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Chevalet triste – ( RC )


peinture: Alice Rotival – Chinghetti 2012

 

C’est cet endroit
suspendu dans le temps
qui semble se refermer dans le sommeil ,
où la poussière se dépose
lentement
et finit par tout recouvrir .

L’atelier est désert
depuis la mort du peintre.

Il y a encore des tubes
aux couleurs incertaines .
Ils voisinent une palette éteinte,
quelques pinceaux raides,
et une ébauche qui attend depuis longtemps
sur ce chevalet triste .

Les odeurs de térébenthine
ne sont qu’un lointain soupir .

Vernis fossilisés,
essences évaporées,
tout est déserté ,
sauf les toiles d’araignées
ayant occulté complètement
les fenêtres de l’atelier .

Le deuil se pare d’un voile épais,
juste propice à l’attente .

Le silence même
est à l’image de ces insectes ,
desséché,        vide de sa substance
prisonnier de l’immobilité .
Le sommeil de la peinture
aux gestes arrêtés, voué à l’éternité .


RC- juin 2019

 

voir aussi  une parmi les nombreuses  aquarelles de David Chauvin


Pas d’épaisseur, de celle des pierres – ( RC )


peop care  10-.jpg

image  – montage perso

 

Je te verrai,
Image présente,
A travers les murs,
Tournant mon regard
Vers où je te sais.

Il n’y a pas d’épaisseur,
De celles des pierres,
A jouer la distance
Avaler les espaces,
Les collines et les villes,

Redessinant tes gestes,
Comme si la barque des songes,
Ouvrait aux portes du jour,
Ta silhouette indécise
Se découpant dans la brume.

RC – juin 2014


Rainer Maria Rilke – Automne


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Les feuilles tombent, tombent comme si au loin
se fanaient dans le ciel de lointains jardins ;
elles tombent avec des gestes qui se refusent.

Et dans les nuits la lourde terre tombe
de toutes les étoiles, dans la solitude.

Nous tombons tous. Cette main tombe.
Et vois, cette chute est dans toutes les autres mains.

Et pourtant il y en a  Un qui retient dans sa main,
cette chute délicatement, éternellement.

*

Herbst

Die Blätter fallen, fallen wie von weit,
als welkten in den Himmeln ferne Gärten;
sie fallen mit verneinender Gebärde.

Und in den Nächten fällt die schwere Erde
aus allen Sternen in die Einsamkeit.

Wir alle fallen. Diese Hand da fällt.
Und sieh dir andre an: es ist in allen.

Und doch ist Einer, welcher dieses Fallen
unendlich sanft in seinen Händen hält.

*

The leaves are falling, falling as if from far up,
as if orchards were dying high in space.
Each leaf falls as if it were motioning « no. »

And tonight the heavy earth is falling
away from all other stars in the loneliness.

We’re all falling. This hand here is falling.
And look at the other one. It’s in them all.

And yet there is Someone, whose hands
infinitely calm, holding up all this falling.

Rainer Maria Rilke  –       Le livre d’images        (Das Buch der Bilder)


Jackson Pollock – ( RC )


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Ce sera comme une ivresse,
la tête vidée, informe,
et l’univers à soi,
qui tourbillonne.

La toile est déroulée sur le sol,
tu peux te permettre de la fouler aux pieds,
d’y lancer des éclats,

qui finissent en nébuleuses,
le noir combattant le blanc
à la manière d’un furieux yin et yang..

La main a le prolongement de peinture,
celle-ci goutte, jaillit,
à mesure que tu danses.

Tu perds la notion d’équilibre :
le haut et le bas peuvent s’inverser .
L’espace est un univers
d’une douzaine de mètres carrés,

et tu flottes au milieu
les gestes te répondent à peine,
tout ce qui arrive,
t’échappe des doigts .

Un vide à l’intérieur , et personne
ne comprend pourquoi tu tombes,
sans pourtant chuter

pourquoi les figures se dissolvent ,
pourquoi les lignes se nouent et se recouvrent,
presque à ton insu.

