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Jean-Claude Pinson – miettes célestes au début de l’automne


phare  de Collioure  1905  coll  privée  .jpg

 

peinture : HMatisse    le phare de Collioure

 

bordé certains jours j’oublie le ciel pas le moindre regard pour ses trains de nuages

( je sais la métaphore n’est sans doute pas neuve  mais j’ai l’excuse
de deux générations d’ancêtres cheminots )

pourtant il est là piscine fraîche en l’air où je peux toujours plonger
en renversant la tête il suffit de sortir c’est le soir par exemple
je vais sur la terrasse pour y secouer la nappe dans le silence du vent tombé
il y a une odeur fragile de fumée on dirait qu’elle ramène en ville
des dépouilles humides de hameaux
et comme un paysan inquiet du temps
je lève les yeux vers la cheminée voisine qui dévide une laine claire et droite
une sonde vers la nuit qui vient
il est trop tôt pour qu’il y ait beaucoup d’étoiles
dans le ciel dont la couleur vers l’océan vire encore au bleu métallisé

je reste à regarder longtemps ces quelques miettes tombées peut-être d’un grand festin
d’avant que la terre refroidisse ou bien du bras géant d’une semeuse à l’ample geste
et j’imagine que c’est elle la déesse qu’on voit sur des timbres anciens


Isabelle Debiève – Dis-moi mon coeur…pourquoi bats-tu?


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peinture: Jim Dine

 

Dis-moi mon coeur…

pourquoi bats-tu?

 

Aurais-je à ce point tort 

de t’entendre battre

pleurer

rire

te tordre

et battre encore

Vivant tu es!

 

En toi un mot écrit

En toi une parole se dit 

En toi le geste se languit

En Toi

Je suis

 

fr       (« Mascarades »)


Julio Ramon Ribeyro – cendrier


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L’habitude de jeter mes mégots par le balcon,
en pleine place Falguière, lorsque je m’appuie au rebord

et qu’il n’y a personne sur le trottoir.

C’est pourquoi cela m’irrite d’y voir quelqu’un  lorsque je vais faire ce geste.

“Que diable fait ce type dans mon cendrier?”        me dis-je.

 

Julio Ramon Ribeyro


Jacques Borel – la trace


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LA TRACE

 

À qui veux-tu parler ?

Les trottoirs sont déserts,

Un petit soleil mort

Ou le crachat d’hier

Se sèche sur le mur.

O veine de mica,

Tesson, mucus, paupière,

Trace d’une lueur

Absorbée par la pierre,

Ne t’éteins pas encore,

Reste d’un geste humain

Ou souvenir du jour,

Illumine ce peu

D’espace consolable

Où ma vie comme un poing

Serre ses derniers rêves  .

 

extrait de  « sur les murs du temps »


Francis Ponge – Le feu


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(…) LE FEU n’est que la singerie ici-bas du soleil.
Sa représentation, accrue en intensité
et en grimaces,
réduite quant à l’espace et au temps.  
 

Le feu, comme le singe, est un virtuose.
Il s’accroche et gesticule dans les branches.

Mais le spectacle en est rapide. Et l’acteur ne survit pas longtemps
à son théâtre,
qui s’écroule brusquement en cendres
un instant seulement avant le dernier geste,
le dernier cri. (…)

 

 

 

F P :Le soleil toupie à fouetter, III » in « Pièces

 


Nicolas Rouzet – le cercle et la parole


8256781840_73baf21c04 Haas, Ernst _1921-1986_ - 1956 Ceremonial Dance, Bali.jpg

photo: Ernst Haas

 

 

Il y a le cercle et la parole
et l’heure où chaque naissance
annonce l’aube rageuse
l’attente du regard

Une main aveugle
dure à tâtons
devance le jour
dessine comme par jeu
la frontière qui sépare
le silence de la parole
le geste du murmure

De son pouce
se traverse la brèche
s’effleure le néant
d’où l’on sauve
la braise
et la brindille

Et que l’oreille
se tende
vers ce soupirail
qu’elle entende
que nos fantômes
n’ont pas changé de nom
que tous se croient encore vivants
dans l’espace ouvert
par l’éclat
le mirage
de nos âmes !

 


Carolyn Carlson danse Rothko – ( RC )


photo :dialogue avec mark Rothko – Carolyn Carlson

 

Carolyn Carlson évolue dans l’espace.
Celui-ci est clos.
Il partage une  série de grandes toiles peintes.
Ce n’est pas un décor,

où le noir lutte  avec le rouge
et le rouge  chavire d’orangés
« blottis dans les  recoins enflammés de lumière ».
         La couleur est habillée et se déplace  .

