voir l'art autrement – en relation avec les textes

Articles tagués “hommes

De la sueur des hommes- (Susanne Derève)


peron toles-pdf

              Pierre Péron – port de commerce  Brest

 

 

 

Que sait-on de la poussière des grues

et de la sueur des hommes 

 

Que sait-on des derniers relents de la nuit

quand l’humidité ronge insinue

coule sous les paupières

la sève brûlante du sommeil arraché                                           

au café du petit matin         

 

                       

Muscles gourds sous les bleus de chauffe

corps durcis endurcis muets

corps las

du cliquetis des bielles

de l’aigre stridulation des essieux                                                                      

de leur implacable giration de chronomètre

 

                                                                           

Métal glacé des crevasses profondes

gerçures plaies immondes 

 

 

Que sait-on de l’asphalte                                                        

suintant de graisse et de cambouis            

flaches saumâtres

de ces navires à quai

gueules béantes

dont les entrailles grondent

réclamant leur  tribut

de fournaise et de bruit

épaves moribondes

 

 

étoiles nues

absentes ensevelies

 

 

Mais aussi

que sait-on des aubes légères

du  pavois d’or de la lumière                               

dans le ciel encore blanc de pluie

 

                         

Que sait-on de la tendresse des hommes

entre leurs mains rebelles

 

Que sait-on de la vie ..

 

 

 


Autochtone – ( RC )


rechab 2e.jpgImage :: création perso   2005

 


On peut s’égarer dans la forêt,
Si tu ne connais pas bien le chemin,
et tourner jusqu’au lendemain,
– On n’en connait pas bien les secrets  .

Tu peux te guider aux petits bruits
Les déplacements subtils
des yeux de la nuit
Le glissement des reptiles

qui te surveillent,
l’ombre taciturne,
éloignée du soleil,
les oiseaux nocturnes

cachés dans les frondaisons
mènent leur vie tranquille
comme sur une île
séparée de l’horizon.

Imagine-toi en Afrique
où les singes se répondent,
alors que tu vagabondes
dans un lieu typique

qui t’éloigne quelque peu
des sentiers balisés :
pas de Champs Elysées,
mais un autre milieu :

une jungle épaisse
qui s’auto-multiplie
et où jamais elle ne te laisse
faire un safari .

Tu vas tenter de te guider
avec ces bruits furtifs :
Voila ce que c’est de se balader
dans ce parcours évolutif.

Tu vas contourner de larges flaques d’eau,
des rochers de latérite
– des obstacles dans ta visite –
et toi, toujours sac à dos

Quand tout à coup, un bruit t’immobilise
et qui va grandissant :
C’est la démarche imprécise
d’un ce ces habitants :

On les nomme autochtones,
comparés à toi,          l’étranger :
ce ne sont pas des hommes
qui portent le danger ,

mais de ces animaux
qui parcourent avec aisance
de grandes distances
par monts et par vaux :

En voila un            à présent
qui écrase de grands végétaux
comme de vulgaires poireaux
en s’avançant nonchalament.

C’est un peu bizarre
cette rencontre inopinée ,
mais choisissant de se baigner
dans la première mare :

C’est une sorte de colosse gris
qui paraît               immense
et tranquillement s’avance
sans forfanterie

Tu peux voir de trois-quart
l’animal        et son curieux épiderme
maintenant au milieu des nénufars :
c’est un pachyderme

Un de ces géants
pas très discrets
mais qui connait bien la forêt :
tu pourras suivre en son temps

les traces qu’a laissées
négligeamment
le grand éléphant
dans son pas cadencé

pour retrouver en effet
avec les arbres aplatis,
rapidement la sortie
à la façon du petit Poucet

A la place des cailloux,
tu peux remercier ton baigneur
qui fut aussi ton sauveur
et tu rapportes une photo de lui, ( floue ).

