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Henri Bauchau – Gare de Lyon


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Ta statue traverse ma foule.
Tes quais piétinent .
la liquidité de mon existence.
Les locomotives du sommeil
rouillent sans te déchiffrer.
Errance, Merrance, l’horaire sans lacune
sur l’amour imprimé de force
traînaient tes wagons laconiques.
L’enfant ébloui des tunnels
en criant, en créant vers toi
a roulé, enroulé, déroulé sa déraille
en faisant jaillir de la mer
de la barque échouée du temps
sa statue verrouillée de fer
qui s’échappe du cœur-de-rails
parmi les passions turbulentes.
Ton phare mince et véridique
sa stature traverse ma vie
son amour, ton sexe enfantin
séparant l’heure vigilante
de l’activité du néant.


Henri Bauchau – Matines


 

arrivée de lumière dans une grotte -  photographe non identifié

arrivée de lumière dans une grotte – photographe non identifié

 

Matines

 

 

Que l’homme dans le temps utile

Soit l’impatience d’exister

Et l’âme dans les eaux nubiles

Ouverte à l’immobilité

Peu de préceptes, la clarté

Peu de paroles de prière

Et cette sobre ébriété

Dans l’abondance de lumière.

 

 


Henri Bauchau – L’Enfant rieur


poupées d’indiens d’Amérique du Nord: Menominées

 

 

L’Enfant rieur

Je suis toujours l’enfant rieur, cet enfant que la guerre
A empêché de vivre en riant son enfance.
Jeunesse, encore en moi, je vais, je cours, je nage
J’adore les chevaux et skier dans la neige
Mon corps est amoureux, il aime, il est aimé
Mon corps est très patient, il est à mon service.
L’instant, couleur du temps, vient à moi promptement
Sur vos balcons, glaciers, travaillés de lumière
De toute ma chaleur je t’écoute, Soleil !

Un jour, je suis tombé, je tombe dans mon corps
Il m’a serré de près, je tombe à la renverse.
Je ne suis plus mon corps, je suis dans ses limites
Je suis un apprenti de mon corps de grand âge
Ignorante espérance, tu vois, je m’abandonne
À la pensée d’amour de ma fragilité.

Henry Bauchau

 

 


Henri Bauchau – LIANT Déliant


photo montage perso.

 

 

 

 


LIANT DELIANT

Doutant du regard
doutant de la voix
doutant du passage réel
de l’amour dans les bois enroués par l’hiver

Suivant le courant
la voie des rivières
relisant du cœur
les points les accents la course légère
de ses lignes bien espacées

Doutant redoutant
l’arrêt du soleil
des songes du temps des dons du sommeil
ne redoutant plus
l’air en mouvement l’écriture claire
liant reliant
déliant l’émoi
de sa mécanique légère

Henri Bauchau, Poésies 1950-1986, Actes Sud, 1986

Henri Bauchau – Oedipe sur la route – exercice du matin


 

 

 

 

 

un très petit extrait poétique du livre paru chez Actes/sud

 

Exercice du matin »

le matin sortant du fleuve
sortant du lit débordé
innocence de la terre
au regard miraculé.
exercice de l’éveil
mage du soleil levant
du céleste éclat de rire
dans le fol éclat de rien.

écriture sur le sable
tables du sommeil profond
exercice du langage
déchirante obliquité
à la porte du délire
déliante obscurité
l’innocence de l’oreille
se prosterne au plus profond.