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Herberto Helder – De Mundo 02


Evert Lundquist - 5 STILL LIFE II 1950.jpg

peinture: Evert Lundquist   – nat morte     1950

 

Une cuillère débordante d’huile d’olive
une main tremble à passer
le fil qui partage le monde :
cuillères de feu :
leur reflet calcine paupières et pupilles
– cuillères rasant les braises en équilibre
sous les abîmes d’atomes
des jours.

Parce qu’il doit mourir
dans le sommeil tombe l’eau froide, et elle bout,
dans le sommeil l’eau devient calcaire et froide
ah cette brusque montée de fièvre,
les images insensées.
Le pelage noir des mères suinte sur ce visage d’enfant
qui se détourne.
Seul lui peut ainsi se détourner si longtemps
en dormant,
enfant qui s’étire
Cherchez-moi un nom pour la mémoire
une harmonie sonore
que l’on puisse écrire sans se dévoiler
un nom pour mourir.
Parce que l’enfant traverse tout
et va se heurter au centre même
de lui-même.

…et puis plus aucun n’ose parler, et
chaque chose devient acte

au-dessus de chaque chose, et tout ce
qui est visible bouscule un territoire invisible.
Rendu à la vie – et par cette parole minimale
apparaît alors un presque rien
qui arraché de la feuille et à
l’écriture maladroite semble
la surface imposante de Dieu, c’est ainsi
que tu es rendu à la vie, toi
qui juste un moment avant étais mort.

 


Conte soufi – La cithare du bonheur


Résultat de recherche d'images pour "cithare"

 

C’était un homme droit et sincère
qui cherchait le chemin du bonheur,
qui cherchait le chemin de la vérité.
Il alla un jour trouver un  vénérable maître soufi
dont on lui avait assuré qu’il pourrait les lui indiquer.

Celui-ci l’accueillit aimablement devant sa tente et,

après lui avoir servi le thé à la menthe,
lui révéla l’itinéraire tant attendu :
« C’est loin d’ici, certes, mais tu ne peux te tromper :
au cœur du village que je t’ai décrit,
tu trouveras trois échoppes.
Là te sera révélé le secret du bonheur et de la vérité. »

 

La route fut longue.
Le chercheur d’absolu passa maints cols et rivières.
Jusqu’à ce qu’il arrive en vue du village dont son
cœur lui dit très fort :
« C’est là le lieu ! Oui, c’est là ! »

Hélas ! Dans chacune des trois boutiques
il ne trouva comme marchandises
que rouleaux de fils de fer dans l’une,
morceaux de bois dans l’autre et pièces éparses de métal dans le troisième.

Las et découragé,
il sortit du village pour trouver quelque repos
dans une clairière voisine.

La nuit venait de tomber.
La lune remplissait la clairière d’une douce lumière.
Lorsque tout à coup se fit entendre une mélodie
sublime.

De quel instrument provenait-elle donc ?
Il se dressa tout net et avança en direction du musicien.
Lorsque, stupéfaction,

il découvrit que l’instrument céleste
était une cithare faite de morceaux de bois, des pièces de métal
et des fils d’acier qu’il venait de
voir en vente dans les trois échoppes du village.

A cet instant, il connut l’éveil.
Et il comprit que le bonheur est fait de la synthèse
de tout ce qui nous est déjà donné,
mais que notre
tâche d’hommes intérieurs
est d’assembler tous ces éléments dans l’harmonie.

 

Conte soufi.


Il y a tout à apprivoiser, du présent ( RC )


peinture:           Sandro Botticielli;       la naissance de Vénus   1490

D’abord fermer les yeux et les ouvrir ailleurs.

Et puis s’efforcer de la suivre «  à l’instinct »

Comme sauter à pieds joints dans un autre monde.

 

Couleurs déplacées, ombres allongées, végétaux inconnus.

Elle ne connaît d’attraction terrestre,

qu’un pied léger, posé sur le jour qui naît…

 

Les combinaisons de soi , à elle
les mots qui lui parviennent, ne sont plus les mêmes

Chargés de sens et d’irisations multiples

Un ensemble silencieux, refermé sur son mystère,

 

Peut-être à contourner, faute d’avoir les clés du passé.

