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Au voyage de la pensée, la concordance des rêves ( RC )


peinture: Couvent st Marc  Florence   Fra Angelico

peinture:           Couvent st Marc Florence                  Fra Angelico

Au voyage de la pensée, la concordance des rêves,

C’est aller vers la surprise, dans un univers clos, entouré de murs,
Prenons une ville ordinaire… laquelle  ne recèle peut-être  à l’intérieur,  que  du fonctionnel et de l’ordinaire  –  ça  peut  suffire …

–  mais  quelquefois  des écrins tapissés de merveilles,
comme le couvent St Marc à Florence, où le frère-Ange a laissé des traces miraculeuses de sa foi…

C’est  comme un fond de roches  rugueuses,  et gris-vert, que rien ne distingue de l’autre à part des formes  approximatives, et un peu biscornues… qui révèlent  en leur  coeur,  une  bulle,  un vide tapissé de cristaux  d’améthystes,  un univers  « privé », dans lequel on ne peut pénétrer  que par  effraction…

Les géodes,dans leur concentration et finitude, échappent, si on les garde intactes, à notre regard, …  on peut même les repousser  du pied ou à coups de pelles-mécaniques, sans  se douter de leurs  parois  d’oublis…
Seul la cassure accidentelle ou volontaire, nous les  révèle…  et les rend objets  de convoitise, de la part des collectionneurs, ou des museums d’histoire naturelle…

J’en reviens aux voyages  de la pensée, qui tapisseraient  de la même  sorte les  têtes–  si les pensées se matérialisaient…  et qu’il faudrait donc  ouvrir en puissance, afin de  pouvoir les lire.

– ( inspiré  de l’article  de P Lieutaghi   » lumière close », dans  « propos de Campagne » (1995)

 

RC –  13 juin  2013


Pierre Lieutaghi – la lumière close


peinture perso:       volcanologie 1984

Vous savez, la confiance est incroyablement tenace, elle s’effondre, et puis un jour, sans qu’on s’en rende compte, elle s’applique à faire l’inventaire des biens qui ont échappé à la tornade, ceux dont la banalité nous assure dans la traversée du monde. On se rend compte alors que les possessions de la paix sont bien plus vastes qu’on ne l’imaginait, qu’elles s’étendent jusque sous nos pas les plus ivres.
Peut-être bien que tout cela est inventé. Mais alors, que dire de l’amour ? Quand on le vit, on ne sait pas qu’on invente, on est dans l’illusion d’un jour à nous seul, pour nous seul, et l’on veut que l’autre, dont on attend la même illusion, y reconnaisse le sien.
Encore faut-il savoir éviter la rencontre avec un cœur de pierre, ça ne peut faire qu’une histoire aveuglante en dehors de toute métaphore, les pierres ne font pas la différence, surtout quand on leur a préparé depuis toujours cet ignoble creux où la pureté sans rire ni salive ni morsures ni cris imprime le canevas de toutes les pétrifications. Je me suis trompé sur la nature de la pureté, voilà tout.

Mais c’est fini, c’est fini, je suis seulement surexposé, les images véritables sont intactes, le ciel tellement sombre de midi, le jasmin, les bouvreuils qui sont comme des rêves de coquelicots, votre visage. Peut-être qu’un de ces matins, je me réveillerai et je verrai la nuit.
Peut-être aussi que cette tête finira par s’ouvrir entre des mains sans inquiétude et que l’excès de lumière s’en ira pour de bon, et alors il n’y aura plus de confusion entre la pierre et le cœur.
Au revoir.
Une dernière chose, quand on a ouvert ma valise, on a trouvé un morceau de géode emballé dans du papier journal, Paolo avait dû le glisser entre les vêtements à mon départ. J’ai senti des cristaux trapus, à six faces, à peu près sûrement du quartz.
J’ai demandé la couleur à Mathilde, elle m’a dit c’est noir, on dirait du jais. Même devant la lumière ? oui, même devant la lumière, il n’y a aucune transparence, en profondeur aussi c’est complètement noir.

Pierre Lieutaghi     la lumière close   –  un extrait  d’un texte publié  dans  « carnets de campagne »