RC – oct 2016


E.E. Cummings – Puisse mon cœur …


Olivier culmann  récréation     Colchani  Bolivie   1994.JPG

photo extraite de l’ouvrage           « est-ce ainsi que les hommes vivent« …

 

 

puisse mon cœur être toujours ouvert aux petits
oiseaux qui sont les secrets du vivant
quoi qu’ils chantent vaut mieux que savoir
et si les hommes ne devaient les entendre les hommes sont vieux

puisse mon esprit flâner affamé
et sans crainte et assoiffé et souple
et même si c’est dimanche puissé-je avoir tort
car lorsqu’ils ont raison les hommes ne sont pas jeunes

et puisse moi-même ne rien faire utilement
et t’aimer toi-même ainsi plus que vraiment
il n’y jamais eu de tout à fait tel idiot qui puisse faillir
à tirer tout le ciel sur lui d’un unique sourire.
E.E. Cummings, Poèmes choisis, traduction Robert Davreu, José Corti, 2004 ,

———-
may my heart always be open to little
birds who are the secrets of living
whatever they sing is better than to know
and if men should not hear them men are old

may my mind stroll about hungry
and fearless and thirsty and supple
and even if it’s sunday may i be wrong
for whenever men are right there are not young

and may myself do nothing usefully
and love yourself so more than truly
there’s never been quite such a fool who could fail
pulling all the sky over him with one smile


James Joyce – Les jours ( Ulysse )


Afficher l'image d'origine
« Toute vie est composée de beaucoup de jours, jour après jour. Nous marchons à travers nous, rencontrons des voleurs, des fantômes, des géants, des vieillards, des jeunes hommes, des épouses, des veuves, des beaux-frères. Mais toujours nous nous rencontrons nous-mêmes . »


“Every life is many days, day after day. We walk through ourselves, meeting robbers, ghosts, giants, old men, young men, wives, widows, brothers-in-love. But always meeting ourselves.”

— James Joyce, Ulysses (1922)


Giuseppe Penone – Déchiffrant la culture du toucher


Continental-stereoscopic-3d-font-b-lettmized-b-fon--er.jpg

Sur le bout de la langue, sur le bout des doigts, qui, rassemblés sont les pattes de la bête qui m’entraîne dans l’univers de l’alphabet, en déchiffrant la culture du toucher contenue dans la forêt des images, présente dans la réalité des arbres qui jalonnent le temps de l’histoire dans l’espoir de mettre de l’ordre dans la vie des hommes.

 

Giuseppe Penone, est l’artiste italien connu pour  ses installations,  souvent  prenant l’arbre  comme « motif »  réel, dans lequel il sculpte et révèle  le départ des branches  anciennes…


Platon – la peur de la lumière


h & f  port  éblouisssuperposés   timbres   finlande

 

On peut aisément pardonner à l’enfant qui a peur de l’obscurité.

La vraie tragédie de la vie, c’est lorsque les hommes ont peur de la lumière


Hommes ingénus – ( RC )


a

Aquarelle  –  Andrew  Wyeth  de la  « suite  Helga  »

 

Si le ciel t’est tombé sur la tête
Cela a dû faire dégoulinade
Il a joué les trouble fêtes
Avec tes cheveux libres , en cascade

Et comment de même, les condamnés
D’une errance passée, trépassée
Peuvent laisser passer l’orage d’années
Et utiliser, de ce qui leur reste amassée

Du sentiment de liberté retrouvée , comme
Aux portes ouvertes sur l’espace inconnu
D’un temps qui a coulé    sans eux,   hommes
Mis entre parenthèses,   quelque part ingénus

6 nov 2011

 


Chemin des pierres – ( RC )


 

photo perso:  Cromlech  de Guadalupe - Evora - Portugal

photo perso: Cromlech de Guadalupe – Evora – Portugal

 

 

Le chemin des pierres,   se ponctue, à chacune,

de son ombre.

La colonne se dresse,

autant que la force humaine l’a permise,        contredisant la nature,

plantée contre le ciel.

 

Et si c’est un défi,

Celui du poids, de l’inertie grise,

 

Le chemin de pierres garde le silence,

Sur son secret,

Au milieu des clairières,

Et parfois des troncs,

– Quand la forêt s’est rebellée.

 

Plusieurs se sont sans doute succédées,

Et plusieurs générations,

Les muscles douloureux,

 

A la sueur de l’effort,

Aux cordes tendues,

Comme celles  d’une  contrebasse,

 

Et qui quelquefois cassent.