Et si c’est un excès, une fatigue
elle dépasse le ciel par sa transe,
dans une myriade d’éclaboussures.
Une fois jetées, violemment extraites du pot,

elles s’éparpillent comme des étoiles, :
un big bang renouvelé ,
des éclats figés sur la toile,
que personne ne peut rattraper.


RC – nov 2016

 

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Personnages de la balustrade – ( RC )


fresque : San Antonio de la Florida :    F Goya

Fresco à San Antonio de la Florida - Tableau 2924


Tout autour de la balustrade ,
sont rassemblés des personnages
comme dans un tribunal:

Ils semblent être dans l’attente
d’un évènement peu banal
qui ne saurait tarder.

Au-dessus, passent des nuages,
et quelques anges ,     très sages..
dans un paradis de stuc et de rocs .

On ne sait d’où ils s’échappent,
ni ce qui les dérangent
ou les provoquent .

Tout ce monde se déhanche,
en étoffes et effets de manches…-
mais leur attitude se fige :

Eveillés par le moindre bruit,
leurs têtes, d’un même mouvement,
se penchent brusquement …

Leur regard me suit, mécanique ,
de manière insistante et maléfique ,
dès que je me déplace…

Descendus du monde céleste ,
ce sont comme des rapaces ,
épiant chacun de mes gestes…

Un regard de glace ,
qui vous figerait le sang :
immobilisés sur place …

ce qui me ramène pourtant
des siècles en arrière,
quand les trompettes altières

résonnent dans l’arène :
– Voila donc l’aubaine
semblent-ils se dire :

une occasion rarissime
pour convoquer les vampires
et désigner la victime ….

L’imagination accompagne presque
le mouvement des ailes
se détachant de la fresque .

Ils vont trouver un motif
pour aiguiser leurs griffes,
et basculer dans le réel…

Déjà, brillent des yeux noirs,
que j’avais entr-aperçus …
acérés et cruels…

Oui, je n’aurais jamais dû
entrer dans cette chapelle:
une sorte de purgatoire

En ce lieu,
où l’on chercherait vainement Dieu
la porte s’est définitivement close .

– …. c’est ainsi que fanent les roses …

RC mai 2017

 


Veronique Joyaux – Poème à Salah


 

 

Joachim Patinir, Crossing the River Styx, 1515-24 14075791280.jpgpeinture – Joachim Patinir, Crossing the River Styx, 1515-24

Poème à Salah

 

 

J’écris aussi pour toi
prisonnier des geôles de Bagdad ou d’ailleurs
Pour toi que l’on fait taire que l’on torture
J’écris pour toi qui n’as pas de mots
Parce que tout enfant déjà tu travaillais
J’écris pour les femmes cachées
dans leurs voiles et leurs maisons
J’écris pour ceux qui n’ont pas la parole
pour leur donner existence et dignité
J’écris pour ouvrir les portes
Je m’immisce dans les interstices.

Si je devais rendre grâce ce serait à des silences
Silence entre toi et moi quand tout se tait et que les gestes parlent
Silence des amitiés ferventes des paroles suspendues
Silence des arbres dans la nuit
Des pas dans la neige un soir d’hiver très doux

Si je devais rendre grâce ce serait à l’infime
Une trace d’oiseau sur la terre ameublie
Un froissement d’aile entre les nuages étonnés
Une parole non dite un espace entre deux corps attendris
Si je devais rendre grâce ce serait à la poésie
Celle de Victor Jara dans un stade du Chili
De Nazim Hikmet dans les geôles de Turquie
De Dimitri Panine dans le Goulag de Sibérie
De Mendela dans l’Afrique meurtrie
De tous les hommes qui parlent
au nom de ceux dont la parole s’est tarie

Si je devais rende grâce j’en serais affaiblie
Mais riche de tous les infinis.

