voir l'art autrement – en relation avec les textes

Articles tagués “gondoles

Sous les spots électriques ( RC)


photo :       Andreas Gursky

Sous les spots électriques,

Trône, quelque part, invisible,

Le gardien des lieux,

Veillant au parcours fléché,

Du trajet sans surprise,

Des consommateurs,

Où les seules idoles,

Parées de pancartes voyantes,

Indiquent les arrivages massifs,

Les nouveaux produits,

Bonnes affaires et promotions,

En tête de gondoles.

De ces gondoles aux flots tristes,

En allées rectilignes,

Rien de rappelle Venise,

Ses fastes et ses misères,

Ni les eaux des canaux,

Se mirant dans les cristaux.

On trouve bien parfois , reconstituées,

Des images, qui parlent voyages,

Et autre rivages,

Des colonnes en béton,

Et quelques statues copiées,

Evoquant l’antique.

Mais c’est pour le décor…

Créer une ambiance sympa,

Mettant au second plan,

Les cliquetis des caisses enregistreuses,

( D’ailleurs,  on va le changer bientôt,

On s’approche des fêtes de fin d’année ) .

C’est juste à côté d’un espace

Où un vendeur, micro à la main,

Vante les mérites d’une auto,

La voiture est blanche ,

Et montée sur une estrade,

Elle tourne lentement, sous des banderoles jaunes.

Des palmiers dans leurs pots,

Sous la coupole en verre,

De la galerie marchande,

Voisinent la succursale d’une banque,

Une enseigne de chaussures,

Et une pharmacie.

Sur le sol de marbre,

Et aux allées larges,

Des personnes pressées,

Poussent leurs emplettes

Dans des chariots identiques,

Vers le grand parking.

Les gens doivent trouver bizarre,

Que je sois assis là,

Sur un banc en plastique,

Le stylo qui bave, à écrire tout ça,

Au moins je suis à l’abri,

Dans l’hypermarché.

Je n’ai pas assez d’argent sur moi,

Pour m’acheter, un papapluie.

A la cérémonie du temps perdu
Il y a si peu de nuages à vivre
Et désormais le soleil

Est dans l’instant *

 

* ces 4 lignes extraites de L’exigence du feu, d’Antoine Carrot, 

RC- septembre 2013


Le défilé des images ( RC )


Afficher l'image d'origine


En suivant les traces du temps
Comme des empreintes laissées dans la boue,
Il y a,                         sur ce fil,
Le défilé des images
De celles qui marquent un instant
Et finissent par pâlir,

Cartes postales oubliées au fond des tiroirs,
Restes d’affiches de campagnes électorales,
Catalogues fournis pour produits d’antan,
Et aussi les albums épais,
Des photos de famille.

Je parcours le tout,
Où se transforme,
En épisodes chronologiques,
L’univers,      même réduit au dehors,
Bordé de maisons proches,
Qui s’enhardissent de grues,
Et deviennent immeubles.

La famille rassemblée,
Au pied de l’escalier,
S’est agrandie d’un nourrisson,
Maintenant debout sous un chapeau de paille,
Puis, regardant sur la droite,
Le chat gris faisant sa toilette,
Que l’on retrouve seul, enroulé sur lui-même.

Ensuite, c’est une tante de passage,
Dans ses bras, une petite soeur arrivée…
>      Tout le monde est gauche,
Dans ses habits du dimanche,
Après le repas,
Peut-être suivant le baptême;
….           Il fait très beau dehors.

Ce sont donc des photos du jardin,
Les enfants jouent au ballon,
.         Le tilleul a étiré son ombre,
Au-delà de la grille voisine.
Plus tard,  toujours sur l’escalier,
Les habits suivent une autre mode,
….Dix ans se sont écoulés.

Le grand-père n’est plus,
Les allées sont cimentées,
La perspective est close,
D’un nouveau garage,
Occupé d’une  voiture,
Brillant de ses chromes,
Elle apparaît sombre,
Peut-être verte…

Un autre album,
Tourne la page d’une génération,
Le format des images a changé,
Issues d’un nouvel appareil.
C’est maintenant la couleur,
Témoignant des années soixante.

L’extravagance des coiffures,
Et des motifs géométriques,
S’étalant sur les murs,
Le règne du plastique,
Et du formica,   qui jalonne encore,
Les meubles rustiques      en bois.

Quelques pages plus loin,
Les teintes sucrées,
De photos polaroïd,
Donnent dans la fantaisie,
Des portraits déformés,
Pris de trop près,
Et surtout le voyage à Venise.

Gondoles et palais,
Trattorias et reflets…
Les lieux soigneusement mentionnés,
Au stylo à bille ….
>         Le beau temps tourne à l’orage,
—–  On suppose une  dispute,
Car l’album s’arrête là,

En mille-neuf-cent-quatre-vingt,
Sur la photo de l’amie,
Partie sous d’autres horizons,
Rageusement  déchirée,
Puis, maladroitement recollée,
Les souvenirs ne sont plus de mise,
Et restent clos dans le tiroir.

Le défilé des images,  lui,      s ‘immobilise.

RC  – 10 et 11 août 2013

un texte qui fait  « pendant  »  aux  « lamelles immobiles »