voir l'art autrement – en relation avec les textes

Articles tagués “guérison

Jean Blot – Les cosmopolites


photo perso  quartier chinois  de Dublin - 2007

photo perso quartier chinois de Dublin – 2007

 

 

 

A force de courir  le monde…
la vie devient  étrange et plus docile à l’espace qu’au temps…
C’était Paris, Londres, New York, ou Genève, mais  était-ce avant ou bien après ?
En chaque ville, quand on la  retrouve, la  durée se ressoude, son tissu se refait, comme  si l’absence avait été une  blessure et le retour une guérison.
Qui vit en un lieu suit le temps dans sa marche et épouse son mouvement.
Mais le vagabond reprend à chaque  étape  le jour qu’il avait laissé là, qui s’était endormi et qu’il réveille en revenant. Ou bien, au contraire, un fil relié sans cause des lieux  éloignés et telle  conversation commencée à New York se poursuit à Genève, rebondit à Londres, et se conclut à Paris.
Cet ami rencontré sur la 5è avenue, on le retrouve sur le pont du Mont-Blanc, on le quitte  dans un café  de Montparnasse.
Ou encore on oublie le lieu, le temps: l’amitié  seule demeure.
Il semble parfois qu’il n’est ni passé, ni avenir;  ni lieux  distincts, mais un seul présent aux  facettes  nombreuses qui résistent  au classement et n’obéissent  
qu’aux  lois  secrètes  du sentiment.

Voyages départs  et retours font  que la  vie prend  de l’épaisseur, mais  qu’elle  ne  coule pas comme  elle  devrait.
Quand  on revient, on dirait que le temps se fait réversible:  tout  recommence…

 

Les cosmopolites   ( Gallimard)


Patrick Cintas – Analectic song


        peinture:      Lee Krasner

 

 

 

Je me fiche de savoir qui je suis
fruit du hasard dont je ne sais rien
ou pierre parmi les pierres
qui fondent cette vie sous l’existence

Je suis et cela ne tient qu’à un fil
voilà ce que je sais et ce que je peux chanter
si vous m’écoutez vous dont la voix s’est éteinte
quand l’enfant est mort en vous
et autour de vous

Ce que je pense n’a aucune importance
pas plus que ce que vous pensez
aucune vision n’a de l’importance
aucun résultat de mes actions ni des vôtres

Si je chante c’est que vous chantez
et si ma voix ne porte pas
c’est que vous n’entendez plus rien
qui ne soit pas en accord avec ce que vous devenez

Ici on ne se concerte qu’à propos de questions religieuses
ou politiques ou artistiques
parce que ces éthiques sont le moyen de contrôler le temps
et par conséquent les intérêts et les dettes

Mais je n’ai que faire de vos convictions à la noix
de vos superstitions et de vos arts

Ce n’est pas ainsi que je conçois ce qui m’est donné
c’est-à-dire cette vie
à laquelle je veux donner le sens d’une existence
c’est-à-dire d’une œuvre

Pas de livre à mon chevet, pas de propre du temps
pour ramasser ce que la pensée ne sait pas comprendre
Pas de sens à prendre au lieu de le donner
Je ne suis pas cet homme !

Tout ce qui rentre dans un livre me révolte
Tout ce qui en échappe pour constituer une œuvre me fascine
Et c’est là toute la différence
Ce qui me distingue de vos systèmes contraignants
de votre manière de contraindre pour avoir raison

Vos crises ne sont en rien des révolutions
Vos choix ne parlent pas de ce qui m’accorde une certaine audience
Vos leçons de morale confinent à l’immobilité ou au conflit
selon que vos possessions fructifient
ou que vous êtes dépossédés par vos ennemis

Je n’ai pas d’ennemi ou je n’ai que des ennemis
Je ne possède rien qui flatte vos convictions, vos superstitions et vos arts
Je suis un instant et je ne suis pas le temps
Je pousse comme l’herbe mais je ne connais pas le soleil