 


Cette ombre – ( RC )


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Image          -> opéra de Bavière: la femme sans ombre

 

——

Indissociable  des êtres…
elle  colle  à la peau, à mes moindres gestes;
elle  épie ce que la lumière  dit,
se plie sur les angles des fenêtres et dans les montées  d’escalier,
se fond  dans les  autres,       ou même  les  avale…

Elle gravit les  surfaces  rugueuses  sans  se blesser,
et s’allonge  sans mesure quand le soleil s’abîme,
aplatie  sur le sol.
Marquant même  par sa présence, le corps sans visage,
errant aux contre-jours,

Jouant à étouffer  les  couleurs,
De ses bords tantôt  précis ou flous.
Y a-t-il aussi celle des âmes,
dont on ne sait rien,          une fois parties,
mais dont interroge  l’épaisseur   et le retour ?

RC –  avril 2015


Magali Bougriot – Nostalgie d’un baiser


dessin perso  créé sur ordinateur  - 2014

dessin perso —          cymbales,symphoniecréé sur ordinateur – 2014

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

il est des choses qui ne s’effacent pas…

Elle.

Tout en elle me faisait vibrer. Mais comme dans chaque symphonie, chaque partie a sa place, son temps sa mesure, son intensité. Un subtil mélange de sons dans un alliage percutant, profond et puissant.

Elle.

Tout commençait par la trame de fond, la cadence, son regard. Dans ses yeux gris, vert, bleu, je ne saurais jamais vraiment les définir tant leur couleur était variable, j’y plongeais les miens, dans une immensité sans fond, un voyage dans l’hyperespace, une sorte de doux flottement jusqu’à trouver la connexion, l’accroche, ce moment où la grosse caisse lourde et lancinante entre en raisonnance. Le rythme singulier d’un battement de coeur, boom….boboom….boom…boboom…Régulier, constant, rassurant, nous sommes ici, nous sommes 2 et nous vibrons sur la même longueur d’onde. L’alchimie peut opérer. Aucun contact nécessaire, juste ses yeux, les miens, et la myriade de messages synaptiques qui parcourent nos corps au rythme cadencé du sang qui afflux dans nos artères. Boom… Boboom….boom…boboom… Puis s’insinue le doux son d’un violoncelle, le glissement d’une main le long d’un bras, annonce d’une mélodie, les cordes frottées délicatement, le son pur, chaud, une promesse chuchotée…  » Je ne veux que toi…. »

Ma peau frissonne sous la pulpe de ses doigts et déjà je sais que la musique s’empare de moi, la transe s’installe, toujours plus profondément, fixant chaque instant sur les partitions de ma mémoire. Ses mains. Ses doigts. Divins, indéfinissables de perfection. Des mains pareilles sont faites pour caresser, pour étreindre, et à ce moment c’est moi qui me glissais entre elles, consciente de ce privilège. Mais comment ne pas toucher sa peau? Ce voile rosé et parfumé dont je percevais déjà les effluves si loin que je pouvais être d’elle. Un appel à la rencontre, le sucré, vanillé, une confiserie à portée de mains, de nez… Les sens en éveil pour mieux m’en délecter… Se retenir…. Et faire durer…. Se retenir… Je parcourais alors les contours de son visage du bout de mes doigts hésitants, comme on toucherait une oeuvre d’art, dans un respect protecteur, sous ses doigts l’exception, en être consciente et ne pas vouloir briser le rêve par des gestes trop brusques, sous peine de se réveiller et de tout perdre… Encore un peu… Encore un peu…. Je revois ses traits tendus, si particuliers, qui rappelaient les gravures grecques aux lignes saillantes et anguleuses, à chaque centimètre un son, nous composions le début d’un requiem. Quand nos corps vinrent à se rapprocher par l’attraction incontrôlée, quand de mes bras je vins la serrer contre moi,quand sur mon ventre, ma poitrine je senti la pression de son propre ventre, de sa propre poitrine, écrasant le peu de self contrôle qui nous restait, c’est tout le rang des cordes qui se mit en scène, dans une envolée légère.

