On a changé de l’eau en vin,
Et           multiplié les petits pains
Regardez dans les assiettes,
Il n’y a pas une miette.

Le vin reste  bien pâle,
Mais peut conduire à l’ivresse,
— pour l’instant,  rien ne presse,
Et                       les verres sont sales.

Que ça s’appelle la Cène ,
N’est pas anecdotique,
Même dans le monde antique,
— pas besoin de remonter au pliocène…

Il y a                   douze convives,
On n’entend pas la discussion,
De ces gestes pleins de Passion,
Et de paroles vives.

Avé  l »acceing  méditerranéen
Le verbe haut et fort,
On ne sait plus qui a tort
On cause beaucoup avec les mains…

A l’époque, y avait pas la photographie,
Et tous ces invités,
Ont été fixés pour l’Eternité,
Par  Leonard de Vinci.

Que le peintre capte en l’instant
—    C’est une cacophonie,
On en perd l’appétit,
Si tout le monde parle en même temps !

Il y avait donc   – un autre témoin,
Caché dans un coin,
Griffonnant sur un papier
Assistant à ce repas, le dernier.

Une  sorte de reporter,
Diffusant les nouvelles,
Auprès de l’Eternel,
Prié de rester jusqu’au dessert.

Pour l’instant ,        on en est à  l’entrée,
Tout le monde s’agite,
En attendant la suite,
Jésus reste concentré.

Le motif de cette discussion
–                  On ne l’a jamais dit,
C’est le repas du vendredi,
Il y aura du poisson

( Comme c’est la tradition )
>            On remarque Judas,
Qui ronchonne tout bas
– Il parle de trahison.

Lui préférerait un plat,
Bien consistant
Comme celui du restaurant
Pas loin du Golgotha.

C’est un signe du destin,
Un steack bien saignant,
Enfin, quelque chose à se mettre sous la dent
Accompagné d’un verre de vin,

Demande bien légitime,
Mais … ne faisant pas l’unanimité,
De cette petite société,
Paraissant soumise au même régime.

Il y avait bien St Pierre (celui avec les clefs)
Qui porte justement un nom de poisson
Il voulait celui-ci              avec du citron
–            ( il fut prié de la boucler).

 » Et puis quoi encore ? Par le plus grand des hasards
C’est encore moi qui commande
Tous ces filets de limande …
Vous faut-il aussi du caviar ? « 

La décision est prise
 » -Pour ce repas de fête,
Si quelques uns s’entêtent,
Finies les gourmandises…« 

Comme on n’est pas loin de Pâques,
Il a fallu trancher dans le vif,
–              …En restant positif,
Jésus a sorti de son sac,

Tout un paquet d’hosties,
Qu’il distribue à la ronde,
 »      Ce sera pour tout le monde !   « 
–         Voila qui vous garantit.

–          Au delà des outrages,
–          De marcher plus droit,
–          Malgré le chemin de croix …
– Mais ….     vous s’rez privés d’fromage… !

 » Finissez votre potage
Dit-il   d’une voix sonore
…..       Ceci est mon corps   !!  ,
Vous serez un peu anthropophages… « 

—( faut toujours     réfléchir à son avenir,
Mais quand même ,        … les gastronomes,
Se méfièrent de notre homme…
Et refusèrent d’obéir. )

C’était quand même un investissement,
Qui ne fit pas sourire,
Les marchands de poële à frire,
Alors évidemment

C’était à prévoir,       ça sentait l’roussi,
Voilà pourquoi  on a vendu l’Messie,
Pour  des histoires     de bonne chère
A une société étrangère…

D’armateurs      ,     de bateaux pirates,
Spécialisée      dans le transport d’épices
>    Un tableau représente Dieu et son fils,
Trinquant avec Ponce Pilate…

L’histoire présente              bien des versions
On peut toujours           graver dans la pierre,
Des évènements  d’hier…
N’ayant rien à voir entre eux (selon les opinions)

Chacun peut ainsi, tout autant
Partager un délire         peu crédible,
Ou ajouter un chapitre à la Bible,
Les témoins d’alors s’étant effacés dans le temps.


