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Un jour sans mots – (Susanne Derève)


Blossom of Water Hyacinth 2, late 1920's

              Imogen Cunningham – Jacinthes d’eau

 

 

 

Je ferai d’aujourd’hui

un jour sans mots

un jour pour  rien

un jour d’oubli

 

Le gel a brodé de ses noires dentelles

mes roses de Noël 

mes roses vertes

mes roses sève

Elles    qui fleurissaient

mon cœur de vase bleue

empli  de tourbe et de fumée                                                     

 

J’ai refermé les mots de la souffrance

avec une clé de métal froissé

Il faut prendre garde à l’errance

 

J’ai tant rêvé     n’en reste

que le silence comme un vide

propice    rayon de miel

du miel des mots   ceux

dérobés à la conscience

 

Je n’irai pas les soustraire au matin                                            

au brouillard      à la nuit

je n’irai pas les puiser à  la mer                

 

la mer fait relâche aujourd’hui

c’est marée basse   l’estran dévoilé

comme on dévoile un cœur de tourbe

et de fumée      sans pudeur

 

et le chanfrein de l’heure bleue

où la lumière bascule

celle où le jour recule

voix sans timbre  grain de vie

étouffé

 

chuchotements  le froid

devers la nuit soudain tombé

et sur mes hellébores

cette noire dentelle

ce mortel  baiser

 

 

 


A cet instant précis – ( RC )


Daniel Ridge Falls Frozen

Un peu de blanc, et du noir dedans,
et des lignes qui s’étirent :
des images , un instant
figées, et c’est une cascade
qui ne tombe plus,
saisie dans son élan par le gel .

Le regard saisit les formes,
où la lumière s’est posée :
il cherche dans les ombres ,
un peu de vie cachée ,
et déjà, arriver à deviner
la couleur des choses .

A cet instant précis.


RC – nov 2017


Hasards (Susanne Derève)


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     L’arbre rouge, 1909 (Piet Mondrian, 1872-1944)

 

Pourquoi  donc     ce bois mort
cet autre  a résisté au gel 
Pourquoi       ce ciel de fin d’après-midi
soleil après la pluie  la course
des nuages  leur froid baiser
de bruine  aux oiseaux de passage
Pourquoi     mes roses hachées de grêle
et les tiennes épargnées   était-ce
que ce vieux mur les tenait à l’abri
du vent    ou le fruit du hasard
celui qui m’avait fait t’aimer
un jour et en payer le prix
et puis ne plus t’aimer
un matin  on s’éveille transi
et l’amour n’est plus qu’un bois mort
entre des bras meurtris
un fruit tavelé   un remords
Il ne reste qu’à fuir     à temps
–   avant –   d’avoir gâché
ce qu’on a pu  sauver de la grêle
et du vent 
et ne rien emporter 

Résultat de recherche d'images pour "les arbresde mondrian"

  L’arbre gris, 1911 (Piet Mondrian, 1872-1944)

                                            
                                            …    qu’un regret du printemps 

 


Le temps est une île, le temple est sur l’île – ( RC )


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Le temps est un île
dérivant sur le lac .
Jamais elle ne heurte les bords .
Grenouilles et serpents
fréquentent eaux et roches
sous le regard étonné de l’enfant      solitaire,
recueilli par un moine.

Le temple est sur l’île .
         La barque est le lien nécessaire
qui le rattache au monde .
         On y pénètre par une porte fictive .
Derrière laquelle se jouent passion et cruauté ,
échappée trompeuse sur la liberté,
         une pierre attachée aux pieds .

Les choses se répètent
de générations en générations ;
                        les fantômes glissent
lentement dans un rideau de brume.
Ou bien apparaissent dans un trou d’eau
quand le gel pétrifie la surface
et les branches dégarnies des arbres .

Les saisons se succèdent,
comme il se doit.
Les rides se creusent sur les visages.
Le printemps revient :
         c’est un rite immuable
inscrit dans les choses,
et dans la pierre que l’on porte,   encore .


RC – juin 2017

( en rapport avec le film printemps été automne hiver … et printemps ) de Kim Ki-duk )


Bernat Manciet – Braises ma peau


DSC00252ps2-1.jpgXVI

Braises ma peau —mais une âme de gel

forte ma foi —-  je n’ai plus rien à croire
bon œil —             ma vue se refroidit
l’hiver me brûle et le printemps m’est fade

coffre solide —     mais ne soit plus de brise
de chêne cœur —       je suis las du certain
aimer me tient —    l’amour me reste tiède
prière suis —     mais demander me déplaît

Partir je veux —     mais je sais tous sentiers
j’ai soif de pluie —et toute pluie m’est cendres
faim de mouton —toute chair me répugne

le soir s’éteint —pouvoir n’être personne!
l’aube va naître —et je cherche l’obscur
la nuit rayonne et ta lumière est morte


Antonio Reis – Mes mains


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Il n’est pas
en mes mains
que désespoir.

Il n’est
pour mes mains
que travail
et sommeil

Il n’est que
gel
et brûlure

Il n’est
découragement
ni abondance

Il n’est qu’os
muscle
sang

Pores aussi
par où je transpire

Mais il n’est pas
de possession.

Antonio REIS revue« Action Poétique * (mars 1960) 11


Pentthi Holappa – parfum de fumée


peop care  04.jpg

montage perso –

 

 

Parole de ruine

 

Je veux venir près de toi.

Je ne trouve vrais ni la pierre, ni le monde ni les distances.