Traversés de vermillon,
les habits noirs de Carolyn
Portés de gestes lents
Sont autant pinceaux  que tableaux.

Des aplats écarlates s’y meuvent  ;
le corps est graphie,               la danse est solo
Le dialogue  s’engage  et répond,
Aux peintures  de Rothko .

Il semble             que la lumière sourd de la toile,
se met  en mouvement
           Confronté à elle,      le corps  , parfois  se fond,
le déplacement  est sa seule  mesure.

Les ombres portées la précèdent  sur la  scène.

RC –  juin 2015

 

*  l’expression

« blottis dans les  recoins enflammés de lumière« , est de C Carlson elle-même.

peinture M Rothko untitled red 1964

peinture            M Rothko untitled red             1964


L’acteur a disparu, dans un tourbillon – ( RC )


peinture: M Prendergast

peinture: M Prendergast

 

 

 

 

 

 

 

 

C’est une vue qui suggère la chute .
Cela pèse, un désir qui grandit
Mèle le sentiment de vertige,
Et l’attirance des couleurs .

Bien entendu, quand on les pose sur la toile,
On ne s’en rend pas compte tout de suite  .
C’est un état de veille,
Où l’ extérieur n’émeut plus.

La respiration manque.
C’est sur le fil du labeur ,
Que se construit l’ équilibre.
Toujours précaire.

En fait              le peintre a franchi le bord.
Le bord du vide,        … depuis longtemps
Un sommeil éveillé,
Empêche qu’il chute   .

Et d’ailleurs ,        sa vue n’emprunte pas
Les chemins de ses yeux ,
Comme si quelqu’un voyait à travers lui,
Et lui guidait la main.

L’inconscience parle,
Regarde        à sa  place,
Déplace        ses  gestes,
Maintient suspendu,    son souffle  .

Quand le vertige se dissipe,
Le corps se recompose,
Traverse son écran d’âme ,
Il retombe sur ses pieds.

Ne se souvient plus du vide,
S’il s’est envolé, ou a chuté…
Il regarde la toile .
Elle est achevée …

Il ne peut dire qu’il l’a rêvée,
La matière de la peinture en témoigne.
Elle colle encore aux  doigts .
Cà sent la térébenthine.

Le regard  s’ouvre,
Et avec, parfois le doute….
Comment pourrait-il avouer,
– » Ce qu’on voit n’est pas de moi ?

Je n’ai que  disposé des couleurs,
« dans un certain ordre assemblées » « ….. ,
D’avoir déclenché une action  .
–  Il se remémore la chimie,

Les produits mis en contact,
Neutres, se cotoyant dans le récipient…
Il fallait un catalyseur
Pour que la réaction commence… –

«  Je ne l’ai pas contrôlée…
Comme l’apprenti sorcier…
Veuillez m’excuser…
– Chacun peut commenter

… Si cette œuvre, est la mienne
Elle m’échappe encore…
J’ai connu ce privilège
D’en être le premier spectateur…

L’acteur a disparu dans un tourbillon,
J’ai rendez-vous avec lui…
Dans un jour, dans un an   … ?

Pour la prochaine toile… »

RC  –  sept  2014


Alejandra Pizarnik – Pleine de pénurie


image  - montage  perso

image – montage perso

« Tu es pleine de pénurie. Quand il pleut dans la chambre qu’on croyait pourtant sûre, quand le sol s’ouvre comme une gueule terrible… On dirait que tout ça a été créé pour toi : l’enfer d’Alejandra. Même si on n’est pas amoureux, parfois, au beau milieu de la solitude, ou d’un abandon lugubre, surgissent des désirs que les autres ont aussi : une main sur l’épaule, des paroles affectueuses…
Tu ne fais de mal à personne avec ces désirs. En fait, ils ne demandent aucun réel effort à la personne qui pourrait (et devrait) les exaucer.
Aussi, parfois, en fait, tous les jours, à toute heure, un geste tendre ne déplairait pas à l’animal blessé que tu es, un mot affectueux, un sourire esquissé, mais pour toi, pour toi toute seule, et qu’aucun être humain ne pourrait retenir, personne, puisque tu ne connais personne en particulier.
 
Voilà d’étranges idées, qui ne peuvent surgir qu’en pleine solitude, après une longue et assommante journée, durant laquelle un corps fatigué et sans objet est demeuré prostré.
 
