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Patrick Aspe – Les rires sont des oiseaux de passage


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Les rires sont des oiseaux de passage
la mémoire une éponge
la nuit une dissidente
tangue la vie des fuites lentes
mascarades sans limites
comme un filin d’acier au dessus du vide
je revois l’olivier des allées
la maison rose sous les cyprès
les grands peupliers jaunes d’octobre
précipice sans fond
sabordage des illusions
danse macabre aux sons des tamtams
le cri vient du ventre friable et déchiqueté
attirances des bleus voilés d’or sur la mer qui balance
la forêt d’endort aux silences des pins
chagrin parfumé d’oranges
imaginons cette vague sur le sable doré
lancinante passion des mains qui passent sur ton dos l’huile frémissante
la colline des horizons
sables mouvants de l’enfance
mon chevalier foudroyé d’ignorance
dragon frissonnant de flammes
la lune échappe aux brouillards
élève toi élève toi vers les neiges des cimes mon cœur brisé
l’azur pur tourmente l’épée qui s’agite …


Kenneth Patchen – Le village Tuda


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peinture H Bosch –         l’enfer ( détail )


On dit que
Jadis, avant la venue de l’homme,
Une colline prit feu et la déesse Anna
Mourut, en criant dans les flammes, le ventre
Brûlé comme une outre d’huile.
Le lendemain le monde se divisa en quatre :
Le lieu de l’eau,
Le lieu du ciel,
Le lieu de l’esprit,
Et le lieu de l’air.
On dit que la terre n’existait point,
Bien que beaucoup de gens ne connussent qu’elle.
Sur cette colline d’étranges êtres s’embrassaient
leurs enfants haïssaient l’espèce sur terre.

Kenneth PATCHEN in « 35 jeunes poètes américains »


Francis Ponge – plat de poissons frits


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Mosaïque  romaine  – lieu  non identifié

 

Goût, vue, ouïe, odorat… c’est instantané :

Lorsque le poisson de mer cuit à l’huile s’entr’ouvre, un jour le soleil sur la nappe, et que les grandes épées qu’il comporte sont prêtes à joncher le sol, que la peau se détache comme la pellicule impressionnable parfois de la plaque exagérément révélée (mais tout ici est beaucoup plus savoureux), ou (comment pourrions-nous dire en­core ?)… Non, c’est trop bon ! Ça fait comme une boulette élastique, un caramel de peau de poisson bien grillée au fond de la poêle…

Goût, vue, ouïes, odaurades : cet instant safrané…

C’est alors, au moment qu’on s’apprête à déguster les ilets encore vierges, oui ! Sète alors que la haute fenêtre l’ouvre, que la voilure claque et que le pont du petit navire penche vertigineusement sur les flots,

Tandis qu’un petit phare de vin doré — qui se tient bien vertical sur la nappe — luit à notre portée.

Francis PONGE « Pièces » (Gallimard)


Châteaux en Espagne, une île au milieu des mers ( RC )


Il faut je crois, suivre une ligne,

Un fil invisible, de ténacité,

Pour construire, comme on dirait,

Ces « châteaux en Espagne »,

Se parsèment, dans les espaces vides,

Sur des monticules ocre , et jaune,

Des constructions, que l’on dirait utopiques,

Jamais achevées, et offertes aux vents,

Les semblables propulsant les ailes,

Des moulins à vent,

Chargés par Don Quichotte,

– Sa lance en avant.

Oui, les grandes ailes tournent,

Et souvent broient du vide,

Elles tournent dans la tête,

Comme de grands oiseaux blancs,

Peut-être ne sont-ils maintenant

Qu’une image, marquant les esprits,

Marqué par l’imaginaire,

photo: forteresse reconstituée de Mornas, vallée du Rhône, Vaucluse

Ainsi se remontent,

Pour le bonheur des touristes,

D’anciennes forteresses,

Habitées par les ronces.

Tout y est sécurisé,

On y accède en voiture,

On domine la vallée,

Et son autoroute.

C’est une belle carte postale,

Dont les assaillants d’antan,

Devaient garder dans leur cœur,

Pour raconter leurs exploits aux enfants,

Ah, les volées de flèches,

Tirées des meurtrières !

