voir l'art autrement – en relation avec les textes

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Mike Stern – la marche du danseur


spectacle de Lucinda Childs

 

 

La marche du danseur
J’adore voir un danseur marcher
sur une surface ordinaire
hors scène et hors service
Gracieux même quand il pousse un caddy
le corps spontanément
devient si détendu si léger
que la pesante loi de gravité
semble n’être qu’une rumeur
La terre tourne sous les pieds du danseur
La lune et autres satellites
ajustent leurs orbites
Tout cherche sa place de nuit
Le danseur, de retour chez lui,
coupe des tomates en tranches et fait frire des oignons
debout dans la cuisine
comme un héron faisant une pause entre le rivage
et le soleil couchant.

 


Une éternelle Odyssée – ( RC )


Velickovic             soleil noir   1996

peinture:V  Velickovic             soleil noir   1996

 

 

Ce sont des tranches de vie,
égrainant leur retour :
Il n’y a pas de répit
dans le défilé des jours;

L’un après l’autre, se succèdent,
ceux qui se déguisent.
Des heures belles ou laides,
sur lesquelles on n’a pas de prise

C’est cette âme en peine,
voulant atteindre les sommets,
et que le destin enchaîne,
au toujours et au jamais.

Voir la légende de Sysiphe,
portant son rocher,
destin de l’éternel sportif
n’ayant qu’ à recommencer.

( Les exploits de la veille
ne sont plus d’actualité.
Plongés dans le sommeil
Ils n’ont plus existé ).

Ainsi on atteint à peine le solstice,
que, d’un parcours inexorable
on plonge dans les abysses,
pour renaître semblable.

La marée va et vient,
Le soleil s’efface dans le noir
on ne se souvient de rien,
et c’est une autre histoire :

Pourtant rien n’a changé ,
On est plongé dans la nuit,
( celle de tous les dangers)
et l’on connaît l’ennui.

Ce n’est même pas la mémoire,
qui nous joue des tours,
mais du dévidoir,
l’éternel labour,

Revenant sur chaque sillon,
exactement au même endroit,
dont nous nous rappelons
à chaque tour de courroie.

Jamais elle ne se casse :
Tu as voulu l’étérnité,
– plus jamais le temps ne passe –
et tout est banalité .

Aucune place à l’accidentel
Tu as déjà parcouru les chemins,
d’un retour sempiternel,
qui ne porte plus le nom de destin.

C’est pourtant toi qui l’as voulu :
échapper à la trajectoire mortelle :
la quête d’absolu
t’as fait client de l’habituel

de la gravité terrestre, échappé
tu es comme un satellite
qui s’est drapé,
dans son orbite.

Ne viens pas te plaindre :
tes désirs ont étés exaucés;
Tu as pu atteindre
cette nouvelle Odyssée.

Tu auras des choses à dire,
beaucoup d’aventures dans ton poème,
mais à bien les parcourir,
on comprendra que ce sont toujours les mêmes.


Conjurer la raison et le possible ( RC )


Frederick Prescott          « Down the Boardwalk  »        1993 Sculpture cinétique en acier

Il faudrait un langage particulier, pour conjuguer les saisons:

Mai ne peut être en hiver , novembre au printemps.

Conjuguer les saisons ou les conjurer.

Comme un cri d’appel ferait se joindre ce qui s’oppose, à priori.

Il ne me reste que quelques phrases à assembler, des images ….

Elles seraient puériles, comme une ombre blanche du réel,

si je n’arrivais pas à les recourber…

Et ton âme frôle mes yeux.

L’absence est une déperdition,

Mais je navigue encore à tes côtés.

Déplaçant la raison et le possible ,alors

Comme si je marchais la tête en bas,

Les pieds appuyés sur les nuages.

La pesanteur en anneau,

Autour d’une terre, sans centre de gravité,

Où tu serais partout,

                                                         A la fois.

RC – 14 août 2013

-( que je complète avec « Merci » du blog de la vieilledameindigne..

 »

Que le ciel est beau quand il nous renverse la tête

Comme c’est bon de glisser dans l’échancrure du destin

Si peu de gens connaissent le parfum des bonheurs doux

Le velours des yeux brillant d’un autre matin partagé

Corps embrassés âmes ardentes

Entre toi et moi il n’y a pas de frontière

ta peau est ma peau, ta main est ma main

enfin

il n’y a ni peau ni main

Pour tout cela, merci  « 


Pierres en gravité ( RC )


photomontage  Gilbert Garcin: Il faut imaginer  Sisyphe heureux

photomontage         Gilbert Garcin:          Il faut imaginer Sisyphe heureux

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Revenant à mi-mesure,        porté dans les bras
Un grain                    ( de bonne moyenne,)
–                  Amené  au bord d’un gouffre,
Insondable liquide,      rempli d’un sourire vert,
Juste après un cercle d’ondes,                   roche-
Roule et puis rebondit,     tout en échos sourds,
Jusque le silence aspire , du bruit ,  la distance.