Ce que j’écris, je dois l’écrire pour quelqu’un d’autre que moi, puisque je ne me parle pas, ne m’écris pas et que ça ne m’intéresse pas de le faire. Quoi ? Je serais jalouse de ce destinataire anonyme ?
Si j’écrivais pour moi et si j’étais en phase avec mon délire, je n’écrirais pas ; s’il y a bien une raison pour laquelle j’écris, c’est pour que quelqu’un me sauve de moi-même. »
30 juillet 1962, lundi – Journal 1959 – 1971 – Alejandra Pizarnik

Renée Vivien – Lucidité


gravure: Masereel:  série: histoires sans paroles

                                     gravure: Masereel:      série:           histoires sans paroles

 

L’art délicat du vice occupe tes loisirs,
Et tu sais réveiller la chaleur des désirs
Auxquels ton corps perfide et souple se dérobe.
L’odeur du lit se mêle aux parfums de ta robe.
Ton charme blond ressemble à la fadeur du miel.
Tu n’aimes que le faux et l’artificiel,
La musique des mots et des murmures mièvres.
Ton baiser se détourne et glisse sur les lèvres.
Tes yeux sont des hivers pâlement étoilés.
Les deuils suivent tes pas en mornes défilés.
Ton geste est un reflet, ta parole est une ombre.
Ton corps s’est amolli sous des baisers sans nombre,
Et ton âme est flétrie et ton corps est usé.
Languissant et lascif, ton frôlement rusé
Ignore la beauté loyale de l’étreinte.
Tu mens comme l’on aime, et, sous ta douceur feinte,
On sent le rampement du reptile attentif.
Au fond de l’ombre, elle une mer sans récif,
Les tombeaux sont encor moins impurs que ta couche…
O Femme ! Je le sais, mais j’ai soif de ta bouche !

_    (Études et préludes, 1901)


Tu entends, sortilège ( RC )


dessin perso – Ko
——–

Tu entends  sortilège , oui c’est ce qui se passe en nous,
Ce qui traverse, et touche…
Et pourquoi la graine germe  dans la terre,
Et pourquoi la graine germe en nous?
et pourquoi notre regard est d’émotion.

Et pourquoi certains sont sensibles à certains  arts
ces arts,        ce que l’on pense tels…?   cette pâte  étalée sur la toile,
qui, -pour citer Denis:               » avant d’être un cheval de bataille,
une femme nue ou une quelconque anecdote, est essentiellement une surface plane
recouverte de couleurs en un certain ordre assemblées … »

Oui, mais l’ attouchement du hasard – d’un froissement une aile ou une feuille ,
venant à mon regard, et la lumière  d’un instant, qui rebondit jusqu’à moi…
que je fixe en photographie, l’instant fugitif,
Comme celui où le bras se lance, le pinceau affleure, et puis  se pose, virevolte…
—–>        Je le laisse faire, regardant ce qui arrive.         Ce geste est le mien…

RC  – 22 mai 2013

tu entends sortilège, ( cette expression ) est issue d’un article  récent de Lamber Sav, visible ici:http://aloredelam.com/2013/05/23/lingua-franca-ou-comment-sen-debarrasser/#respond


  • Lamber Sav j’aime bien tes dessins , c’est à la plume ?
  • Re Chab Non, au pinceau calligraphique
  • Re Chab  ( ils ne sont pas tous de qualité égale, mais il y en a des intéressants)… https://www.facebook.com/media/set/?set=a.605439832799455.1073741828.100000003307397&type=3  Et- comme le permet les sculptures, l’intérêt est de tourner autour… donc qq fois il y a plusieurs versions dessins de mêmes sculptures avec des angles différents

