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Nathalie Lauro – Je flotterai


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Je flotterai avec
Mes rêves et mes passions,
Bien au dessus,
De toutes ces questions.
Je ne voudrais à aucun prix
Poser les pieds nus sur la terre
Et découvrir un beau matin,
Le sang, les larmes et la poussière.
Mais je voudrais à juste prix
Profiter d’un si grand mystère,
Alors ignorer de plein gré
Incertitudes et suspicions
Puis le cloître de leur prison,
Le noir, le gris, l’enfer, l’envers
Et le pouvoir de tes poisons.


Sandra Lillo – Le ciel gris se colle aux fenêtres


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Le ciel gris se colle aux fenêtres
comme un papillon de nuit

ou est-ce toi qui le vois comme un
insecte qui sait à peine voler

lourd des promesses qu’ il n’a pas tenues

et c’est pour ça la mer

la nuit nos larmes le traversent .

——

voir d‘autres  textes  de S Lillo 

et sa parution le ciel coule sous les branches


Blés des causses – ( RC )


balade   - causse Mejean vers Drigas   -   16.JPG

photos perso :causses  Méjean & Sauveterre

Les petites sorcières de la nuit,
se cachent entre les pierres,
présentes et toujours immobiles ,
même dans la brume du jour.

En silhouettes inanimées ,
elles activent leurs ombres ,
endossant leur poids de silence.
          Leur échappant , des vagues vert-jaune
ondulent au sol ,          caressées par le vent.

Les blés contredisent les gris austères .

Le causse a son discours
       empreint de mystère
qu’on ne peut traduire,
avec des mots .

Mêmes les images
ne parlent que d’instants .
son étendue ne se cerne pas .
Comme l’ancienne mer qu’elle recouvre ,

il a quelque chose           d’une houle
qui se prolonge aux horizons ,
avant de chuter brutalement
au plus profond des gorges.

RC – juin 2017IMGP0958.JPG


Paul Gravillon – un feu d’artifice suspendu


Abstract 3D     Wallpaper w.jpg

 

Un feu d’artifice suspendu
s’enfonce dans le passé de la nuit
et l’illumine

Il jette des pièces d’argent
qui ont toutes les couleurs de la nacre
tous les mariages de la nuit et du jour
auxquels font contrepoint les basses
des mains entr’ouvertes
aux gris diaphanes
et des doigts demi joints
aux velours mauve

les bois s’estompent
à la lisière du soir
et tu t’avances
derrière ton masque de dentelles
froissées
ton œil pervenche
ta joue ambrée
ta moiteur crépusculaire

deux gouttes blanches
jaillissent de ton bouquet de plumes
des chauves-souris aux cris orange
fixées dans le vol
par le cerf-volant mordoré de leur beauté
déchirent un duvet rosé
leur élan vert
zigzague derrière elles

comme les veines du ciel
et de ton ventre
un doux tourbillon de papillons
saumon et pourpre
palpite
dans la transparence marine
où je m’enfonce

 

P G


Mots surgis d’un brouillard épais – ( RC )


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                                Peinture:              P Bonnard

J’ai prélevé dans le vocabulaire
que je connaissais,
quelques mots .
Ils se sont disposés, dociles,
sur la page blanche,     comme surgis
d’un brouillard épais,
où la conscience s’est perdue,
et le décor endormi .

Oh ! Rien de bien extraordinaire…
… presque rien…
Quelques essais jetés sur le papier :
une ou deux expressions
qui sonnent ,
accompagnées  du silence   ,
me déportant vers
le jour, qu’ils dissimulaient.

Il faut croire que les phrases
banales,
ne sont que des fenêtres grises,
occultant les pensées.
Tant de gris où tout se brouille,
et les étoiles
quelque part,
au-delà,

qui répondent
seulement si un chant
parvient à s’extraire
d’entre les lignes,
pour donner assez d’élan
à ma plume,
( et que cela soit aussi
un peu de moi. )


RC – janv 2016


Un mois de des cendres – ( RC )


photo Fabrizio Musacchio

photo :          Fabrizio Musacchio

 

D’une  grande étendue,
Un pays  tout entier,
Recouvert de gris.

De minuscules  détails ,
Si l’on maintient l’oeil immobile,
Refluent,      sous toutes les mues,
Du bruit et du silence, et son poids d’ écailles .

Il y a des morts.
Des petites      et des grandes,
Charriées par les matins .

Une sueur de sang,
Se décolore et va rejoindre
les fleuves.           S’écoulent
Lentement.

C’est  le corps desséché de l’astre,
Qui ne peut imposer le jour  ,
Pesant sur le gris  des draps .

L’indifférence des dieux,
Qui se détournent des champs de bataille …
Les lignes  de  la nuit
Se perdent dans les cendres.

RC – oct 2014

 

art minimal: Roman Opalka : ‘Detail 1965 / 1-∞’, 1965


Un volcan au Havre – ( RC )


photo Elainev -   architecture: Oscar Niemeyer

photo Elainev – architecture: Oscar Niemeyer

 

 

 

 

 

 

 

 

L’esplanade aurait pu continuer,
Indéfiniment.
Il suffisait d’aligner  les plaques  de béton.