 

Plusieurs générations  d’hommes,

Des cohortes haletantes,

Poussant

Vers ce but réaffirmé,

Dont on ne sait          plus rien,

 

Si ce n’est ce défi, justement,

Traversant de toute sa masse,

L’épaisseur  du temps,

 

Son épaisseur presque palpable,

Au grain palpable,

Comme celui des pierres,   justement.

 

Elles se font ligne,

Elles se font      cercle,

Elles  nous font           face.

 

 

Elles  chantent presque,

Tant elles sont familières.

Elles sont à l’image des hommes.

 

Rudes,        bravant les saisons.

Inscrites dans le lieu.    attachées au sol,

Dans des pas de géants.

 

A  la ronde du soleil,

Le chant de la lumière ….

>                                                 Dressées.

 

 

photo perso:  Cromlech  de Guadalupe - Evora - Portugal

photo perso: Cromlech de Guadalupe – Evora – Portugal


Patrick Ourednik – extrait de  » Instant propice 1855


scan 6

 

 

 

 

 

 

Oui, un matin nous avons compris que les gens se mordent, se dévorent, se haïssent, pour toute éternité.

Ne soyons pas des hommes, nous dîmes-nous, soyons des arbres, soyons l’ombre des branches, soyons des empreintes au sol.
Soyons nus, fondons le royaume des nus, soyons transparents et sans peur.
Patrick Ourednik

 

Instant propice 1855  est paru au  éditions Allia 2006


Arthémisia – Chronique d’un autre monde


https://ecritscrisdotcom.files.wordpress.com/2014/04/4760a-milkstonewolfganglaib28germanborn1950291983-87-marbleandmilkmoma.jpg

 

 

Le soleil tomba tôt dans le puits.

Les trois lunes apparurent, roses, à l’horizon, derrière l’usine de verre.

Depuis la révolution des orbes célestes ¹, les formes et les couleurs avaient beaucoup changé.

C’était heureux.

 

Désormais, la bouche des femmes avait des saveurs de coquelicot, et, les mains des hommes, lisses comme la mer, étaient devenues aimantes.

Ils se cueillaient et alimentaient l’usine de leurs caresses.

 

Dans les jardins de lait, couraient des enfants blonds, qui, le soir venu, décrochaient les lunes et les roulaient par terre en y semant des fleurs.

Puis, à l’heure du sommeil, les mères rangeaient les lunes dans le ciel, embrassaient leurs enfants, et se fardaient la bouche pour leur amant.

 

Le clocher sonna dix fois. C’était l’instant de quiétude. Chacun pouvait garder les yeux ouverts sans souffrir.

 

 

¹ Oeuvre de Nicolas COPERNIC

 

© Arthémisia – oct 2011   visible  sur son site  corpsetame.

 


Jean-Pierre Duprey – Une station de vie


photo perso: rochers  St Enimie  ermitage (Lozère)

photo perso: rochers St Enimie ermitage (Lozère)

 

 

 

 

 

J’ai dominé toute une station de vie
Ma première enfance est entrée dans la pierre
Mes premières larmes sont sorties avec les passereaux
J’ai vu un Dieu, j’ai vu les hommes
Et mes yeux ne se cherchent même plus
Hier je suis allé sur la montagne qu’habita la lune
Et je suis revenu le cœur plein de tristesse
Il ne me reste plus qu’un souvenir et une guitare brisée
Un saule pleureur se dépouille et m’habille de larmes
Qu’est-il de plus triste au monde que de partir sans chanter


Ailleurs de la terre ( RC )


photo National Geopgraphic  Jean-Luc Manaud

photo        National Geographic       de  Jean-Luc Manaud

Il y a d’autres  jours sur la terre , que ceux que l’on connaît.

Personne  ne possède le savoir de ses rugissements ,

Et s’il fait ici, un temps superbe,       propice aux jeunes pousses  et rêveries,

 

Ailleurs se déchaînent les étaux de roches, en tsunamis

Une tempête se lève quelque part au-delà des îles,

L’œil du cyclone est hagard et a celui du cyclope

Que rencontre Ulysse, retenu aux pays orgueilleux  et sans lois.