    Photo

    faites en gde majorité à partir des sculptures de Matisse fin 2009
    que je complète  avec  cet extrait de  « Oreiller  d’herbes  » de N Sôseki:visible  dans  « à fleur de mots… »
    Puisqu’il est difficile de vivre dans ce monde que l’on  ne peut quitter, il faut le rendre un tant soit peu confortable, afin que la vie éphémère y soit vivable, ne fût-ce qu’en ce laps de temps éphémère. C’est alors que se déclare la vocation du poète, c’est alors que se révèle la mission du peintre. Tout artiste est précieux car il apaise le monde humain et enrichit le cœur des hommes.Ce qui débarrasse de tout ennui ce monde, où il est difficile de vivre et projette sous vos yeux un monde de grâce, c’est la poésie, c’est la peinture. Ou encore, c’est la musique et la sculpture. Pour être exact, il ne s’agit pas de projeter le monde. Il suffit d’y poser son regard directement, c’est là que naît la poésie et c’est là que le chant s’élève. Même si l’idée n’est pas couchée par écrit, le son du cristal résonne dans le cœur. Même si la peinture n’est pas étalée sur la toile, l’éclat des couleurs se reflète dans le regard intérieur. Il suffit de contempler le monde où l’on vit, et de contenir, avec pureté et clarté, dans l’appareil photographique de l’esprit, le monde d’ici-bas, futile et chaotique. C’est pourquoi un poète anonyme qui n’a pas écrit un seul vers, un peintre obscur qui n’a pas peint une seule toile, sont plus heureux qu’un millionnaire, qu’un prince, que toutes les célébrités du monde trivial, car les premiers savent observer la vie, peuvent s’abstraire de toute préoccupation, sont en mesure d’entrer dans le monde de la pureté, de construire l’univers unique et de balayer les contraintes de l’égoïsme.

     

    Soseki Natsume, Oreiller d’herbes, 1906 (trad. R. de Ceccatty, Rivages, 1987)


Maurice Fickelson – Pratique de la mélancolie – sur la colline


peinture: Frida Kahlo  : The Brick Ovens  1954

peinture:           Frida Kahlo :          The Brick Ovens           1954

 

 

 

SUR LA COLLINE

Curieuses gens que ceux du village de N. : ils ont pour le soleil un attachement excessif, singulier, maniaque.

Et quelle façon de le démon­trer !

S’ils habitaient l’une de ces froides et lointaines contrées du Nord que l’hiver enténèbre pour de longs mois, cela s’expliquerait, à la rigueur.

Mais ici… Je m’efforce de les comprendre, et même de m’identifier à eux en partageant leur mode de vie, en adoptant leurs manières, leur parler, leurs habitudes de table, tout ce qui peut marquer leur différence       , leurs tâches qu’ils accomplissent avec une efficacité que l’on pourrait donner en exemple.

Le village de N. a eu la bonne fortune de se voir gérer par une suc-cession d’hommes remarquables, intuitifs et enthousiastes, soucieux du bien public et suffisamment avisés pour le faire entrer dans le siècle avec un peu d’avance, de sorte que la population, au lieu de décroître comme alentour, s’est maintenue, avec un niveau de vie rarement atteint ailleurs. Des experts suisses et Scandinaves viennent le visiter et s’inspirer de ses méthodes.

Ils repartent avant le soir pour aller se loger en ville.

Moi, je suis là à demeure. Je me plais dans cette ruche qu’est le village de N., où l’on a créé des ateliers d’une haute technicité, où il est aisé de trouver à la bibliothèque municipale l’ouvrage que l’on cherche, où il est toujours possible de rencontrer quelqu’un avec qui parler d’art, de littérature ou de cosmogonie.

Oui, tant que le soleil brille encore assez haut dans le ciel.

La plupart des gens de N. ont une qualification et leur emploi au village.

A les voir au travail, on ne pressent rien de ce qui va venir. Mais vers la fin de l’après-midi, ils changent : distraits, taciturnes, bientôt fébriles.

Ils suspendent le geste qu’ils vont accomplir, lèvent la tête, pareils à des animaux inquiets avant l’orage. Mais le ciel est pur. Rien n’altère la plus belle lumière du jour à son déclin. Et pourtant… Ils suivent des yeux le disque du soleil maintenant au bord de l’horizon. Alors, comme à un leurs comptes, et, par petits groupes, ils s’assemblent, avec l’air décontenancé de ceux qui ne savent quelle résolution prendre dans leur détresse.

Ils restent encore un moment immobiles, le visage rougi par les feux du couchant, puis, subitement, se mettent en marche. Ils marchent de plus en plus vite, ils grimpent en courant la colline, anxieux d’en atteindre le sommet avant que le soleil sombre définitivement.

Ils arrivent en haut juste à temps pour le voir disparaître, et lorsqu’il n’est plus qu’une mince trace de lumière plus vive dans le rougeoiement du ciel, ils sautent, ils sautent, pour un dernier regard, une dernière vision.

Comme ils sautent !              signal, ils abandonnent leurs instruments, leurs machines.

 

Après  « soir de mai », c’est  le deuxième extrait de ce livre, paru chez Gallimard,  dont on peut  trouver une analyse ici.