Une chanson suffira à me ressembler
une chanson que je qualifierais d’analectique
car elle vous contient
comme elle m’expulse de ce monde

J’arrive en ami
et je pars sans souci
c’est comme une guérison
tant votre fréquentation m’a renseigné
sur l’état de vos intentions existentielles

Vous êtes des écoliers épris de dissertations
mais ni la somme de vos dissertations
ni la compilation de vos existences
ne forment le livre dont vous avez rêvé
pour donner un sens aux écrits qui l’ont perdu en route
Vous êtes la négligence et la paresse
qui me donnent la minutie et la rapidité

Minutie de l’objet
et rapidité de la forme à le donner
tel qu’il envisage les faits
qui m’appellent

Là je reconnais la complexité et la pensée
à la place de vos articles, de vos psaumes et de la poésie
à toutes les sauces

Mais je ne suis que l’auteur de cette chanson
Je n’ai pouvoir que de constater que je pousse comme une herbe
et que mon sort est celui de cette herbe
des milliers de fois recommencée pour que j’existe un instant à sa place

Il me vient à l’esprit
en me penchant encore sur ce détail
que je suis un peu cet enfant que j’ai cru mort depuis longtemps
et non pas un de ces prophètes cosmiques !

Certes il est mort de sa propre main
tué par lui-même
comme cela arrive sans cesse
pour que la maturité s’empare du pouvoir

Privé de futur
par son geste même
il ne représente que ce segment d’existence
comme le boulet qu’on attachait jadis à la cheville des forçats
un par un rejoignant la mer par le Passage des Tristes

Je sais sans pouvoir l’expliquer que son chant mineur
est le récit de sa courte existence
que son chant majeur représente sa voix possible
et qu’entre ces pratiques du chant
quelque chose ressemble à de la poésie
Je sais tout cela
et je le sais depuis longtemps

J’ai construit toute mon œuvre sur ces pilotis
fasciné par le vent et les marées
nourri d’horizon et de soleil
de lune quelquefois
quand le sommeil ne savait plus
par quel bout me prendre

Certes vous êtes les conservateurs de l’Humanité
et j’ai visité votre Conservatoire en toute tranquillité
car ce qu’on y retient par les basques
n’est que le reflet de ce que vous imposez à l’Histoire

Loin des sciences et de la philosophie
vous n’êtes que des doctrinaires, des superstitieux et des artistes
sans véritable expérience des choses et des faits

On ne peut pas vous aimer
C’est impossible
et je chante enfin cette mort de l’enfant
en toute connaissance de cause

Patrick Cintas.

Extrait de Analectic Songs V

on peut  retrouver l’auteur  dans les pages  du Chasseur  Abstrait...


Hope there’ll been someone. (RC)


En espérant qu’il y aura quelqu’un …(   Hope there’ll been someone..)

(d’après le titre éponyme  de « Anthony & the Johnsons)

photo de spectacle Anthony & the Johnsons

Où poser ma tête, avec ce fantôme à l’horizon de mes jours ?
Comment pourrais-je dormir encore et suivre la nuit ?

Dans ce no man’s land, de l’étendue nocturne
Survivre aussi, entre la lumière et le vide

Je ne veux pas être celui qui sera laissé là
Laissé pour compte, à la seule attente.

Si je tombe aux pieds du prêtre, du mage,
Afin qu’il puisse me donner la lueur d’un jour d’espoir

Acceptera-t-il que ma tête se repose ?
Et vienne m’offrir de la guérison, -le refuge ?

Alors me voici, espérant ne pas me noyer
Ou être paralysé dans la lumière soudaine..

Et, non d’un chien je ne veux pas aller
Jouer au funambule, sur le fil du temps

Il y a encore des jours, qui succéderont aux nuits
Et le parcours, peut être encore accompli , sans l’ennui

RC 12 mai 2012

( à partir de la traduction de la chanson de Anthony & the Johnsons, Hope  there’ll been someone..)

A noter une  superbe version du Perfect Day de Lou Reed  ( avec LouReed.)