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Chassés de l’humanité – ( RC )


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sculpture : ancienne  statue  sumérienne

 

Il n’y a plus aucune place

laissée à ce que l’on connaît,

mais seulement une nature plane  .

Si c’est de l’eau,          aucune île ne sert de repère,

 

                   Nous avons été chassés de l’humanité,

et l’océan est encore sanglant

de toutes les peines :

une patrie           sans porte ni horizon ,

 

esclaves des frontières effacées ,

avec quelques glaces flottantes:

celles d’une géométrie funéraire,

ne marquant même pas l’emplacement des tombes…

 

les tempêtes peuvent se déchaîner :

rien n’est prévisible dans le feu blanc :

la terre a sombré corps et âmes

sous les bombes et ouragans ,

 

et il n’y aura personne pour décrire encore

les paysages spectraux,

immobiles            comme les yeux fixes,

                             des dieux aux regards gelés.

 

RC – dec 2018


Patrick Cintas – Analectic song


        peinture:      Lee Krasner

 

 

 

Je me fiche de savoir qui je suis
fruit du hasard dont je ne sais rien
ou pierre parmi les pierres
qui fondent cette vie sous l’existence

Je suis et cela ne tient qu’à un fil
voilà ce que je sais et ce que je peux chanter
si vous m’écoutez vous dont la voix s’est éteinte
quand l’enfant est mort en vous
et autour de vous

Ce que je pense n’a aucune importance
pas plus que ce que vous pensez
aucune vision n’a de l’importance
aucun résultat de mes actions ni des vôtres

Si je chante c’est que vous chantez
et si ma voix ne porte pas
c’est que vous n’entendez plus rien
qui ne soit pas en accord avec ce que vous devenez

Ici on ne se concerte qu’à propos de questions religieuses
ou politiques ou artistiques
parce que ces éthiques sont le moyen de contrôler le temps
et par conséquent les intérêts et les dettes

Mais je n’ai que faire de vos convictions à la noix
de vos superstitions et de vos arts

Ce n’est pas ainsi que je conçois ce qui m’est donné
c’est-à-dire cette vie
à laquelle je veux donner le sens d’une existence
c’est-à-dire d’une œuvre

Pas de livre à mon chevet, pas de propre du temps
pour ramasser ce que la pensée ne sait pas comprendre
Pas de sens à prendre au lieu de le donner
Je ne suis pas cet homme !

Tout ce qui rentre dans un livre me révolte
Tout ce qui en échappe pour constituer une œuvre me fascine
Et c’est là toute la différence
Ce qui me distingue de vos systèmes contraignants
de votre manière de contraindre pour avoir raison

Vos crises ne sont en rien des révolutions
Vos choix ne parlent pas de ce qui m’accorde une certaine audience
Vos leçons de morale confinent à l’immobilité ou au conflit
selon que vos possessions fructifient
ou que vous êtes dépossédés par vos ennemis

Je n’ai pas d’ennemi ou je n’ai que des ennemis
Je ne possède rien qui flatte vos convictions, vos superstitions et vos arts
Je suis un instant et je ne suis pas le temps
Je pousse comme l’herbe mais je ne connais pas le soleil

Une chanson suffira à me ressembler
une chanson que je qualifierais d’analectique
car elle vous contient
comme elle m’expulse de ce monde

J’arrive en ami
et je pars sans souci
c’est comme une guérison
tant votre fréquentation m’a renseigné
sur l’état de vos intentions existentielles

Vous êtes des écoliers épris de dissertations
mais ni la somme de vos dissertations
ni la compilation de vos existences
ne forment le livre dont vous avez rêvé
pour donner un sens aux écrits qui l’ont perdu en route
Vous êtes la négligence et la paresse
qui me donnent la minutie et la rapidité

Minutie de l’objet
et rapidité de la forme à le donner
tel qu’il envisage les faits
qui m’appellent

Là je reconnais la complexité et la pensée
à la place de vos articles, de vos psaumes et de la poésie
à toutes les sauces

Mais je ne suis que l’auteur de cette chanson
Je n’ai pouvoir que de constater que je pousse comme une herbe
et que mon sort est celui de cette herbe
des milliers de fois recommencée pour que j’existe un instant à sa place

Il me vient à l’esprit
en me penchant encore sur ce détail
que je suis un peu cet enfant que j’ai cru mort depuis longtemps
et non pas un de ces prophètes cosmiques !