J’ai ouvert les yeux, finalement, à l’audace d’une fusion,

A l’harmonie d’un jour auquel elle accorde des touches de soie,

 

Comme la naissance de Vénus, de Botticielli,

Ayant l’évidence d’une éclosion,     unique et attendue, à nos yeux neufs,

….   Il y a tout à apprivoiser, du présent.

 

RC  – 26 mai 2013


Philippe Delaveau – Jean-Sebastien Bach


peinture :  Fr Kupka

 

 

JEAN-SÉBASTIEN BACH

 

Au commencement et à la fin de la phrase,

c’est ton visage qui attend vieux maître et ton regard

sous la chandelle au grenier – presque aveugle.

 

Avec ces bruits d’enfants nombreux entre querelle et rires

dans la maison comme une fugue où se perd

le nom dilaté par les voix de musique,

de tant de signes sur les cinq traits où ta main s’est posée.

L’été qui a mûri les fruits et l’harmonie du monde

offre un répit sur le gué de l’accord au vaste hiver.

 

Le fil de soie de la mélodie élabore

un chemin sombre et clair sur les décombres

du thème au préalable inscrit et simple

au blason gris des bémols ou des dièses.

 

Avant l’épuisement de ses détours et la résolution

sur le clavier d’ivoire de la tonique.

 

Ici ta main rature de sa plume : Seigneur

si ton Nom est grand et pauvre, mon espérance.

Que la joie qui redescend de la voûte avec les cors

et les voix d’anges. Mais dimanche s’approche.

 

Il faut dans l’harmonie ingérer l’air et que le souffle

illumine un chemin vrai du cœur au cœur.

Puis un accord résout longuement au point d’orgue

le commencement à la fin de la phrase.

 

Son nom secret d’une musique, Philippe Delaveau, éditions Gallimard, 2008.

 

 


Ibrahim Koné – J’ai compris


 

 

oeuvre graphique,        centre d’ art de Vilnius,      – 2011

J’ai compris.

J’ai compris qu’il vaut mieux se taire quand on veut se faire entendre
Que le silence est une cruche, remplie d’un nectar doux et tendre
Que la patience des braves ne se mesure pas toujours en terme de victoire
Que la vie d’ici bas n’est pas qu’un purgatoire

J’ai compris qu’il vaut mieux sourire en quittant ce monde
Que les larmes sont le signe de l’abandon et du doute
Que le sourire efface la crainte même dans la déroute
Qu’il n’y a rien de meilleur que l’harmonie et la paix profonde

J’ai compris que le temps ne passe pas comme l’on croit
Que c’est nous qui passons dans le temps qui nous tend la main
Que gagner le pain a la sueur de notre front n’est pas une croix
Que la vraie croix est la façon dont nous mangeons ce pain

J’ai compris que la beauté n’est qu’une pale copie de la bonté
Que la parure du cœur vaut mieux que les fards sur le visage
Que les belles paroles ne font pas toujours le sage
Que le sage et le fou sont les deux voix de son immense bonté

J’ai compris que finalement je n’ai rien compris
Que chaque jour révèle que nous n’avons rien appris
Que ma raison n’est pas nécessairement ton tort
Que la vérité n’est pas toujours du coté du plus fort
J’ai compris…

Ibrahim Kone.             ( auteur ivoirien)

 

 


Claude Albarède – le dit


 

 

Le dit

On dit rumination
mais c’est de l’herbe folle
agitée par le vent

On dit même harmonie
c’est de la pierre qui refuse
d’aller plus loin contre l’abîme

Et parfois on dit rêve
c’est le troupeau
debout sur ces arêtes
et ruminant
l’herbe contrariée.

Claude Albarède

 


Christine Clairmont – le pays


peinture: Jacques Hemery: « Approche des lieux » Gouache  La Ciotat  1996

Le pays que je préfère
Est à l’intérieur de moi
La montagne des chimères
Plantée d’arbres à pourquoi.

Il faut tracer un chemin
Dans un bois impénétrable
Sous l’écorce du destin
Chercher le sens de la fable.

Trouver l’harmonie du Temps
Dans les branches du mélèze
Pour que la peine d’antan
Au vif du printemps se taise.

Découvrir sous la fougère
La pervenche aux yeux d’enfant
Qui dans le feu de la guerre
Gardait son contentement.