 

 


Cathy Garcia – Luciole


 

 

 

photo paige de Ponte, extraite  de Gaia

photo        Paige de Ponte,        extraite de Gaia

 

Tu es
beau
de cette beauté brute
encore un peu gauche
bougonne
farouche
tes pommettes tes yeux
me parlent d’un ailleurs
que j’ai déjà connu

comment pourquoi
résister
tendre esquisse de vol
les gestes en équilibre
étonnés d’eux-mêmes

comment pourquoi
oublier
cette lumière
au dedans
au-dehors
le vent qui berce
sur nos têtes
les arbres en partance
imaginaire

le parfum du bois
le grognement de la chienne
et la nuit soûle
d’étoiles
qui se roule à terre

comment pourquoi
s’arracher des lèvres
ce goût d’effraction ?

tu es
vois-tu

de ceux qui me voient
comme je me rêve

l’illusion
est si belle

vaut bien la blessure
que tu ne manqueras pas
de me faire

 


Prisonnier de la petite condition ( RC )


 

 

 

peinture perso.  Détail

peinture perso   1998. Détail

Prisonnier  de la petite condition,
De ma fatigue, l’essence de la vie
Je rayonne moins  qu’un cheval au galop,
Et moins encore qu’un train,
Un assemblage de mécaniques,
qui ne pose aucune question,
Ainsi se délimite
Le contour des choses,
Le rayon d’action,
Ce qui est à portée  de mains,
Ou de geste.

Je me rappelle, comment la base des arbustes
Est taillée régulièrement
Dès lors que les chèvres  s’en chargent
Pas plus loin que ce que permet
L’extension maximale  de leur corps,
Et de même
Ayant rassemblé mes esprits
Mes idées  éparpillées,
Utilisant le jour,
Comme le permettent mes forces,
Je  délimite un espace

En empiétant sur la nuit,
Qui fuit de temps à autres,
Mais si peu,
La cellule mobile
Que je tapisse
De couleurs
Et de songes
Matériellement , peu définie,
Mais qui reste
Comme un costume
A ma mesure.

RC-  23 mars 2013

 


Apparition – les regards d’Edouard Manet (RC)


peinture: Edouard Manet -détail – le bar des Folies Bergère

Apparition  –


C’est un chemin, qui progresse avec le temps
Sans savoir ce que réserve, la brise du geste
Le tracé, dont on perd la maîtrise, peut être funeste
Du doute qui s’installe, et attend

Ton apparition mystérieuse au-delà de la voile
Amenée par un souffle, une intuition
Avec, pour couleurs, l’écho de la passion
Qui se livre passage, au cœur de la toile

On dirait même qu’elle progresse
Dans le feutre, et la densité de la nuit
Souveraine aux noirs de son puits,
Les couleurs concentrées, qu’on délaisse

Et c’est du jour , que je vais cueillir
La matière même du mystère
Aux sensations d’ocres et de terre
Carnations et éclats, à rejaillir

Et, pour l’éclat, celui de ton regard
Qui me guette et qui vient
Recueillir , et capter le mien
En deçà de la peinture, et de l’art

RC        22-mai 2012
.
( avec en tête  la façon dont E Manet  rend le regard de ses modèles)


Dessin – enfances d’écriture (RC)


L’enfance du dessin ,          – et l’écriture est un parcours, , vagabonde,

Figures  et boucles, calligraphie orientée

Plaines et déliées…

La plume indique son chemin à l’encre, portée par le geste..

Et sur la page vierge, les signes qui s’y déposent

Son autant de traces  d’intentions, qui attendent.

Attendent, l’attention du lecteur

Cy Twombly   –  Apollon

Celui qui écrit  est un homme perdu dans une épaisse forêt blanche,

qui, avec le mouvement  de sa main, , se fraye un chemin à travers la densité du vide.

S’extrayant de l’anonymat   – le fil conducteur de la trace  d’encre,

C’est un tracé  ténu , une  voix d’encre  posée ,

où les lettres vagabondent et sautillent…

Gouttes tombées, pluie de lettres, embrouillamini des majuscules , ratures  et gommages, c’est sur la plage de papier que dansent  les mots et intentions.

calligramme Hendrix  ( hey Joe)

On pourrait les imaginer,  avoir leur propre vie, être prolixes en variations,  se lire dans des orientations aléatoires, comme fantaisistes…  – ou se modifier  la nuit  tombée  en d’autres  assemblages.

Ainsi je me rappelle, ma fille, petite, – comme une jeune  actrice – imitant l’attitude  du lecteur, mais prenant le journal à l’envers.

L’écriture  est vagabonde,   la lecture  a son sens, qui parfois  échappe  à celui qui…

l’écriture s’invente de nouveaux chemins….

