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Une île d’écriture – ( RC )


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Il y a bien un moment, où le bateau,
à force de dériver, accoste à une île.
Je suis d’abord méfiant,   puis y risque quelques pas,
on ne sait quel sera l’accueil.
>                      Je laisse passer du temps.

On apprivoise l’île et ses occupants,
animaux, végétaux et humains
( s’il y en a ).

Inversement l’île apprivoise,
on dirait qu’elle veut m’inclure dans elle,
faire connaître ses humeurs,
à travers ses mangroves,    ses lianes,
ses singes et insectes .

Les fruits exotiques sont mon apéro,
et j’ai trouvé un abri
pour les jours de pluie.

Bientôt je vais me greffer aux arbres,
je serai leurs racines,
et une extension de feuillage,
comme si avant    j’étais une chose morte,
et qu’alors       j’eusse renoncé à l’inutile.

C’est ainsi que j’ai abordé         l’île d’écriture,
porté par les alizés,
et maintenant              je fleuris d’encre .

RC – oct 2017


Une île de douleur – ( RC )


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Une frêle île flottante,
une barque malmenée par les vagues
chargée jusqu’à ras bord
d’abandon et de douleur.

C’est  une partie de pays
mise en quarantaine,
qui espère un jour
retrouver la terre ferme.

Epuisée des orages,
abandonnée par le soleil,
à chaque jour son naufrage
une barque prisonnière du destin

Comme un oiseau dans sa cage
livré aux éléments,
c’est une île fragile
sur la route de l’exil

La route de l’inconnu
juste derrière l’horizon :
Empire de la douleur,
le ciel a perdu ses couleurs.

RC – oct 2016

d’après Louis Aragon   » Quarante »


Un chemin tracé entre les étoiles – ( RC )


photo Ile Vaadhoo   des Maldives:  provenance

 

Il y a une musique,
dont je ne connais pas l’origine ,
elle me vient du vent,            sans doute.
Elle m’entoure parfois     de son écume,
comme si j’étais une île,
et qu’il suffise d’avoir les yeux ouverts  ,
pour recevoir la brise
et comprendre la chanson .

Alors je suis poreux,
comme peut l’être une éponge,
          mais elle boit les mots
qui me viennent à l’esprit.

Au loin des navires passent,     indifférents ;
de toute façon
           ils ne sauraient traduire
le poème qui s’écrit par ma main ,
ni le souffle qui gonfle les voiles :
Dans un autre sens ,
          c’est peut-être trouver un chemin
tracé entre les étoiles .


RC – mai 2017


Ton souvenir pour tout bagage – ( RC )


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La barque va doucement
s’échouer sur la plage,

J’aurai ton souvenir charmant
pour tout bagage :

J’ai apporté ma carapace
comme une vieille tortue

encore étonné par mon audace,
débarqué sur une île inconnue

mon corps et mon âme
encore indissociables

sont au programme …
et quelques grains de sable

j’aurai tout le temps
devant moi

pour t’écrire, le cas échéant
des lettres qui ne partiront pas ;

une parole muette,
en encre sympathique

qui restera dans ma tête,
et reviendra, cyclique .

( Cela vaut bien un message
confié à la mer

comme le veut l’usage …)
—- et vogue la galère !

Autant écouter un coquillage
et y mettre ton oreille

– si ce sont des enfantillages
cela remplacera la bouteille …

– encore faut-il en avoir une – ,
mais je n’ai que mes mains

pour toute fortune,
et pas de parchemin

alors il faudra bien
lire dans mes pensées :

car je suis le gardien
de messages esquissés.


RC – sept 2017

 


Le temps est une île, le temple est sur l’île – ( RC )


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Le temps est un île
dérivant sur le lac .
Jamais elle ne heurte les bords .
Grenouilles et serpents
fréquentent eaux et roches
sous le regard étonné de l’enfant      solitaire,
recueilli par un moine.

Le temple est sur l’île .
         La barque est le lien nécessaire
qui le rattache au monde .
         On y pénètre par une porte fictive .
Derrière laquelle se jouent passion et cruauté ,
échappée trompeuse sur la liberté,
         une pierre attachée aux pieds .

Les choses se répètent
de générations en générations ;
                        les fantômes glissent
lentement dans un rideau de brume.
Ou bien apparaissent dans un trou d’eau
quand le gel pétrifie la surface
et les branches dégarnies des arbres .

Les saisons se succèdent,
comme il se doit.
Les rides se creusent sur les visages.
Le printemps revient :
         c’est un rite immuable
inscrit dans les choses,
et dans la pierre que l’on porte,   encore .