Aboutir dans la clairière
Où dort l’étang du futur
Tandis que la pensée mère
Monte sans frein vers l’Azur.

Christine Clairmont. « Sur un air d’éternité » 1986


Robert Burns – Mon amour est une rose rouge, rouge


Big rock – Mallapuram India

 

 

Mon amour est une rose rouge, rouge,
Au printemps fraîchement éclose.
Mon amour est une mélodie,
Jouée en douce harmonie.

Si belle es-tu ma douce amie,
Et je t’aime tant et tant,
Que je t’aimerai encore, ma mie,
Quand les mers seront des déserts.

Les mers seront des déserts secs, ma mie,
Les roches fondront au soleil,
Et je t’aimerai toujours, ma mie,
Tant que s’écoulera le sable de la vie.

Au revoir pour un temps m’amour,
A te revoir dans peu de temps!
Je reviendrai, mon seul amour,
Même de l’autre bout du monde.

My love is like a red red rose

My love is like a red red rose
That’s newly sprung in June:
My love is like the melodie
That’s sweetly play’d in tune.

So fair art thou, my bonnie lass,
So deep in love am I :
And I will love thee still, my dear,
Till a’ the seas gang dry.

Till a’ the seas gang dry, my dear,
And the rocks melt wi’ the sun :
And I will love thee still, my dear,
While the sands o’ life shall run.

And fare thee weel, my only love,
And fare thee weel awhile !
And I will come again, my love,
Tho’ it were ten thousand mile.


André Velter – La poésie ne peut être coupée ni du sacré


La poésie ne peut être coupée ni du sacré ni du réel.
Elle n’est pas un réservoir de mots d’ordre.
Elle a du souffle et pas de frontières.
Sa langue lui appartient, mais elle appartient à la rumeur des langues.
Opaque à tout populisme, elle n’a pas à craindre d’être populaire.
Si elle est vécue, elle change la vie.
André Velter
extr  de   » la poésie  en dansant »

Dessin, Henri Matisse, étude pour le Danse


D’Reality – Ma si belle imperfection


photo: Imogen Cunningham

D R, , auteure, dans  son blog, ( du miel et des chicons ),    de ce beau texte,  m’a autorisé  à le publier…

—-

in Du Velours et du Satin | Tags: , , ,

Quelques minutes d’énergie pure, d’harmonie passionnelle où je ne cède plus à la raison, où je suis entièrement moi… nue, vierge de tout apparat, où mes sens et mon instinct reprennent le dessus des conventions. Je suis le feu, le pur noyau brut. Sensuelle, extrême. Quelques minutes où je me donne sans compter, sans réfléchir. Où le corps reprend ses droits, où la tête attendra…

Tu es ma parenthèse dans ce monde de belles phrases. Tu es mon secret dans ce monde sans mystère. Tu es la ride sur mon visage lisse, celle qui reflète ma nature profonde. Tu es ma si belle imperfection. Le sillon qui me révèle. La ligne d’un nouvel horizon où je n’ai plus peur…

photo; Imogen Cunningham


Jorge Luis Borges -Voir.


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Voir que la veille est un autre sommeil
Qui se croit veille, et savoir que la mort
Que notre chair redoute est cette mort
De chaque nuit, que nous nommons sommeil.
Voir dans le jour, dans l’année, un symbole
De l’homme, avec ses jours et ses années ;
Et convertir l’outrage des années
En harmonie, en rumeur, en symbole.
Faire de la mort sommeil, du crépuscule
Un or plaintif, voilà la poésie
Pauvre et sans fin. Tu reviens, poésie,
Comme chaque aube et chaque crépuscule.
La nuit, parfois, j’aperçois un visage
Qui me regarde au fond de son miroir ;
L’art a pour but d’imiter ce miroir
Qui nous apprend notre propre visage.
On dit qu’Ulysse, assouvi de prodiges,
Pleura d’amour en voyant son Ithaque
Verte et modeste ; et l’art est cette Ithaque
De verte éternité, non de prodiges.
Il est aussi le fleuve interminable
Qui passe et reste, et reflète le même
Contradictoire Héraclite, le même
Mais autre, tel le fleuve interminable.

L’autre, le même.