Le pinceau du chinois, a soudain changé  sa courbe,  aplatie et grasse, le noir est devenu ténu aérien, puis s’évapore…  Le net est devenu question, et l’encre – peut-être  sympathique –  a nargué le visible…

L’écriture reste au dessin, la fille         – et le dessein.

RC  8 mai 2012

 

Que  je complète  avec  Claude Chambard ,avec   » Cet être devant soi « 

 

 

 

Le crayon est le chemin par lequel je peux parcourir le monde. Il me faut y arriver vivant. Ce n’est pas une mince affaire. J’ai toujours pensé que, dans le livre, le monde ne pouvait être vu qu’à hauteur d’enfance. L’écriture commence & prend fin dans une classe de cours préparatoire, pour toute la vie & pour tous les livres, dans toutes les bibliothèques. De même la lecture. Manipulations, transgressions, interprétations, variations —— archaïques. Encre violette & papier réglé à grandes marges, encrier en porcelaine, plumes Sergent-Major, buvards publicitaires… Apprendre à dessiner — les caractères — apprendre à dessiner — les traits portraits &c. — lisibilité, blanc, équilibre, approche, chasse, ce qu’on ne voit pas permet ce que l’on perçoit — comme on oublie la ponctuation lorsqu’elle est juste, lorsqu’elle va de soi la lecture va de soi — l’écriture jamais. Ton corps est dans le livre, personne ne le voit, même pas moi, mais je le reconnais, aussi les oiseaux dans le ciel & le corps des écrivains dans leur écriture.

pour Pascal Quignard

 

Claude Chambard, extrait de Cet être devant soi , Æncrages & cie, 2012.


Pendant que je m’enlise ( RC)


 

Pendant que je m’enlise, les autres s’éloignent doucement.

Si discret est le bruit de leurs pas qu’on les oublie autant qu’ils m’oublient au  sable, aux vents.

Mes cris n’atteignent jamais ceux qu’ils voudraient joindre. et se croient plus errants et se figurent sans un geste.

 

Je serai bientôt aboli, inconnu, immobile, dans ma solitude humide et, bientôt enseveli, très doucement…   les algues  déposées effaceront le  soupçon de ma  présence..

 

Présence  éphémère, et  bientôt le sable lisse…

et plus  de bruit.

 

 

—  variation « aimable »,

 

à partir  de la  « durée » ( un des poèmes  de   « la citerne »   de Louis  Scutenaire ) – auteur surréaliste belge

 

image - montage perso... à partir d'images du net

 

 

 


Eugene Durif – L’étreinte, le temps 07


photographie: Bernard Descamps

Le drap dans la terre

achève de pourrir,

la fenêtre pour rien

enserre l’ horizon muet,

sans geste, des chemins creux

où nous allions jusqu’ aux berges

et caresses de loin en silence

comme temps suspendu dans  l’ oubli du temps.

-Le blanc des yeux, celui du drap froissé sous la terre.

NB:  « suspendre le temps »  est aussi  le titre  d’un texte  de JoBougon, que je cite dans re-ecrit: voir  http://re-ecrit.blogspot.com/2011/06/suspendre-le-temps-poeme-jobougon.html


Eugène Durif – L’étreinte, le temps 04


 

sculpture: "work in progress"... "Icône", rencontre de sculpture "Static-mobile". St Hippolyte du Fort - Gard

 

 

 

 

 

 

 

 

Longue attente en chaque parole, déjà en retrait.

Et toujours revenaient

ces gestes tus, frapper contre une porte

de toutes ses mains,

en sachant bien que plus jamais, non.

 

 

sculpture: "oeuvre achevée"... "Icône", rencontre de sculpture "Static-mobile". St Hippolyte du Fort - Gard 2004 photos perso


Jean-Jacques Dorio et son hommage à Mirò – 2 – LE CREPUSCULE AUX DOIGTS DE ROSE


Miro, Constellation 21
Le crépuscule rose caresse les femmes et les oiseaux

LE CREPUSCULE AUX DOIGTS DE ROSE

LE CRÉPUSCULE ROSE CARESSE LES FEMMES ET LES OISEAUX
Les oiseaux sont des flammes qui raniment le printemps
Le printemps en hiver sous l’amandier sans fleurs
Cent fleurs et mille épines qui déchirent nos vies
Nos vies à l’eau de rose à l’eau de purin à l’eau de vie
L’eau de vie où la part des anges n’est pas faite pour les chiens
Les chiens qui lèchent nos arpèges et nos mains que caressent le concert des Constellations
quand le crépuscule est rose
et caresse d’un geste auroral
les femmes et les oiseaux

du blog poétique  et inspiré d’art  de Jean-Jacques: 


Arthémisia: – Le Temps de Dieu


723 – Le Temps de Dieu

Voici le temps de pose,

L’éternel matin,

Où même l’eau ne bouge,

Et où le ciel encore embrumé de sommeil

Se décide lentement à ouvrir les yeux.