RC – juin 2017

( en rapport avec le film printemps été automne hiver … et printemps ) de Kim Ki-duk )


Frederic Nietszche – Le signe de feu


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Ici, où parmi les mers l’île a surgi,
pierre du victimaire se dressant escarpée,
ici, sous le ciel noir, Zarathoustra
allume son feu des hauteurs, —
signes de feu pour les pilotes en détresse,
point d’interrogation pour ceux qui savent répondre…

Cette flamme aux courbes blanchâtres,
—    vers les froids lointains élève les langues de son désir,
elle tourne sa gorge vers des hauteurs toujours plus pures —
semblable à un serpent, dressé d’impatience :
Ce signe je l’ai placé devant moi.

Mon âme elle-même est cette flamme: insatiable,
vers de nouveaux lointains,
sa tranquille ardeur s’élève plus haut.
Pourquoi Zarathoustra a-t-il fui les animaux et les hommes ?

Pourquoi s’est-il enfui brusquement de toute terre ferme ?
Il connaît déjà six solitudes —,
Mais la mer elle-même ne fut pas assez solitaire pour lui,
il se hissa sur l’île, sur la montagne il devint flamme,
maintenant, vers une septième solitude
il jette son hameçon chercheur par-dessus sa tête.

Pilotes en détresse !          Ruines de vieilles étoiles !
Et vous, mers de l’avenir !           cieux inexplorés !
vers tout ce qui est solitaire je jette maintenant l’hameçon :
répondez à l’impatience de la flamme
péchez pour moi, le pêcheur des hautes montagnes,
ma septième, ma dernière solitude ! —

Frédéric NIETZSCHE « Dithyrambes à Dionysos »    (1888) in « Poésies » (Mercure de France)


Dimitri T Analis – L’île, le réveil


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L’île, le réveil
Tu t’éveilles, et ce lieu se répète
Dans la faille de sa nudité
Un nœud d’or, éblouissant, intact
Annonce un midi recommencé.
Tu t’éveilles, et ce même lieu fixe
Son regard sur ton épaule nomade
Tu comprends mieux, tu caresses
L’été d’une main encore tiède.

Instant sans date, tu as quitté l’île de l’oubli
Et calciné tu navigues dans le corps de l’amour
En laissant un creux grand comme un navire
Qui brûle l’horizon à la montée du jour.


Patricia Fort – Dans ma valise


David Lisboa    boite en valise.jpgpeinture  David Lisboa  » boîte en valise »

 

Dans ma valise il y a…
Vos prénoms et le mien
Qui se tiennent par la main
Nos nuits de bohémiens
Des contes et fleurettes
Des rires sous couette
Des sax et des rôles
Bad pas t’es pas drôle
Des boucles bleues
Des cernes sous les yeux
Nicolaï qui s’enjaille
Et nos voix qui s’éraillent
Une écharpe de ciel
Qui me sied à merveille
Des clés de portail
Ma mémoire qui défaille
L’or des blés
La blancheur de l’été
Une corde de guitare
Mais non il n’est pas tard
Le grenier de la France
Et celui de mon enfance
Une madeleine et un marcel
Des souvenirs en dentelle
Un décapsuleur
Des biscuits et du beurre
Une espadrille orpheline
Nos doutes en sourdine
Cinq chemins au levant
Le soleil au couchant
Un sentier pour nos pas
Avec des pierres çà et là
Valentino et des abeilles
Nos bouches groseille
Nos cœurs à l’unisson
Des rimes , des chansons
Une petite fille oubliée
En jupe plissée
Queue de cheval
Des amours qui se font la malle.
Dans ma valise bien rangée
Un voyage immobile
Une parenthèse, une île
Vos vies là, devant
La mienne qui attend. »

© Patricia Fort. – Artenay 17 juillet 2013.


Colette Fournier – Je te regarde


Pierre Bonnard, 1867-1947, Coin de salle à manger au Cannet, c. 1932, Musée nat.jpg

peinture:    P Bonnard        Coin de salle à manger au Cannet,  1932  ( détail)  Musée d’Orsay

 

 

Je te  regarde, penchée à la fenêtre de ton cœur.

Ma main posée sur ton épaule, sans attente ni peur.

Ma maison à tous les vents de la déraison, demeure,

Une île haut perchée sur le toit des mondes.

Je te regarde, et collée aux battements de ta vie,

Je ne questionne rien, de rien ne te supplie.

Chacun de tes regards est le début d’un monde ;

A peine faut-il y croire, que déjà, il succombe…

Je te regarde, oublieuse de mon propre reflet,

J’écoute ton histoire qui, lentement, défait

La chronique des temps perdus à ne rien comprendre.