 

Mœurs étranges, autres  coutumes, et climats,

Ainsi les saisons de là-bas sont plutôt un combat,

Un soleil permanent confisque les nuages, et offre la famine

 

Prolongée de langages et dialectes qu’on ne comprend pas,

Présageant des hommes,          des orages oui ,   mais de feu

Et les guerres,              sous l’œil impassible des dieux.

RC           avril  2013


Anna Akhmatova – Voix de la mémoire


sculpture; art roman:           Eglise de Mozac, Puy de Dôme

 

II : VOIX DE LA MEMOIRE              N. GOUMILIOV

Le monde est un rayon d’un autre visage,

Tout le reste est son ombre.

Le pont de bois a noirci, il penche ;

Il y a là des bardanes hautes comme des hommes,

D’impénétrables forêts d’orties proclament

Que l’éclat de la faux n’y entrera pas.

Au soir, un soupir passe sur le lac,

La mousse grimpe, revêche, sur les murs.

J’ai rencontré là

L’année vingt et un.

Le miel noir parfumé

Était doux aux lèvres.

Les branches griffaient

La soie blanche de ma robe,

Sur le pin tordu

Le rossignol refusait de se taire.

Au cri convenu

Il sort de sa tanière,

Comme un gnome des bois

Plus tendre qu’une soeur

À travers les prés,

À travers la rivière,

Il fonce et, plus tard,

Je ne dirai pas : laisse-moi.


Luis Cernuda – La gloire du poète


photo:              Duane Michals

 

 

 

 

 

 

La gloire du poète

Invocations (1934-1935)

La gloire du poète

Démon, ô toi mon frère, mon semblable,
Je t’ai vu pâlir, suspendu comme la lune du matin,
Caché sous un nuage dans le ciel,
Parmi les horribles montagnes,
Une flamme en guise de fleur derrière ta petite oreille tentatrice,
Et tu blasphémais plein d’un ignorant bonheur,
Pareil à un enfant quand il entonne sa prière,
Et tu te moquais, cruel, en contemplant ma lassitude de la terre.

Mais ce n’est pas à toi,
Mon amour devenu éternité,
À rire de ce rêve, de cette impuissance, de cette chute,
Car nous sommes étincelles d’un même feu
Et un même souffle nous a lancés sur les ondes ténébreuses
D’une étrange création, où les hommes
Se consument comme l’allumette en gravissant les pénibles années de leur vie.

Ta chair comme la mienne
Désire après l’eau et le soleil le frôlement de l’ombre ;
Notre parole cherche
Le jeune homme semblable à la branche fleurie
Qui courbe la grâce de son arôme et de sa couleur dans l’air tiède de mai ;
Notre regard, la mer monotone et diverse,
Habitée par le cri des oiseaux tristes dans l’orage,
Notre main de beaux vers à livrer au mépris des hommes.

Les hommes, tu les connais, toi mon frère;
Vois-les comme ils redressent leur couronne invisible
Tandis qu’ils s’effacent dans l’ombre avec leurs femmes au bras,
Fardeau d’inconsciente suffisance,
Portant à distance respectueuse de leur poitrine,
Tels des prêtres catholiques la forme de leur triste dieu,
Les enfants engendrés en ces quelques minutes dérobées au sommeil,
Pour les vouer à la promiscuité dans les lourdes ténèbres conjugales
De leurs tanières, amoncelées les unes sur les autres.

Vois-les perdus dans la nature,
Comme ils dépérissent parmi les gracieux châtaigniers ou les platanes taciturnes,
Comme ils lèvent le menton avec mesquinerie,
En sentant une peur obscure leur mordre les talons ;
Vois-les comme ils désertent leur travail au septième jour autorisé,
Tandis que la caisse, le comptoir, la clinique, l’étude, le bureau officiel
Laissent passer l’air et sa rumeur silencieuse dans leur espace solitaire.

Écoute-les vomir d’interminables phrases
Aromatisées de facile violence,
Réclamant un abri pour l’enfant enchaîné sous le divin soleil,
Une boisson tiède, qui épargne de son velours
Le climat de leur gosier,
Que pourrait meurtrir le froid excessif de l’eau naturelle.