La montée crescendo de la cadence, les doubles croches décrochant nos limites, toujours rythmées par les contre basses s’alliant à la grosse caisse dans nos yeux qui ne risquaient pas de perdre pieds. À quelques centimètres seulement, des secondes qui s’étirent, un temps qui se détend, tout semble figé et si mouvant pourtant. Je peux sentir la chaleur de son souffle contre mes lèvres, un dernier questionnement dans nos regards, vraiment? Maintenant? Tu es sûre? Un silence sur la partition, ce petit carré noir maitre de tout, et tout se suspend, l’éternité. Bien sur que je suis sûre! Bien sûr qu’on l’est! Et dans l’apothéose générale, les cuivres et flûtes entrent en jeu, jouant leur plus belle prestation, alors que les cymbales s’emballent, dans un fracas salvateur.

Nos lèvres se retrouvent en ce premier baiser comme après des millénaires d’absence. Celles qui ne s’étaient pourtant jamais rencontrées se connaissent comme si rien ne les avaient un jour désunies, et rien ne pourra les désunir à présent…


Statues sans aspérité – ( RC )


 

    Sans aspérité,
La pierre couverte de mousse
S’étire,       masquée par les arbres,

Aux branches effeuillées.
C’est une muse,          une statue,
Au bout d’une  allée…,  oubliée.

            Il y a un banc à côté,
Qui attend les promeneurs
Pour de tièdes  soirs  d’été..

Mais  ,        c’est l’hiver à Versailles,
Les pièces du grand bassin,
Ont l’allure morne des eaux
Qui ne reflètent rien,

Et      d’autres statues,
Perdent un peu de leur prestance,
Avec leurs gestes            figés,
Et leurs têtes dressées,

———-      sous un épais chapeau de neige.

RC –  30 mai 2013


Mireille Fargier-Caruso – Ferveur


gouache: Alexander Calder

 

Persiennes closes pour la sieste


une échancrure où se dénouent nos soifs

passage à gué entre songe et éveil


on suit le fil d’un cerf-volant

dans un pays qui nous échappe

on met à nu nos visages

à l’écoute des commencements

accord solaire dans la ferveur des mains

sans crier gare


la trame de nos gestes a signé l’invisible .


Là , où s’accrochent les lointains sur la toile … ( RC )


1717   Watteau  Le Pelerinage a l'ile de Cythere, Detail Cherubiins

 

Il est une joaillerie fragile,
Suspendue aux fils,
Toujours bien peignés,
De la toile d’araignée

Ce sont des gouttes pour décor,
Des perles de colliers lisses,
Qui, lentement s’épavorent,
Quand la journée glisse,

En arabesques changeantes,
Les insectes au vol léger,
Viennent alors s’y piéger,
Car la toile est transparente…

 

Et si c’est une autre toile,
Qui piège le paysage,
Ses étés et ciels d’orage,
Et des myriades d’étoiles.

Par petites nuances
Le tourbillon des doigts lestes
Où de grands gestes,
Soudainement           dansent,

Quelques pas de lumière,
Accrochés sur les pourpoints,
Et habits de satin,
L’embarquement pour Cythère…

Nous entrons dans un monde imaginaire,
Emportés dans une aventure,
Où s’affrontent     les couches de peinture,
Le cheminement du regard       s’y perd,

Jusque dans les aires         lointaines
Les miroirs des eaux       croisent les jours.
Où , portés, par des ailettes, de  jeunes  amours
Traversent une perspective     incertaine….

Tous ces personnages, ensemble
Se promènent comme dans un parc,
Tandis que l’on embarque   .
Et l’eau se ride,          et tremble…

>         Laissons partir ce vaisseau,
Jusqu’au bout du monde,
Où les couleurs se fondent,
Et aussi ….          les coups de pinceau .

Chaque regard est neuf ;        aucun n’est usé,
La peinture, a traversé le temps,
Même à travers quelques instants,
Accrochés au musée.

