voir l'art autrement – en relation avec les textes

Articles tagués “funèbre

Je n’ai jamais su la couleur des étoiles – ( RC )


Afficher l'image d'origine

peinture: Pisanello

 

On peut lire, – paraît-il –  , son destin,
inscrit dans la conjonction des astres.
Des figures s’y croisent, s’interpénètrent ,
se déforment, puis se détachent
lentement les unes des autres.

On prétend que chacun a son étoile,
mais où la situer dans toute cette galaxie?
Elle nous mènerait, le temps qu’elle nous suive,
par une sorte de fil invisible .
Seulement voila…
il est connu que les astres palpitent à distance,
rayonnent, s’attirent, se repoussent,
et adoptent quelquefois de folles trajectoires.

Leur trace peut se voir,
sur les fresques des églises,
Des représentants
de leur commerce apparaissent…
sous la figure des anges  :
Ils sont un peu plus proches,
( quoique leur figure poupine reste énigmatique ).

Ils ont entre leurs mains les fils du destin.
Ceux-ci,         bien qu’échappant au regard,
arrivent à s’emmêler avec ceux des autres,
et tressent quelquefois une étoffe commune,
en quelques mois         ou quelques semaines,
dont hélas , on ne peut se vêtir,
ni dissimuler ses blessures .

D’autre part, personne ne sait
de quoi sont faites les robes des anges.
Il y a ceux qui embrassent la lumière ,
qui la créent , d’une certaine façon.
Et d’autres qui la consomment,
jusqu’à ce qu’elle se vide de sa substance.

Il arrive que l’étoile clignote, puis s’éteigne,
comme une vulgaire ampoule .
C’est juste que le courant ne passe plus,
ou que le fil est brisé.
Comment savoir ?

On joue alors une musique funèbre,
et sur les murs, la figure de l’ange disparaît,
progressivement de moins en moins nette,
jusqu’à ce que les traits s’effacent définitivement.
L’étoile qui nous était destinée au plafond du ciel,
quitte aussi la scène , mais ,
on n’est plus là pour s’en aperçevoir.

RC – fev 2016


Ziney – destruction


peinture: Jean-Noël Bachès

peinture: Jean-Noël Bachès

 

Dans  les textes  de Ziney,  visibles  ici,

 

j’ai  sélectionné

 

« destruction »,  pour  en proposer une  traduction perso…

 

destruction

le plus pur albâtre, un bâton de cire
assis dans une flaque d’une piquante
odeur nauséabonde qui retournerait votre estomac
ou vous faire remplir les fenêtres peintes de plomb
et les fissures du mur sec
qui se consume de plus en plus bas
et l’espace saigne de façon de plus en plus brillante
jusqu’à ce que les murs soient déchirés par un blanc angélique
et la charpente résonne comme un coup de feu
et le chant funèbre commence
et la chanson de lamentations de l’orgue
détruit le lieu où tout réside .

Destruction
the purest alabaster stick of wax
sitting in a puddle of pungency
a sickening smell that would turn your stomach
or get you high
fills the lead painted windows and cracking dry wall
as it burns lower and lower
and the room bleeds brighter and brighter
till the walls are ripped by angelic white
and the timbers sound like a gunshot
and the funeral dirge begins
and the wailing organ song destroys the place
where everything resides


Nicolas Sarafian – foule et solitude


 

Erevan et mont Ararat  :  provenance

 

Nicolas  ou Nigoghos   Sarafian est un auteur  arménien,

qui s’est exprimé  sur le génocide perpétré en son pays,  et dont  on peut  retrouver  des extraits  sur cette page  pdf

 

http://bibliotheque.agbueurope.org/wp-content/blogs.dir/19/files//2007/10/expo_armenie_extraits_litteraires.pdf

 

ainsi  que  dans le blog  de poésie  arménienne   (  quelques  textes  sont  traduits  en français)

« J’aimais la foule, quelquefois. Dans la grande ville, de rue en rue, les soirs, je me livrais au courant du fluide électrique émanant de milliers de corps. Je m’enivrais au bruit marin des innombrables pas. Mais peu à peu, au fil des ans, cette foule m’a jeté dans la solitude. J’ai reconnu la différence entre eux et moi. Et j’étais seul dans ma différence. Et une nuit, sur un trottoir visqueux de

pluie, dans les lumières diverses qui étincelaient au fond du miroir noir, je me suis soudain senti
au-dessus du vide. L’étranger.Mais également un mal plus cruel encore. La terre était seule, errante dans l’espace. Seuls et errants étaient les êtres. Et en même temps l’individu était absent.

Je songeais que l’homme avait été ainsi depuis l’époque préhistorique. Il marchait, parlait, mangeait,

copulait,riait, pleurait, se sacrifiait, poursuivant toujours un mirage, attendant toujours un avenir
qui ne vient pas. Le trottoir bouillonnait sous mes pieds, des pourritures de milliers d’années. Et
moi, seul et errant, je me demandais ce qui se préparait.
Un chrême* ou une mixture infernale ? Le

trottoir mouillé du sang d’innombrables vers écrasés. Et les lumières blanches et rouges, vertes et
jaunes des boutiques de luxe qui éclairaient les teignes de la pluie par milliards et qui donnaient
aux passants un masque funèbre comme s’ils fussent tous des morts, se reflétaient dans le trottoir
mouillé, remuaient là quelques générations de méduses et de vipères visqueuses et grouillantes.

J’avais vu la civilisation, mon rêve d’adolescence…

Je l’avais vue et je m’y perdais… »