RC – février 2014

( texte  auquel on pourrait ajouter  les trois strophes suivantes, pour poursuivre  dans la même voie… )

( Ponce Pilate…)-  celui-ci  – s’en étant lavé les mains,

Avec l’avantage d’éviter l’opprobe,
Et celui de la profusion de microbes,
C’est donc beaucoup plus sain…

—-

Tenez, par exemple, la crucifixion…
On aurait mis quelqu’un d’autre à la place,
Pour satisfaire la populace…
Il n’est pas certain , que ce soit  pure fiction…

Voilà, avec d’autres paroles, un dire contestataire
On comprendrait mieux ainsi, la résurrection
Après la descente de croix, créant stupéfaction,
Le crucifié, évidemment volontaire (ne pouvant que se taire)

voir aussi, au niveau image,  les  versions  irrévérencieuses  , de la Cène,

le célèbre tableau de Vinci

 


Pénélope – Grand-mère et les carrés Gervais


Jeu de l’oie en carrés…

Un très « savoureux » récit, extrait d’un blog qui n’existe plus,  et ce texte  que j’avais  déjà remarqué dans le passé…

 

le titre exact était si je me souviens…

 » le jour  où grand-mère a voulu éradiquer de la terre, les  carrés Gervais   »

Un matin, ma grand-mère, briquée comme un sou neuf, fagotée comme une princesse, me laissa une instruction bien curieuse. C’était un joli matin de printemps qui fleurait bon le lilas et le muguet. On entendait les oiseaux babiller dans les arbres du domaine. Mais je ne pourrai pas profiter de cette belle journée. Il me fallait reprendre la camionnette et acheter tous les carrés frais Gervais dans un rayon de cinquante kilomètres. Elle avait décidé d’entreprendre une nouvelle expérimentation.

Ma grand-mère est férue d’études sur la nourriture et sa capacité à résister au stress. Elle prône une théorie très curieuse… Elle croit qu’une nourriture malmenée fabrique un jus proche d’un nectar divin. C’est pourquoi elle se lance toujours dans des aventures saugrenues. Mais elle a un autre dada. Si un aliment quelconque ne lui convient pas, qu’il résiste et qu’il ne se laisse pas traire, alors, impitoyable, elle en décide la disparition, l’éradication. Elle se perçoit comme la grande prêtresse du « manger divin ». Depuis qu’elle s’est découvert cette vocation, elle est très occupée, mais n’a mené à bien aucune de ses tentatives.

Donc, ce matin-là, me voici à errer, de grande surface en épicerie, pour acheter tous les carrés frais Gervais qui se trouvaient en rayon. Des petits par huit ou des gros par deux. À mesure que j’accomplissais mon périple, je me demandais si cette nouvelle lubie n’était pas destinée à me punir moi, sa petite-fille sacrifiée, la seule à devoir vivre l’enfer et à lui servir de grouillotte. Mes sœurs et mes cousines avaient fait leur vie, et j’étais destinée à servir de béquille à la vieille. C’est, en dehors de l’épilation, une autre des coutumes familiales. Famille de fille et dernière fille offerte à l’ancêtre.

J’adore les carrés frais Gervais. C’est ma madeleine de Proust à moi. J’ai été élevée aux carrés frais Gervais. J’ai bien tenté de me reconvertir au Saint-Moret, trop gras, ou au Kiri, trop compact, mais je n’ai pas réussi. Rien ne vaut la texture à fois mousseuse et crémeuse de ce délicieux petit fromage. Le goût, légèrement salé, laisse en bouche une rémanence unique. Ceux qui partagent cette passion avec moi savent de quoi je cause… J’ai aussi essayé les vache-qui-rit, les crèmes de Roquefort, et tous les fromages à tartiner. Rien ne remplacera le carré frais Gervais dans mon échelle de valeur gastronomique. Ça non !

Quand j’eus fini ma tournée de ramassage, plusieurs tonnes de ce produit s’entassaient dans la chambre froide du laboratoire de ma grand-mère. Je crois l’avoir déjà dit dans une histoire précédente, ma grand-mère a un laboratoire digne d’un savant fou.