 

 


RC – juillet 2014

J A Watteau   l'embarquement pour  Cythère

J A Watteau l’embarquement pour Cythère


Alberto G – ( RC )


sculpture:  Alberto Giacometti:  la  forêt  -  1950  Fondation Maeght

sculpture:                   Alberto Giacometti:          la forêt – 1950            Fondation Maeght

Les figures debout
Attachées au socle
Ne se croisent pas

Bronzes filiformes
Hommes de l’absence
Le regard creusé

Les pieds  soudés
A la terre glaise
Découpent dans l’espace

Et, de métal, la pâte verte
Leurs gestes immobiles
Parcours des doigts agiles,

de Giacometti

RC –             22 décembre  2012 et 8 janvier 2013


Visite nocturne au musée ( RC )


  –

visite nocturne au musée (RC)

C’était le reflet furtif, des rais rapides sur le sol
Des points de lumière mouvants, les lucioles épaisses
Qui virevoltaient et s’écrasaient sur les pieds, des visages
Blancs
Blancs d’une vie arrêtée dans la pierre
Noirs d’une vie coulée dans le bronze
Cet enchantement nous décrivait cette balade nocturne,
le blanc, le noir alternativement
et quelquefois un trait de couleur – c’était un doré juxtaposé à un bleu profond
la grâce d’une main retournée, d’un voile soulevé, et d’un visage poupin

Puis les contre-jours mobiles poursuivaient leur quête,
Vaguement inquiets qu’aux gestes suspendus, la vie ne revienne
Derrière leur passage.
Qu’au labyrinthe posé ne se cache le faune.
Et rassurés de la présence lointaine d’autres lucioles
Dans l’enfilée des salles, et du parquet à chevrons qui grince,
et du marbre claquant sous les escarpins.

Sans s’attarder , du neutre cartel explicatif, à une signature pâteuse,
La Diane baroque, suivait notre passage, d’un regard pas tout à fait gris
Peut-être.

L’aube était loin, l’art était une surprise, une marche d’obstacles
Une source close d’étoiles, en élans contenus.
Du solennel en douceur de marbre, j’aurais pu souligner la courbe d’une jambe,
La douceur d’une joue, la rudesse d’une glaise de métal.

Pourtant, de notre passage, il fallait laisser au jour, aux gardiens somnolents,
La pâte fougueuse des Delacroix éteints,
la généalogie des portraits flamands qui chuchotent
En silence, le temps des étoffes précieuses et batailles lointaines.
Aux amateurs indiscrets, les heures sanglantes de Judith à Holopherne
Et la lumière tranchante du Caravage, revenue à la nuit

 

 

 

Que je complète  avec ma variation,  sur

« le musée des moulages »…

 

Au musée des moulages,

les idées n’ont pas d’age,

s’il faut que le regard voyage,

et que la main partage,

les creux et puis les lisses,

les seins et les cuisses,

que plus rien de farde,

au pays du marbre,

des statues de plâtre,

sensations folâtrent…

 

6- 03-2012

art:                                                     Maes :   portrait de femme                 Gand


Taire le silence ( RC )


photo:               Barbara Morgan

Si j’apprends  à  taire le silence
En jetant quelques cailloux dans l’eau
Alors, la surface  remue, et se souvient
En cercles  concentriques, des éclaboussures
Et des gestes  ténus,
Qui repoussent  quelques  secondes la léthargie,
En laissant ,          une place à la vie.
Mon geste n’est plus là, mais seulement sa trace
Comme lorsque je passe un doigt distrait
Sur la couche  de poussière recouvrant le buffet.

J’apprends à lire, les instants  fugitifs,
Le murmure  de l’histoire,  et l’invisible est crédible
Les brioches  dorées,  le zeste des parfums,
Le sillage  d’un regard, au détour  d’un reflet,
Le souffle  des choses, agitant les feuillets
Les chapitres  du bonheur, que révèle
Un pinceau de lumière à travers les nuées
Eloignées  des étoiles, et dénuées
De l’ombre   –   qui fait l’importance.

