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une pierre informe dressée dans un jardin – ( RC )


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Il y a une pierre informe

dressée dans un jardin

et que chaque matin entoure,

comme des stries concentriques

tracées dans le gravier .

 

De la mousse s’incline

du côté où l’ombre persiste

avec l’aide de celle

de l’arbre qui s’épanche

en brouillon de branches .

 

C’est un monolithe griffé d’incidences,

fendillé de gel,

de lignes qui se prolongent,

et finissent par se perdre en segments

dont aucun n’est rectiligne .

 

C’est un temps indéfini

qui a mordu dans ce corps,

arraché sa chevelure ,

imprimé ses tangentes,

en rides et en fragments.

 

Peut-être était-ce une statue

qui a fini par perdre ses membres,

oublier son visage

et sa première apparence :

aucun indice ne la rend lisible .

 

Personne ne nous dit sa légende,

son histoire et le pourquoi

de sa présence :

elle est dans le jardin à la manière

d’un cœur entouré de ses graviers .

 

C’est juste une vieille pierre dressée,

que l’on dirait vivante ,

une vie y pulse encore ,          énigmatique ,

                    pour ceux que le temps dépassent :

personne ne pénètre dans son secret .

 
RC – janv 2019


Andrée Chédid – A peine


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———photo :   cimetière  Holt  Nouvelle Orelans  USA

 

_

À peine
Nous viennent-elles
Qu’elles s’en vont !
Cette chair Nuptiale
Bientôt réduite
A ses ossements
Cette âme
Motrice
Qui se dissipe
Cette vie
Mobile
Qui s’accroît
Pour mieux décroître
A peine
Nous convoque-t-il
Qu’il nous révoque !
Ce corps
Qui s’enfoncera
Rigide
Sous une dalle
Scellée au gravier
Du temps.

 

extrait de Minéral minimal


Cécile Odartchenko – Le dit renaît


peinture: J Sorolla - orangers d'Alcira

peinture: J Sorolla – orangers d’Alcira

Cécile Odartchenko, À l’ami Moreu
« le dit renaît »

Tu marches peu,
mais tu marches quand même dans le labyrinthe de ton jardin.
À terre, les pierres plates,
les creux et les bosses
qu’avec le temps
ont façonnés les poids des corps
se mesurant à la résistance des chemins.
Tu sais la terre,
tu sais la pierre, tu sais la craie et le gravier
et chaque racine qui prend le sable dans son bouquet
et le tient en place.
Tu connais le buis et le rosier,
les bordures, les touffes,
les feuilles douces, les feuilles lisses,
les piquants, les épines, les orties.
Tu es l’ami
de celui dont le visage plein de rides
est une campagne à lui tout seul
ou dont la main est plus rugueuse que la patte de l’éléphant
pour avoir tenu les outils de jardin depuis des millénaires,
vieux visages, vielles mains,
corps usés, rétamés,
de corne et de peau, plissés.

du site  des éditions des vanneaux