Le coup d’aile d’un oiseau dans le ciel de grand gel dure

aussi longtemps que la ville aux murs coulés de béton

Il m’a fallu me briser avant de perdre mes illusions.

Aujourd’hui,
je suis certain que tes cellules m’entendent
quand je parle la langue aux mille sens des ruines
en moi-même,
mais rien que pour toi en vérité.

 

Parfum de fumée (1987)


Pentti Holappa – depuis le rivage


 

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Depuis le rivage
Semant ses bienfaits un nuage vole puis un aigle,     messager.
Seules les îles gémissent vers le rivage à leur départ,
quand le vent sous le gel se fige, pleurant sur leur sort.
Et la mort du nuage et la fin de l’aigle
et le dernier cri sont une suffisante genèse.
Les lueurs de l’Est ne dorent pas les eaux du rivage,
et les lumières de l’Ouest
ne recouvrent pas l’homme qui regarde.
Seul jusqu’au destin du rivage résonne
le chant de ceux qui s’en vont :
Adieu, étranger aux visages enfouis.

( Le fils de la terre 1953)


Ange empêché – ( RC )


Image associée

peinture:  Odilon Redon ( l’ange déchu )                                    

 

L’ange  s’est , d’un coup de prière
Déplacé du vitrail,
Accompagnant de rayons,

Les âmes sombres,
Là où la lumière renonce,
A  aller plus loin….

Car la porte  du ciel était close,
Sur ce qui suinte,
Davantage  que les larmes,

– celle des cierges –
Vite figées comme ce qui transpire
Des  confessionnaux.

L’ange assistant aux offices,
Aux  cérémonies,et rites
N’émit pas  d’opinion,

Sur ce qui est factice
Dans la religion,
Et sa pratique hypocrite,

La crainte des démons,
La morale  et ses sermons,
Contrition et pénitence…

Malgré une infinie patience,
Finit par abdiquer,
Et,     de guerre lasse,


Voulut reprendre sa place,
En laissant à d’autres,
La lourde tâche

De laver les péchés
– et autres tâches-
méritant l’absolution,

celles dont les  prêtres s’acquittent,
avec l’habitude,
qui sied à leur profession.

Notre ange fut pourtant empêché,
De rejoindre dans l’air pur,
( peint  d’un traditionnel azur ),

Les autres figurant
Un saint Sacrement,
porté dans les airs,
dessiné sur le verre…

Le vitrail étant fêlé,
Peut-être par un jour de tempête ,
Ou bien une figure ailée,
L’ayant heurté de la tête

On avait remplacé,
Le morceau cassé …
La fenêtre maintenant fermée,

Avec du verre armé,( anti-reflets )
Ne permet plus de voir,
La couleur  de l’espoir,
Même à l’aide  d’un chapelet.

Ne pouvant  contempler le ciel,
L’ange ,           sur terre  enfermé,
Est maintenu prisonnier,

Comme lorsque  le gel
Empêche, de nuit comme de jour,
A la vie, de suivre  son cours…

Ainsi suspendue
A la morte saison,
Qu’elle  sangle  et ficelle ;

Ayant comme Icare, perdu ses ailes,
Et avec elles, la raison,
Il fut,          avec les  hommes,       confondu…

Peut-être est-il des nôtres :
–             On ne sait rien de lui …
Peut-être  hante-t-il
les lieux,   la nuit,

avec une  sébile
En appelant aux  apôtres
et autres  saints :

Ceux  qui sont  envoyés ici-bas
Dans le plus grand  anonymat,
et que rien ne distingue des humains :

C’est sans doute chez eux  qu’il faut chercher
( dans les  âmes  grises,
              plutôt que les  églises ).

On dit  que l’ange y est caché,
Ou bien, derrière les esprits, pacifiés..
Préférables  à ceux  qu’on a crucifiés  …


RC – juin 2015

photo ci-dessous  : Lady Schnaps

ange ds l'église


Guy Goffette – Dès l’aube tout est dit


image: variation informatique – perso – à partir du bas relief de Max Ernst ( St Martin d’Ardèche)

Dès l’aube tout est dit

les pas que nous ferons,

l’herbe en porte déjà

la trace, et nos paroles,

la brume en use le tranchant

sur le sein des collines,

l’échine bleue de la rivière

les tuiles cassées par le gel

et sur les trois notes inlassables

du merle dans le cerisier

qui s’émerge. Tout est dit,

mais le plus dur reste :

trouver la juste dédicace.

Mais que cherchais-tu donc qui ne fût pas

le vent debout, ni le ressac d’enfance

dans les soirs gris, ni le redoublement

du vertige d’aimer

une autre terre que celle-ci, un autre

ciel, un autre temps ? Que cherchais-tu

sur la route que tu n’aies pas trouvé déjà

dans l’herbe familière

et déjà reperdu, bague de rosée ou signe

qu’un homme allant à son pas t’a laissé

sur la vitre avant de disparaître,

ouvrant les arbres

un puits où la lumière se nourrit de tes yeux

-.


Claude Esteban- les ronces m’ont déchiré


 

 

peinture: Max Beckman

Les ronces m’ont déchiré, le gel
a crevassé mon âme

et j’ai dit que cette lande était maudite,
mauvaise et sans espoir

maintenant je sais
qu’il est un lieu où les contraires
se répondent

que le feu peut dormir dans une pierre ou
traverser le croc d’un serpent

mes amis, je vous avais
perdus comme tant d’autres choses
dans mon rêve

voilà que nous nous retrouvons, souriants
sur le seuil du monde, presque guéris.

Photo: Olivier Culmann récréation Colchani Bolivie 1994