Certes il est mort de sa propre main
tué par lui-même
comme cela arrive sans cesse
pour que la maturité s’empare du pouvoir

Privé de futur
par son geste même
il ne représente que ce segment d’existence
comme le boulet qu’on attachait jadis à la cheville des forçats
un par un rejoignant la mer par le Passage des Tristes

Je sais sans pouvoir l’expliquer que son chant mineur
est le récit de sa courte existence
que son chant majeur représente sa voix possible
et qu’entre ces pratiques du chant
quelque chose ressemble à de la poésie
Je sais tout cela
et je le sais depuis longtemps

J’ai construit toute mon œuvre sur ces pilotis
fasciné par le vent et les marées
nourri d’horizon et de soleil
de lune quelquefois
quand le sommeil ne savait plus
par quel bout me prendre

Certes vous êtes les conservateurs de l’Humanité
et j’ai visité votre Conservatoire en toute tranquillité
car ce qu’on y retient par les basques
n’est que le reflet de ce que vous imposez à l’Histoire

Loin des sciences et de la philosophie
vous n’êtes que des doctrinaires, des superstitieux et des artistes
sans véritable expérience des choses et des faits

On ne peut pas vous aimer
C’est impossible
et je chante enfin cette mort de l’enfant
en toute connaissance de cause

Patrick Cintas.

Extrait de Analectic Songs V

on peut  retrouver l’auteur  dans les pages  du Chasseur  Abstrait...


Alda Merini – Les plus beaux poèmes s’écrivent sur les pierres


photo perso - région d'Essaouira- Maroc

                               photo perso            – région d’Essaouira          – Maroc

Les plus beaux poèmes

s’écrivent sur les pierres

genoux écorchés,

esprit aiguisé par le mystère.

Les plus beaux poèmes s’écrivent

devant un autel vide,

encerclés par des agents

de la divine folie.

Ainsi, fou criminel que tu es

tu dictes des vers à l’humanité,

vers de la rescousse

et prophéties bibliques

tu es frère de Jonas.

Mais dans la Terre Promise

où germent les pommes d’or

et l’arbre de la connaissance

Dieu n’est jamais descendu ni ne t’a jamais maudit.

Toi si, tu maudis

heure par heure ton chant

car te voilà descendu dans les limbes

où tu respires l’absinthe

d’une survie refusée.


Le più belle poesie

si scrivono sopra le pietre

coi ginocchi piagati

e le menti aguzzate dal mistero.

Le più belle poesie si scrivono

davanti a un altare vuoto,

accerchiati da agenti

della divina follia.

Così, pazzo criminale qual sei

tu detti versi all’umanità,

i versi della riscossa

e le bibliche profezie

e sei fratello a Giona.

Ma nella Terra Promessa

dove germinano i pomi d’oro

e l’albero della conoscenza

Dio non è mai disceso né ti ha mai maledetto.

Ma tu sì, maledici

ora per ora il tuo canto

perché sei sceso nel limbo,

dove aspiri l’assenzio

di una sopravvivenza negata.


Eugene Durif – L’étreinte, le temps- 08


installation artistique  » délimitations

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La peau sentie contre les lèvres

douceur bue et toute honte,

la douceur de l’ oubli qui ne peut venir

fermer les yeux.

 

A tout instant, je crois te serrer contre moi

et te voir comme si je voyais au premier jour.

Paroles qui n’en finissaient pas dans le noir,

je te parle

et ce moment ou nos mains l’ une contre l’autre,

tendues l’une en l’autre à jamais.

 

( Ce jour là)

Et je t appelle et crois te saisir,

l écho de ton nom dans toutes les pièces vides.

(.J’ai senti sur mon visage les étoffes, caresses d absence,

dans l’armoire où sont tes vêtements et le parfum dessous)

Et je crus te serrer dans la blancheur de ce jour de novembre;

crevais te serrer contre moi, ce n’ étaient que mains qui s effleuraient dans le pauvre jour, à peine s effleuraient et ce sourire tout à coup d’humanité.