<      Ou bien s’imaginer,
A une  échelle         beaucoup plus  réduite,
Ce qu’il faut d’efforts, pour déplacer un peu
Un grain de sable,      presqu’à notre taille,
Appuyé contre l’épaule,  de sa rudesse blonde,
Roc lisse d’un nouveau Sisyphe.
Appelé  à re-dévaler la pente.

Aux grains silencieux  de sable,
Qui s’écoulent  entre mes mains,
L’échappement, la chute, et la perte,
Car toujours                 ils se ruent,
Vers le plus bas,
Même s’il en reste  quelques uns,
Qui sont collés aux  doigts.

Et                s’il est question de gravité,
Et que nous naissions petits cailloux
Gravillons en bord de  route,
Ou pierres d’aquarium….
Etant donnés: le poids et la chute des corps…
<               Et pour terminer ce texte,
………………..           quelle en serait sa chute ?

RC – 23 mai 2013


A. Bonois – Ta voix cueillie ce soir


montage perso 2011

 

Le calme à l’entour frise le parfait
Investit
Mon espace d’antinomies
Je renonce
À écouter haleter la nuit
Où est-ce toi
Qui murmure et se tait
Cette aubade de la pluie
Comment séparer le silence
De ta voix
Qui se mue en fleuve d’absence

Folie ma folie
En vain
Ton regard aux lointains
Scrute sa nostalgie
Ce temps est à la gravité
Quand l’allègre déraison
Se situe ailleurs
Où valsent les saisons
Et les lascives fleurs
Au milieu du passé…

Et voici que ta voix
Au bord de la mémoire
Rappelle à l’âme sa cicatrice
Ta voix migratrice
Qui se pose sur ma paupière
Venue d’un hier
Où dévale le présent
Dans l’étonnement
Un éternel prétexte de joie
Ta voix cueillie ce soir…

® A. Bonois.
La Fare-les-Oliviers,
le 16 juin 2012.

 

 

 


Françoise Ascal – 3


Nouvelle  et dernière  « parution » sur cette  suite  qui en comporte cinq…

découvrir  autrement Françoise  Ascal, c’est  sur le site  de Claude Ber,  qui nous fait partager des créations littéraires intéressantes…

 

 

photo: Alvarez-Bravo: photographe mexicain

 

3

“Travail de deuil”…
Ne veux pas le faire, ce boulot. Veux laisser les plaies ouvertes, veux être traversée par d’éternelles douleurs intimes. Veux les nourrir, leur donner la becquée pour que jamais jamais ne meurent les visages aimés. Un jamais de pacotille, on le sait, à la mesure du dérisoire, un jamais naïf de fillette, une promesse d’ivrogne, une volonté d’irréalité, une crispation d’utopie, une insoumission . Non. Pas de travail de deuil. Pas d’accommodement. Pas de douceur. Pas de résignation. Pas de sagesse. Mais le mal nourricier, la blessure fertile, la blessure-rivière-vive travaillant au secret du corps, irriguant la chair, jaillissant en rébellion, en étincelles de tristesses lumineuses. Contre l’oubli.

Et pourtant.

“ Mémoire qui tue…
mémoire qui étouffe à petit feu..”. Excès de déchets organiques, pourriture lente formant vase au fond du cœur. Et l’on suffoque, et l’on s’égare à vouloir trouver le chemin inédit, le sans-trace, le non-balisé par les ancêtres, par la forge du temps, par la puissance de l’Histoire ou la pression des événements, même futiles, même anodins, même attendus. Sortir. Out. Sortir. Out. EXIT. SORTIR. ANY WHERE OUT THE WORLD. Trouver la passe, trouver l’issue, trouver la fente la faille la fêlure la fenêtre la face ou la farce, mais sortir. Sortir du pré du pré vu du pré paré du pré cité du pré posé du pré dit , quitter les pré dispositions, abandonner tout centre de gravité, rejoindre le nu d’un intervalle, la vacuité d’un interstice, percer la poche du circonscrit.

 

 


Anna Akhmatova – Pourquoi te déguises-tu ?


Dessin encre de P Alechinsky: tête de lion

 

 

Pourquoi te déguises-tu

En vent, en pierre, en oiseau ?

Pourquoi me souris-tu du ciel

Comme un éclair inattendu ?

Cesse de me tourmenter ! Ne me touche pas !

Laisse-moi à la gravité de mes soucis …

Un feu ivre passe en vacillant

Sur les marais gris desséchés.

La muse dans sa robe trouée

Chante d’une voix traînante, monotone.

Sa force miraculeuse

Est dans son angoisse cruelle et jeune.