Ah, l’huile bouillante, rebondissant,

Aux pieds de la tour !

Ah les beaux boulets,

De plus de cinq livres,

Expédiés au-dessus des murailles,

Par notre artillerie…. !

Et ces soldats aux casques luisants,

Leurs écus aux couleurs du drapeau,

Claquant sur le donjon,

Leurs cottes de maille… !

Ceux qui ont de la chance,

Lors des fêtes médiévales,

Peuvent voir, dans des copies d’habits d’époque,

La comtesse ,tout en damas et soieries, et sa suite….

Tout est reconstitué,

Des histoires de batailles,

Dans le moindre détail,

En panneaux explicatifs.

C’est très instructif,

On a même refait, au milieu de la cour,

Un grand jouet, grandeur nature,

C’est une catapulte – toute neuve-,

. Qui participe au décor…

Car ici tout est décor,

Il n’y a plus de vie,

Dans les salles désertes,

Que l’on occupe,

– Toujours pour la culture, –

Par des pièces énigmatiques,

De grands artistes

Inspirés sans doute,

Par les murs en pierres lourdes,

Les verres troubles des fenêtres,

Et le sol en terre cuite.

Les salles d’exposition sont climatisées,

L’humidité est contrôlée,

La lumière est étudiée,

Pour le confort du visiteur

Le département s’occupe de tout :

De l’art, de la culture, et du patrimoine,

( Et le fait savoir en multipliant,

Publicités et affiches voyantes. )

Mais revenons à nos châteaux en Espagne,

Ou plutôt ce que chacun,

Dans la discrétion et l’intime,

Construit pour lui-même…

En forgeant son monde intérieur,

De formes et de couleurs,

De passions et d’utopies,

En se construisant la vie…

Une île au milieu des mers,

Perdurant contre vents et marées,

Ouvert à la perspective des sens,

  • c’est un grand voyage –

A s’arc-bouter,

Contre les éléments hostiles,

Mais les vagues sont porteuses,

Vous y serez bientôt…

– Je vous y invite –

RC- 13 octobre 2013

Moulins de Consuegra – Espagne


Gao Xingjian – la montagne de l’âme ( extr 01 )


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*

La vérité n’existe que dans l’expérience de chacun,
et même dans ce cas, dés qu’elle est rapportée, elle devient histoire.

Il est impossible de démontrer la vérité des faits et il ne faut pas le faire.

Laissons les habiles dialecticiens débattre sur la vérité de la vie.

Ce qui est important, c’est la vie elle-même.
Ce qui est réel, c’est que je suis assis à côté de ce feu dans cette pièce noircie
par la fumée de l’huile, que je vois ces flammes dansant dans ses yeux,
ce qui est vrai, c’est moi-même,
c’est la sensation fugitive que je viens d’éprouver,
impossible à transmettre à autrui.

Dehors, le brouillard est tombé,
les montagnes sombres se sont estompées,
le son de la rivière rapide résonne en toi et cela suffit.


Farah Willem – La brume et les insectes bruns


photo de l’auteure

Une pensée semble
s’ouvrir

comme une fleur de lotus dans l’eau, le rideau de verdure découvrant, chevauchant les heures, si fines, si fines, lésions et longues, élongées, entourées de molécules invisibles, une expérience, de nouvelles lois, étendues détendues, fragment du jour, errent les premiers sphinx de liseron, les voix transparentes qui se dilatent dans le jour, élytre du silence, faire entendre ce silence, dans une vérité éphémère cette distension, contre toute saison, l’esprit nage l’huile sur la brume, vers le temps qui ne peut s’empêcher, je sens le vent et ton nom, l’eau et les insectes bruns, le biseau des heures promptes, le sentiment de la boussole, l’acte des heures, je suis enracinée, la pudeur des feuilles froissées, le désœuvrement se concentre, une palette de feuilles égarées à l’abondance d’une musique lisse, ces nœuds de bois sur des substances de détails qui grouillent, je suis dupe, le couloir de la pensée sur des lignes, l’inaction mais ta voix, la voix qui me manque, le croc, ton ventre liquide, le temps se dépose, tes bras de l’éternité, des lueurs minuscules, cet infini qu’on ne peut éteindre, cet infini qu’on ne peut étreindre, et nous perdons la faculté d’être, et nous perdons la faculté d’être libres, je ressens la pensée jusqu’à l’excès des coïncidences, je n’ai rien que l’orifice, la grotte pour polir ma pensée en pensant, à travers des anneaux, des maillures, le point de la voix, les couloirs viennent d’ailleurs, l’élargissement de toi. Et mon cœur entre les seins ?

