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Suivant le chemin des pierres – ( RC )


      art 167.jpg

 

peinture:     Isabel Bishop

      Je pense encore à hier,
suivant le chemin des pierres,
sous le soleil disert,
mon ombre me précède dans la poussière…

Marcher,       et s’éloigner des routes,
est comme mettre en soi la distance,
éloigner de l’esprit le doute ,
apprivoiser le silence .

Mon pays s’éloigne lentement,
puis disparaît tout à fait ;
         sans voix, je dialogue avec le vent ,
– Comment je vivrai demain je ne le sais – .

           J’ai quitté les horizons hostiles,
ma famille et mes frères,
en prenant le long chemin de l’exil :
              c’est une traversée du désert

             et je ne sais ce qui m’attend
             dans d’autres contrées :
c’est peut-être la guerre et le sang,
que je vais retrouver

un peuple misérable ,
qui, comme moi,       erre,
sous un soleil impitoyable
à la recherche d’une autre terre ,

à la recherche de son destin ,
suivant leur ombre dans la poussière,
marcher         et marcher encore,    sans fin ,
                    suivant le chemin des pierres…


RC – mai 2019


Exode ( RC )


population en exode – Syrie

Exode, et
Les saisons  qui blessent….
–        Dirigeants et chefaillons
Empereurs, colonels, et dictatures
Jettent sur les routes,
Pour la gloire des conquérants,

Des colonnes de fuyards
N’emportent  rien,
Ou si peu de choses,
Quelques effets,
Valises entrechoquées
Vieux matelas enroulés

Quand la route est longue
Le chemin vers la liberté
Traverse villages incendiés
Véhicules renversés
Et les lieux marqués par l’hostile
Où chacun marche pour une survie.

Bien sûr il y a d’autres pays
Au-delà des montagnes
Mais est encore si ténu,
–       Le fil que l’on espère
suivre, au-delà des frontières
Vers des ailleurs qui rient…

Et le vaste océan
Si vaste qu’il promet
Au-delà des tempêtes,
Que l’histoire prenne une autre couleur
Même s’il faut couper ses racines
Perdre sa langue pour une autre.

Et poursuivre sa quête,
Hors de soi-même    –  en exode .

RC    – 6 février 2013

peinture Sigmar Polke, ss titre 1999


locataires de l’hostile ( RC )


Il n’y a plus d’empreintes sur le sable
Que de dessin d’un monde meilleur
L’angle de la peur, de la souffrance

Ne concerne pas les voyageurs
Mais les reptiles,
Locataires de l’hostile

Et les plantes à épines…
Les êtres tapis au creux de la terre
La bouche collée, sous le sol

Qui chuchotent leur exil,
Aux peaux craquelées, comme leur terre-mère
De boue sous un soleil impitoyable

Découpent les ombres au fer rouge
Si ombre il y a – et leurs mains tendues
Vers l’ailleurs d’un peut-être …

RC   – 11 juillet 2012

photo extraite des  dragons d’Asgard


A l’ombre : « monologue carcéral » ( RC )


photo extraite de « elle dit lemonde » texte d’Antoine Volodine:

Quelques pas dans le couloir,

L’écho lointain du parloir

Se déplace  avec le son

Cliquetis , le trousseau du maton

La démarche lente,

Les chaussures traînantes…

Et l’ouverture du volet de la porte

Sa face grasse encadrée de la sorte

Et le parcours de son regard louche

Traverse l’espace comme une mouche.

 

Une lumière  un peu terne

Qui s’efface  quand il ferme.

Je parcours le décor hideux

Des murs d’un vieux vert huileux

Par endroits graffités

La couverture sur le lit, mitée,

La table bancale dont j’ai hérité

Le formica de ses coins, effrité

Et mes poèmes qui s’empilent

Peut-être bientôt, mille…

 

– Grand bien me fasse –

Le long du temps qui passe…

Ajoutons , la vieille  chaise  en fer

Trois livres sur l’ étagère

Pour  décrire l’austère

De mon univers

–*
La fenêtre carrée du troisième étage

A pour avantage

D’avoir une  vue panoramique

Sur les arbres rachitiques

Et l’herbe pelée

Derrière les barbelés

 

Puis les miradors

S’ajoutent au décor

Au coin j’ai la vue

Sur une avenue

Un peu à l’écart

Du quartier d’la gare

Un quartier hostile

Du nord de la ville —

Les barreaux s’enlacent

Y a des bras qui passent

A travers l’acier

Du pénitencier.

 

Exposées en rage

Des mains issues des cages

Demandent  conseil

Aux rayons  du soleil

S’accrochent à un ailleurs

Qu’on voudrait meilleur

De ceux qui appellent

De ces moignons  d’ailes

Pauvres garde-mangers

Il y a des rangées

De sacs  plastiques  blancs

Ballotés par le vent

On dirait que, des  cellules

S’échappent des bulles

De la monotonie, du morne

Et de l’uniforme

Et quelques gardiens

Promènent leurs  chiens .

 

Quartier artificiel

Qui grillage le ciel

Quartier  d’sécurité

 » Tu l’as bien mérité !  »

Pendant que les heures agacent

Se retournent et prélassent

Je suis  égaré

Dans quatre mètres- carrés.

 

Etant dans mes chaînes

A purger ma peine

–     Le temps  s’est  entêté

Et semble s’arrêter

En étant à l’ombre

A broyer  du sombre

Bientôt trois années

Assis à ruminer

Elucubrations, divagations

A chaque occasion

 » En avant toute !  »

Pendant que les  gouttes

De cette satanée fuite

Dessinent  et délimitent

Comme une sorte d’Afrique

Géographie maléfique

Ou bien une  Asie

Sentant le moisi

Un contour sordide

Tout autant humide

Mais, glissant sous la cloison

En rêves  d’évasion…

RC   4- 03 -2012

Et je remercie  Brigitte  pour  son commentaire poétique…

Du coup je mets aussi ce poème  de Armando Valladeres ,( poète cubain ) qui passa 22 années en prison (1960-1982) pour ses convictions chrétiennes et politiques. Armando Valladeres a écrit des poèmes d’une haute portée contre la dépossession humaine. L’un de ses textes porte les couleurs de la résistance et mérite qu’on s’y arrête:     

« Ils m’ont tout enlevé , les porte-plumes
     les crayons, l’encre
     car, eux,
     ils n’aiment pas que j’écrive.
     Et ils m’ont enfoui
     dans cette cellule de châtiment
     mais même ainsi
     ils n’étoufferont pas ma révolte.
     Ils m’ont tout enlevé
     – enfin, presque tout –
     car il me reste le sourire
     l’orgueil de me sentir un homme libre (…)
     Ils m’ont tout enlevé, les porte-plumes , les crayons.
     Mais il me reste l’encre de la vie
     – mon propre sang-
     et avec lui,
     j’écris encore des vers. »

extrait de  quand  les mots  dénoncent les maux…

voir  aussi  ce nouveau post,  avec un autre  texte  de l’auteur  cubain...