Les barques indolentes attendent l’éclaireur.

Le geste ne vient pas.

Seul le soleil grille.

Aujourd’hui Dieu aurait-il

Donné du temps aux hommes,

Un temps vaguement rose

Clair, et rose

Comme l’aile de l’insecte

Qui si délicatement se pose

Sur la surface inerte ?

Ou peut-être est ce simplement le temps

D’un dernier baiser ?

Nul ne sait…

 

Copyright © Arthémisia – Juillet 2008

Avec : Styx – Copyright © Paco que je remercie infimement et chez qui une petite visite s’impose.

Et moi-même  je remercie  Arthie, pour  ses superbes  créations, et qu’elle m’autorise  à en faire  écho ici…   j’aime  notamment  réactualiser  les publications anciennes… afin qu’elles  ne soient pas  enfouies  sous les  feuilles  du temps…


Citation

Fabienne Verdier, calligraphe – sur le site de JLK


 

—–

Fabienne Verdier ou l’abstraction vitale

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ENTRETIEN Un livre magnifique, rassemblant ses œuvres et un entretien avec Charles Juliet, illustre la démarche exemplaire de l’artiste.
Le parcours existentiel et artistique de Fabienne Verdier fait figure, pour beaucoup, de véritable leçon de vie. Initiée à la calligraphie traditionnelle au fin fond de la Chine, au lendemain de la Révolution culturelle, ainsi qu’elle le raconte dansPassagère du silence, l’humble disciple de Maître Huang Yuan est aujourd’hui une artiste de renommée internationale. Est-ce pour autant une « star » ? Le prétendre serait ne rien comprendre à ce qui l’anime ni à ce qu’elle vit… 
– Qu’est-ce qui, depuis votre rude apprentissage en Chine, a changé pour vous ?

– Pour l’essentiel rien n’a changé : j’en suis toujours à me battre pour me construire, et ce n’est pas plus facile aujourd’hui que dans mes périodes d’apprentissage les plus rudes. Cela tient d’abord au fait que la relation au monde actuel est très difficile. Le monde de la consommation fausse notre rapport à autrui autant qu’il menace chacun de nous. J’ai tout à fait conscience, par exemple, du danger que représente ce qu’on appelle le marché de l’art, auquel je participe pour vivre de ma peinture, mais avec réticence, sans aucun goût pour les mondanités, et je sens que plus ça ira et plus je m’enfermerai. Je constate que plusieurs de mes camarades artistes chinois, qui crevaient de faim quand je les ai connus, gagnent aujourd’hui des millions de dollars. Je m’en réjouis pour eux, mais l’art est autre chose pour moi qu’un moyen de se faire de l’argent. On n’a pas idée des sacrifices qu’il représente, et je me refuse d’ailleurs à produire pour vendre.. Je tiens à rester rare afin de préserver mon intégrité ; en fait je me bats contre le marché ! Par ailleurs, je détruis 80% de mes travaux. Ceci dit, je viens de passer deux mois durant lesquels, ayant à présenter mon livre en Belgique et en Suisse, j’ai fait d’innombrables rencontres à la fois émouvantes et stimulantes : de jeunes gens qui doutent de tout et que ma démarche encourage à poursuivre une recherche personnelle ; de vieilles personnes aussi qui me disent que ma peinture les aide à vivre ; et cela va plus loin que la jouissance esthétique : cela touche au sens de la vie. Bref, on me rend au centuple ce que j’essaie de donner.
– Le grand collectionneur zurichois Hubert Looser vous a comparée aux maîtres de l’abstraction lyrique américaine, avant de vous inviter à « dialoguer » avec De Kooning, Cy Twombly ou Donald Judd par des créations qu’il a incorporées à sa collection. Comment l’avez-vous vécu ?
– Looser a découvert mon travail à Lausanne, à la galerie Pauli, puis il a débarqué dans mon atelier avec toute une documentation qui m’expliquait la parenté de mes recherches avec celles de Kooning, de Pollock ou de Barnett Newman, dont je ne me doutais pas. Or j’ai trouvé, chez ces peintres, une préoccupation spirituelle fondé sur des recherches que j’ignorais, recoupant la mienne. Jusque-là, je ne comprenais pas l’art radical d’un Donald Judd. Or la proposition si généreuse de Hubert Looser, de créer des œuvres en résonance avec ces maîtres m’a révélé leurs univers tout en m’aidant à mieux définir la spécificité de mon abstraction.
– Dans quelle mesure celle-ci participe-t-elle encore de sa source chinoise ?
4cf6caed941d39a865680d909ebc5acc.jpg– Il est évident que l’enseignement de mon maître reste une base fondamentale, avec tout ce qu’il implique. Les bâtonnets primordiaux, mais aussi la transmission d’un souffle immense. Ainsi je voulais que ma peinture s’ouvre à une dimension plus universelle, et c’est le sens aussi des grands formats que j’investis comme des paysages. Je m’y promène, J’y rêve. Par rapport aux abstraits américains, je ne me sens pas, comme eux, démiurges tout-puissants, mais plutôt dans la lignée du non-vouloir et d’une connaissance purement intuitive. Ma peinture est une peinture d’au-delà du désir d’art, elle s’accorde à une notion que le bouddhisme appelle l’« ainsité », exprimant avec fulgurance ce qui est ainsi, ce qui doit être ainsi et pas autrement. Sans jugement de valeur, « cela » chute dans le réel. Je foudroie la forme. C’est le sens de l’expression « entre ciel et terre ». Le tableau prend forme parce qu’on est en plein accord avec cette verticalité. J’ai alors le sentiment de travailler dans une sorte de mémoire primordiale. Nous sommes tous des fragments de mémoire. Je ne suis, pour ma part, qu’une petite tête chercheuse de cette mémoire incommensurable. Il y a en chacun de nous des milliards d’univers « à naître », et cette alchimie intérieure qui entre en résonance avec la nature – fondamentale pour moi – mais aussi avec les œuvres les plus diverses, les mystiques du moyen âge ou Gabriel Fauré, Leopardi ou Hofmannstahl, entre tant d’autres rencontres vivantes ou posthumes, constitue l’ « encre » d’où se précipite le trait de pinceau…0b71c4886655f325183f6138d349999e.jpg