Et ensuite ? Le ciel cyclopéen.

_
Transe-plantée

  1. A thought seems
    open

    like a lotus flower in the water, the curtain of greenery discovering, riding hours, so fine, so fine, and long lesions, élongated surrounded by invisible molecules, an experience, new laws, extended relaxed, fragment of the day , wander the first sphinx buckwheat, transparent voice which expand in the day, scissor silence, to make heard the silence, in an ephemeral truth this distension, against any season, the mind swims oil on mist, towards time that can not prevent, I feel the wind and your name, water and brown insects, bevel prompt hours, the feeling of the compass, the act of hours

    I am rooted, the modesty of crushed leaves, idleness concentrates, a range of leaves lost in the abundance of smooth music, these nodes wood among substances details that swarming, I fooled, the corridor thinking on the lines, inaction but your voice, the voice that I miss, the hook, your stomach fluid, time deposits, your eternity arms, tiny lights, the infinite that can not be extinguished, this infinity we can not hug, and we lose the ability to be, and we lose the ability to be free, I feel thought to excess coincidences, I have nothing but the orifice, the cave to polish my mind thinking, through rings, silver grains, the point of your voice, corridors come from elsewhere, enlargement of you. And my heart between breasts ?

    And then ? Cyclopean sky.

    _
    Trance-planted

    Et du même  auteur…

    1. Mouvements d’un cil – Azalée cendrée. Avalée | Art et tique et pique

      ecritscrisdotcom.wordpress.com/…/mouvements-dun-cil-azalee-cendree-…
    2. Mouvements d’un cil: – je perds toute notion | Art et tique et pique

      ecritscrisdotcom.wordpress.com/…/mouvements-dun-cil-je-perds-toute-n…
    3. Mouvements d’un cil: vapeur avant la pluie | Art et tique et pique

      ecritscrisdotcom.wordpress.com/…/mouvements-dun-cil-vapeur-avant-la…

Marée noire ( RC )


photo l’Express –         agence REUTERS /     Mike Hutchings

 

 

 

Un reflet            sur les flaques visqueuses

C’est le clin d’oeil d’une lumière qui s’élance

D’une lune voilée, qui va, vient et danse

Au milieu de nuées     et fibres laiteuses

 

La mer est lourde      d’un ressac hagard

Elle porte              un couvercle si lourd

Qui confisque son souffle,    son amour

——–Et ne nous rend pas notre regard.

 

C’est d’un calme,           une menace immobile

Les oiseaux                    englués de désespoir

Ils ne verront plus l’air,           en marée noire

Ce qu’on dirait                   – une mer d’huile –

 

La mer, l’amère ne se jette plus sur les rochers

Elle n’a plus d’écume,              que le goudron

Au rendez-vous du sable,     plus de poumons

Silences de vie ôtée,     kilomètres de déchets

 

 

RC  –  27 septembre  2012

 


Ombres contrevents – silence en demi-teinte


C’est  du blog  d’Adeline,  dont, je crois  que c’estla première fois  que je transmets  son écriture…  (visible  sur  ombres contrevents) ici avec

Silence en demi-teinte

 

peinture: Julio Larraz:              armed & dangerous

 

 

 

 

 

J’entendais ses regards.

et je fermais les yeux

pour mieux enfermer  sa présence

 

J’entendais sa tristesse

et je le regardais pour parler fort et en silence

pour dire de rien le reflet

de sa détresse

partager un recoin de sa vie

 

Nous étions si proches alors

isolés dans  le souffle bruyant  de nos secrets

Cette guerre sans armes

muette

je voulus la tracer

de quelques couleurs  échappées

de nos cœurs vides sans résonance

 

En voici l’huile bouillonnante

craquelée de sanglots perdus

fixés à tout jamais sur une trame grise

où dorment les fleurs de nos vies