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Michel Hubert – captif d’un homme


 

 

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image  : Gandy

 

10  –

Quand on sait ce qu’est la perversité

pour qui je désespère

d’une larme trop facile

sans que le corps étouffe

et se détruise dans l’horreur de mes mains

  • quand on est soi-même pervers sorcier qu’une jeunesse afflige –

quand on sait à quel rôle ultime de frontaliers seront voués ses yeux à la seconde même de glisser dans la mort on applique à chaud la lumière des givres

Je pleure ?

moi le sourcier de mon visage pour tuer l’hypnose de la lampe dans ce long souterrain

( j’ai deux petites épingles de bronze une dans chaque main pas plus grosses que le plus petit des chagrins )

je me suis approché sans trembler de mes yeux

toute affiche d’un fleuve si belle

si chromatique soit-elle finira dans la nuit de l’égout

 


Sylvia Mincès – Un ô combien charmant fatras


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Dans un cerceau de haine galactique,
je dévore un ordinateur
au parfum séculaire de citron
et d’orgelet magnétique.

Dans un cercueil d’angoisse poitrinaire,
je palpe, de mon orteil en cendre,
un haut-d’ici étiré sur cinq trous
que débilisent igrek colonnes
de guignols en atomes.

Dans un nid d’horreur féerique,
je joue au je-te-tiens-tu-me-tiens-par…
avec un monstre à œil vert :
le premier qui rira, hara-kiri fe-ra !!!

Sur ma bouée d’hélium percée, je gloup
bloup
bloup

 


Cimetière militaire – ( RC )


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On ne voit plus qu’un pré tout vert
                    où pourrait paître le bétail.
Pourtant,    c’est un champ de bataille
habillé de blanc,        comme en hiver.

On distingue des croix anonymes,
comme       autant de noms effacés :
>          c’est la plaine des trépassés :
on n’en compte plus les victimes :

Elles sont tombées au champ d’honneur,
sous les obus,             les mitrailleuses,
–             …. et la plaine argileuse
ne saurait désigner les vainqueurs

les vaincus,        tant les corps se sont mêlés
durant les assauts.
On en a retrouvé des morceaux ,
accrochés aux barbelés .

Pour les reconnaître, on renonce :
C’est un grand cimetière
qui nous parle de naguère :
              Les croix sont en quinconce ,

             régulièrement espacées :
le « champ du repos »
comme si l’ordre pouvait remplacer
de l’horreur,             son tableau .

             Suivant les directives :
             les stèles règlementaires
             émergent de la terre,
             en impeccable perspective

Ainsi,                         à perte de vue
ce sont        comme des ossements,
peuplés des silences            blancs
                              des vies perdues :

                            Ils ont obéi aux ordres.
( Laisser la terre saccagée,
le témoignage de combats enragés,
aurait plutôt fait désordre ).

Sous le feu des batteries,
affrontant le péril,
          il aurait été plus difficile,
de jouer, comme ici,     de géométrie…

On ne peut espérer de miracle:
        Aucune de ces plantations ne va fleurir :
Voyez-vous comme il est beau de mourir !
Une fois la guerre passée,   c’est un beau spectacle…

RC – dec 2016


Malika Farah – Papillon


papillon azuritis

Deux extraits de l’ensemble de textes intitulé « papillon », de Malika  Farah, visible dans le recueil  « dans tous les sens » ed  La Passe Du Vent   Parution : 17/05/2001

 

Hissez là-haut ! Encore plus de recul !
Portées au-delà de l’ennui, sérénité et lucidité s’élèvent.
Dans ce lieu rêvé, l’âme est en sursis.
Rêve, papillon, de lumière  d’étoiles.
Papillonne au-delà de la simple jungle terrienne et menaçante !
Rien autour  du débordement de la vie,
Que le va et vient du vent
Portant un air de désir inassouvi,
Vole, papillon, les ailes déchirées.
Survole l’horreur,
Survit !  le mal s’enlise seul.
Sous la lumière divine, l’envol est possible.

——————–

Arbre de l’humanité, l’esprit en chacune de tes feuilles.
Quand  le corps  se décompose en une poussière  d’ange.
Plane au-dessus des branches  d’oxygène,
Pour nous pauvres mortels.
L’automne arrive au gré du vent, on vole et se régénère
En des âmes profondes  !

Malika  FARAH

 


Monuments d’un quotidien – ( RC )


 

Aux monuments du quotidien,

Ceux qu’on transforme en statues,

Moulés dans le métal

Les monuments aux morts

Sont aux villages, un décor banal .

Tant sont partout, les monuments de fonte

Qui nous parlent d’honneur – ou de honte

D’un peuple livré à tous les abus

Entouré, maintenant d’effigies d’obus

– Longues listes gravées dans le marbre…

 

Que sait-on de l’honneur?

Des hommes engloutis dans les tranchées

– les soldats inconnus, ne sont plus –

 

  • Que sait-on encore, de l’horreur

De ce qu’ils ont vécu ?

 

A poursuivre un vide

A combler peut-être dans d’autres vies,

On peut remplir les manuels

Ou, mieux, creuser avec des pelles,

Pour ce qui fait l’histoire..

On a presque oublié

Le pourquoi du comment,

La conquète du territoire,

Et les périodes noires,

Quand disparaît, le dernier témoin…

 

RC  – 9 février  2013

 


Salomé aux mains douces (RC)


peinture: Lukas Cranach : Salomé & la tête de St Jean Baptiste

Salomé aux mains  douces

En chevelure rousse

Joue peut-être les vautours

En habits de velours

 

Son visage est bien rose

Le tout, sans ecchymoses

Rose sans pétales

Et St Jean est pâle

 

Enfin, juste  sa tête…

C’est après la fête

On s’est rempli la panse

Et la Salomé danse

 

Presque en transes, danse

Et…… mérite récompense

Afin que rien ne prive

Du spectacle , les convives

 

Et contribue        à la fête

On amène    le prophète…

Elle obtient la tête de Jean

Sur un plateau d’argent

 

Posée  délicatement

Et presque joliment

A la manière d’un saucisson

( c’est la décollation)

 

L’opération est simple, elle consiste à séparer

Le corps de la partie supérieure, qui permet de penser

Bien sûr il y a quelques  éclaboussures ,et c’est assez

Impressionnant, mais plus propre que de scalper…

 

Le peintre nous rapporte   avec délices

Des instants inscrits en histoire– ce  supplice…

Qui sont  toujours délicats

Mais rendus en couleurs, en habits d’apparat

 

…..       Aurait-elle tué le prisonnier

S’il n’avait eu les mains liées ?

Sa veste matelassée

En aurait été froissée !!

 

Ce qui serait dommage pour l’aventure

Et aussi, pour la peinture

Cà aurait fait un couac

…Même chez Cranach

 

St Jean est une  « chose »

De celles  qu’on dépose

Avec les gâteaux

Le tout sur un plateau…

 

Salomé en tailleur

A le regard  ailleurs

Et semble bien encombrée

Par la lourde épée

 

Comme marteau et enclume

(avec son chapeau à plumes)

Calée dans  son cadre

Comme à la parade

 

Un peu dégrisée

Son regard rusé

Qu’on voit au musée

N’a rien d’aiguisé..

 

Au jeu des horreurs

On y voit la mort

Venir rôder par ici

Et suivre les prophéties

Mais la peinture fascine

La foule jubile et assassine

Pâmoison, sensations, et  adoration

En grandes files,pour voir l’exposition.

RC   2 avril 2012