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Pendant que tu dors – ( RC )


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soleil et lune: tableau de fils Huitchol ( Mexique )

 

Pendant que tu dors,
le jour s’ouvre comme un éventail,
les légendes se concrétisent,
le vent remue l’or des feuilles,
déplie les fleurs sortant de leur sommeil.

Chacun s’affaire et traverse l’ordre du monde.
L’herbe même, a troué l’asphalte;
les abeilles se chargent de pollen,
les voitures suivent une destination
qui doit avoir son importance.

Mais tout cela ne compte guère :
ni le parfum des lys et des roses :
c’est bien peu de chose,
puisque tu es absente
derrière tes paupières :

tu suis , dans tes rêves
les étendards d’argent :
tu t’imagines en marbre rose
dialoguant dans le silence
avec la statue du commandeur .

Il a brisé son bouclier de bronze,
et son ombre s’étend
même sur celle des oiseaux .
Elle a même effacé le temps .
– Il semble immobile , à ta conscience .

Comme le sang ,
Il pourrait refluer , arrêter sa course ,
t’emporter vers des ailleurs
– ce seraient des jours meilleurs –
au-delà de la Grande Ourse…

pendant que tu dors…


RC   – juin 2017


Thierry Metz – Je n’emporte rien


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Je n’emporte rien puisque tout tient dans l’intime et immense espace du regard.
Des instants de ciel sous les pas.

*
Tout ce que je pense n’a peut-être plus d’importance.

On dirait qu’il ne reste plus que les outils – que l’instrument.
Un instrument pour chercher.
Un instrument pour construire.
Mais je suis en direction de ce qu’il n’y a plus à comprendre, pour ainsi le comprendre, y laisser de l’écriture.

 

Extraits de Carnet d’Orphée, éd. Les Deux-Siciles, 2012


Taire le silence ( RC )


photo:               Barbara Morgan

Si j’apprends  à  taire le silence
En jetant quelques cailloux dans l’eau
Alors, la surface  remue, et se souvient
En cercles  concentriques, des éclaboussures
Et des gestes  ténus,
Qui repoussent  quelques  secondes la léthargie,
En laissant ,          une place à la vie.
Mon geste n’est plus là, mais seulement sa trace
Comme lorsque je passe un doigt distrait
Sur la couche  de poussière recouvrant le buffet.

J’apprends à lire, les instants  fugitifs,
Le murmure  de l’histoire,  et l’invisible est crédible
Les brioches  dorées,  le zeste des parfums,
Le sillage  d’un regard, au détour  d’un reflet,
Le souffle  des choses, agitant les feuillets
Les chapitres  du bonheur, que révèle
Un pinceau de lumière à travers les nuées
Eloignées  des étoiles, et dénuées
De l’ombre   –   qui fait l’importance.

Si j’apprends  à taire  le silence,
C’est pour mieux  traduire
Une langue d’avant qui te ressemble
La prolongation d’une  grâce
Que n’offrent ni les mots
Ni la parole rhétorique,
Les doigts ouverts  de l’invisible
Quand ils te dessinent à mes yeux:
Une veine qui palpite à ton front,
Et la courbe  d’une hanche…

J’apprends à lire, les instants  fugitifs,
A  rassembler les  indices,
Peut-être à inventer,
A rajouter  des brillances
Et des couleurs  de voix,
Imiter  rivières  et cascades,
Et l’ombre des collines
Qui dessine des courbes
Sur le désir de l’instant
Que les lèvres promettent.

 

 

RC –   6 octobre 2012                ( évocation d’une  démarche  créative… je pensais  à la photographie )