Moi, j’étais assise devant les portes du gigantesque frigo et je me tâtais. Est-ce que j’en chouravais un ou deux, mais si la vieille l’apprenait, j’étais bonne pour la gégène, la bastonnade ou le supplice de l’eau. Et si je ne mangeais pas tout de suite de cette friandise, j’éprouverai une frustration insurmontable. Dilemme digne d’une tirade du Cid. Ou de Hamlet. Être ou ne pas être tentée par un carré frais Gervais…

Je décidais, finalement, d’une solution mitigée, qui serait lourde de conséquences… À ce moment de l’histoire, je ne le savais pas. J’allais faire une petite visite de courtoisie aux carrés, et leur causer de ce qui pourrait les sauver des griffes de mon aïeule.

Je leur ai parlé de ma grand-mère. De sa terrible enfance, sacrifiée elle-même à son ascendante farfelue. De son appétence pour la maltraitance alimentaire. De la fois où elle avait perdu sa dernière dent. De ses tentatives multiples d’élevage et de pâturage. Je les ai entretenus longtemps, sérieusement. Et je n’ai pas craqué. Je n’ai pas mangé un seul d’entre eux. Je me sentais fière et forte, en sortant du frigo.

C’est quand la vieille est rentrée que tout s’est gâté. Elle avait son air bravache des jours d’émeute. Elle avait sans doute un peu picolé. Et je dus lui servir, comme chaque soir, son apéro bien tassé, accompagné de petites saucisses pimentées, juste chaudes. D’ailleurs, l’apparition d’un four à micro-ondes m’a changé la vie, pour les petites saucisses. Jusque-là, les ébouillanter me posait un sacré problème… Entre leurs cris de douleurs quand je les jetais dans l’eau et le fait que je n’arrivais jamais à les maintenir à la bonne température, je me suis arraché les cheveux durant de longues années.

Mais je m’égare. Je parlais de ma grand-mère et des carrés. La rosse se précipita vers sa chambre froide afin de commencer ses expérimentations. Déjà, elle avait installé sa potence à aliments, sa guillotine à boudins, ses bacs d’acides, et tout son matériel de torture de bouffe. Sauf que, à cause de ma longue tirade éducative de l’après-midi, les carrés s’étaient organisés. Quand elle ouvrit la porte, ils étaient plus nus qu’à leur naissance. Ils étaient disposés en tortue, leurs emballages d’aluminium roulés en guise d’épées et de boucliers. Et dès qu’elle passa le nez, qu’elle a long et pointu, à l’entrée de la chambre froide, les carrés se mirent en branle, l’attaquant de toute part. Qui plantait son arme dans son gras de cheville, qui visait l’œil. Elle hurla de rage, et se mit à piétiner les mutins prise d’une frénésie démente. Quelques centaines de carrés se sacrifiaient, admirablement, pour sauver leurs congénères. En première ligne, ce fut surtout les gros modèles qui laissèrent leur vie de fromage dans la bataille. Ils avaient cependant un atout que ma grand-mère n’avait pas mesuré : leurs gras. Le sol étant tapissé de carrés écrasés, elle glissa, fit un roulé boulé spectaculaire, et s’étala de tout son long sur le corps des massacrés, devenus crème battue. Ceux qui étaient encore valides se sauvèrent, cherchant l’air et la campagne. Dans une fulgurance, je me fis la réflexion que j’en aurai pour des semaines à tout nettoyer et que les musaraignes auraient de quoi bâfrer un bon bout de temps.

Quand ma grand-mère se releva enfin, elle partit, furieuse, prendre une douche et jeter sa tenue de princesse souillée par les fromages révoltés. Vint le moment de l’explication. Je n’arrive pas à mentir à ma grand-mère… Je lui racontai donc ma journée, y compris ma conférence dans le frigo. Ça ne lui a vraiment pas plu. Ma punition fut l’une des plus terribles des traditions familiales : elle m’a épilé les mollets à la pince à cornichon. J’ai beaucoup pleuré.

Ah ! Je m’en souviendrais du jour où ma grand-mère a voulu débarrasser la terre des carrés frais Gervais !