La vie, éternel Big-bang, de sang et de feu, se refait.

Je te regarde, et jouant à pleines notes dans le vent,

Une musique forte, inconnue et  plein chant,

Couvre de ses arpèges tes silences intimes,

Je te regarde et je t’écoute, passante de ton âme,

La solitude, au fond, n’est que le reflet des oublis…

 

 


Jean-Claude Touzei – Dérive


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photo Wynn Bullock

 

Et ma barque gémit
Sous les vents sous les cordes
Ma barque se déchire
Aux alizés du monde
Atteindrons-nous jamais la rive

Ma barque a des yeux bleus
Pour éclairer la nuit
Et ma barque chavire
Là-bas cette lumière
Atteindrons-nous jamais la rive

Et ma barque dérive
Vers les radios pirates
Ma barque tourbillonne
Dans les contre-courants
Atteindrons-nous jamais la rive

Ma barque se retourne
Loin de l’île l’étoile
Et ma barque bascule
Je vais mourir en mer
Atteindrons-nous jamais la rive

Et ma barque repart
Là-bas cette lumière
Ma barque comme un cœur
À l’infini des vagues
Atteindrons-nous jamais la rive

Jean-Claude Touzeil
(extrait de Un chèque en blanc,              éditions Clarisse)

 


Tomas Tranströmer – En mars 79


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Las de tous ceux qui viennent avec des mots
Des mots, mais pas de langage,
Je partis pour l’île recouverte de neige.
L’indomptable n’a pas de mots!
Ses pages blanches s’étalent dans tous les sens.
Je tombe sur les traces de pas d’un cerf dans la neige

Pas des mots, mais un langage.»

 

 

(1983), Baltiques.


Départ vers une fête dans un monde de roche et de lumière (RC)


 

Site ruiniforme des causses ( cirque de Mourèze) 34

Quinze ans  que le train se rue …..
et le vent racle
et les perles brillantes des autos se croisent sur les routes.
Il fallait que je m’en défasse,  ——-   il m’en reste quelques autres d’ailleurs.
Pourquoi avoir  gardé  çà tout ce temps.
C’est devenu une fête potentielle,

j’en conserve les confetti et rubans colorés –

peut être aussi quelques cotillons.
Il va falloir tout emporter.
Sur l’île des elfes ?  -sur l’île déserte ?

Mais dans cette île des elfes vers laquelle je me dirige.
Qui aurait pu être une fête dans un monde de roche et de lumière,    -qui le sera peut-être,

Il y aura en moins  le racloir du mistral et la vitesse y sera dominée par les serments géologiques.        Silhouettes sentinelles de vieilles villes ruinées,

 

RC      Juillet – 2003

 


Le regard dans ton miroir ( RC )


sculpture-trace :  Giuseppe Penone –    Soffio I, 1978.         Amsterdam 2004

Voilà sortie de la terre, ma silhouette ,

ou bien moulée dans un coffrage de béton,

C’est dire que le monde m’enveloppe

Et ainsi , suis l’île

Offerte à l’éternel chronophage…

Ile flottante, épave et barquette,

Amusette aux voisinages du plancton

Sous-marin,     périscope

A mes risques    et périls

Emerge le bout de mon visage….

Et s’il se trouve ainsi , que je passe

….       Hasard des trajectoires

           – s’est égarée une flèche –

Au coeur des « je t’aime »

…          Cible atteinte pour Cupidon?

Si j’apparais dans la nasse

Mon regard dans ton miroir,

C’est aller à la pêche,

–            Et peut-être un poème ?

Dont nous ferons chanson…

RC    mars  2013

peinture:         Lorenzo Lotto – 1480-1550 –          Venus et Cupidon –         Met mus of Art N YC


Goutte-à goutte des pages et légendes ( RC )


peinture: détail de peinture perso            acrylique sur carton       1987

 

C’est un goutte à goutte qui lentement  remplit la jarre,
Une  épopée, un chapitre qui démarre
Cette  eau, qui  peu à peu s’ajoute, autour de l’ile
Ce sont des larmes qui murmurent, aux places de la ville

Le nom d’un ciel, qui se vide et pousse ses ombres
Les fontaines  qui tournent, autant qu’elles encombrent
Les mots  qui cascadent, dont le poids fait bascule,
Leur addition,         récit de vie,       nous bouscule

Comme des roues à aube,  le mouvement,
Toujours porté, vers l’avant
Fait tourner une partie du monde, ou davantage
Chaque  fois effeuillant une page.