Tant que l’espace  le permet ,
Entre les barres  d’immeubles ,
Sans  accroc.

Propice aux courses  folles,
Où viennent voleter
des  sacs  en plastique .

 

Il y a encore les traces de peinture  renversée,
Puis les  arcs  sombres
laissés par les pneus des voitures.

C’est un espace  sec, infertile,
De plaques  préfabriquées,
Où la ville  a  chassé  ses  arbres.

On s’étonne de voir une  frêle  silhouette le traverser.
Incongrue.
Comme un scarabée  sur une  plaque  de cuisson.

Et encore davantage
lorsque le gris uniforme,
Est stoppé  net,

Par les pentes  blanches, abruptes,
D’un Fuji-Yama,
Surgi, là où on l’attendait pas.

Une  envolée de l’esprit,
Prenant ses racines  au sein même  du banal,

Décisive.


RC  –  dec 2014


Voyageur des frontières ( RC )


photo: Evo Lielsen

peinture       : Evo Lielsen

 

Il va, dans l’encaissement des vallées,

Des villes qui débordent,

Du gris et de la rouille,

Et quelques ponts sur la rivière,

Il y va

Sur ces voies,

Où les banlieues cèdent du terrain,

Vers des parcelles en pente.

Il va,

Dans la campagne abandonnée,

D’herbe pelée,

Le bois humide et des pierres anciennes.

Il va,

C’est un espace étroit cerné de montagnes,

Répercutant l’écho des nuages,

Où se hissent péniblement les routes.

Il arrive,

Au delà de la frontière,

Espérant que le gris s’extirpe,

Le langage avenant et solaire…

Il arrive,

Dans un pays, porté d’autres instants

Mais retrouve les vallées encaissées,

Et des villes débordant de gris et de rouille…

RC – 24 août 2013

(  écrit en repensant au roman de  Maurice Pons: « les saisons » )


Anonyme ( RC )


peinture:                oeuvre de Peter Philipps  1963

Anonyme –

L’anonyme se confond                          avec les murs
Une brume flottante                          envahit la scène
Tout est opaque,                    les sons de portent pas
A plus de cinq mètres,                       et les tentatives
de distinguer ,            du brouillard, au-delà du rideau
Se heurtent à un voile                           dense et ouaté
C’est l’instant                              où la lumière est bue
Où,                       même la cloche de Big-Ben est « tue »
Où se tourne le film                     de toutes les terreurs
Et qui peut surgir alors ?           C’est Jack the Ripper…

Je suis un anonyme,                      que rien ne distingue
Dans la foule,                                               je suis gris,
et porte peut-être       ,                            un parapluie
Je suis en kaki,                      au milieu de la soldatesque
Matricule numéroté,                             élément casqué
Se fondant dans la masse,                 je suis l’automate
Sans sentiments,                           lisse et hors de l’ âge
Pas besoin                                de tenue de camouflage

Sans aucun avis,                                  et rien ne dépasse
Je suis mon destin,                                 celui de ma race
Ne maîtrisant rien,                     – et l’avenir m’embrasse
Flottant dans un fleuve,    des petits points,   des faces
Ne choisissant pas ,           la courbe ,      les trajectoires
Au p’tit bonheur la chance,             et gardez bon espoir
De revoir un jour,                                un peu de lumière
Devenir quelqu’un ,                                    sortir de l’hier

RC – 24-mai -2012


Mur ment ( RC )


photo:              destruction du mur de Berlin

Il a poussé ,         cette nuit
Un mur ,  au fond de l’allée
Il barre le jardin ,    de gris
Et même          l’allée  dallée

Si je ne peux pas passer au travers
Et te voir                 de l’autre  côté
Comme           d’une paroi en verre
Avec l’échelle des songes ,  l’ôter

—–>  Je vais  l’habiller  de lierre
Ou           le peindre de ton visage,
Enlevant une par une, ses pierres
Qui bousculent le paysage.

Je vais dessiner        une  fenêtre
Pour                que rentre la lumière
C’est  quand même ,   peut-être
Somme toute, affaire  d’imaginaire

Le coucher  sur le sol,
Le mettre en suspension,
Et faire           que s’envole
L’ombre     et l’oppression…

Tout ce que les murs murent,
Et l’ennui,           l’enfermement
Ce que le prisonnier    endure,
Quand durement , le mur ment.

Il n’y aura plus,   sur place
Que son dessin dans le jardin,
–Ton sourire  qui remplace,
Tout ce que j’avais peint.


RC  – 26 novembre  2012

document visuel: Jean-Pierre Tingaud


Phrases flottantes, en brume ( RC )


peinture perso: « sur l’angle » 1990 – acrylique

Aux murmures suggérés

Les airs , à travers les doigts des feuilles

Et capter d’une oreille attentive

Les sons d’une harpe de brume

Lent glissement  d’une barque

Au gré d’une errance suspendue

Du gris, sur le gris

La parole  chuchotée,

Du mystère des mots

Qui s’assemblent en phrases.

