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Patrick Aspe – Les rires sont des oiseaux de passage


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Les rires sont des oiseaux de passage
la mémoire une éponge
la nuit une dissidente
tangue la vie des fuites lentes
mascarades sans limites
comme un filin d’acier au dessus du vide
je revois l’olivier des allées
la maison rose sous les cyprès
les grands peupliers jaunes d’octobre
précipice sans fond
sabordage des illusions
danse macabre aux sons des tamtams
le cri vient du ventre friable et déchiqueté
attirances des bleus voilés d’or sur la mer qui balance
la forêt d’endort aux silences des pins
chagrin parfumé d’oranges
imaginons cette vague sur le sable doré
lancinante passion des mains qui passent sur ton dos l’huile frémissante
la colline des horizons
sables mouvants de l’enfance
mon chevalier foudroyé d’ignorance
dragon frissonnant de flammes
la lune échappe aux brouillards
élève toi élève toi vers les neiges des cimes mon cœur brisé
l’azur pur tourmente l’épée qui s’agite …


Blés des causses – ( RC )


balade   - causse Mejean vers Drigas   -   16.JPG

photos perso :causses  Méjean & Sauveterre

Les petites sorcières de la nuit,
se cachent entre les pierres,
présentes et toujours immobiles ,
même dans la brume du jour.

En silhouettes inanimées ,
elles activent leurs ombres ,
endossant leur poids de silence.
          Leur échappant , des vagues vert-jaune
ondulent au sol ,          caressées par le vent.

Les blés contredisent les gris austères .

Le causse a son discours
       empreint de mystère
qu’on ne peut traduire,
avec des mots .

Mêmes les images
ne parlent que d’instants .
son étendue ne se cerne pas .
Comme l’ancienne mer qu’elle recouvre ,

il a quelque chose           d’une houle
qui se prolonge aux horizons ,
avant de chuter brutalement
au plus profond des gorges.

RC – juin 2017IMGP0958.JPG


Je ne sais plus parler le langage des songes – ( RC )


gravure maritime  ancienne -  extraite de manuscrit

–                           gravure maritime ancienne – extraite de manuscrit

Je ne sais plus parler

Le langage des songes,

Et les partager avec toi,

C’est une vague,

Elle déferle, lointaine,

Et mélange ses images,

Vue aux lointains,

La vague des rêves,

Une parmi d’autres,

Se fond en léger frisottis,

A la surface des océans.

C’est vrai, il faudrait plonger,

Dans les profondeurs,

Pour suivre les courants,

Et les bancs des poissons.

Ces poissons de rêves,

Que tu chevauches peut-être,

Vers des horizons sous-marins :

Il ne serait pas question

D’en parler, ou seulement,

De façon muette,

Ce serait alors,

Sous les remous,

Sous les bateaux,

Notre façon de traverser,

Les étendues d’eau,

Les étendues de mots,

Et l’on décrirait sans le dire,

Toutes les couleurs,

Des coraux,

Qui peuplent notre esprit.

RC- 5 décembre  2013 bowlsuite-c


Allons, Shéhérazade – ( RC )


 

détail de peinture de G Moreau :  » Jupiter & Semelé  » 1895

 

 

Allons Shehérazade,      et rêvant
De partager tes senteurs d’orient,

Il y a la course des vents d’or,
Sur les collines   de ton corps,

Comme          dunes du désert,
Où même       le soleil se perd,

Dans des creux d’ombre,
Et ta chevelure sombre

Et comme l’étendue se plisse,
Ensorcelée d’épices,

S’il y a ,  Shéhérazade,   mille et une nuits,
Des feux d’artifice éclatent sans bruit,

>           Ils illuminent ta peau lisse,
Jusqu’au regard de réglisse.

Tes essences voyagent sur toi,         lentes,
En respiration         entêtante,

Elle exhale toutes les moissons,
Et               presse mes horizons,

J’y ressens le tiède et le frais,
Même en ce que tu gardais secret…

Dévalant courbes et pentes,
Aimée, aux fragances de menthe..