Ce sont des légendes qui se chantent.
Des histoires qu’on enfante
Que l’on écrit ou que l’on porte
Dans les mémoires,      peu importe

Au parcours qui ne s’explique pas
Dont on garde la trace, pas à pas.
C’est,           portés par les mots
Au vent portant aussi les  eaux

Un mouvement qui va au ciel
Que l’on dit                perpétuel
Une nouvelle page avancée
Sans cesse    recommencée

De celles  qui se ressemblent
Autant qu’elles  s’assemblent
Même si, de pente, elles  dévalent
Ou bien qu’elles  s’étalent…

Aux histoires  décrites plus haut
Différentes en celà, des deux  gouttes  d’eau.
S’accumulant sur la table
Sans être pourtant semblables…

Chaque livre offre son voyage
De bibliothèques, en rayonnages
Pris  dans la main, ces écritures
Donnent  à l’esprit de l’aventure;

Et gouttes de littérature habitées
D’histoires d’humanité,
Un tonneau des Danaïdes
Qui jamais ne se vide..

RC-      10 juillet 2012


Fernand Verhesen – Altéré d’herbe


peinture: Nicolas de Staël

Altéré d’herbe


Altéré d’herbe aux épargnes du large, je renais voilier sur les bords d’aucun monde.
Solitude dans le matin dortoir des immensités.
Espace où se fonde l’errance, et de quelques îles  rêvées se lève un vain désir d’ambre. Lourde patience de l’eau qu’effleure une étoile de sel.
Route des eaux due aux  origines, retour de ce qui fut un jour
. Toute l’ombre de la  terre n’est que léger envol d’écume.
L’oreille veille solidaire  d’un écho.

Seul, le silence à haute voix de la mer se mêle au passage du vent.
La nudité sans rives.
De lointains regards  parcourent en moi la plus longue lumière.

Fernand VERHESEN       « Franchir la nuit »
(Le Cormier)


Image

L’île aux images – dénouer


 25 février 2007 by   (l’ île aux images)
Xavier G  nous faisant souvent partager  ses textes  avec des liens  renvoyant à des images photographiques, voir  son site

dénouer

 

 

mains qui s’épuisent à nouer encore et toujours,

attention maladive portée aux noeuds, l’accident, traumatisme, nouer, nouer, nouer, encore et encore, nouer, se protéger, se cacher derrière la forêt de cordes bien circonscrite, taire le reste, tout le reste, incapacité de parler de soi, ne parler de rien d’autres que du travail et des banalités,

vérifier les noeuds, y penser tout le temps, concentration, pas le droit à l’erreur, la vie court-circuitée par les noeuds, rêver d’être sauvé par un noeud, peur lancinante du silence des cordes qui se nouent, la culpabilité grignote jour après jour, ce qui est autour de, ne jamais être soulagé des noeuds solides et de leurs sempiternels vérifications,

mais oublier que les attaches rouillent et qu’elles lâcheront un jour, bien avant qu’on ait pu dénouer les fils de ses obsessions

Noeud touline


Carlos Drummond de Andrade- Grand monde


En cherchant sur la très intéressante anthologie  de « arbrealettres »,  Eugenio de Andrade,  je suis  tombé  sur son homonyme,  qui est pour moi, une intéressante  découverte, et que je cite telle quelle,  avec la peinture  de W Blake, qui me paraît appropriée.

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Grand monde

Non, mon coeur n’est pas plus grand que le monde.
Il est bien plus petit.
En lui pas même ne tiennent mes douleurs.
C’est pourquoi j’aime tant à me raconter.
C’est pourquoi je me déshabille,
c’est pourquoi je me crie,
c’est pourquoi je fréquente les journaux, je m’expose crûment dans les librairies
j’ai besoin de tous.

[…]

Jadis j’ai entendu les anges,
les sonates, les poèmes, les confessions pathétiques.
Jamais je n’ai entendu voix humaine.
En vérité je suis fort pauvre.

Jadis j’ai voyagé
en des pays imaginaires, faciles à habiter,
des îles sans problèmes, épuisantes pourtant et conviant au suicide.
Mes amis sont partis pour les îles.
Les îles perdent l’homme.
Quelques uns pourtant en ont réchappé et
ont rapporté la nouvelle
que le monde, le grand monde grandit de jour en jour,
entre le feu et l’amour.

Alors mon coeur aussi peut grandir.
Entre l’amour et le feu,
entre la vie et le feu,
mon coeur grandit de dix mètres et explose.
– Ô vie future! nous te créerons.

(Carlos Drummond de Andrade)


Illustration: William Blake