Si j’apprends  à taire  le silence,
C’est pour mieux  traduire
Une langue d’avant qui te ressemble
La prolongation d’une  grâce
Que n’offrent ni les mots
Ni la parole rhétorique,
Les doigts ouverts  de l’invisible
Quand ils te dessinent à mes yeux:
Une veine qui palpite à ton front,
Et la courbe  d’une hanche…

J’apprends à lire, les instants  fugitifs,
A  rassembler les  indices,
Peut-être à inventer,
A rajouter  des brillances
Et des couleurs  de voix,
Imiter  rivières  et cascades,
Et l’ombre des collines
Qui dessine des courbes
Sur le désir de l’instant
Que les lèvres promettent.

 

 

RC –   6 octobre 2012                ( évocation d’une  démarche  créative… je pensais  à la photographie )


Amin Khan – J’oublie les visages


peinture: Jean Fautrier: tête d’otage

J’oublie les visages
je ne me souviens pas des noms
j’endure
des odeurs et des gestes
des parfums
l’émail de certaines morsures
la vision de certains sangs
des courbes des accidents
des silences profonds
de longues heures et des jours
certains mots les mêmes
des lèvres
de roses luisants
dans la même lumière
du même regard
plein de douceur et d’amertume

AMIN KHAN   ( poète  algérien )


« L’encre versée sur les amours – (RC)


L’encre versée sur les amours, – on sait à quel point on s’attache….
Peu disent ,            des amants,         que cela fait tache…
Et puis de cette encre,          de ces plaisirs, et cris
On peut en retrouver la trace,              les écrits..

On dit bien que si les paroles s’envolent,  les écrits restent
Ils sont alors moins volatils           et impriment nos gestes
Aussi… à faire venir cette encre              par litres
Et à réécrire l’histoire, c’est             par chapitres

Qu’on la parcourt            en toute saison
Et qu’on emménage         en tous horizons
Au creux de son épaule, à l’image de ton visage
Aux sensations de ses mains, c’est déjà un voyage

Qu’un printemps fait éclore par dessus les frontières
Aussi bien aujourd’hui , qu’on écrira l’hier
Du visible, en sensible, encres sympathiques
Je dessine, -mots et images- un portrait magnifique..

RC
5 avril 2012

— petit commentaire perso:  — »  au creux  de ton épaule, pour ligne  d’horizon » ,  est extrait du texte  d’une  superbe chanson interprétée par Catherine leForestier   » au pays de ton corps »

Ce à quoi répondit Manouchka…

Manouchka
5 avril 2012 at 17 h 01 min

Une Larme versée,
Coule sur ton cou d’Ocre,
Comme une Huile parfumée,
Sur nos Vies médiocres…

Par delà la Lumière,…

…  suite visible  dans les  commentaires  à « Messager de l’art »

Accompagnement pictural:  Andrew Wyeth,  peintre américain au style réaliste très particulier,

qui est un des grands maîtres  de l’aquarelle,                             dont je montre  deux  exemplaires, extraits du

livre  « la Suite Helga »  (  toute une  série  étant consacrée à sa compagne, Helga ), au physique un peu « rude »

mais par rapport à laquelle, le peintre  arrive  vraiment  à nous transmettre une sensualité impressionnante..

d’autres  accompagnements  dans mes posts  précédents  montrant d’autres  oeuvres  de la suite Helga …., par exemple  trois  posts  avec des textes  de  l’écrivaine  Else Lasker-Schüler..., ou bien ici 


Eugène Durif – L’étreinte, le temps 02


 

 

 

 

 

photo: DiLucie

 

 

 

Cela,

ne pouvons le voir ni l’approcher que par trouées intermittentes, _ espace silencieux des signes, les gestes frôlés des choses posées dans l’ en-face.

Elles disparaissent, unes et déchirées, la lumière se retire d’elles, les laisse exsangues.

sur ce chemin qui descendait, ouvrait sur le vide à contre-ciel? Une poussée répétée,

douce fut la nuit comme taie sur l’œil

et si nous parlions

c’était en cris déchirés,

langue énigmatique dans l’oubli de la nuit.