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SOLLER (Susanne Derève)


Soutine_Red-Stairway-at-Cagnes

                           Chaim SOUTINE  ( L’escalier rouge à Cannes) 

 

 

Te souviens-tu ?

 

En cette  fin d’après-midi d’été

de  l’air brûlant comme une lame

et sous le cintre des platanes  

cernée par un muret de pierre                                

la fontaine de marbre usé      

Plaça Constitucio

à Soller             

en Juillet

 

Te souviens-tu ?

 

A l’angle de la Plaça Constitucio

à Soller

en juillet

les rails du vieux tramway

filaient droit vers le ciel

coincés entre les murs chaulés

les jardins et les  treilles

et les haies de lauriers

 

Tombaient déjà sur nous les voiles roses

du crépuscule

mais ils filaient tout droit

vers les derniers arpents du jour

alors que la nuit nous talonnait déjà                          

filaient dans le bleu cosmique du ciel

le bleu vert sidéral

filaient devant  la nuit

 

Alors  j’ai aperçu le caballero

chevauchant l’ombre promise

Je l’ai vu caracolant sur son étalon noir

une fleur de sang étoilant sa chemise

Là-haut la gitane aux yeux verts

au cœur de velours et de cendre

se penchait au balcon de fer

 

De sa robe luisait la moire

sous la mantille de dentelle

sa prunelle de jaspe vert                               

brillait d’amour pour le rebelle                        s

sous la lune piaffaient les chevaux                   

impatients de ravir la belle

éprise du caballero

 

Te souviens-tu ?

 

De la Plaça Constitucio

à Soller

en Juillet

et des rails du vieux tramway

qui filaient tout droit vers le ciel

 

Mais bien sur

tu ne l’as pas vu

Tu n’as pas vu le caballero

Et tu ne l’as pas vue

la gitane aux yeux verts

Tu ne les a pas vus

Caballero

 

 

 


Jean-Marie Kerwich – le chiffonnier des mots


montage  perso  à partir  de peintures

 

 

 

– montage  perso à partir  de peintures

 

Le chiffonnier des mots

Je n’écrirai plus. Je réapprendrai à ne pas savoir écrire. Cette vie d’écriture ne fait pas partie de ma condition de nomade. Je ne suis pas fait pour la lit­térature. Je suis de la race des arbres, je crie avec le tonnerre quand il s’annonce. Je ne suis qu’un vaga­bond, un chiffonnier des mots qui ramasse des pen­sées enguenillées au bord du chemin de son âme. C’étaient les fleurs sauvages, les feuilles mortes, la pluie, le vent, les ronces et les arbres qui me deman­daient de parler de leur vie. C’était une décision divine. Quand je rallumais mon feu de bois et me promenais dans des sentiers inconnus j’avais enfin appris à lire et à écrire. L’écriture était la roulotte où je vivais, mes poèmes étaient mes chevaux, mes pensées mes petites gitanes. Mais maintenant je dois retrouver ma vie nomade. Il est temps d’atteler mon coeur et de partir.

auteur  découvert  grâce au blog  littéraire  d’oceania…