Écoute leurs préceptes de marbre
Sur l’utilité, la norme, le beau ;
Écoute-les dicter leur loi au monde, délimiter l’amour, fixer un canon à l’inexprimable
beauté,
Tout en charmant leurs sens de haut-parleurs délirants ;
Contemple leurs étranges cerveaux
Appliqués à dresser, fils après fils, un difficile château de sable
Qui d’un front livide et torve puisse nier la paix resplendissante des étoiles.

Tels sont, mon frère,
Les êtres auprès de qui je meurs solitaire,
Fantômes d’où surgira un jour
L’érudit solennel, oracle de ces mots, les miens, devant des élèves étrangers,
Gagnant ainsi la renommée,
Plus une petite maison de campagne dans les inquiétantes montagnes proches de la
capitale ;
Pendant que toi, caché sous la brume irisée,
Tu caresses les boucles de ta chevelure
Et contemples d’en haut, d’un air distrait,
ce monde sale où le poète étouffe.

Tu sais pourtant que ma voix est la tienne,
Que mon amour est le tien ;
Laisse, oh, laisse pour une longue nuit
Glisser ton corps chaud et obscur,
Léger comme un fouet,
Sous le mien, momie d’ennui enfouie dans une tombe anonyme,
Et que tes baisers, cette source intarissable,
Versent en moi la fièvre d’une passion à mort entre nous deux ;
Car je suis las du vain labeur des mots,
Comme l’enfant est las des doux petits cailloux
Qu’il jette dans le lac pour voir son calme frissonner
Et le reflet d’une grande aile mystérieuse.

Il est l’heure à présent, il est grand temps
Que tes mains cèdent à ma vie
L’amer poignard convoité du poète;
Que tu le plonges d’un seul coup précis
Dans cette poitrine sonore et vibrante, pareille à un luth,
Où la mort elle seule,
La mort elle seule,
Peut faire résonner la mélodie promise.

Luis Cernuda
(Traductions inédites de Jacques Ancet)

 

photo:            Matt Black          travailleurs immigrés     Fresno, California


Café noir – ( RC )


photo: Giacomelli – Lucio Fontana

 

 

Le café tinte plus noir  qu’un prêtre,

La soutane donne une corolle sombre,

Sur la place,     les pavés blancs ordonnés

Se déplace,  l’envolée noire

( c’est un homme)

sur le parvis  d’une  église

Résultat de recherche d'images pour "mario giacomelli"

les pigeons noirs sont ses fidèles,

D’ailleurs,  s’il les nourrit, comme Saint-François

la messe pourrait être dite dehors

–  le temps  s’y prête –

( nonchalant )

Déjà, les  vélos sont de sortie,

Et de grosses autos noires.

C’est un matin à Catane,

ou un village  de Sicile…

La panetteria vient  d’ouvrir,

La manivelle et le rideau de tôle

dont le bruit répond aux cloches.

Le tourbillon du café dans ma tasse

Répond à sa cuiller,

Hommes portent chapeaux,

Femmes forment silhouettes,

Et s’affairent en noir,

Un ciel limpide  s’étire

Et prépare la journée,

Dans ma bouche, le souvenir serré

Du café du matin,

Et des photos de Mario…

Je repose ma tasse.

 

RC       –      8 septembre 2012   ( à partir  de « lecture » de photos  de Mario Giacomelli )

 

 

photographie: Mario Giacomelli


Manteau de terre ( RC )


Image associée

photo:       Edward Weston  1939

 

J’ai retourné la terre

Et extirpé le chiendent

Qui pousse comme il résiste

Aux paroles les plus aimables ;

J’ai trouvé dans le sol, le canon d’un fusil rouillé,

Il était caché là, comme un vieux témoin,

Taiseux de son histoire

Et de celle des hommes

J’ai senti le poids

De la terre tendre mes bras,

Comme elle peut recouvrir

Les plus lourds secrets

Et préserver dans son ventre,

Un centre qui ne dit rien

Jusqu’à ce que le jour,

Pose son regard inquisiteur

Si un jour arrive

Où de lointains descendants

Joueront de la pelle,

Pour savoir ce qu’il fut

De l’histoire des hommes

Sur laquelle l’ombre s’est posée,

En grand manteau de terre.

