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Ismaël Kadare – L’Antenne


L’ANTENNE (fragment)

120517 (350)r

Quand vient la nuit
Vous dormez, dormez.
Tandis que moi je veille
Sur le toit incliné.
Les courants d’air m’assaillent de tous les côtés,
La pluie souvent me trempe,
Parfois les vents me fouettent.

Je suis comme un bâton dressé vers les cieux,
Un morceau de fer,
Rien qu’un morceau de fer.
Mais chacun de mes millimètres
Connaît plus de langues
Que tous les linguistes,
Vivants ou morts.

Chacun de mes millimètres qui capte les émissions
Comprend à la musique
Plus que tous les musiciens.
Chacune de mes particules
Sait plus de nouvelles
Que n’en savent ensemble
Les reporters et les politiciens.

Je les saisis toutes
Je les récolte toutes
Moi,
Le bâton dressé haut dans le ciel.
Les speakers s’adressent à moi des quatre horizons.
Les uns parlent,
D’autres crient,
D’autres encore hurlent.
Au milieu d’orchestres et de bises hivernales

De la chronique du monde
J’entends la trompette.
Et moi je sais le langage des ondes
Le parler gris des horizons sans fin.
La lettre latine, la cyrillique, les hiéroglyphes
Descendent comme des araignées
Sur mon corps.

A travers mon corps elles passent
Toutes, toutes :
Les victoires des peuples,
Les manoeuvres des diplomates
Et, comme des griffes de tigres, les clauses des traités
Pour notre Albanie,
Calomnie, calomnie, calomnie.

 

Ismail KADARE in « La nouvelle poésie albanaise »         (P.-J. Oswald)

I Kadare  est  surtout connu pour  son oeuvre romancière…  mais  on peut  découvrir certaines  créations poétiques   sur le site  de Guess Who…


Anna Niarakis – A tu


peinture; William Hogarth      –     Sigismonde pleurant sur le coeur de Guiscardo         1759 ( détail)

 

 

 

Anna Niarakis, auteure grecque, nous transmet ce texte  avec quelques maladresses grammaticales  ( voulues, je suppose), qui évoquent la saveur  d’un accent  étranger

 

A tu

A tu, s’adresse ce poème.
Comme tant d’autres.

A tu, qui tu graves hiéroglyphes
sous la lune d’un désert.
Ou d’une ville déserte, tachant
ses murs sales avec peinture rouge.

Errant, aube
Demi éméché, demi fou
dans les rues, places et des permis
autoroutes,

immobile.

A tu, qui tient à l’écart
de silence, bégayant devant
Le feu et sa colère égarée

Qui tu plantes jacinthes dans un
colline sec de mots morts et
tu attends le printemps.
Corps des impulsions déséquilibres
soigné
solide et lourd
dans la clarté de ta tristesse.
Perdu.
Tu découvres ce que tu
vas perdre encore et encore.
Tu secoues du noir
les épaulettes colorées
et tu tires ta route
Espoir improbable de mon obsession.
À tu,
que je ne connais pas
qui tu es,
Je sais seulement que
tu viens…
.

 

Anna Niarakis