Bribes assemblées,

Un instant flottantes,

Gouttes  d’encre

Et qui prennent leur envol,

Quand  s’écarte le ciel…

Dissipation des brouillards matinaux,

Lorsque  se construit la page.

RC –   19 juin  2012


Eugène Durif – écorchures de la matière


peinture perso: Leadded (1998) huile sur toile

 

 

 

 

Ciel bas, presque gris. L’ œil, obstinément, tente de fixer. Déchirée, la blancheur feinte laisserait voir soudain l’obscène, azur.

Il ne désire rien tant que retenir ce qui s en va. Pans de ciel, croit-il discerner, à même d’improbables lignes j’erre. Si cela se relâchait complètement, ce serait un insupportable afflux de formes. Il voudrait délimiter, cadrer une surface très précise à l’ intérieur de laquelle puissent s’accomplir tous les excès: jusqu’à leur plus extrême rigueur.

…EXtirper quelque chose du vivant, fixer dans l immobilité, le calcaire même du rêve…

Dans une proximité fiévreuse, la parole se veut alors égale à la tension du regard. En vain, elle ne le sait que trop bien. Sans illusion, elle tente d entrer en résonance avec ce qui lui demeure résolument étranger, matérialité agissante qui, dans son évidence calme, n a d’autre chemin et détour qu’elle-même.

Rien d autre qu un certain jeu de la couleur ou une lumière nue portée tout à coup sur les choses. Et le sol cède ouvrant à une infinité d autres scènes. Où traces, balafres, écorchures de la matière.

 

Comme un désir de refaire sans cesse le trajet de la main et de l’oeil. Paradoxalement, un glissement progressif vers l’effacement. Le récit subtil d une impossible appréhension.

Jet in copper. Un écho, une sédimentation lente, dont ces mots seraient comme une lointaine métaphore et qui n arriverait jamais à se figer tout à fait dans la fixité de l’ image.

C’est d’une étreinte oubliée avec la matière (elle seule s’en souvient) qu’est né ce frémissement de la rigueur. Catastrophe très ancienne de laquelle plus rien n est visible à la nudité de l’oeil. A peine d imperceptibles fêlures, minuscules effondrements, restes souterrains et secrets, en témoignent-ils. Entailles douées au toucher. Aux aguets, le regard se pose sur l’apparence. Il se méfie de ce qui va de soi. A longtemps fixer, il demeure, désireux de percer quelque secret. Il fouille vers l’  intériorité supposée, la profondeur, ce dedans velouté et impensable des choses. Il voudrait déchirer l’ordonnancement des formes, lacérer lambeau par lambeau, fragment après fragment, refaire le tracé, le trajet de la main sur la plaque.

 

Images fauchées à ras, abolies. L’ oeil se scrute jusqu ‘au blanc, a la presque cécité qui se confond avec la nuit solaire. Il s’écorche un peu plus et disparaît le reflet alors que la main progresse, que l’  instrument entaille, entame l’  espace offert, jamais assez vierge de présence. Un arrière goût de sang. Son battement sous les paupières. Le visage aussi s’efface, puis l’œil. Dans la proximité de ce qui se dérobe, le regard se tend un peu plus. Il enchâsse toutes formes arrachées à la nuit, captées fugitives-fragiles, tente de recomposer ce que la lumière érode et ronge. -Mais plus rien ne lui tait signe. Aucun centre, nulle part. Dans le silence écorché de l’organique, l’imperceptible respiration des pierres, tout lui semble voué à

la corruption, l’  anéantissement. Lueurs. l’  aveuglement. La découpe. Imaginer un instant la déchirure de l’oeil et guetter ce moment très pur où l’infiniment grand rejoint, en un attouchement léger, l’infiniment petit. Le souffle court. -Mais la main jamais ne tremble.


L’armoire, porteuse d’histoires (RC)


La vieille armoire, celle qui prend feu
A abrité longtemps des piles de draps
Des trousseaux inutilisés, mangés par les rats
Autres générations , autres enjeux

Tante Ernestine est morte
Un jour d’hiver fardé
Auprès de son feu, attardée
Un jour ,  a cédé sa porte

Et les piles des habits d’antan
Les parures et les dentelles
Napperons de belle vaisselle
N’ont pas attendu les petits enfants

Partis ailleurs  émigrer
Se chercher, loin du bercail
Une raison de vivre, un travail,
Evidemment de leur plein gré

La maison d’Ernestine est vide
Personne n’est revenu au village
Lui rendre un dernier hommage
Aux maisons barricadées, arides

Il a fallu extraire les meubles pesants
Du pays de la famine
Rongés par la vermine
La vie d’antan, du modèle paysan

image: — combinaison informatique, — production personnelle —- dec 2010

Le feu qui maintenant
Dévore le bois craquant du sapin
Se nourrit des volutes du destin
De l’exil, des déserrements

Alors que,  patient témoin gris
L’olivier au feuillage argenté
Décrit le temps des ancêtres arrêté
Sans s’en montrer davantage aigri.

RC