 

 

RC –   24 août  2012

texte  auquel je joindrai  cet extrait de « Mensonges  en couleur  »  de Emanuel Carnevali   ( auteur italien  du début  du XXè siècle):

Sommeil

Au fond des abysses du sommeil se balance un berceau noir. Légèrement le chagrin le pousse de ses doigts évanescents. Sous le berceau gît la terre, qui t’étouffe et te recouvre.


Chantier fossile ( RC)


Dans la lumière ruisselante,
Le vent d’un royaume de lumière
Filtre au creux du vallon

Et des pépites de joie scintillent
Entre les barques, et la chevelure des saules
Caressant le printemps du courant

Lilas et espèces légères, s’entrecroisent
De joyeuse croissance, sans peine, sont parvenus
A masquer les panneaux du chantier, laissé au silence

Les engins immobiles, leurs griffes de fer déposées au sol
Voient leurs chenilles empêtrées de ronces,
L’ œil mort d’un phare, les pistons interdits d’action

Le peint qui s’écaille, en plaques jaunes ternes
Où serpente en ponts de rouille,
Une colonie de fourmis qui en fait son domaine.

Les herbes hautes, sont une reconquête,
Le couvert des arbres a bientôt achevé
D’effacer la trace du sentier, …et celle des hommes.

RC   10 mai 2012


l’écriture fantasque des flamboyants (RC)


grand "haricot" ( fruit du flamboyant )

 

 

 

 

 

publié en écho à celui  du « bal des flamboyants »  –  voir le blog  de pantherspirit, qui m’a  autorisé, par ailleurs, à publier certains de ses textes

 

 

Le long des routes de poussière
Le lointain horizon de notre erre
Entre les espèces clairsemées
Eucalyptus , manguiers parsemés

La terre, jeune épousée
En sécheresse avait l’air épuisée
Les herbes sèches pointaient , dures
A travers quelques craquelures.

Les flamboyants ayant perdu leur parure
Au feuillage aéré, portaient en chevelure
Leurs grands haricots noirs, comme des signes
D’une écriture fantasque que rien n’aligne

J’ai recueilli les fruits de leurs fleurs rousses
Quelques unes étaient tombées à terre ( leurs gousses)
Et je conserve encore aujourd’hui, mon regard étonné
A leur aspect de vieux cuir, au vécu , patiné.

Aux témoins exotiques, que j’ai fait voyager
Je pourrai proposer , un tableau paysagé
Aux couleurs différentes , en voisinage vert
Changeant d’une Afrique exsangue et sévère.

Mais il manquerait à ces plantes émigrées
Le sol où leurs racines ont prospéré de plein gré
Le voisinage aimable des hommes couleur ébène
Les vautours, et la faune, que necessité amène.

Où il faut faire avec le maigre
Au pays des hommes intègres
Celui les kapokiers et karités
De longue tradition invités

 

R Ch  21-janvier 2012

 


Arthémisia: – Le Temps de Dieu


723 – Le Temps de Dieu

Voici le temps de pose,

L’éternel matin,

Où même l’eau ne bouge,

Et où le ciel encore embrumé de sommeil

Se décide lentement à ouvrir les yeux.

Les barques indolentes attendent l’éclaireur.

Le geste ne vient pas.

Seul le soleil grille.

Aujourd’hui Dieu aurait-il

Donné du temps aux hommes,

Un temps vaguement rose

Clair, et rose

Comme l’aile de l’insecte

Qui si délicatement se pose

Sur la surface inerte ?

Ou peut-être est ce simplement le temps

D’un dernier baiser ?

Nul ne sait…

 

Copyright © Arthémisia – Juillet 2008

Avec : Styx – Copyright © Paco que je remercie infimement et chez qui une petite visite s’impose.

Et moi-même  je remercie  Arthie, pour  ses superbes  créations, et qu’elle m’autorise  à en faire  écho ici…   j’aime  notamment  réactualiser  les publications anciennes… afin qu’elles  ne soient pas  enfouies  sous les  feuilles  du temps…