La mer de ton ventre,     bascule au nombril,
C’est en creux, un tourbillon, une île ;

Une île au trésor ? – pas besoin de parchemin,
Pour le lire     et t’envelopper de mes mains…

Silences,           attentes          et fièvres,
Voyagent sur la carmin de tes lèvres…

Ecoutant le coeur qui résonne,
Autant que ta peau frissonne.

Je n’ai pas besoin d’être ailleurs,
Car, souveraine, toute en fleurs,

Tu rends jalouse , même la lune,
– exultant de parfums, que j’hume.

Tu captes de tes seins la lumière,
Et          le vent n’a plus qu’à se taire….

RC – 14 décembre 2013

 

 

et comme je viens  de trouver  ce poème  de Baudelaire…,

je le joins…

 

 

Le serpent qui danse

Que j’aime voir chère indolente,
De ton corps si beau,
Comme une étoffe vacillante,
Miroiter la peau !

Sur ta chevelure profonde
Aux âcres parfums,
Mer odorante et vagabonde
Aux flots bleus et bruns,

Comme un navire qui s’éveille
Au vent du matin,
Mon âme rêveuse appareille
Pour un ciel lointain

Tes yeux où rien ne se révèle
De doux ni d’amer,
Sont deux bijoux froids où se mêlent
L’or avec le fer

À te voir marcher en cadence
Belle d’abandon
On dirait un serpent qui danse
Au bout d’un bâton

Sous le fardeau de ta paresse
Ta tête d’enfant
Se balance avec la mollesse
D’un jeune éléphant

Et ton corps se penche et s’allonge
Comme un fin vaisseau
Qui roule bord sur bord et plonge
Ces vergues dans l’eau

Comme un flot grossi par la fonte
Des glaciers grondants
Quand l’eau de ta bouche remonte
Au bord de tes dents

Je crois boire un vin de Bohème,
Amer et vainqueur
Un ciel liquide qui parsème
D’étoiles mon cœur !

Charles Baudelaire…

photo perso - Auguste Rodin: le sommeil

photo perso – Auguste Rodin: le sommeil


Nanni Balestrini – Arianne 1


peinture Wolf Vostell 1967

ARIANNE, 1 
s’effrite magnifiquement
rebondissent infinies
des aubes polluées
accrochées au ciel
à peine creusé
affleurent des espaces
ventouses attrapent
flottent éparpillés
des fragments frais
sur le toit jaune
pages arrachées
mots postiches
coulent dégonflées
douloureuses cigales
résonnent dans les trous
encore habités
laissent passer
seulement peu de lumière
lentement se déroule
rien plus comme avant
dans la vitre saignent
reste seule la fragile
inutile étincelle
filament suspendu
des percussions éraflent
sans dents en soufflant
un rythme instable
d’incessantes figures
défilent absentes
avides tentations
tentacules éteints
en croisant les doigts
imitations éphémères
chancelant tu suis
ce qui reste
éperdument en
périmètres de glace
traces délabrées
l’entonnoir du présent
plus bas plus bas
plongeon dans le noir
en remuant en vain

arrêter impossible

voir, toujours  le beau site  d’une  autre poésie italienne…

 


Les horizons encore, derrière (RC)


peinture: Erich Heckel:        chevaux blancs        1912

Il y a tant  d’horizons encore, derrière la tombe du silence,
Tu peux partir blessée, à déchirer la lune
Et l’image de l’aimé,
T’enfoncer dans les ornières,        et t’égarer en chemin
Les oiseaux de passage, – ils ne te prennent pas ta voix,
Mais de la leur,                      te montrent, au petit matin,
Le jour naissant,                     dans ses habits de rosée,
Et la voie, un chemin ténu
Qui finit bien,                                                      un jour

Par sortir de l’hiver

 

RC –   30 avril 2013

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