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Florence Noël – d’écorce


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on avait dit au revoir aux arbres 
à chaque feuille 
et de tomber avec elles 
nos mains s’enflammaient 
puis murmuraient des choses lentes 
apprises dans l’humus 

le manteau de leur torse
était trop vaste
pour contenir le souffle des oiseaux
et tous ces souvenirs
délestés de bruissements

ces troncs buvaient nos bouches
adoubement de sèves
de part et d’autre
d’un baiser de tanin

on avait confié à leur chair
le soin de graver
l’étendue d’une vie


Cendres de baltique – ( RC )


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photo  Greg Clouzeau

 

 

Je n’ai pas vu de désert de pierres vers la mer baltique,
mais des étendues plates
et des marécages
d’où s’envolaient les cigognes,

De ces lointains horizons, mutiques,
on a dissimulé les stigmates
sous l’oubli :          ( un habillage ) .
La nature a fait sa besogne

Des forêts ont développé
leurs racines et frondaisons
sur des cadavres enfouis
et font corps avec les charniers .

Du sol détrempé,
du passage des saisons,
les arbres se sont épanouis,
se nourrissent des prisonniers.

Allez donc voir
du côté de Vilnius :
il y a des terres acides,
et des forêts de bouleaux

en retournant une terre noire,
il ne serait pas improbable de trouver des dents dans l’ humus ,
témoignage de génocide ,
ossements et pauvres oripeaux ,

( plus rarement des bijoux ).
Dans ces pays de baltique
il y a de l’ivoire
et de l’ambre

Vous pourrez en parer votre cou,
en visitant les boutiques;
mais qui vous parlera du désespoir,
et des cendres ?

RC – mai 2017

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Pierre Bergounioux – L’orphelin ( petit extrait )


dessin- gravure  nkvdo-  automne

dessin- gravure nkvdo- automne

« J’entendais, par intermittence, un gazouillis lointain et dans les intervalles de plus en plus longs, il n’y avait plus que l’odeur d’humus, la saveur acidulée de l’air froid, le goût d’arbre.
  Il y a un ultime intervalle, un dernier gazouillis après quoi c’en est fini de la voix du dedans. Ce n’est même plus un oiseau.
Pourtant, je suis rentré parce qu’un jour j’avais voulu. Je devais. Je me suis détaché du tronc, j’ai hasardé le premier pas vers ce canton de ténèbres au pied duquel scintillait l’essaim des lumières de la ville.
C’est comme de naître, un arrachement cruel.
Les jambes, qui touchaient terre, ont contracté, les premières, la rigidité des racines aériennes, des contreforts que possèdent certains arbres exotiques.
On a les joues cartonneuses, insensibles, comme de l’écorce, les dents soudées au point que, on a perdu l’aptitude à modeler des sons, à former des paroles, avec.
Car c’est quelque chose dont on peut aussi se passer quand on a rallié la forêt, les royaumes de la nuit. »

Lutte contre le chaos ( RC )


photo- peinture:  Wilhelm  Sasnal,  _1972- _ - 2002 Shoah - Forest _P

peinture:                          Wilhelm Sasnal, _1972- _ – 2002 Shoah – Forest _P

Par le plus grand des hasards, tu es là,
A lire cet aujourd’hui,
Et si ta vision illumine l’instant,
Cet instant fragile,

De deux étincelles,
Ayant pu n’être ( naître ) ailleurs…
Deux espèces d’espaces
Ils se croisent,

Avant que l’ombre,
Ne boive la mienne,
Ou rejoigne les millénaires d’ombres,
Des couches de fatigue,
L’enchevêtrement, en tout sens, des pensées,
En épaisses strates,

L’humus
Peut-être , dont s’extirpe la plante,
Si les conditions le permettent,
Et que se multiplient branches et feuilles,
Comme les phrases portent leurs mots,
Buvant à leur tour la lumière,
Si la création lutte contre le chaos.

– RC  –  9 août  2013