Ainsi fulgure la beauté

Un formidable trait vertical de pinceau rouge sur fond vert (couleurs de la passion) et le titreEntre terre et ciel, constituent le fronton du magnifique ouvrage faisant  suite (notamment) àL’unique trait de pinceau (Albin Michel, 2001), où se trouvait illustré, non moins somptueusement, la passage de l’œuvre calligraphique à la peinture,  et à Passagère du silence (Albin Michel, 2004), récit de l’apprentissage et des tribulations chinoises de Fabienne Verdier. Devenue peintre à part entière, accueillie dans le gotha de l’art contemporain par le truchement de la galerie lausannoise d’Alice Pauli, Fabienne Verdier nous fait entrer ici dans le jardin secret d’île-de-France où, loin de la rumeur du monde, dans le voisinage privilégié de la nature, elle exerce son ascèse créatrice. Un entretien de haute volée, avec l’écrivain Charles Juliet, nous éclaire sur le processus de cristallisation de l’œuvre, de la plus simple donnée quotidienne à la plus profonde méditation, alors que deux reportages photographiques (un portrait en mouvement de Dolorès Marat et un aperçu du Rituel du feu, signé Naoya Hatakeyama, par lequel l’artiste brûle impitoyablement ses « ratés ») nous font approcher la réalité physique du travail de Fabienne Verdier, pour lequel un atelier avec « fosse à peindre » a été construit par l’architecte Denis Valode. On se rappelle  alors que cet art de l’épure extrême procède d’un véritable combat, évoquant une sorte de danse de tournoyant derviche, avec un pinceau plus grand que l’artiste, suspendu au plafond et tenu verticalement, dont le trait va saillir comme une foudre liquide. Fascinante « visite », que prolonge l’émerveillement de quatre-vingt peintures admirablement reproduites,  où la beauté fulgure.      

Fabienne Verdier Entre terre et ciel. Texte de Charles Juliet. Photographies de Dolorès Marat et Naoya Hatakeyama. Albin Michel.
Charles Juliet. Entretien avec Fabienne Verdier. Albin Michel, 73p.
 (ce petit ouvrage constitue l’édition séparée de l’entretien figurant dans Entre terre et ciel)

Cet entretien a paru dans l’édition de 24 Heures du 18 décembre 2007.

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