 

 

Anna Akhmatova

 


Antonio Gamoneda – Il existait tes mains


 

illustration – Sandman Gallery

Il existait tes mains.
Un jour le monde devint silencieux ;
les arbres, là-haut, étaient profonds et majestueux,
et nous sentions sous notre peau
le mouvement de la terre.

Tes mains furent douces dans les miennes
et j’ai senti en même temps la gravité et la lumière,
et que tu vivais dans mon cœur.

Tout était vérité sous les arbres,
tout était vérité. Je comprenais
toutes choses comme on comprend
un fruit avec la bouche, une lumière avec les yeux

Exentos, I, in Edad
Poésie espagnole 1945-1990, Actes sud, page 181

 


Antonio Gamoneda

 


Poussières en gravité – (RC)


peinture:  Julio Larraz  -  rêve de jour  ( Day Dream)

peinture: Julio Larraz - rêve de jour ( Day Dream)

 

 –

Peu de chose

Juste tourneboulé,           sans gravité

Sens                                   de la gravité,

Grave  , et tes

Bras, tête, tout çà

Avoir la tête dans

 

En désordre, se retrouver

Reconstruire, et rire…

 

Laisser, coeur, poussière – s

En gravité, étoiles

Poussières  d’étoiles

Etoiles poussives

Trajectoires en sac

En l’espace courbe

 

De l’espace

On se cherche-on se trouve

Centripète- centrifuge

Centrifugeuse

Tout comme   –  refuge

On est  « tout chose »

 

Et        ce quelque  chose,

La petite étoile du matin

….         – c ‘est avec elle,

Que j’emmène  demain…

RC   Mars 2011,  modifié  26 avril 2012


Planter ses yeux dans l’au-delà (RC)


peinture: Giotto, le jugement dernier; détail - chapelle Scrovegni - Padoue -Italie

J’ai planté   mes  yeux

Dans   un bout  de ciel

Je ne sais s’il était bleu

Ou       couleur de miel

 

J’ai vu au-delà,       un rayon d’ange

Qui passait par là,    une de ses ailes

Qui avait de l’or, et de belles franges

C’était peut-être        une demoiselle

 

Sortie des nuages,  sur son matelas

L’ange me souriait,        sans vanité

Me faisant un signe,      de l’au delà

La tête en bas,    ignorant la gravité

 

Et la physique           de Newton…

Oui,               celui des pommes…

Un ange             vêtu de neige

Echappé          de son manège

 

Donnant                la lumière

Sans  saveurs               d’hier

Ecartant des orages, le bruit

Et du sombre,               la nuit

 

Dessinant un tracé   d’avenir

Sur une terre naissante

Grande-offerte à son sourire

Que         peut-être  j’invente

 

Car,       en regardant mieux

En dessus             d’horizons

Je n’ai vu              de radieux

Qu’un sourire      en frissons

 

Mais je l’ai gardé,     comme une buée

Sens dessus-dessous, la tête à l’envers

En voulant aussi,                le distribuer

La terre en a soif  …

RC  24-03-12

I pitched my eyes

In a piece of sky

I do not know , if it was blue

Or honey-colored

 

I saw , beyond ,        a ray of angel

Passing by,                      one of its wings

Dressed in gold,  with beautiful  fringe

Perhaps  was it ,          an angel-girl ?

 

Out of the clouds,            on a mattress

The angel smiled at me, without vanity

Making me a sign to me , from the heaven

Head down,                      ignoring gravity

 

And                        Newtonian physics …

Yes,                      the one of the apples …

 

An angel               dressed with snow

Escaped                  from his carousel

 

Giving light

Without flavors of yesterday

Dismissing storms, noise

And from the dark,  the night

 

Drawing a path for the future

On a                      emerging land

Great offered        to her smile

Maybe ….                       I invent ….

 

Because,        looking better

Above,               In horizons

I have just seen ,      bright

A smile ,                   in chills

 

But I kept it ,                       as a mist

Turned upside down, head upside

Wanting to                            deliver it

So thirsty  is the world .


Eugène Durif – L’étreinte, le temps 03


 

 

 

Cela, ne pouvons le voir ni l’approcher que par trouées intermittentes, espace silencieux des signes, les gestes frôlés des choses posées dans l’ en-face.

Elles disparaissent, unes et déchirées, la lumière se retire d’elles, les laisse exsangues.

 

 

peinture perso et duo: duo avec J Hemery 2000 exposition St Montan, Ardèche

 

 

 

 

 

 

L’

 

étreinte, le temps, ici, en suspens,

ce que dérobe le jour dans la gravité de l’éclair,

le ciel s’effondre, lambeaux,

visages fermés, l’ un à l’ autre

réfléchis.

A certains tremblements de parler,

dans l’ attente,

croire la retrouver à toute silhouette surgie,

ombre saisie sans atteinte.